‹ Le Canada sous l'Union, 1841-1867 [microforme]Chapitre 48 sur 76 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

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C'est alors que la concession du gouvernement constitutionnel permit à la population française de prendre part à l'administration des affaires publiques, et d'exercer ses droits de contrôle sur les finances. Les bienfaits du nouveau système de gouvernement se firent bientôt sentir ; l'instruction, favorisée par le pouvoir, se répandit parmi le peuple ; le commerce et les industries, grâce aux grandes entreprises nationales, augmentérent dans une étonnante progression. Les Canadiens prirent alors une part de plus en plus grande dans le haut commerce, monopolisé autrefois par les Anglais. Plusieurs grandes maisons se formèrent, parmi lesquelles on remarque celles de MM. Austin Cuvillier, de MM.

Masson et Langevin, (aujourd'hui Thibaud van, Thomas & Cie. ) de MM. Ephrem et Victor Hudon, de MM. Doisseau, Têtu, Hamel, ete.

Les Canadiens comptent aujourd'hui dans les différentes branches de commerce un certain nombre de grands établissements qui ne le cèdent en rien aux premières maisons anglaises. [ls ont fondé les banques Nationale et Jacques-Cartier mentionnées plus haut, des caises d'économies, des compagnies d'assurance. Ils possèdent encore des chantiers de construction, des fonderies, des tanneries, et d’autres manufactures de toutes sortes. Ils ont établi entre Montréal et Québec une des plus belles lignes de bateaux à vapeur de l'Amérique, celle de Ta compagnie du Richelieu, fondée en 1845. Ce ne fut donc pas, comme on l’a souvent répété, l'inaptitude pour les affaires, mais plutôt des circonstances incontrôlables, qui empêchèrent si longtemps les Canadiens-Français d'entrer dans le mouvement du haut commerce.

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Les actes législatifs importants de la session de 1859, sont réellement peu nombreux. Ceux qui fixent le plus l'attention, sont le tarif, la réorganisation du département des travaux publics et l'abolition définitive de la tenure seioneuriale. Cette dernière loi éclipsait toutes les autres par son importance et par ses heureux résultats ; elle était le complément de l’acte seiœneurial de 1854.

Après la session, les libéraux dn Haut-Canada s'organisèrent à la voix de leur chef, M. Brown, pour demander deschangementsconstitutionnels. Cet homme puissant par son journal, par son habileté et son expérience, soulevait ses concitoyens en faveur de ses doctrines. Il maintenait que la constitution de 1840 n'avait pas atteint son but, qui était l’anéantissement des Canadiens d’origine française ; au contraire, elle avait servi à rehausser leur influence, car le Bas- Canada faisait la loi à la province supérieure. Il prétendait encore que le Bas-Canada, avec une population de quatre cent mille âmes de moins que celle du Haut-Canada, avait une représentation égale, qu'il ne fournissait que le tiers du revenu provincial, et recevait cependant la plus erande partie des allocationset des octrois publics. Il criait enfin à la corruption ministérielle, au waspillage, à la banqueroute inévitable. Le cri de ce tribun ambitieux devint le mot de ralliement des masses et envahit une partie du Haut- Canada.

Préparés par cette croisade, les cleargrits se réunirent plusieurs fois en convention, pour traiter des affaires politiques. Plusieurs députés marquants, au nombre desquels étaient MM.

Brown, Malcolm Cameron, McDougall et Adam Fergusson, y prirent part. Dans la dernière réunion, il y avait vingt-deux députés et cinq “ent soixante citoyens, qui étaient les délégués de la grande partie des comtés. C'est l'assemblée politique le Se nombreuse qui ait jamais été tenue dans le Haut-Canada.

La convention de Toronto se prononçx pour une division du Canada en deux ou plusieurs provinces, avec des législatures locales et létablissement d’une autorité centrale charge d'administrer les affaires d'un intérêt général. Les deux principales résolutions étaient ainsi conçues :

‘Que dans l'opinion de cette assemblée, le remède le plus praticable aux maux actuels du gouvernement du Canada se trouve Gans la création de deux ou plusieurs gouvernements locaux, ayant le contrôle de toutes les matières d'un caractère local et sectionnaire, et d’un gouvernement général qui dirigerait toutes les matières nécessairement communes aux deux provinces.

“ Que, bien que les détails des changement:

proposés dans la dernière résolution, soient nécessairement le sujet d'arrangements futurs, cperdant cette assemblée croit qu'il est de son devoir de déclarer qu'aucun gouvernement géné éral ne satisferait le peuple du Haut-Canada, s’il n'avait pour base la représentation appuyée sur le nombre. ?

Malgré que la convention fut nombreuse et composée d'hommes respectables, le projet adopté n'eut qu'un faible retentissement en dehors de l’assemblée. En outre plusieurs membres

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influents de l'opposition, MM. John-S. McDonald et Buchanan entre autres, désapprouvèrent les plans de M. Brown, et restèrent complètement en dehors du grand mouvement qu'on voulait créer. Ils niaient la nécessité d’un chanæement de constitution; ils désiraient modifier la politique des libéraux de manière à se concilier le parti canadien-français, et monter avec Jui au pouvoir. Cette différence d'opinion scindait l'opposition en deux partis distincts.

Un petit nombre de libéraux de Montréal suivirent l'exemple des cleargrits, et se plurent à favoriser le plan par lequel M. Brown voulait dominer le Bas-Canada. Ils se réunirent à Montréal, nommèrent un coinité composé de MM.

A.-A. Dorion, Drummond, MeGee et Dessaulles, et les chargèrent de faire un rapport. Ceux-ci, après avoir exposé la gravité de la situation, conclurent à l'établissement d'une union fédérale des deux provinces, ou à la subdivision des deux Canadas en trois provinces. Plusieurs membres de l’opposition, entre autres MM. Laberge et Lemieux qui venaient de rompre avec M. Brown, s'abstinrent d'assister à la réuion de Montréal.

Le plan des libéraux ne sourit pas aux Bas- Canadiens ; toute là presse, à lexception du Pays, le repoussa. On refusait toute alliance avec M. Brown. En résumé, les Canadiens des deux provinces montrèrent peu d'empressement pour le projet des libéraux, qui tomba comme ceux de la Ligue britannique et du parti annexionniste.

Sorti triomphant de cette nouvelle impasse, le ministère Cartier-McDonald, qui possédait le pouvoir depuis le mois d'août 1858, continua sa marche avec tranquillité et assurance. M. Galt se rendit en Angleterre avec la mission officielle

de régler les finances de la province, et de conclure un nouvel emprunt de Æ2,800,000, afin de faire face aux dépenses et racheter certaines dettes. Il publia sa brochure intitulée : ‘“ Ze Canada de 1840 à 1859,” dans laquelle il fit l'histoire du progrès du Canada, démontra les ressources et la prospérité de la province. Ka mission eut un plein succès; on lui offrit un emprunt bien plus considérable que celui qu'il demandait.

M. Sidney Nmith, maitre-général des postes, visita aussi l'Europe, et y créa de nouveaux arrangements avec diverses puissances, pour le transport des malles européennes par la ligne des vapeurs canadiens. Na mission fut aussi heureuse; lord Elgin, qui était à la tête du bureau des postes en Angleterre, contribua à ce résultat.

Deux nouveaux membres furent adjoints au cabinet ; MM. L.S. Morin, nommé solliciteurgénéral du Bas-Canada, au mois de janvier 1860, et M, J.-C. Morrison, placé au même poste pour le Haut-Canada, au mois de février suivant (1).

(1) Le ministère Cartier-McDonald se trouva alors composé des membres suivants :

BAS-CANADA

Hon. MM. G. E. Cartier, 1er ministre, proc.-gén., B. C,, ss N.-F. Belleau, président du conseil législatif, sf A.-T, Galt, ministre des finances, fe John Rose, commissaire des travaux publics,

Charles Alleyn, secrétaire provincial, “ L.-S. Morin, solliciteur-général, B. C.

IHAUT-CANADA.

Ion. MM. John-A. Macdonald, procureur-général, H. C.

*e P.-M. Vankoughnet, ministre des terres,

a S. Smith, maître-général des postes,

" John Ross, président du conseil exécutif, etc., George Sherwood, receveur-général, J.-C. Morrison, solliciteur-général, H. C.

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Entré jeune dans la politique, M. Morin avait bientôt conquis parmi les députés la réputation d'homme de talent et d’orateur distingué. M.

Morrison était un des membres les plus marquants du Haut-Canada ; il avait déjà été solliciteur-général et receveur-général sous les administrations précédentes. Malheureusement, il avait éprouvé une défaite aux élections générales, et le même sort l’attendait dans le comté de Grey, où il se présenta plus tard.

La législature fut convoquée, le 28 février 1860, à Québec, qui devenait capitale pour la deuxième fois (1). Le siége du gouvernement resta dans cette ville jusqu’en 1866, époque où il fut transporté à Outaouais.

Sir Edmund Head ouvrit la session par un discours dans lequel il annonça officiellement la visite prochaine du Prince de Galles, le succès obtenu en Angleterre par le ministre des finances et par le maïtre-général des postes. Il recommanda ensuite à l'attention des membres la refonte des lois municipales du Bas-Canada, l'amendement des lois concernant le débiteur et le créancier, et la régie des terres de la couronne.

L'adresse en réponse au discours du trône fut proposée, dans la chambre d’assemblée, par M. Désaulniers et secondée par M. Simpson. Elle

(1) Le gouvernement avait fait construire, pour l'usage des chambres, sur l'emplacement de l’ancien édifice du parlement, une nouvelle bâtisse, que l’on destinait à servir plus tard de bureau de poste. Il avait employé à cet effet une somme de $60,000, votée quelques années auparavant pour la construction d'un bureau de poste. Cet édifice n’a jamais servi à cet objet. Depuis la confédération, il est à l’usage de la législature de Québec. En 1871, on a bâti un magnifique bureau de poste destiné à remplacer celui dont nous venons de parler,

380 SIR EDMUND HEAD. [1860 fut votée dans une seule séance, sans qu'il y eût aucune division. Le "nnseil législatif, sur motion de MM. Boulton et LaTerrière, passa l'adresse également sans discussion. Les chambres proctédèrent immédiatement à l'expédition des affaires.

Toutes les mesures annoncées dans le discours du trône furent adoptées. On remarque d’abord l'acte qui établit une ligne de séparation entre le Haut et le Bas-Canada ; celui des municipalités de cette dernière province. Cette dernière loi remplaçaient les actes des municipalitéss et des chemins de 1855, et fut passée sans opposition. Cette loi, qui était l’œuvre de M. Cartier, avait coûté à son auteur ainsi qu'à la législature beaucoup de soin et de travail. Ensuite vient la loi préparée par M. Vankoughnet, concernant la vente et l'administration des terres publiques. Elle avait pour but principal d'augmenter les pouvoirs du commissaire des terres, de lui permettre de régler toutes les questions de litige, qui étaient auparavant souraises au conseil exécutif.

L'acte relatif aux Statuts Refondus du Bas- Canada reçut la sanction royale pendant cette session, et fat mis en force en janvier 1861 (1). Il complétait la grande œuvre entreprise par le gouvernement et les commissaires nommés pour la révision des lois du Canada. Les Statuts Refondus du Canada et ceux du Haut-Canada avaient été sanctionnés à la session de 1859. La refonte de nos lois a procuré à la population un

(1) Les membres de la commission nommée en 1856 pour la révision des statuts du Bas-Canada étaient : MM. A. Polette, G.- W. Wickstead, A Stuart, T.-T.T. Loranger, G. de Boucherville et KR. McKay.

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service important et un immense avantage. Une autre loi autorisait les membres du conseil législatif à élire leur président.

Un projet de loi, préparé par M. Cartier, concernait les baireaux d'enregistrement et les privilèges et hypothèques dans le Bas-Canada. Il reçut d'abord une grande opposition, surtout du côté des libéraux ; “mais il fut reconnu bon plus tard, lorsque le gouvernement promuleua en 1862, le tarif des honoraires, que devaient recevoir les rég'istrateurs. La réduction des frais d’ enregistrement fit disparaitre une grande partie du mécontentement.

Une autre mesure de M. Cartier amendait les actes de l'administration de la justice dans le Bas-Canada, apportait des changements dans les clauses concernant l’habeas corpus, et rejetait les dépenses des jurés et autres sur les fonds locaux (1). Les libéraux présentèrent plusieurs amendements à cette loi. M. Dorion proposa sans succès que la cour du banc de la reine n’accordät plus de permission d'appeler de ses décisions au conseil privé en Angleterre

L'acte de la représentation fut amendé en ce qui concernait les villes de Québec, de Montréal et de Toronto. Les deux premières furent séparées en trois divisions électorales, et Toronto en deux. Ces changements furent bien accueillis, à l'exception de la subdivision de Montréal contre laquelle quelques membres s’opposèrent.

(1) Eu 1859, M. W.-C. Meredith fut fait juge de la cour d'appel, et MM. Andrew Stuart, Aime LaFontaine, J.-A. Berthelot et [.- G. Thompson, juges de la cour supérieure du Pas-Canada. En 1860, MM. Antoine Polette et J-T Taschereau, furent nommés juges puisnés de la cour supérieure, et M. Jacques Crémazie, record:r de Québec.

Deux mesures commerciales, présentées par M. Galt, regurent l'approbation générale des membres. L'une établissait des ports d'entrée Bbre à Gaspé et à Sainte-Marie. Par ce dermier port, on voulait faciliter l'exploitation des mines du lac Supérieur, et attirer le commerce de [a Riviére-Rouge vers le Canada ; par celui de Gaspé, on voulait faciliter l'exploitation des pêcheries et faire de ce port un grand centre de commerce. Ces ports libres ne produisirent pas de bons résultats, et furent supprimés en septembre 1866.

Le deuxième acte réduisait les droits sur les vins de trente à vingt pour cent, ceux de l’eaude-vie de cent à trente pour cent. Le gouvernement voulait par là favoriser les relations commerciales avec Ia France, et obtenir d'elle en retour une réduction sur les bois, les vaisseaux et les autres produits canadiens. C'est ce qui eut lieu en effet. Le gouvernement français diminua son tarif de manière que les produits canadiens fussent admis en franchise ou avec des droits peu élevés. Les relations commerciales entre les deux pays augmentèrent. Depuis 1862, on a construit chaque année des vaisseaux pour le compte des artnateurs français et expédié plusieurs cargaisons de bois dans les ports de la France. D'un autre côté, il nous est venu chaque année des ports français quelques navires chargés d’eau-de-vie, de vins, etc. Ce résultat était

ælûù aux efforts de M. le Baron Gtauldrée Boileau,

consul français.

La législature passa encore un acte qui confirmait les arrangements faits par M. Galt en Angleterre, relatifs au fonds d'amortissement pour le

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achat de l'emprunt garanti par le gouvernement impérial.

Les subsides furent le sujet de longues discussions, et furent fortement censurés par les libéraux. M. Brown proposa son amendement habituel, par lequel il blämait le gouvernement d’avoir, sur sa seule responsabilité, dépensé plusieurs centaines de mille piastres. Il voulut encore faire censurer l'achat fait par le gouvernement des bateaux à vapeur de M. Baby, au prix de $225,000, et condamner l'intention done ployer ces bateaux aux frais de la province. I$ s'opposa également aux subsides accordés aux institutions religieuses. Ces diverses motions furent rejetées par une grande majorité. M. Piché proposa d'interrompre les travaux des édifices publics à Outaouais, jusqu'à la fin des prochaines élections générales, vu que le peuple devait se prononcer alors sur la confédération des provinces. Cet amendement fut également repoussé. Parmi les diverses allocations, on remarque un item de $411,000 po’ les canaux, les phares et autres travaux sur le ; int-Laurent. La chambre d’assemblée pria le gouverneur de pourvoir aux dépenses nécessaires à la réception du Prince de Gralles.

Le subside annuel accordé à la compagnie des vapeurs océaniques de Montréal, fut porté de $216,000 à $416,000. En 1863, il fut diminué à l'ancien taux. Cette compagnie venait d'éprouver des pertes considérables par le naufrage de plusieurs de ses vapeurs ; et comme elle avait fait de grands sacrifices pour établir une ligne si utile au commerce, on trouva juste de la rénumérer de ses pertes. On pourvut, par la même

loi, à l'extension de la ligne télégraphique de la Pointe-aux-Pères au Détroit de Belle-fsle, La compagnie de MM. Allan, Rae & Cie a augmenté peu à peu le nombre de ses vaisseaux, qui se compose aujourd'hui de vingt-deux s; lendides vapeurs. C'est certainement une des lignes les plus belles et les plus prospères du monde entier. Plusieurs autres lignes de vapeurs océaniques ont été établies : Dominion, Borrow Inferness, Beaver et London Temperlays. Cette dernière existe depuis plusieurs années, mais les trois autres n'ont comfiencé qu'au printemps de 1872. On peut dire que le Canada n’a rien à envier aux autres pays quant à la facilité des communications avec l’Europe. Il en est de même des communications intérieures. Plusieurs lignes magnifiques relient entre eux les principaux centres commerciaux de la Puissance. Nous mentionnons entre autres des Compagnies du Richelieu et des Vapeurs du Golfe, qui sont des plus florissantes (1).

Le gouvernement se décida à abolir les péages sur les canaux canadiens, sous certaines conditions ; un ordre du conseil exécutif, en date du

(1) Ce futen 1845, qu'un compatriote entreprenant, M. Sincennes, conçut l'idée première de la Compagnie du Richelieu. Elle fut formée par les habitants échelonnés sur la rivière Chambly, et con-truisit un premier bateau à à vapeur, qui fit le trajet de cette rivière à Montréal, et peu après un deuxième appelé Yacques-Cartier. La compagnie reçut un gran encouragement et progressa beaucoup. En 1856, celle mit à flot les vapeurs Victoria et Napoléon, et commença le ‘service régulier entre Québec et Montréal. Trois magnifiques vapeurs appelés Québec, Moutréal et Canada, font aujourd’hui le tr ijet entre les deux villes. (Za2 Patrie de 1857.)

La Compagnie des Vapeurs de Québec et des Ports du Golfe po.sède actuellement les vapeurs suivants : Secret, Miramichi, Georgia, Alhambra et Pictou. Ces vapeurs visitent les ports de la Nouvelle- Ecosse, du Nouveau-Brunswick, des isles du Prince-Edouard et de T'erreneuve.

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20 mai 1860, sortit dans ce but, Cette mesure n'eut pas l'effet d'attirer, autant que l'on ‘y attendait, le commerce américain par la route du Saint-Laurent. Les libéraux s'y opposèrent, et rétablirent les droits, lorsqu'ils montèrent au pouvoir quelques années plus tard.

Plusieurs autres lois, non présentées par le ministère, furent encore adoptées, L'une d'elles, prépuée par M. Gowan, avait pour but d'empécher les fraudes électorales ; une autre, présentée au conseil par Sir Etienne Taché, et par M. Cauchon à l'assemblée législative, incorparait les pilotes du Saint-Laurent, en bas de Québec.

Parmi les autres projets de loi soumis à la discussion des représentants, se trouve celui de M. Sicotte, qui donnait des moyens plus expéditifs de décider les élections contestées, en laissant cette décision aux tribunaux judiciaires ; un deuxième projet, présenté par M. Scott, d'Outaouais, amendait l’acte des écoles séparées du Haut-Canada ; an troisième, rédigé par M. Cauchon, fixait le taux de l'intérêt ; un quatrième abolissait la qualification exigée des membres de l'assemblée législative. Ces divers projets de loi furent abandonnés après de longues discussions. Au conseil législatif, M. Tessier soumit aussi une mesure destinée à activer le projet du chemin de fer intercolonial.

La question de la représentation fut encore discutée. M. Wallbridæe proposa qu'elle fût repartie d’après le chiffre de la population. M. Dorion proposa un amendement par lequel 1l répudiait ce principe, tant que l’Union subsisterait. Il protesta contre l’accusation portée contre lui par ses adversaires, savoir qu'il était en

faveur de la représentation en rapport avec Île Le des habitants. Il n'y eut pas de vote sur la question.

Nous avons vu que les libéraux avaient attaqué plusieurs des mesures ministérielles, ainsi que quelques articles du budget, et que tous avaient été résolus en faveur du cabinet à de grandes majorités. Il: firent une attaque directe contre le ministère par un vote de nonconfiance, proposé par M. Foley. On prétendait que ce ministère ne possédait pas la confiance de la majorité des députés Haut-Canadiens, et qu'il nommait aux emplois publics, contrairement aux vœux de cette majorité. M. Foley accompagna sa motion d’un discours modéré, et plaida sa cause d’une manière très-habile. M. Sidney Smith répondit à M. Foley, lui demanda quel remède il désirait porter à l’état des choses.

Puis il accusa le ministère Brown-Dorion d'avoir lui tenté de gouverner la province, lorsqu'il était en sa € minorité dans le Bas-Canada. cab

M. Ouimet proposa en amendement à Ja act motion de censure de M. Foley, une motion dép directe de confiance dans l'administration. Il ets prononça à ce sujet un éloquent discours. On se de plaignait, disait-il, de ce que la majorité du de ] Bas-Canada soutenait un gouvernement qui injl n'avait pas la confiance du Haut-Canada. Pour- l'or quoi cette majorité abandonnerait-elle sa posi- que tion avantageuse ? Quelle garantie aurait-elle | l'in que justice » Jui serait rendue par l’opposition,si elle I venait au pouvoir, lorsque les chefs de cette un opposition étaient reconnus pour être hostiles qu: au principe de la double majorité ? ran

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lequel ii déclarait “ que la conduite de l’administration, en gouvernant continuellement et systématiquement une section de la province en opposition aux vœux de cette section, mettait en grand danger le bien-être de la province.”

. John-N. McDonald avoua que l’administration Brown-Dorion ne serait pas restée au pouvoir à moins de posséder la confiance des deux provinces. M. Dorion déclara également avoir dit à M. Brown, lors de Ia formation de ce ministère, qu'il donnerait sa démission s’il ne commandait pas une majorité dans le Pas-Canada.

M. John-A. McDonald reprocha aux libéraux du Haut-Canada leur conduite agressive et intérossée, et la fit contraster avec la modération des députés du Bas-Canada. 11 les ridiculisa sur l’insuccès de la convention de Toronto.

M. John-H. Cameron se rallia au ministère et lui accorda sa confiance. M. Langevin expliqua sa conduite politique, et vota aussi en faveur du abinet, bien qu'il n'approuvât pas tous ses actes. M. Loranger suivit le même exemple. Ces députés abandonnèrent les animosités politiques et se rallièrent au ministère Cartier, plutot que de donner les rênes du pouvoir à M. Brown, et de lui permettre de donner effet à ses doctrines iunjustes. M. Cauchon avait aussi abandonné l'opposition depuis que M. Brown avait déclaré que son programme consacrait le principe de l'inégalité représentative.

L’amendement de M. Ouimet fut adopté sur une division de soixante-dix contre quarantequatre. Celui de M. Laberge ne réunit que quarante-quatre députés.

M. Brown tenta de faire triompher les chan-

gements constitutionnels, quiavatent été adoptés, en 1859, par la convention des cletrgrits, à Toronto. Il soumit à la considération des députés les résolätions suivantes, qu'un grand nombre de Haut-Canadiens avaient approuvées dans de nombreuses pétitions :

“ Que lumion législative existante du Haut et du Bas-Canada n’a aucunement réalisé l'attente de ceux qui en ont été la cause; qu'elle à en pour résultat d'endetter considérablement Je pays, d'augmenter les taxes, a 6té suivie de grands abus politiques et du mécontentement de tous les partis, et que cette assemblée est fermement convaincue, d’après les divisions provenant des diflérences d’origine, des intérêts de localité et d’autres causes, que lunion dans sa forme actuelle ne peut pas exister longtemps avec avantage pour le peuple.

“ Que cette chambre est d'avis que le meilleur moyen de remédier aux maux qui existent dans le gouvernement canadien, serait de former deux wouvernements locaux ou plus, auxquels serait confié le contrôle de toutes les affaires locales ou sectionnelles, et de charger quelque autorité collective de l'administration des affaires nécessairement communes à toutes les sections de Ja province. ?

M. Brown, dans un long: et habile discours, fit le procès de l’union ; il déclara qu'elle avait manqué son but, que taus les maux politiques dont on se plaignait découlait de la constitution, et que cet état avait été prévu par les hommes politiques de l'Angleterre. Il déroula ensuite tous les prétendus griefs dont le Haut-Canada avait eu à souffrir sous la pression de l’autre

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province. Le Haut-Canada n'avait pas le nombre de représentants auquel il avait droit, le tarif commercial qu'il subissait était injuste, les abus politiques étaient criants, ete. Ni le Haut-Canada, dit-il en terminant, n’obtenait pas de changenents constitutionnels, 1l devait alors avoir recours au parlement impérial pour les avoir.

M. Benjamin, dans un discours passionné, répondit à M. Brown, et se déclara favorable au maintien de la constitution. La population du Haut-Canada ne désirait pas de changements ; toutes les pétitions signées dans cette province ne méritaient guère quon s'en oc cupat, parce qu'elles av aient été signées à peu près sans examen.

M. MceGree lit preuve d’une grande éloquence ; il se montra plutôt favorable à une confédération de toutes les provinces anglaises qu’à une simple union fédérale des deux Canadas. Il vota cependant pour le projet de M. Brown. M. Dorion donna aussi son appui au chef cleurgrit, et se prononça en faveur de ses résolutions. M. John- NS McDonald parla modérément contre le projet dont il s'était déjà déclaré l'adversaire, lors de la convention de Toronto. Il ne voulait plus subir le joug de M. Brown, ni porter la responsabilité de ses actes.

La prince ipale résolution, la deuxième, fut repoussée par ur vote de soixante et quatorze contre trente-deux. Elle fut approuvée par vingthuit membres du Haut-Canada ; MM. Cumeron, Connor, Foley, Merritt, McDougald, Howland et Mowat étaient du nombre. Vingt-cinq votèrent le maintien de l'Union ; la majorité aurait été contre M. Brown si tous les membres eussent

été présents. MM. Dorion, Drummond, McGee et D.-E. Papincau furent les seuls membres de l'opposition du Bas-Canada qui restèrent fidèles à M. Brown, et votèrent pour son projet constitutionnel. Les Bas-Canadiens repoussèrent presque unanimement les exigences des cleargrits ; se voyant appuyés par un fort parti du Haut- Canada, ils préférèrent profiter encore des avantages qu'offrait la constitution plutôt que d’agiter de nouveaux changements.

M. Brown éprouva donc une défaite dans ses projets. Il put voir combien il Jui fallait peu compter sur les libéraux du Bas-Canada. Ka conduite lui avait aliéné la plupart de ces derniers, qui le reniaient pour leur chef ; il n'y eut que MM. Drummond, Dorion et McGee qui s'obstinèrent à marcher à sa suite. M. Brown fut abandonné de même de M. John-Nanfield McDonald ; en outre, plusieurs de ses partisans, MM. Foley et Connor, membres influents du Haut- Canada, laissèrent percer leur mécontentement contre lui dans leurs discours en chambre.

L'influence considérable que M. Brown avait exercée depuis 1854, se mit à décroitre graduellement, jusqu’à ce que ses propres électeurs refusassent de Jui confie: un mandat en 1861. En

eflet, cet homme était impossible comme chef

politique, et tant que le parti libéral l’aurait eu pour chef, il n'aurait pu arriver au pouvoir. C’est pour s'être montré intolérant, c’est pour avoir renié ses engagements, et montré une haine implacable aux catholiques, que plusieurs de ses partisans l’abandonnèrent.

Il fallait à l'opposition, pour réussir, un chef

plus modéré dans ses opinions et dans ses prin-

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cipes. C'est ce qui faisait que Ja désunion régnait plus que jamais dans les rangs des libéraux, et que les chefs différaient d'opinion sur les principales questions politiques, celle de la constitution entre autres. Les uns tenaient à conserver encore M. Brown pour chef; les autres le répudiaient ouvertement on indirectement. Il n’est pas étonnant que les députés du Bas-Canada aient refusé toute alliance avec les cleargrits ; ceux-c1 s’obstinaient pour la plupart, à garder M. Brown pour chef, et à admettre ses principes injustes. On à vu ces mêmes hommes demander l'abolition des écoles séparées, la suppression des institutions religieuses et de bienfaisance, refuser l’incorporation des sociétés religieuses. l'abolition des derniers vestiges de la tenure seigneuriale ; tant qu'ils professeraient ces principes, ils ne pouvaient s'attendre à une alliance avec les députés du Bas-Canada. C’est pour se venger de cette résistance, que les cleargrits demandaient la représentation en rapport avec la population, et refusaient les écoles séparées.

Les Bas-Canadiens se reposaient sur le concours de la population anglaise, dans le Bas- Canada, et sur celui de la population modérée du Haut-Canada. Ils préféraient accorder leur confiance aux chefs du parti libéral-conservateur, MM. John-A McDonald, Ross, Morrison, etc.

L'alliance politique qu'ils avaient contractée avec eux, avait oftert jusque 1à plus de garantie et de sécurité. Il suffit de comparer la conduite des deux partis pour s'en convaincre. M. John-A.

McDonald et ses collègues avaient secondé M.

Cartier dans l’accomplissement des grandes rélormes que ce dernier avait entreprises comme

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seccesseur de M. LaFontaine. Is s’etaient montrés libéraux, sans fanatisme contre les catholiques ; ils n'avaient pas décrié, comine les cleargrits, les institutions du Bas-Canada, et il les favorisaient, au contraire, de leur concours. Ils étaient favorables au muintien de l'Union et à l'égalité représentative, et se montraient disposés à favoriser également les deux provinces. Les conservateurs étaient donc les vrais libéraux, les héritiers de la politique Baldwin et Hincks, tandis que les libéraux remplissaient le rôle des conservateurs de l’ancien régime. Il y avait encore entre les conservateurs des deux provinces plus d'union, et leurs chefs avait une politique commune dans les principales questions parlementaires.

Seulement, il était regrettable de voir M. John- À. McDonald avec ne constante minorité dans sa province. Il nous semble qu'il aurait pu contracter une alliance avec quelques réformistes modérés, et obtenir par là la confiance de la majorité des représentants. Il se serait mis d'accord avec sa conduite de 1856, lorsqu'il avait donné Sa démission, parce qu'il ne pou sait administrer les affaires avec le degré de vigueur nécessaire. M. McDonald était cependant encore le chef le plus populaire du Haut-Canada. Après la session on lui donna, dans plusieurs endroits, des diners officiels pour approuver sa conduite politique. C'est dans une de ces démonstrations, qu'il se montra attaché à l’Union, et qu'il se déclar: déterminé à maintenir les écoles séparées, conduite approuvée de ses collègues, et qui lui acquit des catholiques un surcroit de sympathies.

La visite du Prince de Galles au Canada fait

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1860] SIè EDMUND HEAD. 393

époque dans les annales historiques. Ce fut au mois d’acût 1860, que le fils aîné de la reine Vic- Lorla arriva dans la province. L’auguste visiteur était guidé par les avis du ministre des colonies, le duc de Newcastle. Après avoir parcouru les provinces maritimes, le Prince Roval entra, le 12 août, dans le bassin de Gaspé, où il fut reçu par Nir Edmund Head et les ministres eanadie ns, rendus Jà pour lui souhaiter 1a bienvenue (1). Le 18 le Prince débarqua à Québec, où il fut accueilli avec le plus grand enthousiasme. Le maire, M. Langevin, lui lut une adresse de bienvenue. Pendant son court séjour, il y eut illumination, feux d'artifices, ete. Il tint un lever officiel, reçut plusieurs adresses, entre autres celles du conseil législatifet de l'assemblée législative, qui s'étaient réunis pour la circonstance,

et créa chevaliers leurs présidents, MM. N.-F.

Belleau et Henry Smith.

La population de Montréal montra le même enthousiasme pour le Prince Royal, qui présida à l'inauguration du Pont Victoria, le but principal de son oyage, et assista à l'exposition des industries de la province. Le Prince fit une courte visite aux villes des Trois-Rivières, de Naint- Hyacinthe et de Sherbrooke, puis il se rendit à Outaouais, la nouvelle capitale, où il présida à la pose de la première pierre des édifices du parlement. Le passage du Prince dans le Bas-Conada ne fut partout qu'une marche triomphale; la

(1) La suite du Prince <2 comoosait du duc de Newec:stle, du comte Saint-Germain, du lord Staflord, du major-général Bruce, etc.

L’escadre royale se composait du //r0 de 91 canons, de l'Ariadne

et du Æ/vine Fish.

population l’accueillit avec la plus respectueuse fidélité, lui donna des fêtes dignes d’un hôte royal.

Le Prince parti d'Outaouais rentra dans le Haut-Canada, arrêtant un instant à Brockville avant d'aller à Kingston. Un incident regrettable l'empêcha de faire son entrée dans cette ville. La société orangiste avait résolu de sortir en corps avec ses insignes, et avait élevé des arcs de triomphe portant les emblêmes de la société, Les catholiques avaient protesié contre le projet des orangistes, et en avaient informé le duc de Newcastle. Ce dernier déclara que toute démonstration de ce genre devait être supprimée, et que si les orangi istes persistaient dans leur dessein, il aviserait le Prince de changer son itinéraire. On avait pareillement refusé de recevoir une adresse des francs-maçons. Le Prince attendit une journée pour leur donner le temps de changer leur dessein. Les ocrangistes voulant satisfaire leurs sentiments de rancune et de vanité, reiusèrent de se rendre aux désirs du duc, et imposèrent leurs caprices à la majorité des citoyens, qui désiraient accueillir le Prince et lui montrer leur loyauté, Ils firent peser sur l'administration la conduite du duc de Newcastle à leur égard. Cette malheureuse affaire souleva de nouvelles passions et créa de graves mécontentements.

La même chose se passa à Belleville, où les orangistes avaient préparé de semblables démonstrations. Le Prince continua sa route sans y débarquer, et arriva à Toronto. Les orangistes avaient promis de ne faire comme corps aucune démonstration ; quelques-uns d’entre eux insultèrent cependant le duc de Newcastle. La popu-

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lation fit au Prince une brillante réception, et ces démonstrations se répétèrent à London, à Hamilton et dans les autres villes que le Prince visita. Ce dernier laissa le Canada après un séjour d’un peu plus d’un mois, et s'en retourna par les Etats-Unis qu’il parcourut incognito.

Le prince Alfred, deuxième fils de la reine, visita le Canada l’année suivante, et reçut de la population les mêmes marques d'estime et de loyauté. Il suivit le même itinéraire que celui du prince de Galles. Un autre personnage distinœué visita la même année (1860) le Canada : le prince de Joinville, descendant d’une race illustre. Ce prince, le troisième fils de l’ex-roi Louis- Philippe, évita soigneusement toute démonstration publique ; il excita cependant de vives sympathies parmi les Canadiens.

Ce fut aussi en 1860 que M. Rameau, l’auteur de La France aux Colonies, Youlut visiter les lieux dont il avait si bien parlé. M. Rameau a fait dans son excellent ouvrage des études consciencieuses sur les développements de la race française en Amérique, surtout sur les Canadiens et les Acadiens. Ce livre précieux, qui est répandu en France, a contribué beaucoup à faire connaitre les Canadiens d’origine française.

Un autre prince français, le prince Napoléon, fils du prince Jérôme, et neveu de Napoléon Ier, fit aussi en 1861, un voyage au Canada, où il fut reçu partout avec le plus grand enthousiasme.

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