‹ Le Canada sous la domination anglaise [microforme]Chapitre 2 sur 6 · CR · texte numérisé non relu

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Corps, et le vingt-six octobre (1815), jour à jamais gi rieux pour les armes Canadiennes, il parut devant les retranchements de Salaberry et se disposa à les attaquer.

Vers deux heures de l’après-midi commença la bataille. Les abattis d’arbres garantissaient les Canadiens contre les balles ennemis, et sur toùte la ligne un feu très vif accueillit les phalanges américaines, Ilampton voyant la résistance énctgique de ses adversaires chan. gea son plan d’attaque et concentra ses forces pour attaquer tantôt le centre, tantot une aïle, tantôt une autre. Mais le courage ne £e lassa pas un instant, et les braves soldats du grand Salaberry semblèrent se multiplier pour faire face à un ennemi aussi hombreux: Pour tromper te dernier, le commandant avait fait placer en aifférens endroits du bois voisin des trompettes sonnant la charge, de sorte que les Américains crurent avoir à combattre un ennemi bien supérieur en nombre à ce qu’il était récllemertt. Salaberry était partout, et avec lui la victoire.

Le colonel américain Purdy qui s'était égaré sur la rive opposée, se reconnut et s’efforça de s'emparer du gué, mais ce futen vain; il avait à combattre des héros, et 60 hommes de la milice de Beauharnois le repoussèrent. Vers six heures dun soir, Hampton se voyant vaincu de toute paït, malgré des efforts inouis, songea à retraiter, et là se termina la brillante bataille de Chateauguay.

Les corps de la milite Canadierine reçurent plus tard des drapeaux comme marque de reconnaissance pour leur dévouement et leur bravoure. Il y a onze ans, l'Angleterre fit frapper des médailles d'argent qui furent distribuées aux héros de cette mémorable journée, et sur leur poitrine vénérable l’on vit briller le sceau de la bravoure.

La résistance héroïque de ces quelques compagnies détermina la retraite de 15 à 16 mille hommes, et les plans de l’ennemi, habilement combinés, se trouvèrent anéantis.

Une seconde fois le Canada fut conservé à Angle. terre par cenx mêmes que l’on avait à cœur de faire disparaître ; par leur bravoure la colonie fut préservée des malheurs inévitables d’une güerre acharnée. Pour ün moment la haine que l’on portait au nom Canadien

avait été étouffée ; le Bureau Colonial, sentant la difficulté de la position, avait imposé silence aux cris fanatiques de ses valets d'outre-mer; mais une fois le danger passé, et le Canada sauvé, les anciennes antipathies devaient renaître, la guerre à nos institutions et à nos lois recommencer et l’ingratitude faire place à la reconnaissance dans le cœur des enfans d’Albion,

Les troupes ayant pris leurs quartiers d’hiver, le gouverneur Sir G. Provost descendit à Québec pour ouvrir le Parlement, et les dissentions entre la branche populaire et le conseil législatif rre tardèrent point à se ranimer peu-à-peu. Stuart r1mena sur le tapis la question des règles de pratique, °t formula contre le juge Sewel les accusations les plus graves, telles que celles d’avoir voulu imposer ses règles de pratique, sans Pautorité du parlement, de Pavcir fait destituer de sa place de solliciteur-général pour y substituer son frère, Et. Sewel, d’avoir violé la liberté de la presse, en faisant saisir sans motifs plausibles le Canadien, et la liberté de la chambre, en faisant emprisonner plusieurs de ses membres.

Ces accusations, dont quelaues unes étaient vérita: bles, furent transmises en Angleterre, mais Stuart n’ayant pu aller les soutenir, Sewelse lava de ces accusations. Il en fut ainsi du juge Monk accusé en même temps de diverses malversations, et, comme l’observe, M. F. X. Garncau, le juge Sewel ne crut pas mieux se venge: des accusations portées contre lui qu’en proposant au Prince Régent l’union de toutes les Provinces Britanniques et de noyer par là la nationalité française.

Provost réunit les chambres en janvier 1815, après la malhevreuse expédition de Plattsburg, et M. Panet nommé mcnbre du conseil législatif, fut remplacé comme président par M. L. J. Papineau, à peine âgé de 26 ans, et qui s’était déjà distinguë comme orateur dans nos luttes parlementaires.

Le gouverneur, accusé par ses ennemis, informa les chambres qu’il devait partir pour PAngleterre afin de se disculper. À la prorogation du parlement, le président lui adressa les paroles suivantes :

‘ Les événements de la dernière guerre ont resserré “les liens qui unissent ensemble la Grande-Bretagne et “le Canada, Crex provinces lui ont été conservées

lif- “ dans des circonstances extrêmement difficiles. Lorsans ‘ que la guerre a éclaté, ce pays était sans troupes et Hd “ sans argent, et Votre excellence à la tête d’un peuple iti- ‘en qui, disait-on, l'habitude de plus d’un demi-siècle fs ‘ de repos avait détruit tout esprit militaire. Au-dessus e à “ de ces préjugés vous avez sû trouver dans le dévoue-

‘ ment de ce peuple brave et fidèle, quoiqu’injastement pue ‘ calomnié, des ressources pour déjouer les projets de bra “ conquête d’un ennemi nombreux et plein de confiance #4 ‘ dans ses propres forces. Le sang des enfants du Ca- . ‘“ nada a coulé, melé avec celui des braves envoyés 2e “ pour les défendre. Les preuves multipliées de Peflibe { ‘ cacité de la puissante protection de l'Angleterre et de

5 “ Pinviolable fidélité de ses colons sont devenues pour +. “ ceux-ci de nouveaux titres en vertu desquels ils pré- 5e “tendent conserver le libre exercice de tous les avanes ‘“ tages que leur assurent la constitution et les lois.” ai- Plus tard la mémoire de Provost fut réhabilitée et le la gouvernement anglais forcé de reconnaitre d’une ve manière publique les services qu’il avait rendu à son ta PAYS.

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Dissentions entre la Chaimbre et l'Exécutif et la question des finances.

Le général Drummond remplaça Sir Georges Provost, comme gouverneur temporaire, et s’occupa à distribuer des récompenses aux miliciens pour leur bravoure et leur fidélité, En voulant leur donner des terres il s’aperçut du désordre qui régnait dans ce département et vitle gaspillage honteux des favoris qui s'étaient emparés de quantités immenses de terres. Un M. Young, dit-on, en avait reçu 12,000 acres ; un M. Felton en avait eu 14,000 acres pour lui-mêre et 10,000 pour ses enfans ; Sir Robert S. Milnes en prit 70,000 pour su part, et cela sous prétexte de piacer sur les frontières de loyaux sujets: ‘“ Folle et imbécile politique, s’écriait ‘ M. Andrew Stuart en 1823; on craint le contact de ‘ deux populations qui ne s’entendent pas, et on met pour barrière des hommus d’un mème sang, d’une même langue et de mêmes mœurs et religion que ‘€ l’ennemi.”?

A l'ouverture du Parlement en 1816, un message fut communiqué à la chambre, l’informant que les accusations proférées contre les juges Sewel et Monk, avaient été repoussées. L’amertume des paroles de ce message blessa vivement l’Assemblée qui se proposait de répondre, lorsque eut lieu Ja dissolution du Parlement pour prévenir la manifestation de ses plaintes.

Pendant cette excitation des esprits arriva comme gouverneur Sir John Coape Sherbrouke, homme habile et prudent, qui s’aperçut de la fausse voie suivie par le Rureau Colonial, et les élections, loin de changer le mouvement des esprits ne firent que confirmer la ligne de conduite des anciens représentans.

Sherbrooke écrivit à Lord Bathurst ce qui était résulté de la dissolution soudaine du Parlement, et dans la réponse de celui-ci nous trouvons les lignes suivantes.

‘© Jusqu’ici le gouvernement à trouvé dans toates les occasions ordinaires une ressource constante dans la

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“fermeté et les dispositions du Conseil Législatif, et il ny à aucune raison de douter qu’il ne continue tant ‘qu’il pourra à contrecarrer les mesures les plus injudi ‘“ cieuses et les plus violentes de lPassemblée, Il est ‘* donc désirable pour toutes sortes de raisons que vous ** profitiez de son "ssistance pour réprimer les actes de ‘cette assemblée que vous pourrez trouver sujets à ‘ objection, au lieu de mettre votre autorité ou celle du ‘# gouvernement en opposition immédiate à celle de la ‘© Chambre, et ainsi de lui donner un prétexte pour ‘ refuser à la couronne les subsides nécessaires pour ‘“ le service de la colonie.”

C’est ainsi que le Bureau Colonial correspondait aux désirs du parti anglais du Canada au détriment des intérêts du peuple, au mépris de la majorité de ses représentans et en violation directe des principes constitutionnels. Il viendra un jour où les Canadiens fatigués de tant d’injustice et d’une résistance aussi obstinée’à leur volonté, lèveront l’étendard de la révolte, et l’Angleterre sera la seule responsable du sang qu’elle fers. verser à de nobles cœurs pour le bien de leur patrie.

Le gouverneur Sherbrooke, dans un aperçu qu’il trânsmit au ministre des colonies sur l’état de la province, lui parla de la profonde antipathie du peuple et mêmé du clergé Canadien contre le juge Sewel qui était l’âme de l'excitation des esprits. Il alla jusqu’à conséiller sa retraite des affaires, et indiquant les re mèdés qu’il croyait nécessaires, il recommanda la nominâtion d’un agent à Londres, de donner une place à M. Stuart, oppositioniste violent, et de nommer M. Papineau au conseil exécutif où le parti dominant de la chambre n’étai: pas représenté.

Les difficultés continuaient toujours entre Mgr. Plessis et le gouvernement anglais. Lord Bathurst écrivait au gouverneur que l’Evêque se méprenait sur le 4e article du traité de 1763 qui ne permettait pas aux Canadiens de jouir de leur religion comme sous le gouvernement français, mais en autant que le permettaient les lois anglaises. Cependant grâce à Pénergie puissante du grand Evêque, sa nomination fut enfin confirmée en 1818, et un salaire de £1000 lui fut accordé.

Alôrs commença à s’agiter de nouveau et avec plus d'éclat que jamais la grande et importante question des

huaunces, question qui fut la source pour bien dire de iuutes celles, qui dans les années suivantes, agitèrent le Canada et le conduisirent à la rébellion.

Il est un principe de droit constitutionnel bien connu que le vote des deniers publics appartient aux représentants du peuple ; il est la bâse principale de notre constitution et sans lui, à la rigueur nous pourrions dire que le gouvernement peut se dispenser des chambres. Ce principe avait été reconnu par la constitution de 1791, mais ne reçut point son application, malgré les réclamations réitérées de la chambre basse.

Dans une dépêche du gouverneur à Lord Bathurst, le premier établissait un déficit de £19,000 pour l’année 1815 et disait que dans les trois années suivantes, l’excédant de sommes non-appropriées par la législature sur le revenu était de £20,000 annuellement.

‘ A cela, dit Garneau, il faut ajouter le déficit de Pannée expirée le 5 janvier 1817. La balance qui ‘€ était alors à la disposition de la législature, se monsé tait à £140,000 ; mais il manquait £7,500 au rece- ‘ veur-général pour former ce total, et il paraît que dans “ cette balance se trouvaient aussi incluses trois som- ‘ mes formant ensemble £35,000 qui avaient été por- ‘‘tées au débit de la province comme appropriations, ‘ quoiqu’elles n’eussent pas été dépensées, et qui ne “ pouvaient plus être censées faire partie de cette ba- ‘ lance. Ces trois sommes avec le déficit de £7,500 ‘“ composaient un total de £43,000 qu’il fallait porter ‘€ au déficit de 1817. Cela ajouté à l’excédant de la ‘ dépense permanente sur le revenu approprié dans les ‘# trois années expirées en 1815, et aux £i5,000 dépensés sans appropriaiion en 1816, formait un grand total] de £120,000 que le gouvernement devait à la caisse publique.”

Sir Sherbrooke ne cacha point au ministre la manière dont la constitution était violée, et la néc :ssité urgente de rétablir l’ordre dans les finances du p:vs.

Bathurst répondit qu’en effet il étai von de voir à la bonne administration des deniers publics, mais que dans les circonstances il fallait considérer si le silence de Ja chambre sur les dépenses n’était point une sanction tacite de lPemploi de cet argent. Il recommanda fortement aussi au gouverneur de

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