DOMINATION FRANÇAISE
En 1603, quelques Français, sous la conduite de Samuel de Champlain, fondaiert à Québec une colonie au sein du Canada ou plutôt de la Nouvelle- France,quelillustre Jacques Cartieravait découverte trois-quarts de siècle auparavant (1534-5). Cet humble établissement, bien qu’il ne progressôt pas avec rapidité, avait été, grâce à la sollicitude de son énergique fondateur et de ses dignes successeurs, assis sur des bases solides. Tous les soins avaient été pris pour que son origine fût noble et pure. En effet, cette population primitive se composait d'honnêtes artisans et de bourgeois, mêlés à un petit nombre de nobles, choisis avec précaution au milieu des fiers et robustes enfants de la Normandie, du Poitou, du Perche et de la Bretagne.
Dans les premières années de la colonie, le gouverneur avait scul la haute juridiction civile et militaire. De 1648 à 1663, un conseil de cinq membres,
souslaprésidencedugouverneur,posséda les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires. En 1663, le Canada, qui ne comptait encore que 2500 âmes environ, sortit des langes de l'enfance, et subit des changements importants. Depuis 1627, il avait été sous le contrôle des cent-associés, compagnie qui, se voyant incapable de remplir ses devoirs, remit ses priviléges au roi de France. Un conseil souverain, composé du gouverneur, de l’évêque, de l’intendant, etc. fut créé, et eut juridiction dans les causes civiles et criminelles pour les juger en dernière instance, d’après la coutume de Paris et les édits et ordonnances du royaume ; il posséda le pouvoir de régler l'emploi des deniers publics, de décider les affaires de police, les affaires publiques et particulières, etc. Ce conseil fut, surtout dans les premières années, le théâtre de divisions intestines ; cependant sa création fut un grand bienfait pour les Canadiens : sous son existence, qui dura jusqu’à la conquête (en 1760), le pays prospéra considérablement, et vit s’'accomplir les événements historiques les plus remarquables. Dèsle début, une ambition sublime anima les zélés fondateurs de la colonie : celle de répandre le christianisme et la civilisation parmi les peuplades indigènes. Aussitôt de dévoués religieux, les Récollets d’abord (1615), suivis peu après par les Jésuites (1625), quittent la France, et pénètrent jusqu'aux contrées les plus éloignées. Ils y répandent l’évangile au prix même de leur sang, dont ils fécondent le sol avec
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à la patrie en découvrant de nouveaux pays et en
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époque, des hommes zélés et de saintes femmes dotent la colonie d'institutions dignes des pays populeux et avancés en civilisation, et fondent (de 1635 à 1677) le collége des Jésuites, le Séminaire de Québec, le Séminaire de Saint-Sulpice, les Ursulines etla Congrégation de Montréal. Ces institutions, qui vont à l'avenir procurer aux Canadiens une éducation solide et presque gratuite, subsistent et se maintiennent grâce à des dons particuliers, grâce au travail et au dévouement de leurs membres, et ne doivent que peu de faveurs an gouvernement, si ce n’est la dotation de quelques concessions de terres alors incultes et de peu de valeur.
À part les privations qui accompagnent tout établissement à sa naissance, les Canadiens eurent à soutenir une lutte formidable et presque continuelle contre les féroces Iroquois, qu’encouragèrent les colons anglais et hollandais de l'Amérique. Ces en. nemis avaient juré la perte des Hurons et des Algonquins, alliés naturels des Français. Champlain, de concert avec ces derniers, porta ses armes dans le pays iroquois avec assez d'avantage. Plus tard, après avoir détruit presque complétement la nation huronne (1648-9), ces barbares toarnèrent leur fureur contre les Français, qu’ils avaient généralement respectés jusqu'alors; leurs bandes meurtrières portèrent partout le carnage et la dévastation. Le massacre de Lachine (1689) fut un de leurs plus cruels exploits. Mais ils furent beaucoup affaiblis et humiliés par les expéditions heureuses du marquis de Tracy et celles de MM. de Denonville et de Frontenac.
Les Canadiens eurent encore à subir les invasions réitérées d’une puissance jalouse de leur bonheur,
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Dès 1628, une flotie anglaise, sous le commandement des frères Kertk, venait sommer la faible colonie de ra
| CA ce rendre, La noble attitude de M. de Champlain A 1 sembla d’abord la sauver. Malheureusement, l’année 0 | suivante, elle fut contrainte de se rendre à l'ennemi, Ca | lorsque les Kertk se furent emparés de lescadre Fe | française commandée par de Roquemont et chargée À des Il de colons et de provisions pour les Canadiens. Trois D A4 (l ans après, le Canada était rendu à ses premiers pos- la (| sesseurs. Plus tard, en 1690, Pamiral Phipps se pré- a | sentait devant Québec avec une flotte nombreuse, et ne commencait le siége de cette ville. M. de Frontenac sut si bien prendre ses précautions, qu’il lui fit de essuyer une défaite signalée. L'amiral repartit subi- de tement, laissant aux Canadiens son pavillon comme À die trophée de leur victoire. | La lutte se continua entre les deux nations rivales. gel Les Canadiens, bien que peu nombreux et laissés leu presque à leurs propres forces, ne se contentèrent leu pas de se défendre dans leur pays; leurs bandes ma commnendées par d’Ailleboust, LeMoine, Hertel, de Fe Portneuf, se portèrent (1690) sur le sol des colonies Var voisines, semant partout leffroi et l’épouvante. vic (fl Peu après, le célèbre d’'Iberville se signalait à l’en- Ma | ll trée du Saint-Laurent et à la baie d'Hudson (1694-7), un el dotait son pays de nouvelles conquêtes, et assurait à la France la possession de la Louisiane (1697 à é 1706.) Une dernière mais terrible lutte s'engagea de 1754 à 1760 entre les deux peuples, et décida entre eux LT de la victoire. Ce fut un duel à mort, pendant lequel ral
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ques bataillons français, combattirent avec un courage inouï contre les nombreuses phalanges anglaises. A la rivière Monongahéia, sous le commandement de M. de Beaujeu, à William-Henry, à Oswego, à Carillon, sous celui du valeureux Monicalm, elles remporterent les victoires les plus éclatantes contre des forces de beaucoup plus considérables. Chaque victoire, malheureusement, épuisait les forces de la colonie ; car, malgré :eurs revers successifs, les armées anglaises reparaissaient de plus en plus nombreuses.
Epuisés à la suite de plusieurs combats, délaissés de leur mère-patrie, qui ne semblait plus digne de coramander à des cœurs si généreux, les Canadiens succombent enfin sur les Plaines d'Abraham, après un combat acharné dans leguel les deux généraux Wolfe et Montcalm payent de leur vie leur égale bravoure. Avant de se soumettre à leur vainqueur, ils se rassemblent sous le commandement de Lévis, et prennent une éclatante revanche, sur le même ‘héâtre de leur défaite de l'année précédente, et remportent une dernière victoire, comme pour montrer à leurs nouveaux maîtres qu’ils étaient dignes de vivre avec eux sur un pied d'égalité parfaite.