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passa dans l’automne de 1861. La guerre civile entre les Etats du Nord et ceux du Sud de l’Amérique sévissait déjà depuis quelques mois. Le gouvernement confédéré envoya deux délégués, MM. Masson et Slidell, chargés d’une mission européenne. Ces délégués, embarqué à à bord d’un paquebot anglais, le Trent, furent arrêtés avec leurs secrétaires, dans le œolfe de la Floride, par le navire américain Sur Jac into, que commandait le capitaine Wilkes. Ils furent incarcérés dans une prison d'état, par ordre des autorités de Washington
Cette arrestation tout à fait contraire aux lois internationales, produisit en Angleterre et au Canada une sensation profonde. La métropole s'empressa de demander au gouvernement américain la réparation de l’insulte faite au pavillon anglais, et la reddition des délégués après une apologie convenable. Puis elle fit des préparatifs militaires, envoya des troupes et des munitions au Canada, dans le cas de rupture de la paix.
De leur côté, les Canadiens firent les démarches que commandait la prudence. La aœuerre qui se faisait aux portes du Canada pouvait se tourner contre eux. Le gouvernement voulut prévenir tout danger ; il organisa la milice, et fvorisa la levée de bataillons de volontaires, qui se formèrent dans les principaux centres. Enfin, les Canadiens montrèrent le plus grand zèle pour défendre leurs foyers de concert avec les troupes anglaises.
Heureusement que la diplomatie trancha la difficulté du Trent. Les Américains avaient d'abord approuvé l'arrestation des délégués du Sud, le congrès avait même voté des remerci-
ments au commandant Wilkes ; mais ils revinrent net e à une conduite plus prudente. Ils réparèrent Ross l'insulte d’une manière satisfaisante, en désa- COR vouant l'acte de violence commispar leurs officiers Tron de marine, et en libérant les prisonniers, qu'ils Me.
replacèrent sous la protection du pavillon anglais.
La métropole fit de grands éloges de l'attitude du jt prise par les Canadiens ; la reine les félicita b fut d officiellement de leu: loyauté et de leur patrio- ; fut J tisme. Cette fidélité et ce dévouement des Cana- D'aut
diens envers l'Angleterre se manifestèrent en train effet d'une maiïère éclatante ; même ceux qui, train en 1849, s'étaient faits annexio-"nistes, se mon- SIOn, trèrent également prêts à défendre le drapeau y ri britannique. Ces manifestations de loyauté éton- Æ JuUse nèrent les Américains, et détrompèrent ceux qui la rei croyaient qu'un certain nombre de Canadiens M. avaient des tendances annexionnistes. Il faut culté avouer que dans la lutte civile entre les Etats, nu
les sentiments de la masse des Canadiens furent favorables aux confédérés. L'affaire du Trent sente contribua à diminuer les sympathies pour la sente
cause des Etats du Nord. Patto Cette difficulté fit sentir la nécessité d’orga- Cana
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niser la milice sur un pied efficace, et de cons- ME truire le chemin de fer intercolonial, de Québec gene à Halifax. C'était le moyen d’avoir un débouché la po à la mer, sans avoir à compter avec les Etats- | min: Unis, et de faciliter les opérations militaires. Les enr
négociations entre les colonies et l’Angleterre ques furent reprises pour la construction de &e chemin, tère
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tain temps. Dè Quelques jours avant la session de 1862, trois don ministres du Haut-Canda, MM. Ross, Vaukough- | vaux
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net et Morrison donnèrent leur démission. M.
Ross désirait se retirer depuis longtemps, afin de consacrer tout son temps aux affaires du Grand- Tronc, comme président de la compagnie. M.
Vankoughnet, décidé à abandonner la politique, fut fait chancelier du Haut-Canada, à la place du juge Blake. M. Morrison, dont le malheur fut de n'avoir pu obtenir un mandat, fut aussi fait juge de la cour des plaidoyers communs.
D’autres changements eurent lieu dans la magistrature. Sir Zohn-B. Robinson, ayant été contraint, par son âge avancé, de donner sa démission, comme juge en chef de la cour du banc de la reine, fut remplacé par le juge À. McLean ; le juge Hagarty monta alors à la cour du banc de la reine, à la place de ce dernier.
M. John-A. McDonald éprouva quelque diffculté dans le choix de ses nouveaux collèsues. MM. John-H. Cameron et Campbell refusèrent d'accepter des portefeuilles, parce qu'ils ne purent s'entendre avec lui sur la question de la représentation. Après plusieurs démarches, M. James Patton fut nommé solliciteur-général du Haut- Canada, M.J.-B. Robinson, président des comités du conseil exécutif, et M. Carling, receveurgénéral. Ces changements ne modifiaient en rien la politique du ministère; bien que les nouveaux ministres fussent favorables à la représentation en rapport avec le chiffre de la population, cette question resta encore libre ; seulement le r'inistère ne devait pas présenter de mesure qui concédât ce principe.
Dès le mois de juin 1861, M. Rose avait aussi donné sa démission comme commissaire des travaux publics, et avait été remplacé par M. Cau-
chon. La nomination de ce dernier fut bien accueillie ; M. Cauchon avait déjà donné de hautes preuves de capacité administrative, comme commissaire des terres de la couronne.
Lord Monck ouvrit le septième parlement, le 20 mars 1862, et pria ls deux chambres de choisir leurs présidents. Le conseil législatif, comme nous l'avons vu précédemment, avait obtenu le droit de nommer son orateur. Sur motion de Sir Etienne Taché, Sir Allan MeNab fut élu à ce haut poste, à une majorité de trois voix. L'esprit de parti resta étranger à ce choix.
Par cette élection, Sir Narcisse Belleau cessait d’être président du conseil législatif. Il continua à rester dans le ministère, et accepta ie portefeuille &: ministre de l’agriculture, département qu’une loi nouvelle devait conctituer sépartment.
À l’assemblée législative, les partis commencèrent la lutte politique par le choix du président. M. Cartier proposa M. Turcotte, député de Trois-Rivières, comme candidat ministériel ; 1l énuméra les services que ce député avait rendus au parii libéral-conservateur. M. Drummond présenta M. Sicotte, comme le candidat de l'opposition, et rappela la manière habile et honorable avec laquelle il s'était déjà acquitté des devoirs de président de la chambre. Malgré les titres de M. Sicotte à la présidence, M. Turcotte l’emporta de treize voix.
L'heureux candidat avait les qualités requises pour la haute position que venait de lui conférer la majorité des représentants. Il possédait les deux langues, et avait une expérience parlementaire de vingt années. M. Turcotte était de plus
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Dans le discours du trône, Lord Monck annonça officiellement la mort du Prince Epoux, le Prince Albert, et les éloges donnés par la reine à la loyauté des Canadiens dans l'affaire du Trent. Il recommanda à la considération des membres, le libre échange entre le Canada et les provinces maritimes, l’organisation de la milice, et une loi de banqueroute dans le Haut-Canada.
M. Denis, jeune député, proposa l'adresse, qui fut secondée par M. Notman. L'opposition demanda sur les changements ministériels des explications, que les ministres se hâtèrent de donner. Le chemin de fer intercolonial fut le sujet de quelque discussion. Les députés furent presque unanimes à admettre l'importance et la nécessité de sa construction, quinze seulement votèrent contre le paragraphe de l’adresse qui s'y rapportait.
L’interminable question de la représentation revint encore sur le tapis. Ce fut M. Wm.
McDougall qui présenta un amendement à l'adresse, par lequel il regrettait que le gouverneur n’eût pas été avisé de recommander une mesure propre à assurer au Haut-Canada, qui avait 285,000 âmes de plus que le Bas-Canada, sa juste part dans la représentation.
M. Sicotte présenta un amerdement à cette motion, par lequel il affirmait que l'égalité dela représentation était essentielle au maintien de l’Union, et garantissait à chaque section des lois et des institutions en harmonie avec ses désirs et ses besoins. La majorité des représentants du Bas-Canada et tous ceux du Haut-Canada, à
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l'exception de M. John-S. McDonald, se prononcèrent contre cette motion. M. Cartier démontra qu'elle était inopportune et inutile, après la position prise par les ministres à la dernière session ; il la considérait comme une motion de non-confiance ; il fallait s2 contenter de voter contre l'amendement de M. McDougall.
M. John-H. Cameron demande d'accorder au Haut-Canada une augmentation de la représentation dans l'assemblée législative et de conserver le caractère au conseil législatif. I] fit un habile discours pour engager les Bas-Canadiens à voter en faveur de son amendement, qui fut également refusé.
M. Dickson proposa une motion plus juste et plus acceptable : c'était de repartir la représentation dans les deux provinces, suivant la population, tout en conservant l'égalité. Cette motion reçut l'approbation des libéraux du Bas-Canada. M. Sicotte déclara que ce changement ferait disparaitre de choquantes inégalités, qui avaient excité beaucoup de mécontentements. MM.
Foley, McDougall et McGee se prononcèrent fortement pour la motion, qui fut cependant repoussée par une forte majorité dans chaque section de la province (76-40). M. Cartier et plusieurs autres conservateurs se prononcèrent contre, parce qu'on admettrait par là la représentation proportionnelle au chiffre de la population, principe qui tendait à assimiler nos institutions à celles des Etats-Unis.
Eeaucoup de députés prirent la parole sur cette question ; cn remarqua dans leurs discours une grande modération. La motion McDougail ne réunit que quarante-deux députés, tous du Haut-
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Canada. Comme en 1861, le Bas-Canada repoussa unanimement les prétentions de la province ouest. Nons voyons, par les motions opposées de MM. McDougall et Sicotte, deux des chefs de l'opposition, que le Haut-Canada n'avait pas plus de chances d'obtenir des libéraux une augmentation de représentants, et qu'il était impossible de régler la question sans un changement constitutionnel. Nous verrons bientôt les partisans outrés de la représentation basée sur la population, abandonner eux-mêmes leurs opinions afin de parvenir au pouvoir.
La principale lutte eut lieu lorsque M. Foley, autre chef libéral, proposa un amendement à l'adresse, par lequel il déclarait que le goivernement avait violé la constitution en maintenant pendant deux ans au pouvoir M. le solliciteurgénéral Morrison, sans avoir un siége dans le parlement.
La chambre s'était déjà, en 1861, prononcée sur ce sujet. Le ministère considéra cette motion comme Vote de non-confiance ; plusieurs de ses partisans après avoir blâmé l'acte de M. Morrison, votèrent cependant contre la motion, qui fut rejetée à une majorité de dix-sept voix. Ce vote mit fin à la longue discussion de l'adresse ; comme le prouvent les différentes divisions, le ministère Cartier-McDonald était appuyé par un nombre de partisans assez considérable.
Au conseil législatif, l'adresse proposée par M. Boulton, fut adoptée sans division.
Un des principaux actes de cette session fut celui qui amendait la loi de 1857, concernant le bureau d'agriculture. Il organisait ce bureau en un département public, séparé, sous la direction
d'un ministre de l’agriculture. Cet acte référait à ce bureau, outre les statistiques et les patentes, toute matière qui se rattachait à la colonisation et à l'immigration ; il laissait toutefois au gouverneur en conseil le pouvoir de transmettre le contrôle de l’immigration et de la colonisation à un autre département.
Ce nouvel acte complétait l’organisation des départements publics. La plus grande partie des abus d'autrefois était disparue dans chaque bureau, par suite des modifications qu'on y avait faites.
L'organisation séparée du département de l’agriculture avait été ardemment sollicitée par la presse et par le peuple. On avait reproché à M. Vankoughnet de ne pas connaître assez le Bas-Canada, d’avoir encouragé une immigration protestante, et d’avoir concédé des limites considérables de bois à des particuliers, au détriment de la colonisation. On avait alors demandé de placer à la tête de ce département, un ministre qui encourageât une immigration catholique et püt travailler efficacement au rapatriment des Canadiens-Français, réfugiés aux Etats-Unis. Ie gouvernement s'était rendu aux désirs de la population, en mettant Sir Narcisse-F. Belleau à la tête des affaires de la colonisation et de l’immigraticn, en envoyant des agents d’immigra- "tion dans les pays catholiques, et en favorisant le retour des Canadiens émigrés.
Pendant cette session, les hommes d'état accordèrent à ces graves intérêts une attention toute particulière. En proposant de nommer, à l’assemblée législative, un comité d'immigration, M. McGree traita cette question à un point de vue
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1862] LORD MONCK. 489 pratique et élevé, et fit d'excellentes suggestions pour le développement de la colonisation.
M. Cartier s'éleva contre le reproche fait au gouvernement dont il était le chef, de n'avoir pas donné un encouragement suffisant à l’immigration et à la colonisation. Il énuméra les causes qui avaient retardé le défrichement des terres incultes. 11 déclara que le gouvernement voulait faire de nouveaux efforts, ét se proposait de doubler l'octroi des chemins de colonisation. Le comité suggéra plusieurs améliorations concernant les émigrés.
Un comité de colonisation fut également nommé ; on répandit des circulaires parmi les personnes capables de fournir des renseignements sur la colonisation ; on recommanda d'ouvrir plusieurs routes dans la forêt, de cesser la vente de limites considérables, d'accorder au colon seul le droit au bois de sa propriété, lorsqu'il aurait payé le premier versement du prix de sa terre.
M. J.-B.-E. Dorion, qui prenait un grand intérêt à la cause des colons, proposa de changer les réglements qui régissent la coupe du bois sur les terres publiques. Il prétendit que ces réglements mettaient les colons à la merci des marchands de bois, qui, munis de licences, enlevaient partout le meilleur bois. MM. Cauchon et Sherwood répondirent que ces règlements étaient sages ; que s’il y avait des abus, il fallait en conférer avec le département des terres.
Les conseillers législatifs nommèrent également des comités sur la colonisation et sur l'immigration. Sir Narcisse-F. Belleau prononça un intéressant discours sur les affaires qui concernaient son département. Il constata les pro-
grès de la colonisation dans les dernières années, grâce à l'impulsion donnée par le gouvernement, et déclara qu'il y avait dans le Bas-Canada sept millions et demi d'âcres de terre arpentés et ouverts aux colons.
Les Canadiens, sans distinction de parti, demandèrent à l'unanimité une colonisation plus efficace. La presse n'épargna pas ses écrits : le clergé redoubla d’eflorts et de patriotisme.
La colonisation avait fait des progrès assez considérables dans les dernières années, grâce à l'octroi de $100,000 fait annuellement depuis 1855, et à d’autres sommes accordées à des chemins de première classe. De 1853 à 1862 inclusivement, il avait été fait dans le Bas-Canada 1843 milles de routes colonisatrices, qui ont coûté $536,000. La vente des terres s'était accrue grandement dans le Bas-Canada, et avait dépassé, en 1860 et 1861, celle du Haut-Canada.
La construction du chemin du Grand-Tronc à travers les Cantons de l'Est avait favorisé le développement de cette riche partie de la province. En outre, pendant les sept dernières années, le gouvernement y avait dépensé plus de cent mille piastre pour l'ouverture et l’entretien des diverses routes. Il avait été déterminé à faire ces sacrifices d'argent par le fameux mémoire de douze missionnaires des Cantons de LEst, rédigé par M. l'abbé Antoine Racine, et qui eut beaucoup de retentissement. Ces zélés missionnaires, connaissant l’état misérable du colon en ces endroits,exposèrent ses besoins, les obstacles qui s’opposaient au rapide établissement des terres, et recommandèrent l'ouverture de nouveaux chemins. Leur appel ne fut pas fait en vain. On a une idée du
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développement de la colonisation par la population française en établissant que, dans les huit comtés qui forment les Cantons de l'Est, le; C'anadiens-Français étaient en 1851, inférieure en nombre à la population anglaise de 13,600 âmes, et que dix ans plus tard, ils la dépassaient de 4,400, L'augmentation de la population française avait été de cent quatorze pour cent, tandis que celles des autres origines n'était que de cinquantesept. Ces cantons, destinés à être peuplés exclusivement de colons anglais, faisaient graduellement place aux colons” franc: us. C'était, comme le remarqua un jour M. Joly, entre les deux races une lutte de travail et d'énergie.
Voici comment M. l'abbé Chartier s'e xprime sur les Cantons de l'Est, dans sa brochure sur la colonisation : “ De l'avis de tout le monde, ce territoire est susceptible de devenir la partie la plus riche, la plus belle de la Province de Québec. Le paysage est magnifique ; les sites sont charmants. Le climat est aussi doux, sinon plus doux, que celui de nos anciennes paroisses. Les chemins à lisses qui existent déjà, et surtout ceux qui sont e» voie de construction, promettent un écoulement rapide aux produits de l’agriculture. Le voisinage des Etats-Unis est encore un avantage considérable. Le caractère accidenté du pays, tout en rendant facile l'égout des terres, fait abonder les pouvoirs d'eau partout. Les terres hautes, couvertes en bois francs, offrent un sol léger, il est v rai, mais propre à la culture de toute espèce de grains et surtout très favorable à la production du foin et de l'herbe. La supériorité des pâturages des Cantons de l’Est est bien constatée ; c'est là qu’on rencontre les plus beaux
troupeaux, et nos races d'animaux dégénérées, une fois transportées là, semblent y acquérir une taille et des qualités nouvelles. Ceci est dù, sans contredit, aux pâturages dont elles sont nourries et à l'excellente eau que leur fournissent les sources si pures, les ruisseaux si limpides que l’on rencontre partout dans cette région.
‘“ Un des plus grands avantages qu’il y a à coloniser les terres hautes, c'est que dès la première année, on peut semer et récolter sans être tenu d’arracher les souches, et sans s'occuper de l’égout du sol; tandis que la cendre du bois franc, convertie en sel, suffit pour payer la plus crande partie des frais de défrichement.
“Il y a dans les Cantons de l’Est de l’espace pour les Canadiens des Etats-Unis, qui désirent revenir fouler le sol de la patrie, et pour tous les pères de famille dans les vieilles paroisses qui visent à établir leurs enfants.
“ D'abord le gouvernement y possède encore un peu moins d'un million d’âcres de terre ; c’est ce qu'on appelle terres publiques ou terres de la couronne. Le prix de ces terres est de trois chelins l’âcre au plus.”
Le gouvernement avait fait commencer à erands frais, depuis 1858 environ, plusieurs grandes routes qui traversent les terres incultes à l’est de Québec, dans la partie sud du Saint- Laurent. Ce sont les chemins Taché, Elgin, Témiscouata, Métapédiac et Matane (1). Des éta-
(1) Le chemin Taché suit une ligne parallèle au fleuve depuis le canton Buckland, comté de Bellechasse, jusqu’au chemin de Matspédiac, cointé de Rimouski. En 1862, cinquante milles de ce chemin étaient terminés ; il n’est pas encore achevé. Le chemin Elgin part du fleuve Saint-Laurent, F Saint-Jean-Port-Joli, court vers le sud et gagne la ligne provinciale, en. traversant six cantons. Le chemin Témiscouata part de la Rivière-du-Loup, et gagnant le sud se rend à
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1862] LORD MONOK. 443
blissements s’échelonnèrent le long de ces routes. En 1861-62, une petite colonie d’Acadiens, de l’île du Prince-Edouard, au nombre d'environ quatre cents personnes, vint se fixer dans le canton de Métapédiac, et prospéra grâce à quelques secours publics. En 1859-60, quelques autres colons s’établirent sur le chemin Elgin et sur le chemin Taché. Ces premiers établissements furent surveillés par M. Stanislas Drapeau, un de nos Zélés promoteurs de la colonisation. Déjà plusieurs d’entre eux forment aujourd’hui des paroisses assez prospères. M. Drapeau a fait un livre précieux sur les développements de la colonisation du Bas-Canada de 1851 à 1861. Cet ouvrage qui a reçu des éloges mérités, contient une masse de renseignem:nts sur la colonisation (1). En 1862, quelques frères Trappistes.
la frontière du Maine. Le chemin de Métapédiac s'étend de Métis à la Baie des Chaleurs ; enfin Le chemin qui s'étend de Matane au Cap Chattes.
(1) Nous extrayons de l'excellent ouvrage de M. Drapeau, les statistiques suivantes, qui nous dém ntrent le progrès agricole des dix dernières années :
“Il y a dix ans, en 1851, on portait le nombre des occupants de terres à 95,813, dont 14,477 propriétaires occupaient des circuits ou lopins de terre d’une étendue moindre que dix acres ; aujourd’hui le chiffre des occupants de terre s'élève à 105,671, dont 6,822 seulement possèdent des circuits ayant n:oins que dix acres. Ces faits constatent assez les développements de la colonisation, puisque le nombre des familles établis sur les emplacements a diminué de plus de la moitié, et que le chiffre total des nouveaux occupants de terre s’est accru de 0,858 durant ces dernières dix années.
‘En 1851, on comptait dans le Bas-Canada 3, 605,167 acres de terre en état de culture, dont 2 »072,341 acres avaient été ensemencés et avaient produit 15,221,013 minots de grains et 4,972; 937 minots de patates et légumes, formant en tout 20,193,950 minots et 755- 579 tonneaux de foin.
‘“ Le recensement de 1861 démontre qu'il y a actuellement “ins 235 acres de terre en labour, dont 2,928, 133 acres ont été ensemencés et ont produit 27,565, 179 minots de grains et 14, 184,612 minots
jetèrent encore les fondements d’une autre colonie dans le canton de Langevin ; ils se virent bientôt entourés par un certain nombre de colons.
Jusqu'en 1850, la colonisation s'était portée principalement dans la partie sud du St-Laurent. Il y avait, cependant, du côté noru des Laurentides une vaste plaine s'étendant du Saguenay à l’Outaouais. C’est dans cette contrée qu’une partie de la colonisation s'était portée depuis une dizaine d'années. Les établissements fondés en 1850, par MM. les abbés Hébert et Boucher, sur les bords du lac Saint-Jean, avaient pris de l’ac-
de patates et légumes, en 1860, formant une récolte totale de 41,- 749,791 min:ts et 689,977 tonneaux de foin.
‘° Ces statistiques constatent donc une augmentation de 1,199,06$ acres de terre nouvelle préparés durant ces dernières dix années, ayant produit un surplus dans les récoltes de 12, 344,166 minots de grains, et 9,211,675 minots de patates et légumes, formant un total de 21,555,841 minots. Quant à la culture du foin, il y a eu une diminution dans le rendement de 65,602 tonneaux, par suite de l’extension que prend la culture des légumes pour la nourriture du bétail, et aussi pour d’autres causes qu’il n'entre point dans mon sujet de développer.
‘Il y a dix ans, on estimait la valeur de la propriété foncière rurale du Bas-Canada à $116,832,632, égale à une valeur moyenne par terre de $1,228 ; aujourd’hui cette valeur s'élève à $171,513,- 069, à part les villes, soit environ $1,623 par chaque terre ; formant ainsi une augmentation de $54,680,437.
‘ La valeur récoltée des grains, patates et foin, s'élevait à $15,- 774,722, en 181 ; aujourd’hui cette valeur est portée à $26,452,- 874 ; offrant ainsi un accroissement de richesses de $10,678,152.
‘ Le bétail a aussi subi une grande augmentation depuis dix ans, surtout sous le rapport du perfectionnement des races.
‘ En 1851, le chiffre du bétail s'élevait à 1,681,531 têtes, évaluées à $19,256,732 ; aujourd’hui il s'élève à 2,034,716 pièces, estimées à $25,781,798, formant un surplus de 353,185 têtes et une augmentation en valeur de $6, 525,066. .
‘ L'industrie domestique s’est également bien développée. En 1851, on évaluait à $2,714,012 la valeur des produits manufactures dans les fermes ; aujourd’hui cette valeur a augmenté jusqu'à $5,576,462, formant un surplus de $2,862,450. C'est surtout le beurre, Îe sucre et les tissus qui ont le plus progressé.”
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