‹ Le Canada sous l'Union, 1841-1867 [microforme]Chapitre 66 sur 76 · MM. O · texte numérisé non relu

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tion complète de la confédération la construction du chemin de fer intercolonial et des fortifications ; il ne devait pas faire pour le moment de changements dans la loi de la milice. 11 devait s'entendre avec les autres provinces sur la conduite à tenir au sujet du traité de réciprocité ; de fait, à la fin de la session, le gouverneur convoqua dans ce but à Québec une réunion de délégués des provinces. La question du Territoire du Nord-Ouest, qu'il avait cru pouvoir régler pendant la session, fut renvoyée ainsi que l’adoption de la constitution de la législature locale, à la session suivante.

MM. Holton, Dorion et John-S. McDonald firent une attaque contre le gouvernement, et déclarèrent que la mission des ministres déléoués en Angleterre avait échoué complètement.

MM. Cartier, Brown et Galt répondirent avec

succès à ces accusations.

Comme on l’a vu dans les différentes divisions du vote sur les sujets qui occupèrent la chambre, l'opposition était faible par le nombre. Elle se composait du parti libéral ou démocratique du Bas-Canada dont les principaux membres étaient MM A.-A. Dorion, Holton, Laframboise, Joly, J.-B.-E. Dorion, Perreault, etc., et de quelques rares députés du Haut-Canada, M. John-S. Mc- Donald entre autres. Le ministère avait l'appui des trois quarts des députés, car MM. Brown, Howland et McDougall avaient rallié au ministère presque tous les cleargrits. La représentation montrait les meilleures dispositions en faveur d’un ministère qui était composé des hommes d'état les plus habiles et qui voulait régler les difficultés du moment. La grande majorité de la

566 LORD MONCXK. [1865 population accordait également la confiance aux ministres ; elle avait foi dans leur capacité et leur patriotisme, parce que leurs politiques avait su rétablir la tranquillité. Il fallait remonter bien haut pour rencontrer une administration aussi populaire.

Le gouvernement s’occupa activement du renouvellement du traité de réciprocité ; il députa à cet effet MM. Galt et Howland à Washington. Comme nous l'avons vu précédemment, levir mission échoua devant les exigences américaines. La question du traité causa la retraite de M. Brown du cabinet. M. Brown n’approuva pas la conduite de ses collègues : ces derniers avaient résolu d'entamer des négociations avec le gouvernement américain pour le renouvellement du traité ; M. Brown était d'opinion qu'il fallait laisser aux Etats-Unis l'initiative des négociations, et il différait encore d'opinion sur les conditions à offrir aux Américains en retour de la réciprocité commerciale. M. Brown, après avoir employé toute son énergie au succès de la confédération, était probablement content de trouver cette occasion pour se retirer du cabinet et se mettre de inouveau à la tête des cleargrits. Il était humilié de se voir au second rang, sans presque aucune influence ; 1l sentait son importance comme chef politique amoindrie.

M. Ferguson Blair, conseiller législatif, succéda à M. Brown comme président des comités du conseil exécutif. Il avait été secrétaire provincial sous le ministère McDonald-Dorion, et avait donné son appui au projet de la confédération.

Au mois de septembre 1865, Lord Monck partit pour l’Angleterre, et ne revint au Canada qu'au

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mois de février suivant. Pendant son absence, Sir John Mitchell, commandant des troupes, agit comme administrateur.

L'année 1865 fut marquée par l'exposition internationale de Dublin, qui permit au Canada de remporter la palme pour ses minéraux, ses bois et ses produits agricoles ; M. McGee fut le président des commissaires canadiens à cette exposition.

Plusieurs centaines de gradués de l’école militaire se réunirent, cette même année, au camp de Laprairie, où ils firent l’exercice militaire en bataïllons, et donnèrent de hautes preuves de leur capacité

Au nombre des grands désastres qui sont venus fondre sur le Canada pendant l’Union, se trouve la terrible inondation qui fit, au mois d'avril 1865, de si grands ravages de Montréal aux Trois-Rivières. La crue des eaux était considérable, et faisait craindre de grands malheurs, lorsque pour comble d’infortune, une tempête violente commença alors à souffler et fit déborder le fleuve hors de son lit naturel. L'inondation dévasta des paroisses entières, fit plus de cinquante victimes dans les îles de Sorel, (Iles Dupas, de Grâce -et d'Aigl détruisit plusieurs milliers de bêtes à cornes, un grand nombre de maisons, de granges, lez ponts, les clôtures, etc. Jamais la débacle n'avait causé tant de dégâts et amené la ruine d’un si grand nombre de cultivateurs, Les Canadiens vinrent au recours des victimes de l’inondation et firent pour eux des collectes assez considérables. (r)

(1) L'été de 1864 avait été témoin d'une autre catastrophe, Un e. ’ LA . , .

train composé de douze chars transportant 458 émigrés, partait le

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La ville de Québec, qui avait été si cruellement afiligée par l'incendie de 1845, éprouva, le 14 octobre 1866, encor. une catastrophe semblable, L’incendie réduisit en cendres la moitié du faubourg Saint-Roch, la partie située à l’ouest de la rue de la couronne, et tout le faubourg Saint- Sauveur. Le nombre de maisons détruites dépassa deux mille, et la perte fut estimée à plus de deux millions de piastres; le montant des assurance: n'était que trois c'nt soixante-quinze mille piastres. Hnviron quinze mille personnes se virent sans abri; la plupart étant eux-mêmes propriétaires et non assurés, se trouvèrent par là ruinés complètement, et se virent sans logement, sans vêtement, à l'approche d’un hiver rigo1reux. Il y eut un grand nombre d'accidents : le lieutenant Baynes, de l'artillerie royale, fut blessé mortellement, et six ou sept autres personnes périrent dans les flammes.

S1 le malheur fut grand, les secours furent considérables ; le désasire de 1866 réveilla les mêmes sympathies que celui de 1845. Les Canadiens des deux origines souscrirent abondamment ; l'Angleterre et les Etats-Unis envoyèrent des sommes considérables ; partout les sympathies furent grandes. is ces secours furent Join d'être suffisants. r malheur, la principale industrie de Québec, ia construction des navires,

20 juin de Lévis en destination de Montréal, et fut précipité duus l4 rivière Richelieu, près de Saint-Hilaire, le pont de Belœil étant par malheur ouvert dans le moment pour laisser passer des barges. L'ingénieur, faute de prévoyance, n’arrêta, ni ralentit la marche des chars en arrivant au pont, suivant les règlements ; il ne fit pas même attention aux signaux ordinaires donnés par le gardien du pont. 11 continua à faire avancer le train à toute vitesse, et les chars furent précipités dans l’abîme, tuant 150 passagers environ et blessant la plupart des autres.

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diminua considérablement cette même année et les suivantes. La plupart des ouvriers, ruinés par l'incendie, et se trouvant sans ouvrage, se mirent à émigrer aux Etats-Unis ; plus de mille chefs de famille allèrent sur le champ chercher de l'ouvrage à l'étranger, et beaucoup d’autres ont depuis suivi leur exemple.

Il n'est pas étonnant que la ville de Québec ait vu son ancienne prospérité décroitre rapidement. après tous les malheurs qu’elle a eu à subir. Plusieurs quartiers de la ville ont été détruits par le feu deux et même trois fois. Le feu de 1845 avait consumé les deux tiers de Québec.

Divers autres incendies survenus de 1861 à 1865 réduisirent en cendre quatre à cinq cent maisons ; celui de 1866, que nous venons de raconter, en détruisit plus de deux mille. Enfin, une dernière conflagration, celle du 24 mai 1870, con-

sumait encore plus de quatre cents propriétés dans le centre du faubourg Saint-Roch.

Les citoyens de Québec, après tant de malheurs, ne se sont pas laissés aller au découragement ; ils ont créé, ces dernières années, des industries nouvelles qui remplacent graduellement la construction des navires (!). Ils ont

(1) Le 27 juin 1861, un incendie détruisit dans le faubourg Saint- Louis une cinquantaine de maisons de la rue Scott. Le 7 juiu 1862, le feu réduisit en cendres près de cent maisons dans ie faubourg Saint-Jean, sur les rues Nouvelle, Provost, Berthelot, Scott. etc. Trois jours après, un deuxième incendie en consuma cent autres à Saint-Sauveur, dans le quarré compris entre les rues Saint-Valier, Saint-Joseph et les terrains qui entourent l’Hôpital-Général. Le 22 juin 1865, le feu détruisit encore cent cinquante propriètés dans la rue Champlain ; le 17 août de la même année, une deuxième conflagration réduisit en cendres soixante-quinze maisons situées dans les rues de la Reine, Richardson et du Roi, du faubourg Saint-Roch. Le dernier grand incendie, celui du 75 mai 1870, consuma quatre

570 IORD MONCK. [1866

souscrit un million de piastres pour assurer la construction du chemin de fer de la Rive Nord : ils comptent beaucoup ét avec raison sur ce chemin afin d'augmenter la prospérité commerciale de la ville; déjà les travaux de cette route se poursuivent avec activité. Enfin, Québec, cette ville de malheur, semble revenir à° une vie meilleure et voit heureusement son ancienne prospérité commencer à renaitre.

Plusieurs événements religieux ont eu lieu pendant les dernières années. En 1858, Mer Ed.-J. Horan, principal de l’école normale Laval, succéda à Mgr Phelan, comme évêque de Kingston ; l’année suivante, Mer de Charbonnel, évêque de Toronto, résigna son siége épiscopal en faveur de Mgr Lynch, qui est aujourd’hui archevêque de cette vile; en 1867, Mgr Walsh succéda à Mgr Pinsonnault comme évêque de Sandwich, et transféra son siége à London. Mer Charles Laroque fut nommé, en 1866, évêque de Saint-Hyacinthe, succédant à Mgr Joseph Larocque, et Mgr Laflèche devint coadjuteur de l’évêque des Trois-Rivières, Mor Cooke, et lui succéda à ce siége. En 1867, fut érigé le diocèse de Rimouski, et Mgr Jean Langevin, principal de l’école normale Laval, fut élevé à la dignité de premier évêque de ce nouveau diocèse, dont la population est d'environ soixante milles âmes. Enfin, Mgr Charles-Frs Baïllargeon, qui administrait l’archidiocèse de Québec depuis 1855, prit possession du siége de Québec, Il: 28 août 1867, à la mort @e Mgr Turgeon. Le nouvel

cent vingt-quatre maisons des rues Saint-François, du Roi, Richardson, de la Reine, et du Prince Edouard, au centre du faubourg Saint-Roch.

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archevêque n'occupa pas longtemps ce siége ; la mort. moissonna à son tour ce vénérable prélat, le 13 octobre 1870. Il eut pour successeur Mgr E.-A. Taschereau, alors recteur de l'Université- Laval.

L'année 1866 reste remarquable dans les annales historiques par la première invasion des 'éniens au Canada. L'association fénienne avait commencé à faire parler d'elle vers 1864. Son but était d'amener la délivrance de l'Irlande de la domination de l'Angleterre. Elle fut condamnée par les autorités religieuses dans son but et dans ses moyens. La fin de la guerre américaine fut la cause de ce mouvement révolutionnaire : un grand nombre d’Irlanda's des Etats-Unis, condamnés au repos, s'appliquèrent à renverser l’ordre public en Irlande. Ils firent des assenblées, collectèrent des capitaux, et se préparèrent à la face des autoritès américaines. Ils envoyèrent des armes et de l'argent à leurs confrères d'Irlande, et déléguèrent de leurs membres pour soulever la population. Ce mouvement ne fut pas her eux; l'Angleterre l’étouffa, fit des arrestatior rappela la loi de l’habeas corpus. Les Américuins laissèrent les Féniens s'organiser ; ils étaient concents de l'explosion du fénianisme, afin de se venger des sympathies que l’Angleterre et le Canada avaient montrées pour la ceuse des Etats du Sud.

Ce ne fut pas en Irlande ni en Angleterre que se firent leurs principales opérations, ce fut au Canada, qu’ils avaient l'intention d’arracher à l'Angleterre. Mais l'Irlande ne pouvait profiter de cette invasion ; cependant, les Féniens, soumis à des chefs qui les trompaient, dans le but de

les exploiter, mirent leurs plans en exécution. Ils comptaient sur le concours des Irlandais du Canada, et ils envoyèrent des émissaires pour les gagner à leur cause. Ils reçurent peu d'encouragement de ce côté ; la masse des Irlandais Canadiens, à la voix de leur clergé, repoussa leur projet insensé.

Le jour de la Saint-Patrice avait été fixé pour leur fameuse expédition. La fête passa sans que le mouvement agressif eut lieu. Le Canada s'était cependant préparé à les recevoir. Dès le 8 mars, le gouvernement avait appelé dix mille volontaires sous les armes ; un plus grand nombre se présenta, et agit de concert avec les huit mille hommes de troupes anglaises qu'il y avait au Canada. Les volontaires et les citoyens montrèrent le plus grand zèle pour aider le gouvernement. Les Canadiens n'avaient pas à craindre de défuite, car les Féniens n'étaient pas asset fortement ofganisés ; mais ils redoutaient le pillage et la dévastation.

Les Féniens continuèrent leurs armements et leurs préparatifs. À la fin du mois de mai, ils se réunirent sur plusieurs points de la frontière. Un de leurs corps, composé de quinze cents hommes, et commandé par le colonel O’Neil, envahit, le 1er juin, le territoire canadien. Après avoir traversé la rivière Niagara, ils s'emparèrent du Fort Erié, et se mirent à exercer le pillage. Ils se dirigeaient sur le fort Colborne, lorsqu'ils rencontrèrent à Ridgeway un corps de volontaires du Haut-Canada, le bataillon d'Hamilton, les Queen's Own’s, commandés par le colonel Booker. Pleins d'enthousiasme et de haine contre les Féniens, ils engagèrent aussitôt le combat,

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sans attendre l’arrivée d'autres corps de troupes qui devaient les rejoindre. La charge fut assez vigourcuse pour obliger d’abord les Féniens à céder du terrain ; mais ces derniers s'éta ent emparés d’une position plus avantageuse, et mis à couvert derrière les arbres de la 1orêt, d’où ils tiraient sur les volontaires, et les atteignaient facilement, tandis que les Canadiens se trouvaient dans la plaine, exposés au feu de l'ennemi sans pouvoir lui faire aucun mal. Une ruse des Féniens acheva de détruire le succès de leur première attaque. Le colonel O'Neil, qui n'avait pas de chevaux, se mit à crier Cavalerie en avant. Le colonel Booker s’y laissa prendre, et donna alors ordre aux volontaires de se former en carré pour recevoir la cavalerie. Ce mouvement créa beaucoup de désordre ; le colonel revenant de son erreur, fit sonner la retraite, et donna le premier l'exemple.

Il se retira au fort Colborne après un combat de deux heures. Les Canadiens perdirent plusieurs des leurs, le lieutenant McEachern entre autres, et eurent une quarantaine de blessés. Les Féniens, de leur côté, éprouvèrent des pertes assez considérables. Ils tinrent conseil, et après avoir appris qu'un corps de réguliers s'avançait, ils retraitèrent au fort Erié. Ils trouvèrent cette place en possession d’un petit nombre de volontaires. Les Féniens tentèrent sans succès de s’en emparer ; ils traversèrent ensuite le fleuve sur plusieurs bateaux, dont l’un fut pris par le vapeur américain ÆMich@gan. Les prisonniers, au nombre desquels était le chef O’Neil, furent aussitôt mis en liberté.

L’excitation était répandue sur toute la fron-

574 LORD MONCK. [1866 tière, on craignait des attaques semblables sur les places les plus exposées. Après s'être réunis à Saint-Albans, les Féniens s’avancèrent, le 8 juin, dans le comté de Mässisquoi, prirent possession de Pigeon Hill, exercèrent le pillage dans cet endroit, à Saint-Armand et à Philipsbure. Les troupes régulières et les volontaires du Pas- Canada s’avancèrent pour les rencontrer, longeant d'aussi près que possible la frontière, afin d'empêcher les maraudeurs de s'évader. Malheureusement, ils ne purent que décharger quelques coups de fusil sur les Féniens, qui avaient pris la fuite à leur approche, et faire quelques prisonniers.

Comme les chambres se réunissaient le même jour, elles suspendirent l'acte de l’habeas corpus ; il était très urgent de donner à l’autorité toute la force et la liberté d’action dont elle pouvait avoir besoin pour maintenir la paix. Cet acte eut un bon effet, et fit disparaître un grand nombre de personnes suspectes du Canada, et rentreren respect le petit nombre d’Irlandais du ( anada sympathiques à la cause fénienne.

En même temps, les autorités américaines, sur les instances de l'ambassadeur anglais, intervinrent et donnèrent ordre au général Meade de surveiller la frontière, et de voir à ce que la neutralité fût respectée. Plusieurs des chefs féniens furent arrêtés, les bandes organisées furent dispersées et les armes saisies. Bien que cette intervention vint tard, elle eut un bon effet. L’Angleterre envoya peu après cinq mille hommes de troupes, dans la prévision de nouvelles attaques.

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armes, se retirèrent dans leurs foyers avec la honte d’avoir, sans but avouable, jeté le trouble parmi les Canadiens, répandu un sang innocent, et fait dépenser des sommes considérables. Ces misérables, en envahissant une province paisible, en vor ‘ant porter partout le brigandage et la dévastation, n’inspirèrent que le mépris, même chez les Américains, qui les avaient laisser s’organiser.

Si les chefs féniens étaient coupables, le gouvernement américain l'était également. Il avait toléré l’organisation ouverte de cette société, dirigée dans un but d’hostilité contre une puissance amie ; il avait permis la violation du territoire, foulé aux pieds les lois de la neutralité, afin de satisfaire des rancunes injustes et non fondées. Il ne tenait qu’à lui d'empêcher cette invasion. Les Américains continuèrent dans la suite la même conduite ; ils libérèrent les chefs féniens sans procès, et laissèrent ces misérables continuer à s’assembler et à s'organiser. En 1870, ils tentèrent une nonvelle invasion, qui n'eut pas plus de succès que celle de 1866.

La conduite des volontaires fut belle et patrictique ; aussi les chambres et les autorités militaires rendirent-elles justice à leur bravoure ; l'ardeur qu'ils avaient montrée, en attaquant l'ennemi dans une forte position, lorsqu'il était le double en nombre, avait déconcerté les envahisseurs et contribué à briser leur plan d’opération. Le gouvernement accorda des pensions aux familles des volontaires morts où bléssés sur le champ de bataille, et paya des sommes considérables pour les dommages causés par l'ennemi. Il fit le procès des prisonniers féniens, et en con-

576 LORD MONCK. [1866 damna plusieurs à mort ; mais leur sentence fut dans la suite commuée en un emprisonnement.

La nouvelle de ces condamnations produisit beaucoup de mécontentement chez les Américains qui demandèrent leur grâce.

Lord Monck convoqua la session de 1856, la dernière sous l’Union, le 8 juin, à Outaouais, la nouvelle capitale, et inaugura les splendides édifices du parlement. Dans le discours du trône, le gouverneur parla de l'invasion des Féniens, et félicita les volontaires de leur bravoure; puis il annonça que les commissaires de la codification avaient terminé le code de procédure, et que cette œuvre serait soumise aux chambres avec le projet de constitution des législatures locales. Avant de se retirer, il sanctionna deux lois que les chambres passèrent à l’unanimité, l’une pour suspendre le bref de l’habeas corpus pendant une année, et l’autre pour protéger le Bas-Canada contre les agrestions injustes des sujets de pays étrangers. Ces deux mesures étaient destinées à protéger le Canada et à abattre l’association fénienne.

M. Bellerose proposa l'adresse qui fut secondée par M. Gibbs. Au paragraphe concernant la confédération, M. Dorion proposa un amendement, par lequel il voulait faire déclarer qu’une mesure affectant un si grand changement ne devait pas être adoptée avant que le peuple eût occasion d'exprimer son opinion sur le nouveau régime. Cet amendement ne réunit que dix-neuf voix.

M. Cartier présenta le code de procédure que les commissaires de la codification venaient de terminer, puis il fit l’historique de la procédure civile du Bas-Canada, et donna aux codificateurs

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leur part de mérite. Le travail de ces derniers consista principalement à condenser et à classer les diverses lois de procédure; Ils firent euxmêmes peu de changements, mais les députés discutèrent le code longuement et l’amendèrent dans plusieurs de ses clauses. Le code de procédure fut adopté par les deux chambres, et devint en force le 28 juin 1867.

La loi concernant l'élection des membres de la législature (le chap. 6, S. R. C.) reçut quelques modifications importantes. Les principaux amendements consistaient à supprimer la levée des mains à l'appel nominal, ainsi que la formalité de la proclamation publique du candidat élu.

M. Dorion proposa qu'il n’y eût qu’un seul jour de votation ; son amendement ne réunit que vingt et une voix. Îl présenta encore son projet de loi des élections qu’il retira ensuite.

Les actes municipaux du Haut-Canada furent rappelés et remplacés par une nouvelle loi qui renfermait quelques changements. L'acte de la milice volontaire de 1863 reçut quelques modifications ; les actes concernant le barreau du Bas- Canada furent aussi refondus et amendés ; une autre loi pourvut à l’union du Grand Tronc avec le chemin de fer de Buffalo et du lac Huron.

M. Galt proposa de réviser et d'amender les actes des douanes et d’accise. Des réductions furent faites sur un certain nombre d'articles dans la vue de satisfaire les provinces maritimes, dont le tarif sur ces articles était plus bas. Le rappel du traité commercial avec les Etats-Unis imposait des modifications, et des droits furent en conséquence levés sur la fleur, les grains, le beurre, les viandes, etc. Les droits sur les spiri-

578 LORD MONGK. [1866

tueux furent aussi élevés. Enfin, le gouvernement abolit les ports francs établis à Sainte- Marie et à Gaspé.

Le nouveau tarif fut censuré par les libéraux. qui profitèrent de cette occasion pour proposer un vote de non-confiance dans l’administration. M. McGiverin présenta un amendement tendant à déclarer qu'il n’était pas expédient, lorsque la confédération était à la veille de s'effectuer, d'adopter des changements dans le tarif qui auraient effet de causer sans nécessité des rerturbations dans le commerce et l’industrie.

M. Brown parla en faveur de la motion et blâma sévèrement la politique financière du gouvernement. MM. Galt et McDougall défendirent avec fermeté le tarif proposé. La motion de censure ne reçut l’appui que de vingt-huit membres. Les trois quarts des députés approuvèrent le tarif et la politique du gouvernement.

M. Galt présenta une mesure financière qui passa à une forte majorité, malgré l'opposition des libéraux et des banquiers. L'acte autorisait l'émission de billets provinciaux au montant de cinq millions de piastres, et mettait le gouvernement en état de se procurer des fonds dans la province à des conditions assez faciles ; il était peu possible dans le moment de se procurer de l'argent sur le marché anglais, où l'intérêt était alors élevé.

Parmi les allocations publiques, on remarque $500,000 pour les bâtisses d'Outaouais, $100,000 pour les chemins de colonisation, $232,000 pour indemnité seigneuriale aux cantons, $50,000 pour rencontrer les frais de l’exhibition de Paris de 1867.

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M. le solliciteur-général Langevin présenta, au nom du ministère, un projet de loi relatif à l'éducation dans le Bss-Canada. La mesure réglait le partage de l’argent approprié aux écoles, pourvoyait à la nomination de deux députés surintendants, outre le surintendant de l'éducation ; l'un des deux devait être protestant, etc. Comme le ministère ne se proposait pas d’amender dans le même sens la loi des écoles séparées du Haut- Canada, M. Bell présenta un projet de loi calqué sur celui de M. Langevin.

Les libéraux du Haut-Canada s’élevèrent avec fureur contre le projet Bell, et refusèrent de mettre les catholiques sur le même pied que leurs coréligionnaires du Bas-Canada. Les ministres haut-canadiens, à l'exception de M. John- A. McDonald, étaient également opposés au projet.

D'un autre côté, les députés catholiques du Bas-Canada, M. Cauchon en tête, insistèrent à ce que les catholiques eussent les mêmes droits que les protestants, et déclarèrent qu'ils ne donneraient leur appui au projet de M. Langevin qu’à la condition qu'on adopterait le projet de M. Bell. Ils se montrèrent encore plus fermes lorsque les évêques catholiques de la province demandèrent, dans une requête au gouverneur, d'accorder aux catholiques les mêmes privilg"* que l’on voulait donner aux protestants.

Le gouvernement se vit alors dans une position difficile. D’un côté, la majorité des membres haut-canadiens s’opposait au projet de M. Bell, de l’autre, celle du Bas-Canada en demandait l'adoption. Plusieurs ministres menaçaient de donner leur démission. Le cabinet se décida à

retirer son projet de loi, et M. Bell suivit Je même exemple. Cependant, M. Galt, afin de rassurer la minorité protestante du Bas-Canada, s'était engagé cnvers elle à faire amender, avant la confédération, la loi des écoles. N'ayant pas réussit dans ses promesses, ii se retira du cabinet, il justifia cependant la conduite suivie par le ministère afin de promouvoir la paix et la concorde.

Il faut convenir que les ministres s'étaient créés des embarras en cédant aux instances de M. Galt et de ses coréligionnaires. Les protestants devaient être satisfaits des priviléges que leur accordait la loi des écoles. Ils n'avaient aucun acte arbitraire à reprocher aux catholiques du Bas-Canada.

Aucune injustice, comme les protestants l'admettaient eux-mêmes, n'avait été commise par M. le surintendant Chauveau. On était pleinement satisfait de son administration juste et impartiale. En :ffet, depuis sa nomination en 1855, :i. Chauveau n'avait cessé de travailler au progrès de l'instruction. Il avait présidé à l’organisation des écoles normales, à l’établissement du conseil de l'instruction publicue et des bureaux des examinateurs. Une améiioration étonnante s'était faite dans l’enseignement et dans le corps des instituteurs, dont le plus grand nombre obtinrent des diplômes de capacité. Lorsque M. Chauveau prit la direction du bureau, en 1855, il y avait 2,868 écoles, fréquentées par 127,028 enfants ; douze ans plus tard, en 1867, le nombre des écoles était porté à 8,712, et celui des élèves à 208.030 ; le chiffre des contributions s'élevait à $728,000. Le nombre des écoles modèles et des

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académies avait ugmenté rapidement ; elles étaient presque toutes dirigées par des élèves des écoles normales. Le progrès avait donc été considérable : la population s’instruisait de plus en plus. M. Rameau fut frappé de ces progrès, et le fit remarquer dans ses écrits.

‘“ Deux hommes éminents, dit-il, ont succes- Sjvement attaché leur nom à cette réforme (des écoles), le docteur Meilleur ‘et le surintendant actuel de l'éducation, M. Chauveau. Par leurs efforts, le Canada est complètement sorti de la situation fàcheuse où le malheur des temps l'avait fait tomber. On y compte aujourd’hui 8,500 écoles et 200,000 élèves, dont 83,707 appartiennent à l'instruction primaire du 2e degré, et 166,000 à l'instruction du ler degré. La population étant de 1,100,000 âmes, c’est un élève par cinq habitants et demi ; en France, cette proportion n’est que d’un élève sur douze habitants. Il est bon de signaler aussi que ce progrès s’est effectué par les seuls moyens de la persuasion et de l’encouragement, sans jamais recourir à aucune prescription obligatoire.

Cette dernière session ne fut pas stérile. Elle commença par la suspension de l’habeas corpus, mesure extraordinaire nécessitée pour la protection de la province. Elle vit ensuite passer le code de procédure, les mesures financières, enfin le projet des législatures locales, dernière législation relative à la confédération, dont nous allons nous occuper un peu plus loin. Toutes ces mesures furent adoptées à de grandes majorités. Les députés donnèrent leur confiance aux membres du. ministère, ct les jugèrent dignes d’appuyer ces hommes, qui avaient préparé le pays

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à une nouvelle existence politique et rétabli la

tranquilité intérieure. En effet, depuis la coali- sait tion de 1864, on ne vit plus les discussions ajout orageuses, ni les préjugés d'autrefois ; un grand M. C changement s'était opéré dans les opinions des uéces hommes publics. pius Les résolutions relatives à la constitution des À. D

législatures locales, dans la confédération, furent

| prop soumises par MM. John-A. McDonald et Cartir, |

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à l'assemblée législative. Elles complétaient le com projet de confédération adopté par li convention que | de Québec. Nous avons déjà vu que les lieute- que | nants - gouverneurs devalert être nommés et Ï payés par le gouvernement fédéral. On pro- cham posait pour le Haut-Canada une législature positl composée d'un lieutenant-gouverneur et d’une législ seule chambre de quatre-vingt-deux députés élus La m par le peuple. Dans le Bas-Canada, la législature un dé devait être composée d'un lieutenant-gouver- les < neur, d’un conseil législatif de vingt - quatre peup membres nommés à vie, et d’une assemblée propc législative de soixante-cinq députés élus par le faisal peuple. La durée du parlement était de quatre tion, ans, et il y aurait une session au moins par M. C année. On conservait au Bas-Canada les mêmes c'estdivisions électorales qui existaient déjà, et la que € législature avait le dit de les changer, maisil La y avait exception pour douze comtés, représentés reçut par des députés anglais ; les limites de ces comtés Cana ne pouvaient être changées qu'avec le concours parti de la majorité de leurs députés. (1) giqu.

M. John-A. McDonald, en expliquant le projet rayel face :

(1) Ces comtés étaient : Pontiac, Outaouais, Argenteuil, Hun- autre tingdon, Missisquoi, Brome, Shefford, Stanstead, Compton, Wolfe ne &c

et Richmond, Mégantic et Sherbrooke,

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de constitution, dit qu’une seule chambre suffsait pour le Haut-Canada, mais qu'on avait ajouté pour le Bas-Canada un conseil législatif. M. Cartier déclara que cette différence avait été uécessitée par le fait que le Bas-Canada était plus conservaieur et plus monarchiste, M. A.

À. Dorion s’opposa à un conseil législatif, et proposa que, pour simplifier la législation et en diminuer le coût, la législature locale ne fût composée que d’une seule chambre. Il prétendit que les gouvernements locaux ne devaient jouer que le rôle de simples municipalités.

M. Cauchon défendit le système des deux chambres, parce qu’il était plus conforme à notre position, et était nécessaire à la maturité de la législation, en prévenant une législation hâtée. La motion de M. Dorion ne réunit que trente et un députés. Une autre motion demandant que les conseillers législatifs fussent élus par le peuple, eut le même nombre de voix. M. Dorion proposa encore que,- si le parlement impérial faisait des changements aux projets de constitution, ces changements fussent soumis au peuple. M. Cartier répéta ce qu'il avait promis en 1865, c’est-à-dire qu’il n’accepterait pas d’autre projet que celui de la convention de Québec.

La clause relative aux douze comtés anglais reçut une forte opposition des libéraux du Bas- Canada, de quelques conservateurs et d'une partie de la presse. M. Cauchon protesta énergiquement contre cette clause, et proposa de la rayer. ‘ Ne proclamez pas, dit-il, par un statut, en face d’une histoire qui vous contredit, que nous autres, Canadiens-Français et catholiques, nous ne sommes pas capables de rendre justice à la

minorité protestante.” Mais M. Galt avait encore promis cette concession aux représentants anglais, et le ministère et presque tous les conservateurs crurent devoir accorder cette clause, qui passa à une forte majorité. La motion de M. Cauchon fut appuyée par vingt-

uatre € . és. Beaucoup de Canadiens étaient

‘avis qu'il n’y avait pas besoin, pour la protection des Anglais du Bas-Canada, de priviléges exceptionnels, lorsqu'il y avait des preuves incessantes de l’esprit de libéralité et de justice de la population française envers les protestants. Les garanties demandées par ces derniers pour leurs écoles et la représentation des comtés anglais furent regardées comme injurieuse à la tolérance et à la générosité de la population française, lorsqu'on n'avait aucun acte arbitraire à lui reprocher.

Une adresse, basée sur les résolutions concernant les gouvernements locaux, fut votée à la reine, pour la prier d’ordonner qu'une mesure fût soumise au parlement impérial, dans le but de pourvoir à un gouvernement local pour le Haut et le Bas-Canada, lorsque la confédération serait effectuée. |

Au lieu d'accepter l’union fédérale, les libéraux du Bas-Canada protestèrent jusqu’à la fin, et tentèrent un dernier effort contre son triomphe. Vingt d’entre eux, MM. A.-A. Dorion, Holton, Thibaudeau, Laframbroise et Labrèche-Viger entre autres, adressèrent au ministre des colonies un manifeste, dans lequel ils déclaraient que la population du Bas-Canada et de la Nouvelle- Ecosse n'avait pas eu l’occasion de se prononcer contre le projet fédéral, que la confédération ne

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convenait pas à l’état actuel des provinces ; enfin ils demandaient du délai, afin de consulter le peuple sur l'union fédérale. Plusieurs libéraux, opposés à la confédération, s'abstinrent de signer ce manifeste ; MM. Joly, Taschereau et Tremblay étaient du nombre.

Les libéraux eurent peu de chances en Angleterre. Les deux partis politiques approuvèrent l'union fédérale des provinces, convaincu qu'elle contribuerait à leur prospérité, et que l’Angleterre n'avait qu'à y gagner en l’approuvant. Ils accueillirent favorablement les délégués des provinces, qui se rendirent à Londres, à la fin de

Les délégués canadiens étaient MM. John-A.

McDonald, Cartier, Langevin, Howland et Mc- Dougall ; M. Galt accompagna aussi ces derniers. Parmi les délégués des provinces maritimes étaient MM. Tupper, Tilley, Archibald et Mitchell. Lord Monck se rendit aussi en Angleterre, au mois de décembre 1866, dans l'intérêt de la confédération ; il fut remplacé pendant son absence par Sir John Mitchell, qui agit comme administrateur. Les délégués du Canada, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse se trouvèrent réunis à Londres, à la fin de novembre, et élirent M. John-A. McDonald pour leur président. Ils eurent plusieurs conférences avec le ministre des colonies, Lord Carnavon ; puis ils mirent la dernière main au projet fédéral, élaboré par la convention de Québec, avant de le faire adopter par le parlement impérial. Ils tombèrent d'accord sur les légères modifications qu'ils firent au projet, car ces changements n’attaquaient pas les bases du projet de Québec, et ne lésaient aucun des droits du Bas-Canada.

Certaines concessions furent faites aux provinces maritimes ; elles se partagèrent les quatres siéges du sénat réservés à l'ile du Prince-Edouard, et le Nouveau-Brunswick reçut une allocation additionnelle du gouvernement fédéral. Les clauses concernant les écoles et le sénat furent aussi amendées ; le contrôle des pénitenciers et des pêcheries fut transféré des législatures locales à la législature fédérale. En outre, le nom de la “ Puissance du Canada,” (Dominion of Canadu), fut donné aux provinces réunies, celui de ‘“ Province de Québec ” au Bas-Canada, et celui de “ Province d'Ontario ” au Haut-Canada. Le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse conservèrent leurs mêmes noms.

Malgré ces modifications, le projet de confédération restait toujours, dans son ensemble, le même que celui de la convention de Québec.

Quant aux derniers changements, il faut tenir compte de la position des hommes d'état qui avaient tant d'intérêts divers à concilier. On sait que les provinces maritimes, en passant des résolutions favorables à la confédération, avaient décidé d'envoyer des délégués-à Londres pour obtenir des modifications au projet de Québec.

Le parlement impérial s’assembla le 5 février 1867, et le ministère anglais prit le projet fédéral sous sa protection. Présenté d’abord dans les chambres des lords par Lord Carnavon, il subit toutes ses phases sans opposition ; il en fut de même dans la chambre des communes, où il fut introduit par M. Alderby, sous-secrétaire des colonies. Enfin, le projet de confédération reçut la sanction royale le 29 mars 1867 ; une autre mesure qui assurait la garantie impériale pour

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le chemin de fer intercolonial, fut en même temps adoptée et sanctionnée.

Le 22 mai 1867, sortit la proclamation qu:

annonçait la fin de la constitution de 1840, et qui fixait le 1er de juillet 1867 pour le jour où serait consommée l'union fédérale des quatre provinces de Québec, d'Ontario, du Nouveau Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse. Le premier juillet fut, dans toute la Puissance, un jour de fête nationale; partout la confédération fut inaugurée au milieu des réjouissances publiques. Lord Monk prêta serment comme le premier gouverneur sous le nouveau régime. Puis il choisit M. John-A. McDonald pour son premier ministre. Celui-ci s’adjoigait son collègue intime, M. Cartier, pour être le chef du cabinet dans la Province de Québec; le ministère fut composé de presque tous les membres du précédent cabinet. était juste que les hommes d'état qui avaient fait la confédération, fussent appelés les premiers à la faire fonctionner.

Sir Narcisse-Fortunat Belleau prêta serment comme lieutenant-gouverneur de la Province de Québec; il ouvrait dignement la liste des gouverneurs français, qui avait été fermée depuis la conquête. Sa nomination à ce poste honorable fut bien accueillie.

Près de trois ans s'étaient écoulés depuis le jour où les hommes d'état des provinces s'étaient réunis à Québec en 1864, pour jeter les bases de la nouveile constitution. Il est étnnant que cette transformation politique et sociale se soit opérée d’une manière si paisible, par les discussions et les négociations, lorsque l’on considère que les autres pays ne parviennent à se consti-

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tuer politiquement qu'après avoir subi bien des épreuves, et souvent même des révolutions sanglantes. Si la constitution fédérale n'était pas parfaite dans toutes ses clauses, on peut dire qu'elle sauvegardait les intérêts et les libertés de tous.

La confédération devait son succès à l’initiative des hommes politiques des provinces, aux dignitaires du clergé, qui avaient donné généreusement leur concours au changement constitutionel, et aux hommes d'état de la Grande Bretagne. Il faut reconnaître surtout la part de mérite qui revient à M. Cartier, comme chef du parti conservateur du Bas-Canada, le courage et l'énergie incessante qu'il a déployés pour constituer le nouvel ordre de choses, sans qu’il y eût conflit de raceet de religion. Le même éloge peut s'adresser à M. John A. McDonald, qui parvint à unir les deux parlis politiques du Haut- Canada pour amener la confédération. Les Canadiens étaient satisfaits de ces deux chefs, qui avaient présidé si longtemps aux affaires du pays, et qui venaient de les doter d’une nouvelle constitution.

Ces hommes d'état ont commandé dans des temps difficiles ; et s’ils ont fait quelquefois des concessions politiques, que leurs compatriotes ont cru devoir blâmer, ils ne les ont jamais trahis, comme leurs adversaires se sont plu à le dire; on en à eu une preuve dans la confiance que leurs concitoyens ont continué à leur accorder dans les élections générales. Ces deux chefs possèdent encore le pouvoir ; ils sont encore respectés et populaires dans leurs provinces respectives. ‘En passant en revue l’administration de Lord

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Monck, qui avait commencée à la fin de 1861, on s'aperçoit qu'elle brille moins par le nombre que par l'importance des événements et des actes législatifs.

Les trois premières années furent une époque de luttes entre les partis politiques dans le but d'obtenir le pouvoir. L'organisation séparée du département de l’agriculture et de la colonisation, du système de milice volontaire, les chan gements opérés dans la loi des écoles séparées, furent à peu près les seules mesures législatives passées pendant ce temps critique. Les événements amenèrent en 1864 la coalition Taché- McDonald-Brown, et la question de la confédération fut aussitôt agitée. Le calme se rétablit et se continaa pendant les dernières années de l'union. Le code civil et le code de procédure furent adoptés par la législature et mis en force ; quelques autres mesures, entre autres, une loi de banqueroute, des modifications dans les lois criminelles, celles des municipalités et des jurés, furent adoptées. Puis la grande œuvre de la confédération fut discutée et adoptée successivement par la convention de Québec, par les chambres et par le gouvernement impérial. Pendant cette administration, eurent encore lieu l'affaire du Trent, l'expédition de Saint-Albans et la première invasion fénienne, qui mirent en danger les relations.entre le Canada et les Etats-Unis, et donnèrent occasion aux volontaires de montrer leur bravoure, et à la population canadienne sa loyauté et son dévouement à défendre ses foyers. Tels sont les quelqnes faits dignes de mention, qui se sont passés sous les six dernières années de la constitution de 1840.

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