‹ Le Canada sous l'Union 1841-1867 [microforme] (volume 3)Chapitre 4 sur 24 · DOMINATION ANGLAISE · texte numérisé non relu

DOMINATION ANGLAISE

Par la capitalation de Montréal et le traité de 1763, les Canadiens obtinrent des conditions libérales. Le libre exercice de leur religion fut garanti ; les communautés religieuses, les établissements des

Jésuites exceptés, furent continuées dans la jouis sance de leurs propriétés, de leurs lois et de leurs coutumes, et purent jouir à l'avenir des droits et des priviléges de sujets anglais ; mais les troupes, les officiers et les employés reçurent ordre de retourner en fs France. Ainsi fut transmise à la Grande-Bretagne la | vaste colonie du Canada, que la France avait pos- | sédée un siècle et demi, et qu’elle perdit par lindifférence de son gouvernement COrrompu.

À cette époque malheureuse, en 1760, les Canadiens comptaient environ 65,000 âmes. La conquête du pays les avait laissés dans une position trèscritique : la plupart d’entre eux étaient ruinés. Ils se virent abandonnés par un grand nombre de nobles, de citoyens influents, d'officiers et de lettrés, et perdirent, par cette émigration forcée ou volontaire, une population précieuse par ses connaissances et son expérience, Malgré tous ces malheurs, ils ne se laissèrent pas décourager. Avec l’aide du clergé is s'isolèrent de leurs conquérants pour s’occuper de la culture de leurs terres dévastées, et travaillèrent avec énergie à réparer leurs pertes.

Après la conquête, un conseil purement militaire administra d’abord les affaires du pays. I fut remplacé, en 1764, par un autre conseil, composé des Anglais les plus influents et d’un Canadien obscur. Ces deux conseils gouvernèrent les Canadiens d’une manière arbitraire et despotique. D’abord traités avec indulgence par le général Murray, ils furent dans la suite, contrairement aux traités établis, privés d2 leurs coutumes et de leurs lois les plus chères, que l’on remplaça par une

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L’Angleterre se voyait alors grandement menacée de perdre ses autres colonies de l'Amérique, qu’elle avait mécontentées en essayant de prélever sur elles desimpôts.Lesdifficultés quefit naître cette démarche, la portèrent à ménager les Canadiens et à se Les attacher par des faveurs. La charte de 1774, appelée ‘“ Acte de Québec,” fut octroyée. Get acte garantissait aux Canadiens le libre exercice de leur religion, les dispensait de prêter le serment du {est, rétablissait les lois françaises en matière civile, et laissait en force les lois criminelles anglaises. Il instituait ùn conseil législatif, nommé par la couronne et composé en premier lieu d’un tiers de Canadiens. Cette concession de la part de l'Angleterre fut récompensée. Peu après, les colonies anglaises étaient en

pleine révolte, et, portant la guerre sur le sol du Canada, cherchaient à entraîner les habitants de ce dernier pays dans la même voie. Ceux-ci montrèe- M rent peu de sympathie pour les Américains, qui avaient, quelque temps auparavant, blâämé l’Angleterre de leur avoir garanti leur religion, et repoussèrent leurs promesses et leur séductions. Le clergé. les seigneurs et une partie de la population se mon- 4 trèrent fidèles à la métropole, tandis que le reste M garda la neutralité, ou se montra indifférent. Après M quelques revers, le général Carleton se vit assiégé à dans Québec par l’armée américaine. A la suite d'un combat sanglant, dans lequel périt le général Montgomery, la ville fut délivrée de ses ennemis, grâce à | la bravoure des miliciens canadiens et des soldats À anglais. \

L'acte de Quéhec, accordé pour attacher les Canadiens à l'empire, avait excité des rivalités entre eux et les Anglais. Depuis la révolution américaine, ces | derniers avaient augmenté en nombre par l’émigra- | tion de plusieurs milliers de loyalistes des Etats-Unis | dans la partie supérieure de la province. Ils auraient voulu conserver exclusivement le pouvoir entre leurs mains et faire adopter les lois anglaises. A cette époque, il se glissait de nombreux abus dans le gouvernement et dans l'application des lois ; et la conduite despotique du gouverreur Haldimand contribuait à exciter de plus en plus le mécontentxent des deux races. Ces difficultés nécessitèrent bientôt un changement, qui fut demandé par une partie des deux populations. L’Angleterre se décida à accorder un gouvernement constitutionnel, à peu près sem-

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lité des conseillers exécutifs envers les chambres. La charte de 1791, préparée par le célèbre Pitt, divisait la colonie en deux provinces, le Haut-Canada et le Bas-Canada, et accordait à chacune d’elles un conseil législatif et une chambre élective. En séparant ces deux provinces, l’auteur de cette constitution avait pour but de faire cesse les rivalités entre lesCanadiens et les Anglais, et de leur donner respectivement, une grande majorité dans Ja partie qu'ils habitaient. Maigré plusieursimperfections, dont la plusgrave consisiaiten ce quele conseilexécutifn’était pas responsable à la législature, la constitution aecordait au peuple un gouvernement dans lequèl il put manifester ses opinions par la voix des représentants, et faire connaître à la métropole les abus qu’il fallait redresser. Elle garantissait, une seconde

lois françaises et le libre exercice de leurreligion: les lois anglaises furent le partage de la province supérieure.

Le résultat pacifique qu'attendait l’auteur de Pacte de 1791, ne fut pas atteint quant au Bas-Canada. Le parti anglais, qui, en demandant une nouvelle constitution, avait espéré obtenir l'exclusion des Canadiens de la représentation, fut bien trompé, lorsqu'il vit qu'il allait être en minorité dans l'assemblée législative. Perdus au milieu de la population francaise, les marchands et les fonctionnaires se donnèrent la main pour se soutenir et dominer les Canadiens. Ils commandaient dans l'administration et dans le conseil législatif, nommés par la couronne et composés

d'hommes dévoués au gouvernement, tandis que les Canadiens ne régnaient que dans la chambre d'assemblée. Dès Le début, les représentants du peuple se trouvèrent donc en opposition directe avec les deux autres branches de la législature. Une lutte achar. née s’'engagea entre les deux partis : l’un pour dominer et conserver le pouvoir administratif, l’antre pour revendiquer ses droits, mettre en pratique les priviléges précieux que lui accordait la nouvelle constitution, et maintenir intactes ses institutions et sa langue.

Le premier parlement était à peine convoqué, que les députés anglais, en proposant la nomination d'un président de leur origine et l'abolition de la langue française, montrèrent à nu leur haine et leur ingratitude envers les Canadiens qui avaient eu la générosité de les élire. Cette proposition fut rejetée après des débats animés. Plus tard, une longue discussion roula sur l'exclusion des juges de la représentation, mesure très-juste, qui fut d'abord repoussée par le conseil, mais que le gouverneur sanctionna dans la suite à contre-cœur, d’après la recommandation du gouvernement impérial. La province gémissait alors sous le despotisme de l'administration Craig. Ce gouverneur cassa à sa volonté la législature, destitua les officiers de milice, jeta dans les cachots les vaillants défenseurs de la chambre, Bédard, Papineau senior, Taschereau, Blanchet, etc. et alla jusqu'à vouloir empiéter sur les droits de l’église de Rome.

Un gouverneur honnête et libéral, Sir G. Prévost, succéda à ce dernier, et sut gagner la confiance du

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clergé et du peuple. La guerre de 1812 interrompit pour un moment les luttes politiques, et prouva une seconde fois l'attachement des Canadiens à la métropole. Comme en 1775, ils prodiguèrent leur sang à côté des bataillons anglais, rer portèrent une victoire éclatante à Châteauguay, sous le commandement du brave colonel de Salaberry, et, par leur bravoure et leur fidélité, contribuèrent beaucoup à repousser une invasion qui aurait éloigné pour toujours l'autorité anglaise du sol américain.

Après cette guerre, les animosités recommencèrent entre les deux partis. La chambre d’assemblée, où dominaient les Canadiens, combattit avec une ardeur soutenue Contre les abus criants que l’on commit envers elle ; elle fit des efforis inouïs pour sortir de l'état humiliant où la tenait l’oligarchie anglaise, et demanda sans cesse des réformes justes et néces-

‘saires à son existence. Elle réclamait le contrôle

exclusif des subsides, l’indépendance Ges juges, l'exclusion des employés publics des deux chambres, la réformation du conseil législatif ; elle revendiquait les propriétés nationales, vouiait la réforme judiciaire et administrative, et la responsabilité à la législature des membres du gouvernement. Le parti anglais lutta avec une égale activité pour conserver la prépondérance sur la population française, refusant les demandes de justice qu'elle réclamait avec bon droit, paralysant enfin tous les efforts qu’elle faisait pour améliorer la condition politique du pays. Le bureau colonial, à part quelques légères concessions, le soutenait et l’encourageait dans cette voie, qui devait amener finalement de sitristes résultats. Dans

ces discussions orageuses, on vit briller des hommes remarquables par leur intelligence et leurs lumières : M. Papineau, fils, orateur populaire, elu président dé la chambre d'assemblée à 26 ans, M. Neilson, véritable patriote, qui, quoique d’origine écossaise, servit avec ardeur la bonne cause, M. Vallières de Saint- Réal, M. Bourdage, M. D.-B. Viger, etc. Des réclamations réitérées furentfaitesà la métropole par les Canadiens ; la dernière, connue sous le nom de ‘92 Réso. lntions,” renfermait touslesgriefsdelacolonie, L'Angleterre, tout en reconnaissant leur cause bonne, persista dans le refus de la plupart de leurs demandes. Le mécontentement devint général, lorsqu'ils virent que leur sort ne s’améliorait guère, pendant que la séparation entre les deux partis devenait chaque jour plus profonde. Dans quelques comtés du district de Montréal, les habitants commencèrent à se soulever, et les discours devinrent plus violents dans les assemblées publiques. Quelques centaines de patriotes, poussés à l'extrême, se portèrent même aux armes, et engagèrent une lutte sanglante contre leurs antagonistes, aidés des troupes anglaises. D'abord vainqueurs à Saint-Denis, ils succombent à Saint-Charles, à Saint-Eustache, à Napierville (1837-8), victimes de leur trop grand patriotisme, accablés par le nombre et privés d'armes etde munitions. Maisleur sang ne coula pas en vain pour la cause qu’ils défendaient. Ce sculèvement prouva que les Canadiens n'étaient pas décidés à subir le joug de leurs adversaires, et qu’ils étaient capables, lorsqu'ils le voudraient, de repousser l'oppression et l'injustice.

Les vainqueurs profitèrent de cette occasion pour

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assouvir leur vengeance. Elle fut terrible, La torche de l'incendie consuma des paroisses presque entières, les biens furent confisqués, les prisons regorgèrent de prévenus politiques. Bien plus, l’'échafaud fut dressé, et, pour faute politique, de nobles existences furent immolées ou transportées dans les colonies pénales, comme des voleurs et des scélérats.

La punition avait été très-sévère, bien qu'il n'y eût qu'une partie de la province qui eût pris part à la rébellion. La masse des Canadiens était attachée à la métropole par ses institutions et ses coutumes. Jusqu’alors cette population n'avait jamais pensé à une émancipation ou à une indépendance complète, et encore. moins à l'annexion à la république voisine, car elle avait de la répugnance pour les institutions américaines. Ces troubles étaient donc le fruit d’une lutte politique prolongée à outrance, et non une détermination de rompre avec la métropole ; nuls préparatifs n'avaient été faits, et les insurgés n'avaient ni armes ni munitions. On peut plutôt accuser le gouvernement d’avoir été par sa conduite la cause première de ces troubles. Les Canadiens ne réclamaient, comme ils l'avaient toujours fait, que justice de la part de l’Angleterre, la jouissance des droits qui leur appartenaient comme sujets anglais, conformément aux traités et à la constitution établie.

La nouvelle des troubles civils fit sensation en Angleterre et dans les autres pays. C'était la première fois que les Canadiens se portaient à la révolte. Le gouvernement impérial saisit cette occasion pour réunir les deux Canadas sous une même constitution, en donnant la prépondérance aux Anglais, dans

le but de mettre fin aux dissensions qui existaient à cette époque. Il désirait depuis longtemps la réalisation de cette mesure importante. En 1822, poussé par le parii anglais, il avait déjà travaillé dans ce sens, qnoiqu'il eût alors échoué, à cause de la protestation d’une partie de la population du Haut. Canada et de toute la population franco-canadienne. Depuis lors, il n'avait cessé de tendre ses efforts pour amener ce résultat. En attendant l’accomplissement de l'Union, la métropole décréta la suspension de la constitution de 1791. Elle donna instruction à Sir John Colborne, alors administrateur de la province, de former un conseil spécial, composé de vingt-deux membres, pour expédier les affaires les plus importantes. (1)

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