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Le Canada sous la domination anglaise [microforme]

A la suggestion bienveillante de plusieurs amis, nous aous sommes décidé à mettre en brochure le travail intitulé : Le Canada sous la domination Anglaise,” que nous avons publié dans le Courrier de St. Hyacinthe et qui avait été spécialement écrit pour cette feuille,

Le temps nous manquant pour revoir ce travail, nous le livrons à la publicité tel qu’il a paru dans les colonnes du Courrier. Ce n’est pas néanmoins sans hésitation, car nous ne nous disshnulons pas que nous entreprenons une tâche difhcile, un travail qui doit exiger de notre part beaucoup de prudence et de recherches, une grande impartialité dans la narration des faits, de la circonspection dans l’appréciation et de la délicatesse envers ceux que nous croirons blämer. Nous voulons raconter les principaux événements qui se sont succédés dans ce pays, depuis sa cession à PAngilcterre jusqu’à PUnion des deux Canadas en 1841.

Nous aurons un champ bien vaste à parcourir; nous examinerons les droits qui furent garantis à la race française par les traités, les systèmes de gouvernement qui se sont succédés dans la Colonie ; nous serons témoins des agitations, des luttes de deux races différentes par le langage, la religion et les mœurs; nous assisterons au beau et grand spectacle d’une nationalité se fortifiant par elle-même, se développant au milieu des obstacles et des déboires ; nous admirerons des ora-

teurs aux convictions profondes et sinceres, et les verrons défendre par la force du raisonnement et la subli-

nité de l’éloquence les droits et les institutions de eur patrie contre les empiétements du Bureau Colcnial, tont en protestant de leur fidélité à l'Angleterre. Le pays sera conservé à la Métropole par ces mêmes hommes que, dans d’autres temps, Pon cherchera à faire disparaitr>, dont on voudra effacer méme jusqu’au souvenir, comne si le souvenir de tant de gloire pouvait passer inaperçu à la postérité la plus reculée. Enfin après des luttes parlementaires dignes d’un meilleur sort, ces patriotes zclés, ces défenseurs intrépides céderont à la force, en attendant la consommation d’une grande injustice préméditée depais longtemps par PAngleterre, PÜnion des provinces du Haut et du Bas-Canada ; quelques-uns même condamnés par une Cour qui, de l'avis de nos plus habiles jurisconsultes, n’en avait pas le droit, monteront les dégrés de lPéchafaud et mourront pour la patrie et pour la liberté.

Sans doute nous ne prétendons pas nous faire histo rien: pour cela il faudrait avoir la science nécessaire, l'aptitude, la capacité, la sûreté du coup-d’æil, et notre àgye ne nous permet pas même de réclamer en notre faveur la maturité du jugement ; nous voulons seulement raconter d’une manière succincte les principaux événements dont notre pays a été le thtâtre, avec quel-

ques légères appréciations, et nous demandons d’avance pardon aux lecteurs des erreurs involontaires que nous pourrions commettre dans un travail de ce genre, notre notif n'étant que de nous rendre utile à ceux de nos sompatriotes qui mont point eu Pavantage d'étudier, ni ie temns nécessaire pour lire Phstoire si émouvante de notre pays.

BOUCHER pe La BRUÈRE, Fizs.

MAL TARN OMR AM M A MM M À à

Cession du Pays.

La France, à l'époque de la cession du Canada à PAngieterre, géimissant sur les vices d’un homme sars honneur, était devenue Imdifférente à sa politique, à sa puissance et à sa gloire ; la nation se séparait de plus en plus du zouvernement auquel elle laissait Pécrasante responsabilité de ses fautes et de sa dégradation morale ; les nobles cœurs gémissalent en silence ; mais la Cour, énervée pr sa molesse, Ctait d’une apathie et d'une ignorance déplorables sur les besoins urgens du royaume et des colonies, Cependant en Canada, une poignée de braves, laissés à eux-mêmes, disputaient pied-à-pied le territoire de leur patrie adoptive; et à peine sept mois s'étaient écoulés depuis le jour où Wolte et Montcalm étaient ton:bés courageusement à la téte de leurs armées, l’un enseveli dans les plis du drapeau victorieux de PAngleterre, Pautre dans celui qui portait le nom immortel de Curillon, lorsque sonna Pheure du dernier combat et que commença la glorieuse et brillante bataille de Sainte-Foye, le 28 Avril, 1760, jour que la Providence réservait à nos pères pour être les derniers vainqueurs dans une lutte dont ils devaient eux-mêmes être le prix.

Les troupes anglaises qui arrivèrent au port de Québec quelque temps après cette dernière bataille forcèrent le général de Lévi à se retirer vers Montréal. Le gouverneur, M. de Vaudreuil, ayant assemblé un conseil de guerre, lPintendant Rivot v proposa un projet de ce-

pitulation que l’on adopta comme préférable à une defense qui ne pouvait retarder que de quelques jours la perte de la Colonie, Le général Amherst accepta presque tous les articles de la capitulation au nombre de 55, et par cet acte à jamais célèbre dans les fastes du pays, et signé le 8 Septembre, 1760, le a fe passa définitivement au pouvoir de l'Angleterre. La sg pes lation de Montréal garantissait aux Canadiens le libre exercice de leur religion, le maintien de leurs lois, coutumes et usages, ct les communautés religieuses retenaient la possession de leurs biens et priviléges. L'on priva les Jésuites, les Sulpiciens et les Franciscains d: ces avantages jusqu a ce que le Souverain Georges IT eût fait connaitre la ligne de conduite qu ’ilentendait suivre à leur égard. Il fut répondu que les Canadiens seraient sujets du Roï, paroles, dit M. lPhistorien Gar- “neau, qui avaient un sens beaucoup plus étendu que “ ce peuple ne se Pimaginait alors,et que son ignorance “ des institutions représentatives Jui fit négliger d’in- ‘ voquer pour entrer en possession des droits dont il “n'avait pas encore joui, à savoir: la votation des im- “ pots, la participation à la confection des lois et au ‘jugement par jury.”

La capitulation de Montréal prépara pour le pays et Ja race vigoureuse qui Phabitait un avenir bien sombre. Il y avait “alors en Canada à peu près 70,000 habitants, disséminés depuis le fort Frontenae, (: imjourd? hui Kingston), 130 lieues au-dessus de Québec, jusqu’à 50 lieues au Sud et 20 lieues au Nord. Les guerres qui s’étaient succédées depuis de longues années, avaient affaibli et ruiné la population ; Péloignement des habitations, le manque de chemins rendaient les communications très difficiles et même périlleuses, de sorte que notre existence comme peuple se trouva considérablement menacée durant les trente années qui suivirent le commencement de la dominatiou anglaise en ce pays, s’il faut joindre à ces causes majeures le départ de la classe instruite des Français, lisolement dans lequel se trouvèrent les cultivateurs et les sourdes menées des ennemis de notre race.

Nos pères tremblèrent à la vue des attaques faites par leurs adversaires à leurs droits les plus légitimes et les plus sacrés ; ce fut avec des larmes amèreset peut-

être le désespoir pour un instant dans le cœur qu’ifs virent leur langue proscrite, leurs vénérables instituteurs, les Jésuites, chassés de leur collége et remplacés par des soldats, qu’ils furent soumis à une juridiction étrangère, qu’ils se trouvèrent à la merci d’un gouvernement ennemi acharné de leurs institutions et ne le connaissant que pour les maux qu’il avait fait souflrir à l’Irlande.

Muis la Providence veilla constamment sur ce pays et ces rejetons vigoureux d’une race dont on presseutait Panéantissement, En France quelques-uns furent vivement émns de la perte de cette belle eolonie ; d’autres s’en réjouirent comme étant le triomphe de la liberté sur le despotisme et par leurs applaudissements impies profanérent le culte sacré de la patrie. Un homme entre autres, le trop fameux Voltaire, qui par ses écrits plongea la France dans le gouffre de Pimpiété, Voltaire fut le premier à rire d’un rire infernal et à célébrer par un banqu:t le triomphe des Anglais en Canada. Fut-il Français cet homme ? par la naissance, mais par le cœur: Jamais.

Voici le bel éloge que faisait des Canadiens le Gouverneur Monsieur de Vaudreuil, dans une lettre adressée aux ministres de Louis XIV : Avec ce beau et ‘ vaste pays la France perd 70,000 âmes dont l'espèce ‘est d'autant plus rare que jamais peuples n’ont été ‘aussi dociles, aussi braves et aussi attachés à leur “ prince,” paroles magnifiques que ne comprit point la France,

Regimo Militaire

De 1759 à 1763 s’écoula la période connue dans notre histoire sous le nom de “ Régime Militaire.” Le général Amherst traita la province en pays conquis, sans gouvernement régulier, et le divisa en trois départe. ments : celui de Québec sous ia surveillance du général Murray, celui de Montréal où l’on plaça le général Gage, et celui des Trois-Rivières ayant pour l’administrer le colonel Burton. Murray établit à Québec un conseil militaire composé de sept oflivicrs, siégeant deux fois la seinaine, et la connaissance des aflaires de police fut laissée aux commandants des localités. ilen fat àpeu-près de même à Trois-Rivières. À Montréal, Gage divisa son département en cinq arrondissements ayant chacun un conseil composé de cinq à sept dfliciers, et relevant de trois conseils de guerre établis à Moniréal, Varennes et St. Sulpice. On pouvait interjeter appel à Gage de ces conseils.

Ainsi à peine le dernier coup de canon avait-il été tiré pour la défense du pays que déja se faisait sentir le poids de la domination étrangère, eten violation directe des capitulations, l’on mettait de coté nos lois et nos contumes pour établir un despotisme militaire, [influence du clergé commença alors à prévaloir dans les campagnes désertes et veuves de leurs principaux citoyens; on se rallia autour du prêtre, comme étant Phomme le plus capable de comprendre les misères de Ja population et l'aider de ses conseils ; ce: fut uh bonheur, car c’est ce qui sauva notre nationalité du naufrage,

En 1763, fut définitivement conclue la paix entre l'Angleterre et la France ; cette dernière abandonva le Canada, et se réserva le droit peu important de pécher la morue sur les côtes de "Ferrenenve.

À peine le Canada avait-il été cédé par la France, que l'Angleterre s’empressa de démembrer le territoire. Le Labrador depuis la Rivière St, Jean jusqu’à la Baie d'Hudson, les Iles d'Anticostiet de la Magdelaine fu-

rent annexes à Terreneuve, l'ile St, Jean et le ( ap Bretoi ‘a Nouvelle-Ecosse, les terres des grands lacs aux colones voisines, L’Angleterre qui avait agi ainsi pour frapper au cœur la nationalité française est aujour. d’hui la première peut-étre à déplorer ce démembrement,

Deux ordonnances, célèbres par les discussions qui en ont éié le résultat, furent alors publiées par le Roi Georges IF, la premiere en date du T octobre, 1763, la seconde en date du 17 déceinbre, 1764. Les principaux points de ces diseussions sont ceux-ci :

lo. La conquête par elle-même a-t-elle eu pour effet d’abolir les lois existantes ? sinon ;

20. La proclamation du 7 octobre, 1763, a-t-elle aboli ces lois, ou si elle à été impuissante par elle-même :

30, La substitution des lois anglaises aux anciennes, a-t-clle été opérée par Pordonnance provinciale de 1764 ?

Nous allons résumer les motifs qui nous portent à croire que les lois françaises n’ont pu être abolies par l'effet seul de la conquête, ni par ces proclamations.

Quant à ce qui regarde le changement de domination nous répondrons négativement, en nous appuyant d’abord sur l’opinion de M. Hey, second Juge-en-Chef de la province de Québee sous li domination anglaise : “ [Lest une maxime indubitable du droit des gens, dit-il, ‘ reconnue par les lois anglaises, que les lois d’un peu. “ ple conquis demeurent en force jusqu'à ee qu’elles “ soient abrogées parla volonté de lanation conquérante.” Nous citerons aussi les paroles du Procureur-Général de Grey et du Solliciteur-Général York, qui disent : “Qu'il n'ya rien de plus certain que le principe du ‘€ droit des gens, qu’un peuple conquis conserve ses lois ‘“ jusqu’à ce que le conquérant en promulgue de nou- ‘ velles.” La même opinion a été exprimée par lexcellent jurisconsulte Thurlow, dans un rapport adressé à Georges III, en 1773. Des paroles du général Amherst, “ Ils deviennent sujets du Roi,” ea réponse au marquis de Vaudreuil qui demandait par la capitulation que les Français-Canadiens fussent gouvernés par les lois déja établies, on ne peut déduire la conséquence que les lois anglaises aient été substituées aux lois françaises, car ai le général eut donné une réponse aflirmative, son gouvernement aurait été lié à observer cet article de la capitulation : en disant simplement fils devienne

sujets du Roi,” il ne fit que la réponse qu’il devait faire ; s'il nevoulait pas engager l’honneur ct la parole de son souverain, Nous croyons ce premier point suffisamment prouvé.

Quant au second, savoir si la proclamation de 1763 a pu abolir les lois françaises, nous citerons de nouvean l’opinion du Juge-en-Chef Hey qui pose ce principe si vrai que la personne ou la réunion de personnes constituant l'autorité législative de la nation conquérante deviennent après la conquête les législateurs du peuple conquis. Partant de ce principe, nous nous demanderons quel était la personne qui en Angleterre avait l’autorité de faire des lois auxquelles les nouveaux sujets devaient se soumettre? Le parlement, répondra-t-on, ear le Roi seul ne peut pas législater ; il lui faut le concours des deux chambres. Sitel est le cas, comment le Roi, de sa propre autorité, pouvait-il, par une simple proclamation, détruire des lois existant dans toute leur vigueur? L’argument que le Roi d'Angleterre a Île droit, sans le parlement, de faire la paix ou la guerre, et qu’il a la propriété absolue des conquétes tombe devant le fait que la paix était faite et que les Canadiens avaient le droit de jouir, comme tous autres, du titre de sujets de la Grande-Bretagne.

Si la proclamation de 1763 n’a pas eu l’effet d’introduire les lois anglaises dans le pays, à plus forte raison celle de 1764, et telle est l’opinion, ontre les auteurs cités, du baron Mazères, alors même qu’il était Procureur-Général de la province de Québec. Tel est aussi l'opinion de notre aimable historien M. Christie dont autorité en pareille matière n’est pas sans importance.

Quant aux lois criminelles anglaises, de fait elles furent suivies de 1764 à 1774, sans objection ; il paraftrait même qu’il y eut une espèce d’assentiment général; ilenfut ainsi pour les lois commerciales calquées en grande partie sur le code de commerce publié sous le grand Colbert,

Cependant les opinions étaient bien contraires sur le systéme de lois qui devait être adopté, et en plusieurs occasions les malheureux Canadiens virent leurs droits étrangement méconnus, et leurs lois mises de côté,

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De 1764 à l’établissement du Conseil Législatif en 1774.

Lord Ambherst qui, quoiqu’absent, peut être considéré comme le premier gouverneur Anglais du Canada fut remplacé par le général Murray. Ce dernier, suivant ses instructions, forma un nouveau conseil, accumulant le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire, et composé des lieutenants-gouverneurs de Montréal et des T'rois- Rivières, du juge-en-chef, de l'inspecteur des douanes et de huit personnes influentes. On ne prit qu’un seul homme obscur du pays pour faire nombre ; c'est ainsi que les ennemis de notre race entendaient la libéralité.

Une nuée d’aventuriers, d’intrigants et de valets arrivèrent bientot en Canada, pour s'emparer des emplois au détriment des habitants du pays, et dénationaliser le Canada. Aussi s’'empressa-t-on de leur tendre les bras. On proposa de prendre possession de PEvéché de Québec

"avec ses propriétés et de les donner à l’évéque de Londres,

de n’accorder aux catholiques qu’une tolérance limitée, d’exiger d'eux le serment de fidélité, et de les déclarer incapables,comme catholiques, de posséder des charges publiques. La justice était adininistrée par des hommes ignorant les lois du pays et dans une langue inconnue aux Canadiens. Le gouverneur lui-imeine, dégoûté d’un tel système, disait au ministère métropolitain : Le gouvernement établi, il fallut faire des magistrats ‘et prendre des jurés parmi 450 commerçants, artisans ‘et fermiers, méprisables principalement par leur PÉISHOIANOÉ ess sos sniper de ere

,,,,,.... Is haïssuient lu noblesse Canadienne à ‘“ cause de sa naissance et pareequ’elle avait des titres ‘ à leur respect : ils détestaient les habitants parcequ’ils * les voyaient soustraits à l’oppression dont il les avaient ‘ menacés.” Ce sont là les paroles d’un homme honorable qui avait intérêt à cacher fa condnite delovale de 52 compatriotes.

Le général Carleton remplaça Murray en 1:66, mu sans apporter d’adoucissement au sort des Canadiens.

Cependant Angleterre s’occupait toujours du Canada, divers documents d’une très haute importance qui lui furent sorunis sur l’état de la colonie, contenuient des suggestions sur le gouvernement que l’on croyait devoir convenir au pays.

MM. York et Grey, dans leur mémoire de 1766, reconnaissant les défauts du système de 1764, attribuaient les désordres qui en étaient résultés à deux causes :

10. A la tentative d’administrer la justice dans des formes inusitées et dans une langue qui éiait étrangère aux justiciables ;

20. A Palarme causée par lPinterprétation de la proclamation de 1763 que l’intention de l’Angleterre était d’abolir d’un seul coup les lois existantes dans le pays

Malgré les raisons de haute politique alléguées par ces deux éminents jurisconsultes, ces recommandations restèrent pour le moment sans effet,

Marriott dans son rapport, n’a fait preuve que de fanatisme, et pas un mot de luslice n’y fut écrit en faveur des Canadiens.

Le solliciteur-général Wedderburne fut plus modéré et plus juste.

Le procureur-général Thurlow se montra favorable’

ux libertés des colonies, Voici la conclusion de son judicieux rapport :

‘ Je conclus donc que de nouveaux sujets acquis par droit de conquéte doivent attendre de la bonté et de ‘ la justice de leur conquérant la conservation de toutes ‘“ les anciennes lois ; et ils n’ont pas moins, ce semble, ‘“ raison de l’attendre de sa sagesse. Il est de Pintéret du conquérant de laisser les nouveaux sujets dans le plus haut degré de tranquilité privée et de sécuritée personnelle comme dans la plus grande persuasion de leur réalité, sans fournir inutilement des causes de plainte, de mécontentement et de manque de respect à la nouvelle souveraineté. Le meilleur moyen d’assurer la paix et ordre, c’est de les laisser dans leurs habitudes d’obéissence aux lois auxquelles ils sont accoutuInés, et non de les forcer à swivre des lois dont ils mont jamais entendu parler, et si le vieux système se trouve plus parfait que tout ee que Pingénuité hu

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‘‘ maine peut espérer d'y substituer, alors la balance “ Pemporte entièrement en sa faveur.”

Le cabinet Anglais était en possession de ces rapports en 1773, sans remédie ‘r néanmoins aux abus existants. Cependant le temps n’était pas éloigné où la métropole devait étre forcé de se montrer libérale envers ses nouveaux sujets. Les rapports entre elle et ses colonies anglaises d'Amérique se compliquaient davantage, les mécontentements étaient réels, les esprits devenaient de jour en jour plus exeités et l’Angleterre pour s’attirer les faveurs des Canadiens, ne devait pas tarder à introduire des changements importants dans la constitution.

Le parti Canadien et le parti Anglais en Canada pressentaient ces changements, et de part et d’autre des adresses furent présentées au gouvernement métropolitain. Les partisans Anglais s’assemblèrent à Québec en octobre 1773 pour rédiger une adresse dans le but d'obtenir une Chambre d'Assemblée, Signée par les Anglais de Montréal, elle fut envoyée à "M. Frs. Mazères, baron de PEchiquier, et Pon s’appuyait pour obtenir ces changements constitutionnels sur la prock: + mation du Roi de 1763 dans laquelle il était dit qu’une Chambre Législative serait établie aussitôt que le permettraient les circonstances.

Mazères répondit que probablement un Conseil Legislatif seul serait établi, parceque Pétat actuel de la colonie ne permettait point une telle forme de gouvernement. Relativement à la proposition qu'il avait faite aux ministres que le Conseil fut composé seulement de protestants, il dit :

‘“ As to an assembly of protestans only, 1 see ro “ objection to the establishment of one, but the danger ‘ of disobliging the catholics of the province who are ‘so much superior in number.” Aïnsi il est bien entendu que lon ne se guiduit point par les principes de la plus stricte justice et de la foi Jurée, mais seulement par la crainte de voir toute une population s’élever contre un acte qui aurait paru aussi inique.

Six suggestions différentes furent faites relativement à la nouvelle forme de gouvernement que lon voniait introduire :

lo. L’on demandait d'établir une Chambre d’Assem. bléc composée exclusivement de protestints, tels que

l'entendaient les Anglais, par la proclamation royale du mois d'octobre 1763 ;

20. Une assemblée composée également de catholiques et de protestants ;

30. Une Assemblée composée presqu’entièrement de protestants, avec un nombre limité de catholiques ;

do. De déléguer au Gouverneur et à son Conseil un pouvoir suffisant pour lier la province, en augmentant le nombre des membres qui seraient tous protestants ou ;

5o. Protestants et catholiques ;

60. Ou encore de protestants avec un nombre restreint et limité de catholiques.

A Pexception du comte d’Hillisborough, le grand nombre des ministres désaprouvèrent les trois premières mesures et opinèrent pour Porgunisation d’un Conseil Législatif,

Le baron Mazères, après avoir eu nne conversation avec deux marchands influents, M. Thomas Walker de Montréal et M. John Paterson de Québec, fit un projet de loi par lequel il suggérait d'élever à trente-un le nombre des membres du Conseil, que celui-ci fut indépendant du Gouverneur, au lieu d’être sujet à suspension, que le quorum fut fixé à dix-sept, de plus qu’il eut point le pouvoir d’iiposer de taxes, qu’il fut crée pour sept ans, et composé que de protestants, dispositions calculées pour écarter des üflaires et des emplois Pélément français et catholique. |

Nos malheureux anceétrex néanmoins ne restèrent point oisifs devant les menaces et les injustices de leurs adversaires; la colonie possédait des hommes capables de juger et de prévoir les événements ; des requêtes furent faites et Pon signa, dans le mois de décembre 1773, une pétition qui s’exprimait en ces termes :

“ Dans Pannée 1764, Votre Mujesté daigna faire cesser le gouvernement militaire dans ceite colonie pour y introduire le gouvernement eivilk Et dès Pépoque de ce changement nous commençâmes à ‘ nous apercevoir des inconvénients qui résultaient des lois britanniuges qui vous étaient jusqu'alors incon- ‘nues, Nos anciens citoyens qui avaient réglé sans frais nos ditiicultés furent remerciés: cette milice qui se faisait une gloire de porteree beau nom sous votre eupire fut supprinée, On nous accorda à Ja vérité

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“le droit d’étre jurés, mais en même temps on nous fit ‘Céprouver qu’il y avait des obstacles pour nous à la ‘“ possession des emplois. On parla d'introduire les “ lois d'Angleterre, infiniment sages et utiles pour la mère-patrie, mais qui ne pourraient s’allier avec nos ‘ coutumes sans renverser nos fortunes et détruire ‘é entièrement n0S POSSESSIONS 4 se ss 6 54 a 01010 0 0 0.000 à 0 0 0

..... Daignez illustre et généreux monarque, dissiper ‘ces craintes en nous accordant nos anciennes lois, ‘ priviléges et coutumes, avec les limites du Canada tel- € les qu’elles étaient ci-devant. Daignez répandre égale- ‘© ment vos bontés sur tous vos sujets sans distinction... ‘et nous accorder en commun, avec les autres, les ‘ droits et priviléges de citoyens Anglais ; alors... ‘ nous serons toujours prêts à les sacrifier pour la gloire ‘ de notre Prince et le bien de notre patrie.”

I y a loin de ce langage digne, soumis et modéré au langage violent, fanatique et injuste des Anglais qui habitaient alors le Canada.

Dans les circonstances difficiles où se trouvait l’An-

leterre, Les demandes des Canadiens furent accueillies favorablement et servirent de base à l'acte de 1774, “qui formait du reste, dit Phistorien Garneau, partie ‘€ d'un plan beaucoup plus vaste, puisqu'il embrassait “ toutes les colonies anglaises de ce continent.”

Si nous voyons plus tard l'Angleterre faire justice aux Canadiens, c’est dû plutot aux circonstances extérieures qu’à ses principes de libéralité. On le sait depuis longtemps, la politiqne anglaise a pour bâse Pégoïsme et l’intéret.

Do l'établissement du Coxriseil Leégislatif à l’acte constitutionnel de 1791.

L'on se rappelle les plans successivement proposes depuis 1764, pour l’adoption d’un nouveau système de gouvernement, les requêtes qui furent faites de part et d'autre, les injustes prétentions des Anglais pour exclure les catholiques des emplois ; ce fut le commencement de cette profonde antipathie de race qui depuis exista toujours, dans leurs relations et leur conduite envers nous.

Mais quand on appréhenda la guerre avec les colonics anglaises d'Amérique on sut taire les préjugés pour se rendre favorable les Canadiens en leur accordant ’acte de 1774, connu sous le nom d’Acte de Québec. Cette loi impériale établissant un Conseil Législatif chargé, avec le Gouverneur, de faire des lois, nous garantissait de nouveau le libre exercice de notre religion, maintenait nos lois et nos coutumes, et dispensait les catholiques pour devenir membres du Conseil, de prêter le serment contre leur religion. Les lois commerciales et criminelles anglaises furent maintenues, mais le Conseil n’eûüt point le pouvoir d'imposer des taxes. Cependant l’Angleserre ne put se montrer libérale en tout, et sur vingt-trois membres dont se composait le Conseil, il n°y eût que sept Canadiens catholiques qui abord en firent partie, savoir: Messieurs de La Naudière, de Rizauville, de Saint-Ours, Contrecœur, Belestre, de Léry et La Corne de St. Luc.

Cet acte qui avait'éprouvé de Popposition dans Penceinte du parlement impérial, fut loin d’être appronvé par les Anglais du Canada. Des pétitions furent adressées à PAngielerre, pétitions qui se résumèrent dans ces lignes écrites par Mazères en 1774: Upon th< * whole, the Act seems likely to perpetnate the Romau Catholic religion, rather than gradualls to introdues the protestant.” | |

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Mais la force des circonstances l’emporta sur ces ré clamations, car depuis plusieurs années l’Angleterre s'était attiré l’aversion de ses colonies américaines en reetreignant leurs priviléges, en entravant l’élan de leur commerce, en faisant défense d’exporter des tissus de laine et des chapeaux d’une province à l’autre, et d’imrter, sans des droits exhorbitants, le sucre, le rumn et a melasse, en voulant aussi les taxer contrairement à leurs pritentions, à moins d’avoir des représentants dans le Parlement Anglais. C’était l’époque où le célèbre Franklin écrivait te Londres à ses compatriotes : ‘“ Le soleil de la liberté est passé sous l'horizon, il faut ‘“ que vous allumiez le flambeau de l’industrie et de ‘ l'économie.”

Une adresse fut envoyée aux Canadiens par le Congrès Américain, leur demandant de s’unir a lui dansla révolte contre la métropole. ‘Saisissez, disait le “# Congres, saisissez l’occasion que la Providence elle- ‘ même vous présente ; si vous agissez de façon à con- ‘“ server votre liberté, vous serez effectivement libres. Nous connaissons trop la générosité des sentiments “ qui distinguent votre nation pour présumer que la « différence de religion puisse préjudicier à votre amitié ‘€ pour nous...

Malgré ces protestations et ces promesses, on hésite à s’unir à ceux qui, quelque temps auparavant, avaient reproché au gouvernement britannique de permettre aux Canadiens le libre exercice de leur religion. Un grand nombre, espérant beaucoup en l’acte de Québec Testèrent fidèles, d’autres se montrèrent indiflérents, et une parole inconsidérée et intolérante fut peut-être la perte du Canada pour la République Américaine en cette circonstance.

Siege de Québec.

Les hostilités ne tardèrent point à commencer entre: l'Angleterre et ses colonies. La prise des forts Carillon, St. Frédéric et St. Jean fut le signal de l'invasion du Canada par les Américains. Arnold qui plus tard devait trahir sa patrie, et Mongommery, le même qui avait assisté au siége de Québec par Wolfe en 1759 s’avancèrent à la tête des troupes américaines vers Québec ; les populations se soumirent d’elles-mêmes, ou restèrent neutres ; Montréal et Trois-Rivières tombèrent au pouvoir de l’ennemi, et le gouverneur Carleton se renferma dans sa capitale dont on commença aussitôt le siége.

Les Anglais n’avaient qu’une garnison de 1,800 hommes dans Québec dont 500 Canadiens, lorsque les Américains commencèrent le siége de la capitale. La population de ia ville elle-même n’était que de 5,000 mes. Cependant on résolut de défendre courageusement la seule place importante peut-être qui ne fut point au pouvoir de l’ennemi ; on s’occupa à fortifier la ville ; les remparts et les quais furent garnis de canons ; aux extrémités de la basse-ville l’on dressa des barricades, afin de prévenir toute surprise, et deux barrières, défendues par une batterie masquée, furent placées au bout de la rue Champlain.

Arnold, de son côté, n’avait qne 900 hommes, y eompris les Canadiens sous la conduite du colonel Levingston. Cependant on occupa Beauport et la Canardière, et Mongommery établit son quartier-général à Sainte-Foye. Son dessein était de s’emparer de la ville par un coup de main, d’autant plus que le peu de soldats qu’il avait à sa disposition et le petit nombre de bouches. à feu ne lui permettaient point de faire un siége régulier. La nuit du 30 au 31 décembre fournit l’occasion aux ennemis de monter à lassault. L’obscurité était complète, il tombait une neige épaisse et le gros vent qui souffait empêchait tout bruit de se propager. Le sort du Canada allait donc sc décider dans ette nuit même. Carleton qui connaissait les projets

des ennemis par des déserteurs redoubla d'attention, Mongornmery divisa ses troupes en quatre corps. Le premier ayant pour chef le colonel Levingston, devait faire une fausse attaque contre la porte Saint-Jean ; le second sous la conduite du major Brown devait menacer la citadelle, tandis que le colonel Arnold et Mongommery, avec deux autres corps chargés de la véritable attaque, devaient pénétrer dans la basse-ville et enlever, celui-là les barricades du Sault-au-Matelot, celui-ci celles de la rue Champlain.

À deux heures du matin toutes les troupes ennemies se trouvent à leur po ie, le signal est donné au moyen de fusées et l’attaque commence. Les sentinelles anglaises donnent aussitôt alarme. Le brave Mongommery s’avance au pied de la citadelle dans un sentier étroit, rempli de glaces, où deux hommes pouvaient à peine passer de front ; il conduit ses soldats à la mort ou à la victoire. Les Américains franchissent la première barrière sans difhiculié. Arrivé à la seconde l’on s’apperçoit qu’elle est défendue par une batterie de sept canons et une forte garde. Que faire? Retourner eut été s’exposer à une mort désormais inévitable ; il w’y avait pas à balancer, des braves ne savent fuir. Les troupes s’élancent à l'assaut, les canons à l'instant vomissent la mitraille, la première victime de la bravoure tombe, c’est Mongommery. Le désavantage de l’étroite position où est engagée la colonne ennemie, l4 force à se retirer. Pendant que Mongommery trouve ici une mort glorieuse, Arnold de son côté a la jambe fracasste ; cependant le succès couronne pour un instant ses efforts ; la colonne américaine, au nom de ‘ Vive la Liberté” fait la garde anglaise prisonnière. A la dernière barrière défendue par Dumas, les ennemis sont forcés de se replier dans les maisons, l’échelle est placée pour escalader les barricades ; l’intrépide Charland, avec un sung-froid admirable, au milieu des balles, va retirer l'échelle en dedans des barricades, tant il est vrai que le courage est inné dans le cœur du Canadien comme du Français.

Carleton, averti de la défaite de Mongommery à Près-de-Ville, concentre ses forces vers Saint-Roch, et enveloppe les ennemis; la colonne d’Arnold est alors faite prisonnière ; les Américains sont vaincus, Québec est sauvé.

Mongommery était disparu ; après le combat, l’on fit des recherches et on trouva son corps enseveli sous une légère couche de neige. Ses compagnons d’armes en voyant l'épée de leur brave commandant, ne purent s'empêcher de verser des larmes, cur sous la cuirasse du soldat l’on trouve aussi la sensibilité du cœur. Le gouverneur rendit les honneurs militaires aux cendres du héros, et Mongommery fut enterré avec pompe.

Les actes de bravoure ne sont jamais oubliés. En arrivant à Québec, l’œil du touriste apperçoit sur le penchant du Cap Diamant une planche portant une inscription : c’est pour indiquer lPendroit où tomba Mongommery. Touchant et pieux souvenir de l’héroïsme et du dévouement de cet homme pour son pays.

Après la défaite des Américains devant Québec le Congrès ne se découragea pas ; un second manifeste fut envoyé en Canada, prom::ttant de nouveaux renforts ; des hommes éminents vinrent même dans le pays: Franklin, Chase, Carroll sullicitèrent en, vain les Canadiens de se joindre à eux. Le Dr. Carroll, Jésuite, mort en 1815 Evêque de Baltimore, fut envoyé auprès du clergé Canadien sans plus de succès, et l’on dût enfin renoncer à tout espoir de s’emparer de cette importante colonie.

Le Conseil Législatif n’eût sa seconde séance qu’en 1777. Seize ordonnances furent faites dont deux principales, celles relatives à la milice et à administration de la justice. Mais de mauvais jours s’annoncèrent encore pour le Canada. La conduite despotique de Haldimand, successeur de Carleton, excita beaucoup de murmures, le peuple était opprimé ; en temps de guerre on forçait l’agriculteur à cultiver, sans rémunération, la terre de son voisin qui était allé combattre ; les juges jugeaient le plus souvent d’après les lois anglaises, nonobstant le texte formel de la constitution et de toute part régnait l’inquiétude et la crainte. Des citoyeus paisibles étaient emprisonnés sur simple soupçon, sans aucune forme judiciaire. Un, entre autres, l’infortuné Du Calvet fut retenu deux ans et huit mois en prison et remis en liberté, sans procès, sans qu’on lui donna la raison de sa déteniion ; aussi la position où se trouvait le peuple Canadien était à peine tolérable,

Carleton, élevé à la pairie sous le nom de Lord Dos. chester, revint en Canada prendre les rènes du gouvernement. Des comités furent nommés pour s’enquérir de l’état de la colonie, mais on ne put maîtriser les soupçons relatifs à la partialité de ceux qui composuient ces comités. Toutes cex difficultés furent un prétexte pour discuter de nouveau la forme gouvernementale, et des pétitions, en 1385, furent présentées à l’Angleterre pour demauder un gouvernement représentatit, mais on ne jugea pas à propos d’obtempérer pour le moment à ces sollicitations.

Les Canadiens étaient divisés maintenant en deux partis distincts, Pun voulant une chambre élective, l’autre tenant à la constitution de 1774. Des pétitions furent de nouveau présentées, mais avec plus de succès, au gouvernement impérial. Pitt éclairé par les anciennes fautes de l'Angleterre dans l’administration des Etats-Unis et par le grand exemple de son père Lord Chatham, présenta à la chambre des Communes un projet de loi tendant à octroyer au Canada une nouvelle constitution consacrant le principe électif et divisant la colonie en deux provinces distinctes, le Haut et le Bas- Canada. Nous ne saurions mieux faire que de mettre sous les yeux du lecteur les paroles mêmes de Pitt, paroles simples, mais mémorables :

“ Sensible à l’importance du sujet, dit ce ministre, # j’aurais désiré faire à la chambre une exposition “ complète de mes motifs et des principes que je veux # prendre pour base en donnantune constitution propre “à faire la prospérité d’une portion importante de Pempire britannique ; mais comme il n’est pas pro- “ bable qu’il s’élève d'opposition à lPintroduction de “ cette mesure, et comme du reste les explications se- “ ront plus opporiunes lorsque le bill sera devant la “ chambre, je vais seulement en donner une esquisse “aujourd’hui en peu de mots. Le biil que je me pro- “ pose d’introduire est fondé d’abord sur la recomman- “dation du message royal de diviser la province en ‘“ deux gouvernements. Cette division mettra fin à la “ rivalité qui existe entre les anciens habitants français ‘et les émigrants qui vonten Canada de la Grande- “ Bretagne ou de nos autres colonies, rivalité qui oc- ‘ casionne des dissentions, de l'incertitude dans }:3

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* lois, et d'autres dithcultés d’une moindre importance ‘“ qui trouble depuis si longtemps cette contrée. J’es- ‘ père que l’on pourra faire cette division de manière a “ donner à chaque peuple une grande majorité dans la ‘“ partie qui lui sera appropriée, parce qu’il n’est pas “ possible de tirer une ligne de séparation complète. ‘“ Les inconvénients que l’on pourrait craindre de la “ circonstance que d’anciens Canadiens seraient com- “ pris dans une division, et des émigrans britanniques “ dans l’autre, trouveront leur remède dans la législa- ‘“ ture locale qui va ètre établie dans chacune d'elles,

“ C’est pour cela que je proposerai d’abord d’établir “ à l'instar de la constitution de la mère-patrie, un con- “ geil et une chambre d’assemblée ; une chambre éli- “ gible en la manière ordinaire et un conseil composé ‘“ de membres nommés à vie par la couronne, ou siégeant “ par droit héréditaire que le roi aura le privilége d’at- “ tacher à certains honneurs.

“Toutes les lois, toutes les ordonnances actuelles “ demeureront en force jusqu’à ce qu’elles soient chan- “ gées par la nouvelle législature, Le pays conservera ‘“ conséquemment des lois anglaises tout ce qu’ilen a “ a present ou tout ce qu’il en voudra garder, et il aura ‘les moyens d’en introduire d’autres s’il le juge conve- “ nable. La loi d’habeas corpus a déjà été introduite ‘ par une ordonnance de la province ; et cette loi qui “ consacre un droit précieux, sera maintenu comme “ partie fondamentale de la constitution.”*

Le bill après quelques amendements, dont l’un fut de porter la représentation de trente à cinquante membres, passa sans division dans les deux chambres. Le célèbre homme d’Etat Burke, en donnant son assentiment au bill disait: Essayer d’unir des peuples qui diffèrent de “ langue, de lois, de mœurs, c’est très absurde, C’est “ semer des germes de discorde, chose indubitablement “ fatale à l’établissement d’un nouveau gouvernement. ‘ Que leur constitution soit prise dans la nature de # l’homme, la seule base solide de tout gouvernement.”

Le chef non moins célèbre du parti whig, Fox, opposé à la division des provinces, se prononça pour obtenir

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* (inrneau.

an Conseil Lémislatif électif en Canada : ‘* Avec nna “ colonie comme celle-là, observait cet orateur, suscep- ‘ tible de progrès, il est important qu’elle n’ait rien à ‘“ envier à ses voisins. Le Canada doit rester attaché ‘à la Grande-Bretagne par le choix de ses habitants; “ il sera impossible de le conserver autrement. Mais ‘“ pour cela il faut que les habitans sentent que leur si- ‘ tuation n’est pas pire que celle des Américains.”

C’est lors de la discussion de ce bill que se rompit !n longue et intime alliance entre Fox et Burke, et se manifesta à jamais leur divorce politique qui donna à Pitt une majorité immense dans le parlement et dans le pays.

La nouvelle charte fut mise en vigueur le 26 décembre 1791. Depuis 31 ans quatre gouvernements avaient été établis ; la loi martiale de 1760 à 1763 ; le régime militaire de cette époque à 1774; un gouvernement civil absolu de 1774 à 1791 et enfin un gouvernement tiers parti électif.

La population à cette époque, pouvait être évaluée à 135,000 âmes dont 10,000 en Haut (Canada. La population Franco-Canadienne, observe Garneau, s'était doublée par trente ans depuis 1679. Elle était à cette dernière épeque de 9,400 âmes, en 1720 de 24,400, en 1734 de 37,200 ; il n’y eut, continue-t-il, qu’entre 1734 et 1765 qu’elle ne se redoubla pas en conséquence d’abord des pertes faites dans les guerres qui remplirent la plus grande partie de cette période, et ensuite, de Pémigration en France après la conquête. Depuis 1768 elle avait repris une marche progressive rapide.

Les Canadiens accueillirent le nouvel acte de 1791 avec satisfaction, mais il n’en fut pas de même de la population anglaise qui se trouva déconcertée dans les plans qu’elle avait formés pour l’exclusion des Français de l’enceinte législative, et des murmures s’élevèrent malgré que le parti anglais domina dans les conseils législatif et exécutif. De là la profonde antipathie que nous remarquerons plus tard en examinant le contact des deux chambres sur les lois qui seront présentées à leur approbation.

Constitution de 1791.

L'octroi de la nouvelle constitution ouvrit pour le Canada une ère qui promettait beaucoup, en donnant à la discussion une vivacité qu’elle n’avait point auparavant, et à l’esprit un champ vaste à parcourir. Nos pères l’acceptèrent avec joie car ils virent luire pour eux de meilleurs jours, en pouvant exprimer librement et publiquement leurs nombreux griefs. Néanmoins cette constitution avait ses défauts. Le Conseil Exécutif, outre qu’il était comme le Conseil Législatif composé de partisans ennemis de nos institutions et de nos lois, n’était pas comine aujourdhui responsable au peuple, et ce vice du gouvernement constitutionnel fesait présager aux hommes expérimentés d’alors la chute de ce système dans un avenir plus ou moins éloigné. Cependant comme telle, on accepta cette constitution.*

Les élections furent fixées pour le mois de juillet et la réunion des chambres pour le mois de décernbre, Sur 50 membres, 16 anglais furent élus, malgré lopposition constante que ces derniers avaient montrée aux intérêts Canadiens-Français.

Le parlement s’ouvrit le 17 décembre dans le palais épiscopal occupé par le gouvernement depuisla conquête.

* Le journal de l'Assemblée nous donne les noms de ceux qui furent élus membres de la nonvelle Législature, et qui sont les suivants : Gaspé.— Edward O’Hara ; Cornwllis.—P. L. Panet et Jean Digé; Devon.—F. Dambourges et Jae. Tod ; Hertford.—P, Marcoux et Ls. Dunière; Dorchester —G E. Ta:chereau et Ls. de Salaberry ; Buckirghamshire. — À. J. Dachesnay et J. M. Tonnancour, (l'ainé) ; Rieheu, (B. W. Henry).—J. Barnes :

u (comté)— Pierre Gerout et Benjamiu Oberrier; Bedford —H. de Rouville ; Surry.—Ph. de Rocheblave et Frs. Malhiot; Kent.—R. Boileau et P. Le Gras Pierreville ; Huntingdon.—H. St. Georges Dupré et G. C. de Lorimier. York.—M. E, ch. de Lotbinière et P. A ie Bonne; Montréal, Ouest.—J. MeGill et J. Bte. Durocher ; à Est.— J. Frohisher et J. Richardson :

F} Comté,—Jos Papineau et J, Walker :

Î fallut choisir un président, et M. J. Panet fut proposé C’est alors que lon vit les membres anglais renouveler leurs tentatives pour obtenir la suprématie et mépriser les intérêts de ceux par qui ils avaient été élus. Sans la moindre délicatesse et en dépit de leur minorité ils proposèrent en opposition à M. Panet, MM. Grant, McGill et Jordan. L’élection de M. Panet fut emportée par une majorité de 28 contre 18, deux Canadiens ayant voté contre lui.

La haine que le parti anglais portait au nom Canadien se manifesta davantage, lorsqu'une proposition fut faite pour rédiger les procédés de la chambre dans les deux langues. Une discussion très vive et très animée s’éleva des deux partis opposés, et cette demande si raisonnable fut considérée connne une espèce de révolte contre la métropole. L’on taxa les membres français d’incubordination ; lon semibla méconnaître les motifs qui les faisaient agir, l’on chercha mêine à les intimider ; mais ce fut en vain ; les arguments intbranlables sur lesquels s’appuyaient les députés Canadiens, leurs patoles pleines de dignité et de loyauté comme leur éloquence, finirent par triompher des attaques de leurs fanatiques adversaires. L’un des généreux défenseurs de nos libertés politiques, M. de Lotbinière, disait :

La première raison qui a été donnée, est, que Îa ‘ Jangue anglaise étant celle du souverain et de la ‘“ législation de la mère-patrie, nous ne serons entendus “ ni des uns ni des autres si nous n’en fesons usage, et

Efingham.—J. Jordan et J. Lacroix ;

Leinster.—Frs. A. Larocqne ct Bon. Panet ;

Warwick.—P. P. La Valtrie et Ls. O. St. Maurice,

Bourg des Trois-Rivieres.—J. Lees et N. St. Murtin;

Comté des Trois-Rivières.—Th. Coffin et Augt. Rivard ;

Hampshire.—M. McNider et J. Boudreau ;

Québec, (haute-ville).—J. À. Panet ei W. Grant;

A (basse-ville.)—R, Lester et J. Young; u (comté).—Ls. de Salaberry et D. Lynd;

Northumberland.—P. Bedard et Jos. Dufour;

Orléans.—N. G. Boisseau. |

Le Conseil Législatif, à l’ouvertare du Parlement, était formé des inembres suivants :

L'hon. W. Smith, orateur, J. G. Chaussegros de Lery, Hugh Finlay; Picotté de Belestre, Th. Dunn, Paul Roc de St. Ours, Fd. Harrison, Frs Baby, J. Collins, Joseph de Longueuil, Chs. de Lanaudière, G. Pawnul, R, A, de Bouchetville, John Fraser, Henrv Caldwell, [Receveur-Général.j

‘‘ que tous les projets de loi que nous présenterons eñi “ langue française seront refusés.

‘ La seconde, que l'introduction de la langue anglaise assimilera et unira plus promptement les Canadiens ‘€ à la mère-patrie.

“ Ces raisons sont d’une si grande importance qu’il est indispensablement nécessaire de les examiner “ l’une après l’autre.

‘ Pour répondre à la première, je dirai avec cet enthousiasme qui est le fruit d’une vérité reconnue et “ journellement sentie, que notre gracieux souverain ‘Cest le centre de la bonté et de la justice ; que l’ima- ‘ giner autrement serait défigurer son image et percer * ‘“ nos cœurs. Je dirai, que notre amour pour lui est “ tel que je viens de lexprimer ; qu’il nous a assuré “ de son attachement et que nous sommes persuadés, que ses nouveaux sujets lui sont aussi chers que les autres. Enfants du même père, nous sommes tous ‘€ égaux à ses yeux. D’après cet exposé, qui est lopi- “ nion générale de la province, pourra-t-on nous persuader qu’il refusera de nous entendre, parce que nous “ ne savons parler que notre langue ? De pareils dis- ‘ cours ne seront jamais crus : ils profanent la majesté “ du trône, ils le dépouillent du plus beau de ses attri- ‘€ buts, ils le privent d’un droit sacré, du droit de rendre ‘ justice ! Non, M. le président, ce n’est point ainst à ‘ qu’il faut peindre notre Roi; ce monarque équitable ‘“ saura comprendre tous ses sujets, et en quelque languc que nos hommages et nos vœux lui soient portés, quand nos voix respectueuses frapperont le pied de son trône, il penchera vers nous une oreille favorable et il nous entendra quand nous lui parlerons français. ‘ D'ailleurs, cette langue ne peut que lui être agréable dans la bouche de ses nouveaux sujets, puisqu'elle lui “ rappelle la gloire de son empire et qu’elle lui prouve, d’une maniere forte et puissante, que les peuples de ‘“ ce vaste continent sont attachés à leur prince, qu’ils lui sont fidèles, et qu’ils sont Anglais par le cœur avant même d’en savoir prononcer un seul mot. 00000000 00 000000009000 000000 000 0000 000006 ‘ La seconde raison, qui est d’assimiler et d’attacher “ plus promptement les Canadiens à la mère-patrie, “ devrait faire passer par dessus toutes espèces d con-

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sidérations, si nous n’étions pas certains de la fidélité du peuple de cette province ; mais rendons justice à sa conduite de tous les temps et surtout rappelons- “ nous l’année 1775. Ces Canadiens qui ne parlaient que français, ont montré leur attachement à leur souverain de la manière la moins équivoque. Ils ont aidé à défendre cette province. Cette ville, ces murailles, cette chambre même où j’ai l’honneur de faire entendre ma voix, ont été en partie sauvées par leur zèle et par leur courage. On les a vu se jaindre aux fidèles sujets de Sa Majesté, et repousser les attaques que des gens qui parlaient bien bon anglais faisaient ‘“ sur cette ville. Ce n’est donc pas, M. le président, Puniformité du langage qui rend les peuples plus fidèles ni plus unis entre eux. Pour nous en convaincre, voyons la France en ce moment et jetons les yeux sur tous les royaumes de Europe ......, ,,...... ‘® Non, je le répète encore, ce n’est point l’uniformité du langage qui maintient et assure la fidélité d’un ‘“ peuple; c’est la certitude de son bonheur actuel, et

fe nôtre en est parfaitement convaincu. Il sait qu’il a un bon roi et le meilleur des rois ! Il sait qu’ilest sous un gouvernement juste et libéral; il sait enfin, qu’il ne pourrait que perdre beaucoup dans un changement ou une révolution, et il sera toujours prêt à “ s’y onposer avec vigueur et courage.”

M. Taschereau, autre membre influent de la chambre, parla dans le meme sens et termina son discours par ces paroles irréfutables :

Mais l’on a dit et l’on dira encore, le Conseil Législatif, Son Excellence le Lieutenant Gouverneur, ces deux premières puissances qui doivent concourir avec nous, ne recevront pas nos bills en français ; ‘oui, monsieur, ils les recevront, cet acte de la 31e ‘année m'en assure, et pour linterprêter dans son “ vrai sens et dans toute sa force, je demanderai si la “ représentation est libre? personne me dit que non; ‘étant libre, il pouvait donc se faire que 50 mem- “bres qui comme moi, n’entendent point l’anglais, “ auraient composé cette chambre ; auraient-ils pu faire des lois en langue anglaise ? non, assurément. Eh bien ç’aurait donc été une impossibilité, et une # impossibilité ne peut exister. Je demanderai

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& actuellement si pour cela cet acte de la 31e année qui s nous constitue libres, pourrait étre annulé et annéanti; ‘ non certainement, rien ne peut empécher son effet, et cet acte coinmande aux premières puissances de la législation de concourir avec nous ; et notre confiance en leur justice est telle, que nous sommes persuadés qu'elles le feront de manière à répondre aux intentions bienfaisantes de Sa Majesté et de son Parlement, qui ne nous restraignent point à la dure nécessité de statuer, en ce moment, nos lois dans une langue que nous n’entendons point.”

Le lecteur nous pardonnera la longueur de ces citations, mais pour tout cœur Canadien qui aime son pays, il fait bon de se rappeler les luttes pleines de grandeur de nos pères, ces élans d’un patriotisme sincere ; on sent comme malgré soi vibrer la fibre la plus intime de son être en presence de ces exemples de dévouement et d’abnégation, et il est nécessaire d’en rappeler souvent le souvenir au peuple, afin que le culte du passé et la vénération pour ces époques sacrées se propagent davantage dns son sein, O mânes de nos héros politiques, la patrie vous doit beancoup; puissent vos descendans puiser dans vos actions cet amour du pays natal par lequel vous avez préservé du naufrage la barque alors si fragile de notre nationalité !

L’'amendement proposé pour proscrire la langue française fut repoussé par les deux tiers de l’assemblée. Définitivement il fut résolu que les procédés de la chambre seraient dans les deux langues, et que l'anglais ou le français serait le texte des actes législatifs, selon que ceux-ci auraient rapport aux lois anglaises ou françaises.

L'éducation attira aussi Pattention uss législateurs et fut une des principales questions de la première session, Comine le lecicur se le rappelle peut-être, les biens des Jésuites, sous le simple prétexte de .la suppression de Pordre en Europe, et au mépris du droit sacré de la propriété, avaient été confisqués par le gouvernement anglais et annexés au domaine de la couronne, peu de temps après la cession du pays. Une pétition avait été présentée en 1788 pour réclamer ces droits. Une seconde le fut en 1793. M. Grant proposa an amendement à la motion qui fut faite en chambre,

mais on eut le soin qu’il fut écarté, ainsi que lu motion principale, et une adresse fut présentée au Roi pour upproprier les biens des Jésuites à l’instruction de la jeunesse,

L'on passa ensuite aux finances, et il fut déclaré que le vote des subsides appartenait de droit à la Chambre, et que le Conseil Législatif ne pourrait amender aucune loi d’appropriations.

Tels furent les commencerments de notre régime parlementaire, et dès le début lon put apercevoir que si les Canadiens étaient encore novices dans la connaissance des règles des assemblées représentatives, ils ne le cédaient en rien, et même ils apparaissaient sur la scène supérieurs en éducation et en éloquence à leurs adversaires.

Le Canada, à cette époque, (1792) était loin de présenter l’état prospère où nous le voyons aujourd’hui. L'éducation dans les campagnes était peu répandue ; l’on ne comptait dans la province que deux colléges, ceux de Québec et de Montréal, les communications étaient bien difheiles, le chemin à travers la forêt à peine frayé, et les relations avec les pays étrangers bien restreintes. De Québec à New-York, par exemple, la malle ne parvenait que tous les mois, et encore d’une maniére irrégulière. La Gazelte de Québec du 29 décembre 1792 disait que la malle de Montréal arrivée la veille, avait apporté les journaux de New-York en date du 29 novembre précédent. Si maintenant l’on examine les progrès qu’a fait ce jeune pays depuis guère plus d’un demi siècle, l’on en sera étonné. Par le télégraphe nous ne sommes qu’à quelques secondes de New-York, et nos relations postales avec l’Europe sont pour bien dire de tous les jours. Que sera le pays dans cinquante ans?..........

Dans ce temps-là, notre ancienne mère-patrie était en proie à des déchirements intérieurs tels que le monde n’en avait jamais vüs, un ciel de plomb pesait sur la France, le poison d’un matérialisme féroce s’était introduit dans les veines du corps social, la raison devenue Dieu obéissait aux passions les plus honteuses, le cœur ne trouvait de satisfaction que dans l’orgie dégoütante de la rue, et de la disparition du travail étaient nés les vices les plus dégradants. Le citoyen était égorgé sans

merci, le pretre banni, la femme violée. Une foule au regard livide demandait à grands cris du pain, et le peuple entier de la cupitale exhalait une haleine de sang et de carnage. Ah! c’est que tout sentiment de pudeur était éteint chez cette nation auparavant si tidèle à son Dieu ; les forces intellectuelles, religieuses et morales, si nécessaires à la bonne direction d’un état, étaient divisées entre elles, engagées les unes contre les autres. Aussi les conséquences de tant d’impiété furent-elles terribles, au point que leurs effets se font sentir mème de nos jours. Heureusement que le souffle impie de Voltaire et de Robespierre n’agita pas l’arbre de la nationalité canadienne. Ses racines n’en reçurent point d’attaques, le peuple du pays resta sourd aux théories absurdes des niveleurs d’alors, la foi se propagea sur les rives du Saint-Laurent, à l’ombre de la croix le sentiment national se fortifia et devint puissant dans le cœur du colon Canadien.

On a voulu, il y a quelques années à peine, raviver dans ce pays les principes si absuräes de l’égalité et d’une liberté outrée. Quelques cerveaux malades, en quête d’une popularité éphémère, ont osé, dans leur délire, attaquer l’édifice de nos croyances religieuses en dénigr: ant le clergé canadien, mais le mépris qui ac-

cueillit leurs paroles blasphématoires les forcèrent à rentrer dans le silence, et le bon sens populaire prévalut.

Pendant le session de 1795 qui dura plus de quatre mois, M. Panet, orateur de la Chambre, fut nommé juge, et remplacé par M. de Lotbinière. A cette session les comptes publics furent soumis pour la première fois au Parlement. Les dépenses du gouveraiement pour l’année finissant le 5 janvier 1793 étaient de £19,985. D’autres lois importantes furent passées, entre autres celles pour pourvoir à lPadministration de la justice et aux dépenses du gouvernement.

Le général Prescott avait remplacé Lord Dorchester, Le parti anglais continuant son œuvre cherchait à jeter le discrédit sur la loyauté des Canadiens. La loi des chemins ayant mécontenté les gens, on fit répandre le bruit que des émissaires français parcouraient les campagnes pour soulever le peuple et que l’on voulait se revolter contre Angleterre. Le gouverneur lui-même «jontant foi à ces faux bruits ordonna d’arrêter tous ceux

qui chercheraient par leurs intrigues, ou leurs discours à troubler la tranquillité publique. On cite le fait d’un Américain enthousiaste nommé McLane qui, se faisant passer pour un général français, fut attiré à Québec par un charpentier de navire, Black, membre du Parlement. Ce dernier dénonza aux autorités McLane qui fut livré aux tribunaux et accusé du crime de haute trahison. M. Garneau qui raconte le fait dit : ‘ Que le choix des “ jurés, les témoignages, le jugement tout fut extraor- “ dinaire. Il fut condamné à mort et exécuté avec un “ grand appareil militaire sur les glacis des fortifica- “ tions dans un endroit élevé et visible des campagnes “ environnantes. Le corps, après quelque temps de ‘“ suspension au gibet, fut descendu au pied de l’écha- ‘“ faud, et le bourreau en ayant tranché la tête, la prit “ par les cheveux et la montra au peuple en disant : is Voici lu téte du traître. Il ouvrit ensuite le cadavre, ‘“ en arracha les entrailles, les brûla et fit des incisions “aux quatre membres, sans les séparer du tronc. ‘ Jamais pareil spectacle ne s’était encore vu en Cana- “da. L'objet de ces barbaries était de frapper de ‘“ terreur l’imagination populaire, Mais ce qu’il v eut “ de plus hideux dans cette tragédie, ce furent les ré- ‘ compenses que l’on jeta aux accusateurs et aux “témoins à charge,........ Black, repoussé par ses “ concitoyens, couvert du mépris publie, finit par tom- “ ber dans une profonde misère, et on le vit, quelques ‘“ années après, rongé de vermine, mendier son pain “ dans la ville où il avait siégé autrefois comme légis- “ lateur.” * | Le gouverneur, outre ses défiances contre les Canadiens, mécontenta de plus ceux-ci en se refusant d’ériger de nouvelles paroisses pour répondre à l’augmentation de la population, et les catholiques furent obligés de recourir au régime insuffisant des missions, comme aux premiers jours de la colonie. Aussi ce fut avec plaisir que l’on vit Sir Robert Shore Milnes prendre en 1799 les rènes de lPadministration comme gouverneur,

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* Ce procès si intéressant vient d'être reproduit dans le charmant recueil de littérature nationale ‘ Les Soirées Canadiennes ;" livraison d: décembre, 1862.

La question relative aux biens des Jésuites fut soulevée de nouveau dans la session suivante, par suite de la mort du Père Casot, le dernier membre en Canada de cette société religieuse. Une adresse, après une vive discussion, fut présentée an gouverneur, lui demandant copie des titres de la fondation de l'Ordre, adresse à laquelle il répondit affirmativement. Cependant l’examen des prétentions de la province sur ces biens fut remis à plus tard, vû la crainte que l’on éprouva de les voir tomber entre les mains de institution roÿale, société protestante, que l’on se proposait de former et qui devait avoir la direction de l'instruction publique ; de sorte que la question de l’éducation se trouva ajournée indéfiniment.

La législature en effet ne tarda pas à établir des écoles élémentaires sous la régie du bureau de l’Znstitution Royale, (1801). Cet acte entaché de prosélytisme n’eût que très peu de succès, les populations des campagnes se refusèrent à favoriser des écoles dont les instituteurs étaient généralement protestants, et après vingt ans l’Institution Royale ne comptait que trente-sept écoles fréquentées par 1048 élèves. Lorsque plus tard fut passée la loi des écoles élémentaires sous la surveillance de syndics élus par les habitants du pays, lon vit s'ouvrir, la première année de la mise en fonction de cette loi, 381 écoles qui furent fréquentées par 14,753 enfants, ce qui prouve évidemment combien était im-

opulaire et détestée la loi antérieure à celle-ci.

Il s’éleva dans ce temps une autre grave questicn, celle de la taxe surles marchandises. Le parti anglais voulait à tout prix qu’elle fut imposée sur lagriculture ; mais on répandait avec beaucoup de raison que le pays étant essentiellement agricole, taxer la propriété foncière serait arrêter l’élan du colon et retarder le défrichement des terres qui devait avoir tout l’encouragement possible ; qu’un impôt sur le commerce en génétal serait moins senti, plus également reparti et que le consommateur payait en dernier lieu. La motion fut emportée, et la rage de nos ennemis se manifesta d’une manière violente. Le Mercury s’écriait que ‘ la pro- # vince était déjà trop française pour une colonie an- “ glaise, et qu’apres avoir possédé Québec trente-sept “ans, il était temps que la province fut anglaise.”

Lu fondation d’un journal canadien-français qui prit naissance à Québec en novembre 1806 augmenta davantage les murmures, et l’apparition du Canadien marqua l’ère de la liberté de la presse en Canada.*

Sir James Craig arriva en Canada lors des difficultés entre l'Angleterre et les Etats-Unis, relativement au droit de visite que la première venait d’introduire dans son code maritime, c’est-à-dire le droit de rechercher et prendre tous les matelots de sa nation qu’elle trouverait sur les vaisseaux étrangers. Craig, quoique bon général, se montra administrateur médiocre, surtout fantastique, et croyait pouvoir commander le peuple comme une troupe de soldats.

Ce gouverneur ne tarda pas à venir en mésintelligence avec l’assemblée. Ceux qui l’entouraient lui faisaient croire au peu de loyauté des canadiens, à leurs manœuvres secrètes, et employaient leur arme ordinaire, la calomnie. M. Panet, orateur de la chambre, fut destitué comme officier de milice avec MM. Bédard, Borgia, Blanchet et Taschereau. Le solliciteur général Stuart qui s'était attiré les mauvaises grâces du gouverneur fut remplacé par M. Uniacke, avocat nouvellement arrivé dans le pays. Ces destitutions impopulaires firent présager des orages, et les ennemis de notre race s’en réjouirent dans l’espérance de voir notre nationalité s’affaiblir au milieu des dissentions politiques.

Alors commença à s’agiter une question qui souleva esprit de la gente bureaucratique. M. Bédard que l’on voyait toujours un des premiers sur la brèche, lorsqu’il s’agissait de l’intérèt national, traita la question de la responsabilité du pouvoir et démontra qu’elle était essentielle à notre constitution. M. Bédard était un de ces esprits énergiques et rassis qui ont besoin pour s’animer du froissement de la discussion. Nous l’avons vu protester énergiquement en faveur de la langue de ses pères que l’on voulait proscrire ; nous le verrons maintenant le premier proclamer, pour l’avantage de son pays, le système de la responsabilité des ministres à la Chambre d'Assemblée, système que l’Angleterre devait quarante ans plus tard donner au Canada et que

e Ce journal existe encore.

fon taxa alors d’absurde et comme tendant à avilir l’autorité royale. La question soulevée par M. Bédard fit sensation, sans que néanmoins la majorité se décida à consacrer ce principe.

Sir James Craig regarda cette conduite des chefs Canadiens avec une certaine irritation, La question d’exclure les juges de la chambre, remise sur le tapis, acheva d’envenimer le caractère violent du gouverneur qui voyait que l’assemblée ne voulait point s’en laisser imposer, et il résolut de dissoudre le parlement. Ayant fait demander les représentants au consvil législatif, il leur reprocha leur conduite en termes amers: ‘“ La “ violence et le peu de mesure que vous avez montrés “ dans tous vos procédés, le mauque d’attention prolon- “ gé et peu respectueux que vous avez eu pour les autres “ branches de la législature, font que quelque puissent “ être leur modération et leur indulgence, il n’y a guère “ lieu de s’attendre à une bonne entente, à moins d’une ‘“ nouvelle assemblée.” 1] termina en remerciant le conseil législatif et une certaine portion de l’assemblée de leur zèle et de leur loyauté.

Ces paroles déplacées blessèrent à juste droit la représentotion nationale, Le parti anti-canadien s’en réjouit, et dans son fanatisme alla jusqu’à adresser des félicitations à Craig.

Le Canadien discuta vivement la question du gouvernement responsable et prit à strié intérêts de ses compatriotes. On cria à la violence, à la trahison. Mais, dit l’historien Garneau, ‘“ nous avons parcouru ‘ attentivement page par page le journal en question 4€ jusqu’à sa saisie par l’autorité, et nous avons trouvé # à côté d’une réclamation de droits parfaitement cons- “ titutionnels l’expression constante de la loyauté et de € P’attacherent le plus illimité à la monarchie anglaise.” En effet nous lisons dans le numéro du Canadien du 4 novembre, 1809 : # La constitution britannique est peut- “ être la seul : où les intérêtset les droits des différentes “ branches dont la société est composée sont tellement ‘‘ ménagés, si sagement opposés et tous ensemble liés ‘ les uns aux autres qu’elles s’éclairent mutuellement “°et se soutiennent par la lutte même qui résulte de “ Pexercice simultané des pouvoirs qui leur sont ‘# confiés.”

Les élections qui suivirent la dissolution du parlemerit de firent que confirmer la position prise par les anciens membres, et le parti Canadien acquit de nouvelles forces. Le parlement s’assembla à la fin de janvier 1810. A l’ouverture de la session la chambre protesta contre le langage insultant dont s'était servi le gouverneur, et M. Bédard qui avait une connaissance parfaite de la constitution anglaise, et savait que le vote annuel des subsides fait la force de la chambre des communes, proposa qu’à l’avenir toutes les dépenses publiques fussent payées par la chambre, Les fonctionnaires qui jusqu'alors avaient été indépendans d’elle s’émurent à l’idée de venir sons son contrôle, après lavoir tant de fois insultée ; l’oligarchie comprit toute Pimportance de la proposition et vit dans la réalisation d’une telle mesure l’anéantissement de ses projets de domination et d’exclusivisme ; aussi s’y opposa-t-elle de toutes les lorces de son âme. Cette proposition de payer nos dépenses publiques qui nous paraît aujourd’hui si simple souleva alors dans tout le pays une tempête violente qui ne se calma jamais entièrement, qu’à l’anéantissement de la constitution alors existante.

En dépit de la rage et de la calomnie, la proposition de M. Bédard fut acceptée, et voici la division de la chambre :

Pour.— Messieurs Bédard, Durocher,J, LE. Papineau, Lee, Borgia, Meunier, Taschereau, Viger, Drapeau, Bernier, St. Julien, Hébert, Duclos, Robitaille, Huot, Caron, C. Panet, Ls. Roi, Blanchet, Debartzch et Beauchamp.

Contre: —Messieurs MeCord, Bowen, Mure, Bell, Dénéchau, Jonesde Bedford, Blackwood, Gugy et Ross Cuthbert,

Le gouverneur répondit que Padresse était d’une nature si nouvelle qu’il lui fallait y réfléchir, que d’ailleurs il était contraire au droit constitutionnel anglais que les octrois d’argent fussent votés par la chambre sans la recommandation du gouvernement ; mais cependant il ne voulait pas par là empêcher la législature d’exprimér ses sentiments.

Un comité de sept membres fut nommé pour s’enquérir des usages parlementaires mentionnés dans la réponse du gouverneur, Mais la prorogation, étant

arrivée trop tôt, empècha le comité de faire son rapport, A propos de l’exclusion du juge de Bonne de la chambre, le gouverneur n’étant plus maître de lui, le parlement fut dissout.

Le Canadien, qui avait pour principal collaborateur M. Bédard lui-même, poursuivit avec ardeur la noble ligne de conduite qu’il avait suivie jusqu’alors. Dans la discussion des grands principes constitutionnels il se montra vif, ardent, enthousiaste même pour les libertés populaires, tout en étant admirateur dévoué de la constitution anglaise.

Le conseil exécutif, voulant à tout prix, nuire à l’influence de cette feuille et paraliser les efforts des chefs Canadiens, scruta le Canadien pour chercher matière à accusation, et sur la déposition de deux personnes, on fit saisir par une escouade de soldats l’imprimerie qui fut transportée dans les voûtes du greffe, et emprisonner M. Bédard sous l’accusation de menées traitresses, (treasonable practices.)

Là ne se borna point la conduite infâme du conseil. Ce dernier, dans le but de frapper d’épouvante le grand parti national fit emprisonner MM. Laforce, Papineau 2e Chambly), Corbeil, Taschereau et Blanchet. De plus e gouverneur, dont l'intelligence paraissait s’affaiblir de jour en jour, adressa au peuple une proclamation rédigée de manière à faire penser qu’il croyait à l’organisation d’une conspiration prête à prendre les armes. Le peuple en fut tout surpris. Ceperdant les chefs que l’on avait eu la bassesse d’emprisonnu1 ne fléchirent point devant l’orage. M. Bédard, du fond de son cachot, brava la fureur des ennemis de son pays, sa grande âme resta caime et impassible, son cœur ne désespéra point. Fier de ses droits, et confiant dans la justice de sa cause, en vain demanda-t-il à ses persécateurs la justification de sa conduite ; les oreilles de ses géôliers restèrent sourdes à sa demande, et refusant la liberté qu'on voulait lui accorder il insista même pour qu’on lui fit son procès.

Les nouvelles élections ne changèrent point la représentation nationale, Le gouverneur dans son discours, ne fit aucune allusion aux mesures rigoureuses qu’il avait prises relativement à M. Bédard et à ses compagnons, et la session se passa sans l’élargissement du

noble prisonnier. Ce ne fut qu'après treize mois de captivité et après avoir contracté une maladie mortelle, ue ce grand citoyen laissa la prison pour aller rejoindre une famille chérie, dénuée de tout et qui dut sex moyens d'existence à l’honorable générosité des citoyens de Québec.

M. Bédard, rendu à la liberté, disait à ses électeurs : ‘“ Le passé ne doit pas nous décourager, ni diminuer ‘“ notre edmiration pour notre constitution. Toute autre ‘ forme de gouvernement serait sujette aux mêmes in- ‘ convéniens et à de bien plus grands encore ; ce que ‘“ celle-ci a de particulier c’est qu’elle fournit les moyens “d'y rémédier.” Plus loin il ajoutait ‘* Il faut d’ail- ‘“ Jeurs acheter de si grands avantages par quelques ‘“ sacrifices.” Tel était le langage de ce grand patriote ; pas un mot d’amnertume, de plainte, ou de récrimination, mais de la noblesse dans l’expression, et une couviction sincère des avantages de la constitution. Oh ! qu’il y a loin de ces temps de dévouement et de courage civique aux jours égoistes et froids d’aujourd’hui, où l'intérêt est partout et le patriotisme nulle part ! |

Guerre de 1812.

Sir James Craig ne tarda pas à retourner en Angle: terre et fut remplacé par Sir Georges Provost, homme conciliant et modéré. A son arrivée en Canada, il trouva les esprits encore sous Pempire de l'agitation causée par la conduite impérieuse et inconstitutionnelle de son prédécesseur, mais il chercha à s’attirer les faveurs des Canadiens et à se les attacher par sa modération. M. Bédard fut nommé juge, et celui qui avait souffert la persécution pour la cause de sa patrie fut appelé à rendre un nouveau service à ses compatriotes. (C'était un soufflet donné à ses persécuteurs qui le reçurent en silence mais avec le dépit dans le cœur. Il faut ajouter aussi que l’attitude menaçante des Etats-Unis vis à-vis l'Angleterre porta celle-ci à ménager nos intérêts et à écouter nos réclamations, car il est un fait digne de remarque que la Métropole ne s’est jamais montrée si libérale envers les Canadiens

ue dans les occasions où le sort de la colonie était ortement menacé ; elle sentait que sa protection accordée à notre religion et à notre nationalité serait pour nous un motif plus puissant que tout autre de défendre la patrie contre les agressions d’étrangers qui auraient noyé notre race, si nous eussions eu le malheur de nous unir à eux. Monseigneur Plessis qui épiait toutes les occasions possibles pour placer la religion sur une base solide, fit tous ses efforts pour faire reconnaître civilement, par la Grande-Bretagne, les Evêques catholiques de la province et présenta à cet effet au gouverneur un Mémoire où il exposa ce qu’étaient les Evèques Canadiens avant la conquête, ce qu’ils avaient été depuis et ce qu’ils devraient être à l’avenir. Ses demandes furent plus tard accordées. La guerre entre les deux puissances devenait davantage imminente, et la République Amér'caine le désirait d’autant plus que l’Angleterre étaitengagée dans une guerre acharnée contre Napoléon.

Dans le but de prévenir toute agression, le gouverneur assembla deux fois les chambres en 1812 et des mesures furent prises pour armer la milice et voter les sommes nécessaires, afin d'organiser la défense de la province.

Un comité composé de Messieurs Lee, Bédard, Viger, Papineau père et Papineau fils qui faisait preuve déjà de grands talents oratoires, fut nommé pour s’enquérir de l’état de la province, mais il ne fit jamais rapport.

La République voisine se prépara à envahir le Canada par trois points. Le général Hull qui commandait le corps d’armée que l’on appela du nom fastidieux de Armée de l'Ouest, iraversa la rivière du Détroit etalla camper à Sandwich; mais plusieurs de ses détachements furent défaits. Le fameux capitaine Rolette s’'empara avec six hommes d’unnavireaméricain chargé de troupes et de provisions ; Robert de St. Joseph prit le fort Mackinac, et l’intrépide général Brock s’étant

orté au fort du Détroit où s’était retiré Hull, accepta a reddition de ce dernier et fit la garnison prisonnière, L'armée de l’Ouest étant défaite sur tous les points, la partie supérieure du Haut-Canada se trouva débarrassée de l’invasion.

L'armée du centre avait pour chef le général Van Rensalaer qui essaya le treize octobre de s'emparer des hauteurs de Queenstown et d’opérer un débarquement. Brock accourut pour s’opposer à l’ennemi, reçut une balle et mourut glorieusement au champ d’honneur. Le général Sheutle le remplaça et les Américains, attaqués par derrière, furent vaincus.

L’armée du Nord, forte de 10,000 hommes, était commendée par Dearborn, mais l’hiver arriva avant que l’on eut engagé aucun combat. Ce début était loin d’être brillant pour les armées américaines.

Sir Georges Provost, à l'ouverture du parlement, félicita la nation sur son courage et son énergie, et les délibérations furent moins orageuses que d’ordinaire ; on vota de nouveaux subsides pour la guerre et le gouverneur et les chambres restèrent ea bonne intelligence pendant la session. Les revenus pour l’année 1812 furent de £61,193, et les dépenses de £99,377, dont £55,000 accordés à la milice.

Les Américains, malgré leur échec de l’année précédente, se décidèrent encore à envahir le Canada par

Ve

iois points différents. Le général ennemi Harrison qui uvait succédé à Hull, se dirigea vers la rivière des Miamis et le généralanglais Proctor marcha sur Frenchtown où il battit un corps d’Américains.

À Put-in-Bay eut lieu un combat naval où la victoire resta à la floite américaine, et les Angiais perdiren! tous les avantages qu’ils avaient obtenus sur la rive droite du fleuve.

A Moraviantown eut lieu une bataille rendue célèbre par la mort du fameux chef Tecumseh. Les anglais furent mis en déroute et six à sept cents restèrent prisonniers. Par la mort de Tecumseh fut rompue la grande confédération indienne contre la république américaine.

Nous omettons plusieurs incidents peu importans de la guerre en Haut-Canada pour en venir aux opérations militaires dans le Bas-Canada. Nous ne mentionnerons que la bataille qui fut livrée à Chrystlers Farm, située À mi-chemin entre Montréal et Kingston, par Wilkinson contre le colonel anglais Morrison. Trois mille américains furent battus à l’honneur des troupes anglaises qui n’étaient que le quart de ce nombre.

Hampton commandant l’armée du Nord, était resté immobile une partie de l’été; mais le temps arriva où il voulut opérer sa jonction avec Wilkinson, et il dirigea sa marche vers la source de la Rivière Chateauguay.

Le colonel de Salaberry, commandant des Voltigeurs Canadiens, connaissant les mouvements des ennemis, Jaïissa le gros de son armée à Odelleton, partit seulement avec trois cents hommes, dans le bat de retarder Hampton dans sa marche, remonta la rive gauche de la rivière Chateauguay et prit une excellente position défensive. Entouré par quatre ravins profonds, l’intrépide colonel établit autant de lignes de défense, les trois premières à deux cents pas l’une de l’autre, et la quatrième à près d’un demi mille plus loin. Il plaça un piquet de soixante hommes sur la rive droite pour défendre le gué et empêcher ennemi de l’attaquer en flanc. Dans cuite position, avec seulement trois cents guerriers, de Salaberry attendit l’armée d'Harnpton forte de sept mille hommes, et la bataille qui allait se livrer devait faire pâlir devant elle les combats mémorables de la vieille Europe.

Le général Américain divisa son armée en deux

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