‹ Le Canada sous l'Union 1841-1867 [microforme] (volume 3)Chapitre 16 sur 24 · ADMINISTRATION DE LORD METCALFE · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION DE LORD METCALFE

CONTINUATION DU MINISTÈRE LA FONTAINE-BALDWIN AVÉNEMENT DU MINISTÈRE VIGER-DRAPER.

Arrivée de Sir Charles Metcalfe.—Tâche du ministère La Fontaine-Baldiwin. —Ouverture de la 3e session.—Débats au sujet de l’adreuse.—Siége du gouvernement.—Liste civile. —Elections contestées de 1841.——-Actes judiciaires, actes de sociétés secrètes, de l'indépendance de l’assemblée législative, des $coles du Haut-Canada, etc.—Résignation du ministère La Fontaine-Baldwin.-—-Question des emplois.—Conduite du ministère approuvée. —MM. Viger, Draper et Daly ministres provisoires, observations sur M. Viger.—-Conduite de Sir Charles Metcalfe.--Ministère Viger-Draper.— Dissolution du parlement.—El:ctions générales.—Nouveaux députés. —Première session du second parlement, discours d’ouverture.—Débats sur l’adresse.—Exiles politiques. —Adresse à la reine demandant le rétablissement de la langue française. —Projet de loi de l’Université du Haut-Canada.—Indemnité des pertes souffertes dar s les troubles de 1837-8.—Travaux publics. —Lois des municipa ivés et des écoles.— Résultat de la session. —Changements m uistériels. —Erection de la province ecclésiastique de Québec.—-Recensement.-—Incendie des faubourgs de Québec. —Canadiens décédés.—Institutions, mouvement littéraire, — Départ de Lord Metcalfe, sa vie, et sa politique.

Sir Charles Metcalfe, baronnet, fut nommé succes seur de Sir Charles Bagot dans le gouvernement du Canada. Il arriva à Kingston le 29 mars 1843, et prit le lendemain les rênes du pouvoir. Le nouveau gauverneur s était distingué par ses services aux Indes Occidentales et surtout par Sa sage administration à la Jamaïque, île où il avait réussi à rétablir la paix et

la confiance parmi une population composée de

140 METCALFÉ. [1843

différentes races. À en juger par la réputation qu'il avait acquise jusqu’à cette époque, on devait présumer qu'il continuerait la politique libérale de son prédécesseur.

A part M. Baldwin, les ministres furent réélus par acclamation, ou par de fortes majorités. Les conservateurs employèrent toute leur influence contre le procureur-général du Haut-Canada, et luifirent perdre coup sur coup deux élections (1). Les libéraux du Bas-Canada furent heureux d'accueillir cet homme distingué et de l’élire par acclamation dans le comté de Rimouski. Ils s’acquittèrent par là d’une dette d'honneur contraciée envers M. Baldwin, qui avait rendu le même service à M. La Fontaine, lorsque celui-ci avait été contraint, en 1841, d’abandonner le comté de Terrebonne.

Plusieurs mesures importantes devaient attirer l’attention du ministère. Il y avait les lois des écoles et des municipalités à amender, le système judiciaire à réformer, la tenure seigneuriale à abolir. M. La Fontaine, comme représentant les intérêts des Canadiens d’origine française, devait s'occuper de plusieurs questions qui concernaient ses compatriotes. L'acte d'union existait avec toutes ses clauses arhi. traires. Le rappel de cet acte était impossible. Avant d'en venir à cette nécessité, il fallait épuiser tous les moyens d'obtenir justice. L'Union était toujours un mal, mais un mal d’où pouvait résulter le bien : car

(4) La chambre annula l'élection de M. Marney, qui s'était opposé à M. Baldwin dans le comté de Hasting. La violence et le tumulte qui s'étaient manifestés d’une manière extraordinaire dans ce comté, avaient nécessité la présence, des troupes et rendu

impossible ou dangereuse la votation de la part des électeurs. M. Murney se présenta de nouveau et fut réélu,

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le gouvernement responsable donnait au peuple un élément suffisant de réparation pour le passé et pour le présent et de garantie pour l'avenir. D'ailleurs, avec les concessions faites par Sir Charles Bagot, l'Union pouvait être tolérée par les Canadiens-Français, tout en travaillant à l’'amender autant que pos

sibie. Les clauses de la constitution concernant la proscription de la langue française et ia liste civile devaient être nécessairement rappelées; mais celle qui se rattachait à la dette du Haut-Canada ne pouvait l'être sans exciter le mécontentement général de cette section de la province. La clause concernant l'égalité de la représentation dans le Haut et le Bas. Canada commençait à être envisagée sous un autre point de vue. Pendant les années précédentes, la province supérieure avait augmenté rapidement en population, grâce à l'immigration qui s'était portée à flots pressés sur ses terres fertiles. En continuant à progresser sur le même pied, la population de cette province devait égaler bientôt et même dépasser celle du Bas-Canada. C'était donc faire preuve d’une sage politique que de ne pas penser à amender cette clause. D'ailleurs, il était impossible de réunir les deux-tiers des représentants (chiffre nécessaire pour changer la représentation) en faveur de ce changement, car les Haut-Canadiens n'y cousentiraient jamais.

Les chambres furent convoquées le 28 septembre. Au nombre des nouveaux députés étaient M. Henry Sherwood, conservateur influent et possédant des talents remarquables, M.Jean Chah°t, avocat distingué, élu à la place de M. Burnet, pour la ville de Québec,

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etM. E.-J. Wakefield, député du comté de Beauharnais. MM. Draper, Massue et W. Bsidwin étaient du nombre des sept conseillers législatifs ncramés en 1848 (1).

Sir Charles Metcalfe ouvrit la troisième session du premier parlement par un discours remarquable. Après avoir mentionné avec regretda mort de son illustre prédécesseur, il attira l'attention des chambres sur l’amélioration du système de jucicature et du jury, des lois municipales et de l'éducation. Il annonça que le parlement impérial avait passé un acte qui facilitait l'introduction du blé et d: la farine du Canada dans les ports du Royaume-Uri, en ré duisant d'un chelin par mesure impéria.e de huit boisseaux le droit sur le blé du Canada et en diminuant en proportion le droit sur la farine.

Ce fut M. D-.-B. Viger qui proposa l’adresse en réponse au discours du trône. Ge noble véteran de la politique rendit hommage à la mémoi‘e de Sir

Charles Bagot. Il repassa l’une après ‘autre les vi de (!) Liste des nouveaux députés élus depuis la derrière session, va non compris les membres du ministère :

Ed.-G. Wakefield, élu pour le comté de Beauharrais, en rem- atl placement de J.-W. Dunscomb ; B Henry Sherwood, Toronto, en remplacement de J Buchanan ; * H.: Judah, Champlain, ob, R.-J. Kimber ; an Jean Chabot, Québec, «4 D. Burnet ; Wim. Stuart Russell, “ W..H. Draper ; s T. Franchère, Rouville, #e Wim, Walker. Fo Les membres suivants furent élus pendant la session : se Louis Lacoste, Chambly, à la place de John Yule A. Jobin, Montréal, (comté), ‘ A.-M. Delisle ; AI E. Murney, Hasting, ses R. Baldwin ; re Pierre Beaubien, Montréal (ville), à la place de G. Moffatt. | Les nouveaux conseillers législatifs étaient les Hon. MM. ces W.-H. Draper, P.-B. DeBoucherville, A. Irving, R.-G. Kimber, et j

Louis Massue, C. Widmer et W.-W. Baldwin.

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mesures d'intérêt public mentionnées dans le discours, et en félicita le gouverneur ainsi que les ministres.

M. Merritt seconda l'adresse, et appuya principalement sur les questions de commerce, de revenu et des travaux publics, sujets qui lui étaient familiers.

M. Henry Sherwood désapprouva presque tous les sujets de l'adresse, et fit un sombre tableau du pays. Suivant lui, la province ne s'était jamais trouvée dans une si pénible position: les cultivateurs manquaient de chemins, le revenu avait beaucoup diminué, l'intérêt de la detie augmentait. Le peuple du Haut-Canada était sur le qui-vive: c'est ce que les élections générales prouveraient.

Sir Allan McNab condamna l'administration pour les actes qui regardaient le Haut-Canada. Ji se plaignait de ce que les rebelles étaient récompensés, tandis qu'on néprisait les loyaux ! Les ministres, disait-il, ne représentaient pas les vœux de cette province ; pour preuve, M. Baldwin avait été contraint de se faire élire dans le Bas-Canada. Le noble chevalier raconta des scènes désagréables de 1837-8, attaquant surtout gravemen* le caractère de M. Baldwin. Sir Allan fut blâmé par plusieurs de ses amis.

Après les discours de MM. Aylwin, Hincks et La Fontaine, qui défendirnt leur politique, M. Baldwin se lava des accusations portées contre lui par Sir Allan. « J’ai été souvent désigné, dit il, comme un rebelle et un traître... mais je re m'occupe pas de ces bas outrages. J'ai, Dieu merci, une réputation, et je ne crains pas de la soumettre à l'épreuve du verdict de mon pays... Qu'est-il résulté de toutes les

injures portées contre moi ? J'ai eu l’honaeur d'être nommé à des emplois de haute confiance par trois différents représentants de ma souveraire, et cette confiance en moi m'est continuée par le :hef actuel du gouvernement. Voilà ma justification... Je puis, cependant, invoquer d’autres raisons à mo 1 appui. Ne suis-je pas approuvé par cette chambre dont le brave et preux chevalier attaque les membres en m'attaquant ? Que l'honorable membre regarde aux registres de cette chambre, il y trouvera un vote de 5 conire 5 en reveñdication de ma conduite publique ; ce qui prouve également que je jouis de la confiance de mon pays. »

L'opposition se voyait si faible, qu’elle n'os *s mème provoquer une seule division. L'adresse iut votée sans amendement.

La question du siége du gouvernement fat une des premières agitées. A la dernière session, la majorité des représentants avait déclaré la viile de Kingston impropre comme capitale. Le gouvernement impérial, que l’on avait consulté, ne voulait pas en venir à une décision sans avoir l’avis de la législature. Le ministère se prononca en faveur de Montréal, et fit de cette mesure une question ministérielle. M. Harrison donna sa démission de membre du cabinet, parce qu’il ne voulait pas consentir à un changement qui allait priver ses électeurs du siége du. gouvernement.

Il ne fut pas question de la cité de Québec, qui avait des droits légitimes à devenir la capitalé de la province. Il s'agissait de décider entre Montréal et Kingston. Kontréal était comme aujourd'hui la ville

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la plus populeuse (40,000 âmes en 1842), et la plus riche du Canada. Elle est le cenire commercial entre les deux sections de la province, l’entrepèt où finit la navigation par mer et où commence la navigation par canaux, le centre des communications avec les Etats- Unis par le lac Champlain et la rivière Hudson, On pouvait la cunsiaérer avec Québec comme la ville la mieux qualifiée pour devenir le siége du gouvernement. Kingston n'était qu'un petit bourg insignifiant comparé à ces deux villes. Le projet ministériel passa à une majorité. de vingt-quatre voix dans ia chambre d’assemblée et de quelques votes au conseil législatif. Une adresse fut votée à l: reine pour la prisr de se rendre aux vœux de la législature. Quelques mois après, l’assentiment royal fut donné à la mesure, et Montréal devint la capitale du Canada.

Les conservateurs s’opposèrent avec force à la mesure, et s’en servirent pour en faire du capital politique 1ls dirent qu’ils avaient consenti à l’Union des Canadas à condition que le siége du gouvernement restât dans le Haut-Carada ; d’ailleurs, Lord Sydenham le leur avait promis. is étaient convaincus que la translation de la capitale hors du Haut-Canada nuirait au fonctionnement de la constitution, et retarderait l’accomplissement du but politique de l’Union : l’anglification du Bas-Canada. Ce fut pour ces raisons que M. Moffatt, député de Montréal, remit son mandat ; ses électeurs lui avaient demandé de voter pour la mesure ministérielle. MM. Harrison et Merritt, réformistes, votèrent aussi contre Montréal.

C'est aussi à la suite du vote sur cette question,

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dans le Conseil Législatif, que M. Jameïson résigna son siége de président, et que treize autres conseillers saissèrent leurs fauteuils, et ne les reprirent que plus tard. Au conmencement de la session, le conseil avait, dans un temps où presque tous les conseillers du Bas-Canada étaient absents, passé des résolutions pour conserver Ja capitale dans les limites du Haut-Canada. M. A. Dionne demanda un délai de quelques jours pour examiner une question aussi importante ; il voulut aussi qu'un appel nominal des conseillers fût fait. On ne l’écouta pas ; on lui refusa même la traduction des résolutions dans sa propre langue. Le conseil précipita donc le vote contrairement à tout esprit de justice et de loyauté. Lorsque la chambre d’assemblée demanda plus tard le con. cours du conseil iégislatif sur le projet ministériel, les membres qui avaient voté en faveur des résolutions s’y opposèrent de toutes leurs forces, allé. guant qu’ils s'étaient déjà prononcés sur cette question. M. Caron fut appelé à remplacer M. Jameison comme président du conseil législatif. Homme de talent, ami dévoué de son pays, M. Caron avait un droit acquis à ce poste élevé (1).

La chambre d’assemblée vota à la reine une adresse Jui demandant d’abroger la liste civile, que l’on considérait inconstitutionnelle telle qu'établie par l’acte d'Union. La chambre reconnaissait à elle seule le droit de voter les deniers publics; elle s’engageait cependant à passer une loi pour défrayer les

(?) Sir Charles Metclfe avait, paraît-il, offert en premier lieu la présidence du conseil à M. L.-P. Sherwood, conservateur, sans

avoir consulté les ministres, La même offre avait été faite aussi à M. McGill età M. Neïlson, Aucun d’eux ne l'avait acceptée.

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salaires des juges et des officiers, lorsque la liste civile serait abrogée. Le gouvernement s'était déjà mis en communication avec la métropole au sujetde cette liste.

Un comité fut chargé de s’enquérir des meilleurs moyens à prendre pour favoriser la colonisation et l'immigration. Un autre fut choisi afin de conünuer l'enquête sur les élections contestées de 1841, mais elle ne fut pas complétée ; un grand nombre de témoignages furent enregistrés dans les journaux de la chambre, et ils dévoilèrent beaucoup de moyens illégaux dont s'était servie l’administration de 1841 pour assurer l'élection des candidats ministériels. Plusieurs des membres dont les siéges étaient contestés, avaient déjà remis leurs mandats; ensuite eurent lieu les élections générales en 1844, de sorte que cette enquête n’eut pas de suite.

Les chambres adoptèrent à une grande majorité, malgré l'opposition des députés orangistes, un projet de loi pour détruire les sociétés secrètes. On voulait par cette mesure empêcher les orangistes de renouveler des actes de vengeance qu’ils avaient souvent | exercés contre les [rlandais catholiques. Ce projet fut réservé à la sanction royale ; mais elle lui fut refusée. On allégua que cette loi plaçait une classe de citoyens hors de la protection des lois ; et comme la législature du Canada avait passé, dans la même session, des lois pour restreindre les démonstrations tendant à troubler la paix publique, il était plus juste et plus constitutionnel de s’en reposer sur le gouvernement, afin de prévenir les excès des sociétés | secrètes,

Un autre acte fut réservé à la sanction royale :

celui qui était destiné à mieux assurer l’indépen. dance de l'assemblée législative. La métropole le sanctionna, et il devint loi peu après. Cette mesure rendait inéligibles la plupart des employés publics, à moins qu'ils ne résignassent leurs fonctions sala. riées (1). Elle fit le plus grand honneur au ministère, qui sacrifiait ainsi de puissants moyens d’influence qu’il aurait pu conserver. Elle donnait une preuve frappante de son honnête et parfait désinté. ressement. Un autre acte rendait les juges indépendants de la couronne. Les juges ne devaient plus subir le contrôle absolu et souvent arbitraire du gouvernement. L’exclusion des employés publics de la représentation et l'indépendance du corps ju&iciaire étaient pour les Canadiens deux réformes de la plus haute importance. Autrefois la chambre d'’assemblée du Bas-Canada avait fait d’énergiques mais inutiles efforts pour les obtenir ; le parti anglais s’é. tait toujours opposé à les concéder.

M. La Fontaine rédigea et introduisit trois projets de loi destinés à réformer l'administration de la justice dans le Bas-C?nada. Le premier concernait la cour du banc de la reine, et laissait dans leurs anciennes limites les quatre districts de Québec, de Montréal, des Trois-Rivières et de Saint-François. Il établissait dans les campagnes une vingtaine de à cours de circuits, qui remplacèrent les cours de districts érigées en 1841. Le district de Gaspé reçut une législation séparée. Le deuxième instituait des

(*) Ces fonctionnaires étaient les juges, les shérifs, les protonotaires, les greffiers, les registrateurs, les officiers de douane et d’accise, les sous-employés des départements publics, les maitres de postes dans les villes, etc., etc.

l'indépen.

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dans la Province, dée par la classe agricole,

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état Prospère, ne PrOposa aucun S améliorations pu-

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150 [1843 leur impuissance: c’est à peine s'ils réunirent une quinzaine de voix. On avait donc une preuve convaincante de l'immense popularité dont jouissait le ministère La Fontaine-Baldwin. En effet, on a peine à trouver dans notre histoire parlementaire une administration, qui ait äéployé autant de force, d’énergie et de talent que celle-ci. La représentation du Bas-Canada lui était exclusivement dévouée. L’ancien parti conservateur avait été désorganisé, et avait disparu entièrement. Il en était de même de la grande majorité des représentants du Haut-Canada : le parti réformiste ne formait qu’un seul corps, qui appuya toujours le ministère.

L'administratiun était donc puissante et populaire. Elle possédait la confiance presque générale des Canadiens des deux sections de la province ; mais elle n’abusa pas de son pouvoir, et fut fidèle à sa devise : rendre justice égale à tous les partis et à toutes les origines, administrer les affaires suivant les vœux du peuple. Elle put donc sans peine faire passer ses grandes mesures, qui furent accueillies favorablement du public. Il suffit de nommer les lois de judicature, de l’indépendance des juges et de l'assemblée législative, des écoles du Haut-Canada, les résolutions concernant le changement de la capitale et l’abrogation de la liste civile, pour avoir une preuve de l’ardent désir qu'avait le ministère Ge

procurer le bonheur et la prospérité de la province. |

Il restait encore les lois des écoles et des municipalités du Bas-Canada et quelques autres mesures d’une moindre importance, qui étaient sous la considération des chambres lorsque le ministère résigna su-

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152 METCALFÉ. [1843

Cette conduite de la part de Sir Charles Metcalfe avait mis les ministres dans une étrange situation. Ils considérèrent comme contraires aux principes du gouvernement constitutionnel les derniers actes du gouverneur, et eurent avec lui des entrevues pour demander des explications.

Sir Charles prétendit n’être pas obligé de consulter ses conseillers sur les nominations aux emplois publics. C'était, suivant lui, dégrader le caractère de sa charge et violer son devoir que de faire un tel abandon dela prérogative royale. IL était opposé au système d'exercer exclusivement le patronage dans des vues de parti, et voulait conférer des charges aux hommes les plus capables de rendre service au pays, sans distinction politique. Il était étonné de voir que cette question fût attribuée à une prétendue différence d'opinion sur la théorie du gouvernement! responsable. Il souscrivait entièrement aux résolutions de 1841, et considérait comme impraticable en cette province tout autre système de gouvernement que celui qui admet la responsabilité envers le peuple et envers l’assemblée législative. Mais il n’entendait pas que le conseil fût suprème et l'autorité du gouverneur une nullué.

Les ministres, de leur côté, ne niaïent pas au gouverneur le droit de nommer les employés publics ; mais ils prétendaient avoir celui d’être consultés sur ces nominations ou au moins d'en être avertis, afin de ne pas se trouver dans une fausse position. Ils réclamaient ce privilége, se croyant responsables envers les chambres et le peuple des nominations aux emplois publics comme des autres actes ministériels. Cette question était donc, suivant eux, liée aux réso-

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lutions du gouvernement responsable ; et le gouverneur, en refusant de les consulter sur ce point, ne se conformait pas aux principes de ces résolutions.

Lorsque les ministres virent qu'il y avait entre le gouverneur et eux une si grande différence d’opinion et de vucs, et que même un esprit d’antagonisme existait entre eux depuis longtemps, comme le fit remarquer Sir Charles dans cet entivtien, ils donnèrent aussitôt leur démission. Leur position n’était plus soutenable ; il n’était plus possible à des hommes d’honneur de conserver le pouvoir dans ces circonstances, sans s’expôser aux plus graves reproches de la part de leurs amis.

La crise ministérielle causa une surprise extraordinaire, et fit une sensation profonde dans la chambre. On demanda copie de la correspondance échangée sur cette question entre le gouverneur et ses ministres. Une discussion orageuse s’engagea au sujei de la conduite du ministère. M. Baldwin et M. Hincks expliquèrent, dans des discours tout à fait remarquables, les motifs qui les avaient fait agir ainsi.

M. Viger blâma les ministres sur la manière dont ils donnaient leurs explications. Ils ne pouvaient pas dévoiler des procédés qui avaient eu lieu privément dans le conseil sans les inconvénients les plus graves et sans un grand danger de saper la constitution dans sa base. La chambre ne devait pas non plus

tolérer les explications que les ministres donnaient

d’une manière aussi inconstitutionnelle, et en blessant les règles et les précédents parlementaires. M. Viger ne toucha pas à la question principale, celle des emplois publics et de la pratique du gouverne-

ment responsable. Il fut le seul de son avis, et per: sonne ne se leva pour lui donner raison.

M. Baldwin répondit à M. Viger qu'il avait du gouverneur la perruission de défendre la conduite du ministère. D’après le principe de la constitution britannique, les ministres pouvaient se présenter à la chambre représentative pour y donner leurs explicauons.

MM. Cameron, Holmes, Boul'on, Price, Durand et le colonel Prince approuverent la conduite du ministère et sa manière d'envisager le gouvernement responsable. Sir Allan McNab, M. Cartwright et quelques autres conservateurs prirent la défense du gouverneur, et approuvèrent ses opinions, dans le but évident de parvenir au pouvoir. Maïs la grande majorité des représentants adopta les vues des ministres sur cette grave question constitutionnelle, dans une adresse qu'elle vota au gouverneur, et que nous reproduisons en partie :

« Nous, fidèles et loyaux sujets de Sa 1 Majesté, les Communes du Canada, réunies en parlement provin- . Cia], exprimons humblement le vif regret que nous éprouvons en conséquence de la retraite de certains membres de l'administration provinciale sur la question du droit qu'ils réclament d’être consultés relativement aux nominations aux emplois, que nous déclarons sans hésiter appartenir à la prérogasive de la couronne ; et pour assurer Votre Excellence que la défense de ce principe leur donne droit à notre confiance en ce qu'elle est strictement conforme aux principes émis dans les résolutions qui ont été adoptées par cette chambre le 3 septembre 1841...» Quarante-six députés se prononcèrent en faveur

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de cette adresse, et vingt-trois, contre (1). Trois-Bas- Canadiens, MM. Denis-B. Viger, Neilson et Noël, étaient au nombre de ces derniers.

L’approbation de la conduite des ministres par la masse de la population du Canada vint appuyer celle de la grande majorité des représentants. Les principes qui les avaient guidés furent trouvés justes. En remettant leurs portefeuilles pour défendre les principes si précieux de la constitution, les ministres avaient fait preuve d’une noble indépendance. Sans vouloir aucunement gêner l’indubitable prérogative qu'à le gouverneur de suivre ou de rejeter les avis des ministres, ceux-ci avaient certainement droit de donner leur opinion et d’être consultés sur les emplois publics comme sur les autres questions ; ils en étaient responsables devant le peuple, conformément aux résolutions établissant le gouvernement responsah:o. Ils étaient entrés dans le mimistère, sous Sir Charles Bagot, à cette condition expresse ; et du moment que le gouverneur persistait à faire lesnominations en opposition à leurs vues, ils n'avaient pas d’autre alternative que de résigner. On tombait dans l'erreur en prétendant que concéder ce point, c'était avilir l'autorité du gouverneur. Ce

(1) Pour l’adresse :—MM. Armstrong, Aylwin, Baldwin, Barthe, Berthelot, Boswell, Boulton, Bouthillier, Beaubien, Cameron, Chabot, Child, Christie, Crane, Derbishire, DeWitt, Dunn, Du-

rand, Güilchrist, Harrison, Hincks, Hopkins, Jobin, Lacoste, La Fontaine, Leslie, D. McDonald, J.-$. Me Donald, Merritt, Moore,

Morin, Morris, Papineau, Parke, Powell, Price, Quesnel, Small, Harmanus Smith, Steele, laché, Tuompson, Therburer, Turcotte et L.-M. Viger.—(46)

Contre :—MM. Black, Czrtwrigt, Chesby, Dunlop, Forbes, Foster, Hale, Hamilton, Johnston, M2Nab, McLean, Murray, Neilson, No“, Roblin, Simpson, Henry Smith, G. Sherwood, Stewart, D.-B. Viger, Wakefield, Williams et Woods. —(23)

qui ne déshonorait pas la couronne en Angleterre ne devait pas la déshonorer dans une colonie, IL était reconnu que dans la métropole les ministres exerçaient le patronage public dans des vues de parti. C'est une des conséquences du gouvernement constitutionnel. Une autre raison qui devait porter les gouverneurs à imiter cet exemple, c’est que, étrangers au pays, ils étaient censés ne pas connaitre d'eux-mêmes les personnes compétentes aux divers emplois, et devaient, en conséquence, consulter leurs ministres. On klâma à tort les ministres d’avoir agi avec trop de prompttude, en résignant dans un temps inopportun. L'origine des difficultés, leur dit-on, ne consistait pas dans la question des emplois ; mais les ministres s’en étaient servis parce qu'ils craignaient d’être en minorité sur les projets de lois concernant les taxes municipales de l'Université du Haut-Canada, mesures qui rencontrèrent une vive opposition dans cette province.

Les événements ont prouvé que le gouverneur avait tort en refusant de recevoir sur ce point les avis de ses ministres. Aujourd’hui l’on trouverait absurde une semblable conduite.

Le vote de M. Neiïlson contre l'approbation de la conduite du ministère ne nous parait pas trop étrange, bien que ce vétéran de la politique eût combattu toute sa vie pour obtenir les libertés constitutionnelles que le pays possédait depuis deux ans. M. Neilson avait montré peu de confiance dans le ministère, et sa feuille, The Quebec Gazette, ne lui avait offert qu'un appui partiel. II avait souvent cu des paroles de blâme à lui donner. Mais le vote de M. Viger nous paraît extraordinaire. En se séparant

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de ses anciens amis politiques, M. Viger assumait envers son pays une grande responsabilité, et cherchait à diviser le parti libéral, qui avait toujours été fort uni depuis 1841. Il ne différait pas d'opinion avec les ministres sur la manière d’interprêter le gouvernement responsable ; il borna son opposition à des questions de forme, points tout à fait secondaires dans cette grave question.

M. Viger ne s'arrêta pas là : il consentit à être le conseiller principal de Sir Charles Metcalfe. Il ne craignait pas de former une alliance politique avec M. Draper, chef du ministère sous Lord Sydenham, et de l’accepter pour collègue, après l’avoir combattv jusqu'alors avec acharnement. Le 13 décembre, seize jours après la résignation du ministère La Fontaine- Baldwin, M. Viger fut assesmenté comme conseiller exécutif, avec M. Draper.

Ces deux ministres formèrent un conseil exécutif provisoire avec M. Daly, secrétaire-provincial. Pendant la crise ministérielle, M. Daly, le seul des membres de l’ex-ministère qui n’eût pas résigné, avait été l'unique conseiller du gouverneur.

Il fallait à M. Viger des motifs très-puissants pour le déterminer à accepter l'héritage de ses amis au risque de sa popularité. Il craignit que le gouvernement responsable, qu’il avait demandé toute sa vie et qui ne venait que d’être concédé, ne fût dans un grand danger ; que le pouvoir abandonné par ses amis ne passât entièrement aux conservateurs et ne mit la cause de ses compatriotes en péril. Il était persuadé que le gouverneur voulait maintenir la responsabilité ministérielle, et qu'il était animé des meilleurs sentiments envers les Canadiens. Il pensait

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que Sir Charles concèderait sans peine à un ministère qui aurait sa confiance ce qu’il aurait refusé à des hommes dont il se défiait. Dans ces circon. stances, il ne crut pas, par son refus, contraindre le gouverneur à s’entourer de conseillers ennemis qui, par leurs intrigues, le feraient dévier de la conduite libérale qu’il avait commencé à tenir. En ac. ceptant un portefeuille, il pourrait veiller aux intérêts de ses compatriotes.

M. Viger voyait donc un danger planer sur ses concitoyens, et voulut les sauver de ce péril. Il exagéra sans doute ses devoirs ; l'excès de sa vertu le perdit. Ilne fut pas compris des libéraux du Bas-Canada. Malgré sa popularité, malgré le respect dont on aimait à entourer son viel âge, il n’a pu échapper à la condamnation presque générale de ses concitoyens et de la presse libérale. On alla même jusqu’à l’accuser d’ambition personnelle, et de trahison envers son parti. Sa conduite était sans aucun doute dictée par des sentiments purs et élevés ; il voulait le bien de ses compatriotes. Pour s’en convaincre, écoutons-le : «Je puis paraître devant ceux qui m'ont fait l’honneur de m'’accorder des marques de leur confiance dans des temps critiques, sans crainte d'êtreconvaincu de les avoir trahis. L'homme capable d’être resté dix-neuf mois derrière les verrous pour ne pas souscrire à des conditions qui n'étaient pas d'accord avec l'honneur de son pays, ni reconnaître un principe dangereux pour les droits comme pour les libertés de ses concitoyens, n’a pas souillé ses cheveux blancs par des démarches contraires à son devoir, Le temps fera voir que ma conduite est de

minis- nature à soutenir le système du gouvernement resfusé à ponsable au lieu de le restreindre. »

ircon- Sa brochure sur la crise ministérielle, où il exdre le pliquait longuement les raisons qui devaient justiinemis fier sa conduite, parut au mois de janvier 1844. Elle la con- ne changea pas l'opinion de ses compatriotes, qui En ac- regrettaient beaucoup l'erreur dans laquelle il était 1x intè- tombé. M. Viger se borna à discuter, comme il l’avait fait en chambre, des questions de forme, sans ses CON- entrer dans la considération du sujet principal : le exagéra gouvernement responsable et la résignation des mi- > perdit. nistres. Il ne donna aucune raison pour expliquer Canada. les motifs qui l'avaient porté à accepter l'héritage dont on de ses amis politiques. M. Viger avait évidemment chapper lait fausse route en formant partie d’un gouverne- 8 ‘con ment provisoire, en acceptant par cette conduite la ème jus- manière de penser du gouverneur sur cette quesdhtson tion constitutionnelle. Il dut être extrêmement douà doute loureux pour luide se voir abandonné de ses amis | voulait du peuple, après en avoir été si longtemps l’idole. hvaincre, Sir Charles Metcalfe se trouva placé dans une eux qui position critique par la résignation de ses ministres. rques de Il voyaitque la majorité de la chambre et du peuple EE ainte canadien était opposée à ses vues et adoptait celle de ; capable ses ministres. Etant incapable de former un Fabipes us pour Mec l'opposition, qui ne se composait que d’une

vingtaine de députés, il essaya à diviser les membres du parti libéral pour former avec les conservateurs ue administration qui püt commander une majorité suffisante, Il ne réussit pas. C’est alors qu'il appela MM. Viger et Draper à former avec M. Daly un consil provisoire.

En suivant les voies constitutionnelles en usage dans

jent pas onnaitre me pour à ses chesg à SON te est de

de seinblables difficultés, Sir Cherles aurait dù soit dissoudre les chambres pour consulter le peuple sur la question ouverte, soit encore rappeler ses anciens ministres qui possédaient la confiance de la majorité des représentants. Il ne suivit aucun de ces moyens. Il temporisa avec son conseil provisoire, qui était censé ne pas posséder la confiance publique, puis. que aucun des trois ministres ne se présenta devant les électeurs pour se faire réélire. Le gouverneur déviait donc de la coutume constitutionnelle. En Angleterre, un souverain qui aurait suivi une sem- Mable conduite, se serait rendu coupable d’un coup d'état. Cela 1’empêcha pas la métropole d'approuver és actes de Sir Charles Elle se confia dans la capacité ct l'énergie de ce dernier, et ne voulut pas intervenir dans le différent survenu au Canada.

Se voyant appuyé par l'Angleterre, Sir Charles Metcalfe tiaf encore plus ferme à ses principes. Au même moment, il recevait les félicitations des chambres du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle- Ecosse et d’un grand 10ombre de localités du Hsnt- Canada. Il descendi. alors dans l'arène politique,

défendant sa prapre cause contre celle de ses ex-

ministres, et se constitua chef de son parti. Une lutte tout à fait désagréable s'engagea alors entre lui et ses ci-devant ministres. Sir Charles définit sa conduite et äonna ses opinions su: la question agitée, le gouvernement constitutionnel. A l’adresse des conseillers munipaux du district de Brock, il répondit qu'il ne recurrait pas à vne élection Lénérals avant le temps fixé par 1» loi. Il ajouta que, pendant son administration, il s'était toujours conformé aux principes du gouvernement responsable; il donnait une

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preu 7e de son adhésion à ces principes dans le délai qu” mettait à compléter son conseil, conduite qui prouvait son désir de former un conseil qui obtint l'appui du peuple canadien. 11 avait déjà des conseillers qui possédaient son entière confiance ainsi que celle du pays, et qui continueraient, suivant son espoir, à en jouir lorsqu'ils seraient unis à d’autres conseillers qui restaient à nommer.

Le gouverneur expliqua de la manière suivante le gouvernement constitutionnel, dans sa réponse à l'adresse des conseillers du district de Gore : «...…Si

vous entendez que le gouvernement devrait être

administré d'accord avec les vœux bien entendus et les intérêts du peuple ; qu’on devrait adhérer fidèlement aux résolutions passées en septembre 1841 ; que le conseil devrait pouvoir offrir son avis en toutes circonstances, soit qu’il s'agisse de patronage ou d'autres choses, et que le gouverneur devrait le recevoir avec l'attention due à ses conseillers constitutionnels, et les consulter dans tous les cas d’une importance suffisante ; qu’il devrait y avoir une sympathie et une coopération cordiale entre lui et eux; que le conseil devait être responsable au parlement provincial et au peuple, et que, lorsque les actes du gouverneur sont tels que les conseillers ne veulent pas en être responsables, ils devraient être libres de résigner, alors je suis parfaitement d'accord avec vous, et je ne vois aucun obstacle au fonctionnement du gouvernement responsable, pourvu que les parties respectives soient guidées par la modération,

D lesens commun, des vues honnêtes et des dispositions

équitables et exemptes d'esprit de parti. »

Dans d'autres circonstances, Sir Charles s’exprima

163 MÉTCALFE! (1844 ainsi : «.. Nul gouvertieur ne pourräit songer à administrer le gouvernement de cette province sans prendre constamment l'avis de son conseil... Agir en consultation cordiale avec le conseil exécutif et en coopération harmonieuse avec la législature, rem. plir les fonctions de mon office avec équité et bienveillance envers tous, sans distinction de classe, de croyance et d’origine, et avancer l’industrie, la prospérité, le bonheur de la province, tels ont été invariablement et tels seront toujours les objets de mon ambition. »

Le gouverneur était revenu peu à peu de la position qu'il avait assumée lors de la résignation du ministère La Fontaine-Baldwin. Il concédait en dernier lieu justement ce que ses ministres avaient demandé, savoir : que les ministres pouvaient offrir leur avis lorsqu'il s'agissait de patronage comme des autres affaires, que le gouverneur ne pourrait administrer le pays sans consulter constamment les membres de son conseil. Ses dernières délarations étaient très. libérales et fort sensées. Elles lui acquirent dans le Haut-Canada des partisans qui devinrent de plus en plus nombreux. Mais le délai qu’il mit à compléter son cabinet était loin de satisfaire le peuple; les diverses branches de l’administration se trouvaient sans chefs depuis plusieurs mois. Les affaires en souffraient beaucoup. Cette tactique était sans précédent dans le pays, et même en Angieterre. L'opposition en fit son profit.

Les libéraux des deux provinces firent tous les efforts possibles pour conserver leur influence et défendre la politique de leurschefs. Dans le Bas-Canada, ils furent unamines dans leur approbation envers

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1844] METCALFE. 163 les principes qu’avaient défendus M. La Fontaine et ses collègues : il ne fut pas possible de les diviser. On en eut une preuve dans l'élection qui 5e fit à Montréal, au mois d'avril 1844. Il s'agissait de remplacer M.Holmes. Cette électionse fit au milieud’une grande excitation. M. Drummond, candidat libéral, fut élu à une majorité de 900 voix contre M. Molson, candidat ministériel.

Le parti libéral ou réformiste du Haut-Canada forma l'association de réforme et tint plusieurs assemblées. La première réunion, qui eut lieu à Toronto le 6 février, fut une grande démonstration en faveur de la politique du ci-uevant ministère. Un grand nombre de députés et de citoyens influents s’y trouvaient, On edopta un manifeste qui fut publié et adressé au peuple de la province. Mais ces démonstrations durent s’effacer devant l'influence croissante et les intrigues du parti conservateur. Le changement de la capitale et les lois contre les sociétés secrètes avaient beaucoup agité le Haut-Canada. On y avait aussi répudié deux projets de loi introduits par M. Baldwin à la dernière session: ceux qui corfcernaient l’Université de Toronto et les taxes municipales. Une grande ; 1rtie de la population de cette section de la province était donc mécontente des membres de l’ex-ministère. Les conservateurs saisirent cette occasion pour refaire leur influence sur les ruines de celle de M. Baldwin.

Enfin, après neuf mois de crise ministérielle, pendant lesquelles Sir Charles Metcalfe n'eut qu’uu ou trois conseillers provisoires, le ministère fut organisé le 3 septembre 1844, etse composa comme suit :

aq mien are es

Â64 NETCALFE. [844

BAS-CANADA

L'Hon. D--D. Viger, président du conseil exécutif ; « James Smith, procureur-général, B. C. ; «__ D.-B. Papineau, commissaire des terres de la couronne ; « D. Daly, SOPRERREEN,

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