‹ Le Canada sous l'Union, 1841-1867 [microforme]Chapitre 6 sur 76 · L.-M. Viger, receveur-géntral · texte numérisé non relu

L.-M. Viger, receveur-géntral

HAUT-CANADA

Hon. Robert Baldwin, procureur-général, H. (, “ R.-B. Sullivan. secrétaire-nrovincial,

F. Hincks, inspecteur-général des comptes,

J.-H. Price. commissaire des terres de Ja

couronne, “ Malcolm Cameron, Asst. Com. Travaux Publics.

La place de solliciteur-général du Haut-Canada fut reservée à M. Blake, alors absent de la province.

MM. Lafontaine et Baldwin se voyaient pour la deuxième fois appelés par les vœux du peuple au sommet du pouvoir. Cette haute position, ils

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M. Caron eut précisément le poste auquel il avuit droit, et qu'il avait jerdu en voulant rendre justice au Bas-Canada ; il devait nécessairement être récompensé de son patriotisme et de son indépendance. Lanomination de M. Taché fut accueillie avec joie, surtout dans le district de Québec, où il était très-populaire. On sait, qu'à plusieurs reprises, M. Taché avait réclamé avec énergie du ministère conservateur, la part à laquelle ce district avait droit dans la distribution des deniers publics. MM. Leslie et Price étaient des hommes d’une grande intégrité, et

s'étaient toujours montrés les amis dévoués des Canadiens-F rançais. M. Hincks, ce financier de premier ordre, allait, par ses talents et son habilité, rétablir le crédit de la province, diminué par la crise commerciale de 1847 ; MM. Aylwin, Blake et Sullivan étaient les premiers orateurs parlementaires, et possédaient les talents les plus brillants.

En somine, le nouveau cabinet était recommandable sous le rapport de l'influence politique, de l'intelligence et de l'intégrité. Tous, sans distincuion de parti et d'origine, l'admettuent sans restriction. Aussi la masse du peuple accepta-t-elle avec plaisir l'avènement de MM. LaFontaine et Baldwin au pouvoir, et près des trois-quarts de ses représentants leur accordèrent leur appui ei leur confiance. Il n'y eut que le

parti conservateur dirigée par MM. MeNab et

Sherwood, qui osa leui faire opposition, mais ce parti brisé par les désastres de la dernière élec. tion, ne comptait plus qu'une vingtaine de He ï

Les libéraux recueillaient les fruits de la patriotique et persévérante lutte qu ls avaient soutenue depuis près de quatre ans. C'était à leur vénéreuse démission de 1843, à leur lutte contre le gouverneur lui-même, à la fermeté inébranlable de leurs principes, que l’on devait le triomphe de la responsabilité ministérielle. Par leurs constants efforts, ils avaient enfin contraint leurs adversaires à reconnaitre tous les droits essentiels au gouvernement constitutionnel. -Ce système était maintenant reconnu et par la métropole et par la province. Le gouvernement reposera donc à l’avenir sur l'élément populaire ; personne, pas même le gouverneur, ne pourra agir en opposition aux désirs du peuple.

La conduite de Lord Elgin dans les circonstances difficiles, où il s'était trouvé depuis le commencement de son administration, avait été digne de tout éloge. Il s'était d’abord vu entourré d’un ministère faible et sans influence. Pendant une année entière, 1l lui avait donné toutes les chances possibles, de se maintenir au pouvoir et de se reconstituer. Lorsqu'il vit que le parti conservateur ne pouvait administrer plus longtemps les affaires publiques sans inconvénient, il ordonna la dissolution des chambres, donnant encore par là à ce parti l'espoir de gagner la confiance du peuple. La victoire resta au parti libéral. Lord Elgin attendit la convocation du parlement pour s'assurer des forces des deux

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partis, et ce ne fut qu'après un vote de nonconfiance, qu'il appela au pouvoir les chefs du parti victorieux.

Ce noble gouverneur avait compris son rôle mieux que ses prédécesseurs. Il avait en tous points suivi les principes du gouvernement constitutionnel. Par sa sage conduite, il asseyait sur des bases, solides ce système auquel les Sydenham et les Metcalfe, avaient mis des entraves pendant leur administration.

Un seul acte de quelque importance fut passé pendant cette session : celui qui concernait les émigrés. Puis les subsides furent votés, après quoi, le gouverneur prorogea les chambres, afin de donner aux nouveaux ministres le temps de se faire réélire, et de mürir les mesures qu’ils se proposaient de soumettre à la session prochaine.

M. Papinëau s’opposa à la prorogation des chambres ; il était d’avis que ia législature pouvait s'occuper de plusieurs mesures pressantes. Puis il fit un long et intéressant discours sur ia situation du pays, se prononça pour la réforme électorale et le rappel de l'Union ; il approuva cependant les hommes qui venaient de monter au pouvoir. MM. Chabot et Cauchon répondirent à M. Papineau et combattirent plusieurs de ses opinions. Quelques députés trouvèrent trop grand le nombre des membres du conéeil exécutif, M. Christie proposa de résoudre que les solliciteurs-généraux et les commissaires des travaux publics ne fussent pas ministres. Les chefs des conservateurs et M. Papineau s’opposèrent à cette motion, à cause de l’absence des ministres de la chambre. Le.

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C’est à partir de 1848 que datent les grands efforts faits par les amis de la colonisation pour l'établissement des Cantons de l’Ist, du Saguenay, etc. Depuis de nombreuses années, il ne restait plus de terres cultivables à concéder dans les seigneuries échelonnées sur les deux rives du Saint - Laurent. Les premiers rangs de ces seigneuries avaient d'abord été colonisés, ex à mesure que les besoins s'étaient fait sentir, les colons étaient entrés dans l’intérieur de ces terres, qui furent ainsi presque toutes occupées, Bientôt, avec l'augmentation de la population, l'espace avait manqué, les propriétés se trouvaient fractionnées, le sol épuisé, et les récolt:s allaient en diminuant. Le plus, le commerce ct les professions libérales étaient encombrées, l'industrie manquait presque complètement, faute de capitaux ou d'initiative. Les terres incultes de l’état se trouvaient, par l'absence de routes colonisatrices, fermées à ceux qui voulaient y pénétrer ; en outre, une partie des terres des cantons appartenait à des privilégiés, qui. par spéculation, refusaient de les concéder.

Comme le remarque M. Cartier en 1862, “ce fut la faute des gouvernements passés, surtout de ceux qui précédèrent l’Union, si la colonisation du Bas-Canada n’a pas marché avec le même progrès que dans le Haut-Canada. Bien loin d'encourager l'établissement des terres incultes, on prenait tous les moyens pour empêcher les défrichements, et restreindre dans les plus étroites proportions le développement de la population française.”

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Une politique aussi mesquine allait ouvrir la voie à l'émigration si désastreuse des Canadiens aux Étai-Unis. C'était vers 1832. Les troubles de 1837-38 augmentèrent ce mouvement. Un certain nombre de Canadiens impliqués dans ces troubles, ou ruinés par les déprédations des troupes, traversèrent la frontière, et s’établirent, pour la plupit, sur le: bords du lie Champlain. En 1840, il y avait des groupes de Canadiens assez considérables dans ce dernier endroit, à Saint-Louis, au Détroit, enfin dans plusieurs villes situées sur les frontières des Etats du Maine, de Vermont et de New-York.

lendant les premières années de l'Union, l'émigration aux Etats-Unis augmenta dans une vrande progression. Un comité de la chambre d'assembiée, nommé, en 1849, pour examiner les causes de ce mouvement si funeste à notre nationalité, constata que, dans les quatre années précédentes, vingt mille Canadiens - Français avaient quitté le sol natal.

Une émigration aussi alarmante émut les Canadiens restés au pays. Ils se dirent qu'il nv avait qu'un seul moyen d'y rémédier; c'était d'ouvrir à la colonisation l'immense étendue de terres qui était encore inculte. Ces terres comprenaient les Cantons de l'Est, les vallées arrosées par l'Outaouais, le Saint-Maurice et le Saguenay ; enfin, les cantons des comtés de Gaspé, de Rimouski, de Kamouraska, de l'Islet, ete. Les Cantons de l'Est, situés entre la rivière de h Chaudière à l’est, et la rivière Chambly à l'ouest, contenaient surtont des terres fertiles, lavorisées d'un excellent climat. Ces cantons iVaent d'abord été colonisés par une population

composée d'émigrés de la Gr: ande-Bretagne, et de loyalistes qui avaient quitté les Etats-Unis après la déclaration de l indé ‘pendanc e. Peu à pev, les colons Canadiens s'étaient mêlés à cette population primitive, ou avaient formé quelques petits groupes séparés, de distance en distance, au mi: lieu de la forêt, Mais avant 1840, le nombre de Canadiens-Français établis dans les cantons était peu considérable, puisqu'ils ne formaient pas le tiers de la population totale (1). Depuis cette époque, les Canadiens s’y portèrent en plus grand nombre.

Plusieurs raisons les empêchaient de s’y fixer: la nouvelle tenure des terres à laquelle ils n'étaient pas habitués, l'incertitude de la loi qui aflectait cette tenure, l'absence de communications faciles, et surtout le monopole des arands propriétaires

De 1802 à 1815, une certaine étendue des terres des Cantons de l'Est (830,000 acres) était tombée entre les mains de plusieurs propriétaires ou sociétés de spéculateurs, qui les avaient obtenues à vil prix, et à des conditions qu'ils n'avaient pas remplies. Ces terres furent longtemps un obstacle à la colonisation: parmi ies proprittaires, les uns, toujous absents de la province, ne s’occupaient nullement de leurs propriétés, et refusaient de contribuer aux frais des routes à ouvrir ; d’autres étaient inconnus, et tenaient à rester comme tels, afin de venir plus tard déposséder les colons qui auraient augmenté la valeur

(1) D'après le Rapport des missions du diocèse de Québec, iln y avait, en 1840, que 850 communiants dans la partie des Cantons d' LES qui comprend Blandford, Maddington, Aston, Bolstrod, Stanfold, Somerset, Arthabaska et Warwick.

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de leurs terres, par la culture; d’autres enfin, sopposaient par esprit de lucre à l’établissement des terres qui leur avaient été accordées dans un but purement colonisateur, ou, ce qui revenait au même, demandaient des prix exhorbitants,

Cependant, un certain nombre de Canadiens étaient allés s'y fixer avec la conviction qu'elles appartenaient à la couronne, et avec la détermination d'en payer la juste valeur, lorsqu'ils en connaitraient les véritables propriétaires. Ils formèrent ainsi le noyau de plusieurs paroisses aujourd’hui très-prospères.

Pendant longtemps, ces colons eurent à endurer, par la difficulté des communications, les plus grandes privations. Qui ne se rappelle les longues souffrances des pionniers de Stanfold et d’Arthabaska, et la fin tragique de leur missionnaire, M. Bélanger ? Après svoir péniblement travaillé à défricher et à améliorer leurs terres, ils voyaient souvent arriver le propriétaire jusqu'alors inconnu, qui venait réclamer d'eux un prix exorbitant, quelouefois trois et même cinq piastres l'acre. Parmi ces pauvres colons, désignés sous le nom de squatters ou propriétaires sans titre, les uns payérent très-cher leur droit de propriété ; les autres, trop pauvres pour le faire, allèrent pour la plupart grossir le nombre de ceux qui prenaient le chemin de l'exil. Ils se plaignirent de la manière inhumaine dont ils étaient traités et demandèrent protection, afin de n'être pas privés du fruit de leur travail. La législature Soccupa du sort de cette classe d’infortunés, et essaya, à différentes reprises, d'arrêter en leur faveur une mesure protectrice; mais tout fut

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sans sriccès, le conseil législatif }a repousse tou. jours. Cependant, on € ontr: ügnit les Prapric aire À contribuer au fonds municipal et à la cônfec. . tion des chemins.

Le manque de commumications faciles empécha également la prompte colonisation des canton-. Avant l'Union, on n'avait encore presque rien fait pour l'ouverture des chemins, Mais dès 1841, la colonisation occupa l'attention des hommes d'état. Plusieurs sommes considérables ($300,000 environ) furent votées de 1841 à 1846 pour l’ouverture et l'amélioration de chemins ‘lans les Cantons de l'Est, ete. Grâce à cet octroi, la colonisation reçut une plus forte impulsicn. Dans le même temps, le Haut-Canada fut l’objet de la faveur spéciale des conservateurs, alors au pouvoir, et reçut des sommes trois à quatre fois plus considé ‘ables.

Le gouvernement n’accorda certainement pas an Bas Qainada un encouragement proportionné aux besoins de cette époque. Ilest vrai que nos hommes d'état portaient alors leur attention principaie au développement du commerce.

C'est dans cette vue que la législature ailecta plusieurs millions de piastres à l'achèvement des

canaux commencés, et à l'amélioration de la naviœation du Saint- Laurent, Le pays a retiré de œrands avantages de cette politique. Mais comme le commerce était en grande partie entre les mains de la population anglaise, celle-ci se trouva à en retirer presque seule tous les avantages. De plus, les canaux étant presque tous construits dans le Haut-Canada, cette province en prolita énormément ; ces travaux y attirèrent une immioration considérable. Ajoutons les deux millions

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