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qu'il ne voulait pas mépriser tout un peuple qui formait la moitié de la population du Canada. C'eût été accomplir une ombre de justice en leur faveur.
Lord Sydenham, en agissant ainsi, s'éloignait du système du gouvernement responsable, qu'il avait mission d’inaugurer dans la province. Il faussait la déclaration publique qu’il venait de faire, « d'administrer les affaires suivant les vœux et les intérèts bien entendus du peuple et de montrer pour ses sentiments tels qu’exprimés par ses représentants les égards qui leur étaient dus.» Il lui était facile de prévoir que, sans le concours des députés libéraux du Bas-Canada, le gouvernement ne possèderait ni force ni stabilité.
Les brefs d'élections furent lancés Le 19 février, et la province fut aussitôt plongée dans une excitation extrême,
Les habitants du Bas-Canada, quoique maltraités par l'acte d'union, privés de la moitié de la représentation à laquelle ils avaient droit, ne se laissèrent aller au découragement ni aux incertitudes. Au contraire, ils se levèrent comme un seul homme, et comprirent que le pays avait besoin du talent et de l’énergie deses enfants. Il leur fallait conquérir le peu de liberté que leur laissait entrevoir la nouvelle constitution, et travailler à rendre leur situation meilleure. Ils étaient prèts à tendre la main aux autorités, si justice leur était rendue ; sinon, ils agiteraient le rappel de la constitution. Des hommes éminents ne tardèrent pas à faire connaître leurs vues, et à éclairer le peuple dans leurs adresses électorales. AQuébec,
mt les Canadiens s’assemblèrent, à l'appel de MM. Neilpui son et Morin, pour jeter les bases d’un programme | ji électoral, qui fut adopté dans presque tous les
comtés du Bas-Canada. Dans ce programme, on con-
seillait aux électeurs de n’élire que des représentants 4 y F qui désapprouvassent l'acte d'union, consentissent à M
en demander le rappel ou l'amendement, et s’oppo- ! sassent à toute levée de taxes et à tout emploi des deniers publics par le gouvernement sans le concours des représentants du peuple. De son côté, M.
| | La rontaine avait déjà, dans son adresse aux électeurs du comté de Terrebonne, expliqué les prin- # t Et cipes du gouvernement responsable. IL traita cette Ps $ 1 question avec des vues larges, comme on pratiquait d ce système dans la mère-patrie. Il annonçait aussi : 1 l'alliance très-probable des libéraux avec les réfor- s ‘ : V mistes du Haut-Canada. (1) à ee] t | (') Nous croyons devoir donner presque en entier cette magni- ë fique adresse, qui parle assez d’elle-même, sans la faire suivre M v de commentaires, RE ti | NUL ‘* Les événements que l’avenir prépare à notre pays, lé seront de la plus haute importance. Le Canada est la terre de o nos ancêtres ; il est notre patrie, de x1ême qu'il doit être la patrie M d adoptive des différentes populations qui viennent, des diverses c’ 4 parties du globe, exploiter ses vastes forêts dans la vue de sy * vd | (ii établir et d'y fixer permanemment leur demeure et leurs inté- bl Fi rêts. Comme nous, elles doivent désirer, avant toutes choses, le © ci lisa bonheur et la prospérité du Canada. C’est l'héritage qu’elles da | ù doivent s’efforcer de transmettre à leurs descendants sur cette 3} terre jeune et hospitalière. Leurs enfants devront être, comme 2 p nous, et avant tout, CANADIENS. D re | En Amérique, le plus grand bienfait dont jouissent ses habi- WA le | tants, c’est l'égalité sociale ; elle y règne au plus haut degré. Si, m. pol dans quelques vieilles sociétés d’un autre og ARE elle semble lis | suffire à leurs jouissances et à leurs besoins, il n’en saurait être MW de L ainsi pour les populations vigoureuses et fortes de ce nouveau 4 na | continent. Outre l'égalité sociale, il nous faut la liberté poli- À à
tique, Sans elle, nous n’aurions pas d'avenir ; sans elle, nos pr
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De fait, il était pour les libéraux de la plus haute importance de se créer des amis politiques dans la province supérieure, afin de ne pas se trouver isolés et sans influence dans la nouvelle chambre. Ils étaient parfaitement d'accord sur plusieurs points constitutionnels. Ces deux partis entretenaient des
besoins ne pourraient être satisfaits ; sans elle, nous ne pourrions atteindre ce bien-être que nous promet la nature si vaste en Amérique. Avec des efforts constants et dirigés avec fermeté et prudence vers ce but essentiel à notre prospérité, nous obtiendrons cette liberté politique. Pour nous empècher d’en jouir, il faudrait détruire l'égalité sociale, qui forme le caractère distinctif tant de la population du Haut-Canada que de celle du Bas-Canada. Car cette égalité sociale doit nécessairement amener notre liberté
olitique. C’est le besoin irrésistible des colonies anglaises dans l'Amérique du Nord. Les mœurs sont plus fortes : Je les lois, et rien ne saurait nous soustraire à leur puissance. Il ne peut exister en Canada aucune caste privilégiée, en dehors de la masse de ses habitants. L’on peut créer des titres un jour : le lendemain, vous voyez les enfants trainer le parchemin dans la boue.
‘* Mais le moyen d'obtenir cette liberté politique, si essentielle à la paix et au bonheur de ces colonies, et au développement de leurs vastes ressources ? Le moyen, c’est la sanction de la volonté populaire à l'adoption des lois ; c’est le consentement à voter l'impôt et à régler la dépense ; c’est encore sa participation efficace à l’action de son gouvernement, c’est son influence légitime à faire mouvoir les rouages de l’administration, et son contrôle effectif et constitutionnel sur les individus plus immédiatement préposés à faire fonctionner cette administration ; c’est, en un mot, ce qui fait la grande question du jour : le gouvernement responsable, tel qu’on l’a avoué et promis à l’assemblée du Haut-Canada, pour obtenir son consentement au principe de l’union, et non tel que peut-être on l’explique maintenant dans certain quartier. |
‘ Ce principe ne constitue pas une théorie nouvelle. Il est le principal moteur de la constitution anglaise. Lord Durham, en reconnaissant la nécessité de son application aux colonies dans leurs affaires locales, a touché à la racine du mal et a recommandé le seul remède efficace. Dans les circonstances actuelles, l'importance de cette question est telle, qu’un candidat qui a des principes politiques et qui y attache quelque prix, ne doit
as hésiter à exprimer son opinion sur ce sujet. Je ne suis pas u nombre de ceux qui reposent une confiance aveugle dans les promesses du gouverneur-général à cet égard. Loin de là. Je
idées libérales, désiraient une réforme honnête, un gouvernement responsable envers le peuple. Jusqu'alors ils avaient lutté contre la faction tory pour contrecarrer son influence. De plus, les réformistes, quoique favorables à l’union, étaient opposés à cer: taines clauses de l'acte, entre autres, à celle quiimpo-
crois que dans la pratique il ne concèdera pas ce principe de bon cœur, et je pense que le plus ou le moins d’étendue où il entend aller, dépendra beaucoup de la composition de la nouvelle Chambre d'Assemblée. Pour moi, je n’hésite pas à dire que je suis « 1 faveur de ee principe anglais de gouvernement responsable. Je vois, dans son opération, les se”ies garanties que nous puissions avoir d’un bon gouvernement constitutionnel et effectif, Les colons doivent avoir la conduiïse ae leurs propres affaires. Ils doivent diriger tous leurs efforts Guns ce but ; et, pour y parvenir, il faut que l'administration coloniale soit formée et dirigée par et avec la majorité des Représentants du peuple, comme étant le seul moyen ‘‘ d’administrer le gouvernement de cette ‘“ province selon les désirs et les intérâts du peuple, et d’avoir ‘* pour ses sentiments, tels qu'exprimés par ses Représentants, la ‘“ juste déférence qui leur est due.”
‘# Une autre question non moins importante, c’est celle qui résulte même de l’union des deux provinces. Elle est un acte d’injustice et de despotisme, en ce qu’elle nous est imposée sans notre consentement ; en ce qu'elle prive le Bas-Canada du nombre légitime de ses représentants ; en ce qu’elle nous prive de l’usage de notre langue dc les procédés de la Législature, contre la foi des traités et la parole du gouverneur-général ; en ce qu’elle nous fait payer, sans notre consentement, une dette que nous n’avons pas contractée ; en ce qu’elle permet à l'exécutif de s'emparer illégalement, sous le nom de liste’civile, et sans le vote des représentants du peuple, d’une partie énorme des revenus du pays.
S’ensuit-il que les représentants du Bas-Canada doivent s’engager d'avance et sans garanties à demander le rappel de
union ? Non, ils ne doivent pas le faire. Ils doivent attendre, avant d'adopter une détermination dont le résultat immédiat serait peut-être de nous rejeter, pour un temps indéfini, sous la législation liberticide d’un Const Spécial, et de nou. laisser sans représentation aucune. C’est une erreur trop générale €? la part des partis politiques, dans les colonies, que de croire qu’ils ont de la sympathie à attendre de tel ou tel ministère impérial. Que le ministère, à Loadres, soit tory, whig ou radical, cr'a ne fera aucune différence dans la situation politique des colonies.
Le passé est là pour nous en convaincre,
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sait à la province une énorme liste civile sans le con. sentement des représentants du peuple. Il fut donc facile aux chefs des deux partis de s’entendre, et de jeter les bases d’une alliance qui devait produire les résultats les plus satisfaisants.
Au grand mécontentement des conservateurs, M. La Fontaine, dans l’été de 1840, se mit en commaunication intime avec M. Baldwin, homme d'état au cœur honnête et aux vues larges, et avec M. Hincks, jeune publicisie d’un grand talent ; tous trois tombèrent d'accord sur la manière d'interpréter le gouvernement responsable et sur certains amendements à faire à la constitution.
Pendant le temps des élections, le pays fut livré aux plus grandes agitations: Dans le Bas-Canada, la lutte s'engagea entre les partisans de l'union et ceux qui
‘ Les réformistes, dans les deux provinces, forment une majorité immense. Ce sont ceux du Haut-Canada, ou au moins leurs représentants qui ont assumé la responsabilité de l’acte d'union, et de toutes ses dispositions injustes et tyranniques, en s’en rapportant, pour tous les détails, à la discrétion du gouverneurgénéral. Ils ne sauraient, ils " puuvent pas approuver le traitement que cet acte fait aux habitants du Bas-Canada. S'ils ont été trompés dans leur attente, ils doivent reclamer contre des dispositions Lire asservissent leurs intérêts politiques et les nôtres aux caprices de l'exécutif. S'ils ne le faisaient pas, ils mettraient les Réformistes du Bas-Canada dans une fausse position à leur égard, et s’exposeraient ainsi à retarder les progrès de la réforme pendant de longues années. Eux, coïime nous, auraient à souffrir des divisions intestines, qu’un pareil état de choses ferait inévitablemet naître. Cependant notre cause est commune. Il est de l'intérêt des réformistes des deux provinces de se rencontrer sur le terrain législatif, dans un esprit de paix, d'union, d'amitié et de fraternité. L'unité d’action est nécessaire plus que jamais, Je n’ai aucun doute que, comme nous, les réformistes du Haut-Canada en sentent le besoin, et que, dans la première session de la législature, ils nous en donneront des preuves non équivoques ; ce qui, j'espère, sera le gage d’une confiance réci. proque et durable... Tiré du Dnidien.
62 BYDENHAM. [1841 1 étaient opposés à cet acte ou qui voulaient l'amender. lÆ 6 Le gouvernement, ou plutôt le gouverneur lui-même, . d pour faire élire ses partisans et obtenir une majo- |
rité, tint une conduite peu digne. IL employa sur 4 L une grande échelle la corruption, le défranchisse- 4 le
ment direct et indirect de plusieurs divisions élec. ce torales. Par une proclamation, il priva de son droit
politique le plus précieux la plus grande partie de la J population française des villes de Québec et de f Montréal. (1) Les bureaux de votation furent fixés à M él l'extrémité des demeures des habitants et loin des BSS Ph: centres populeux afin de favoriser l'élection des ce candidats minisériels. Pas moins desix élections du M de Bas-Canada furent emportées par la violence, et plu- | sieurs candidats importants durent céder devant la N
force armée. (2?) De ce nombre, étaient M. La Fontaine, chef reconnu des libéraux, M. Leslie et M. L. M. Viger, autres citoyens importants. Des troubles également sérieux se produisirent dans le Haut-Canada. Ajoutons encore l'immense patronage mis à la disposition du gouvernement, par le grand nombre d’emplois à distribuer, et l’on aura une idée de la corrup'‘ion électorale de 1841. Jamais, depuis 1791, une
(') Une clause de l'acte d'union permettait au gouverneur d’assigner aux villes d’autres limites que les anciennes fixées par les vieilles lois depuis de longues années.
(?) Voici ces comtés, avec les noms des candidats : Beauharnais, candidat élu, » pu Dunscomb, contre, J. Dewit. 40
Vaudreuil, LA og et A. Jobin. b la Fouville,, +4 A. de Salaberry, ‘ T. Franchère Montréal, comté, ‘‘ UM Delisle ‘# . J, Leslie.
Chambly "+ J. Yule « ‘ L.-M. Viger.
Terrebonne, + M. MeCulloch, ‘6 L.-H. La Fontaine.
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à tique du gouvernement. Vingt-trois députés libé-
élection ne s'était faite avec autant de désordres et d'indignités.
Dans une lettre qu'il adressa à ses électeurs, M. La Fontaine protesta publiquement contre les violences exercées dans son comté. Voici un passage de ce fameux document :
re «Un fait patent que personne ne peut nier, qui résulte des actes mêmes de Lord Sydenham, c’est qu'il s’est identifié personnellement dans la lutte électorale de notre district, dont il a pris un soin particulier à changer les places de poll ; et que, dans ces comtés, la lutte a été accompagnée de violence, de l’effusion de sang et de meurtres,
‘« En fixant pour votre comté le lieu de l'élection à New-Glasgow, dans les bois, à l'extrémité des limites de ce comté, Lord Sydenham a commis une injustice flagrante ; il a voulu défranchiser virtuellement votre comté ; et un fait important à constater, c’est que là, lui, Lord Sydenham, est descendu dans l'arène pour combattre corps à corps avec un simple individu. C'est lui qui engageait la lutte avec moi; le Dr. McCulloch n'était qu'un prête-nom. Il m'a vaincu; mais il y a de ces défaites qui sont plus honorables que la victoire, surtout quand, pour remporter cette victoire, il faut marcher dans le sang de ses concitoyens amis ou ennemis. » (1)
Malgré tant de fraudes, les Bas-Canadiens soutinrent la dignité de leur caractère. Presque partout où la franchise électorale fut observée, ils élirent des députés opposés à l'union, condamnant par là la poli-
(*) Cette lettre a été publiée dans le Canadien du 2 avril 1841,
64 8YDENHAM. [1841
raux ou anti-unionistes sortirent de l’urne électorale; et dix-neuf unionistes, la plupart conservateurs anglais, supportèrent le gouvernement. Au nombre de ces derniers, six durent leur élection à la violence, trois, au défranchissement des faubourgs des villes de Québec et de Montréal, et sept tenaient des emplois du gouvernement.
Le BasCanada remportait réellement une victoire éclatante. Ce résultat était magnifique ; il démentait l’assertion du gouverneur, que cette province était en faveur de l’Union.
Dans le Haut-Canada, les élections ne se firent pas sur le principe de l'Union ; on était en général satisfait de cet acte, qui avait procuré à cette province de si grands avantages. La lutte eut lieu entre les conservateurs, qui étaient opposés au fonctionnement du gouvernement responsable et désiraient en restreindre l'application, et les réformistes ou libéraux, qui voulaient, au contraire, une réforme aussi importante et en étendre l'application aussi loin que possible. Ces derniers désiraient encore l’amendement de certaines clauses de l’acte constitutionnel. Les réformistes restèrent victorieux et élirent vingtsix députés ; les conservateurs, seize seulement. (1)
(') Liste des députés élus pour le ler parlement canadien sous l’Union :