CONCLUSION
Maintenant notre tache est terminée, Comme nous le disions en commençant ce travail, notre seul motit en écrivant ces lignes était de nous rendre utile à ceux de nos compatriotes qui n’ont point eu l’avantage d’étudier, ni le temps nécessaire pour lire l’histoire si émouvante de notre pays. Avons-nous réussi? Nous osons l’espérer, cur l’intérét du sujet nous avait acquis par avance la sympathie et lindulgence des leeteurs,
Nous ne saurions cependant terminer, sans nous poser la question suivante : l’Union du Haut et du Bas-Canada a-t-elle rempli le but et rencontré les vues de ses auteurs? Non. Nous lavons dit; le désir des partisans de la mesure était de noyer la race française dans les flots de l'immigration anglaise qui tous les jours venait grossir les rangs du peuple Haut-Canadien et d'acquérir une prépondérance marquée dans la marche des événements, Muis il n’est pas toujours donné aux formes extérieures des gouvernements d'effacer du cœur des peuples les mœurs, les traditions et le culte du passé. Pour nous préserver du contact étranger, nous avions par devers nous une origine brillante, les eflorts de nos pères nour défendre par les armes et la parole leur patrie en danger ; à la tête de nos affaires, nous voyions ceux qui avaient combattu pour les libertes populaires xendant de longues années; puis nos institutions, dont le nombre augmentant chaque jour, continuaient à inculquer dans le cœur de la jeunesse Pamour du sol natal ; et le péril même semblait augmenter notre courage, car c’est par le malheur qu'une nationalité se fortifie, et lu nôtre enest un exemple frappant. Lors de la cession du pays commençait pour le peuple Canadien une existance nouvelle et tout semblait présager son anéantisserment ; il comprit qu'il y avait un moyen plus sûr que les combats pour reconstituer lindépendance d’un peule, sauver de l'oubli et de la désuétude les nsayes, la A la foi, la littérature nationaïie, et en seconii lieu développer l'intelligence populaire, tourner les idécs
vers la civilisation. C’est dans l’ordre des idées morales qu’il chercha le remède à la domination étrangère. Un siècle s’est déjà écoulé depuis la cession du pays à Angleterre et il y a déjà 20 ans que fut consominée: PUnion du Haut et du Bas-Canada ; mais nos antagoniste:, malgré tous leurs efforts, n’ont pü affaiblir en quoique ce soit la vitalité de notre race et que ce qu'avait été le Bas-Canada ne fut et ne restât le Bas-Canada. En respectant les droits des origines qui nous entourent, nous avons grandi, fortifié en nous-même le sentiment national, compris les devoirs du véritable citoyen; ona pû nous torturer, mais non nous détruire.
Moribus antiquis res stat Romana virisque.
C’est en s’unissant fortement au passé que la nationalité française survivra aussi aux obstacles sur le sol Canadien. Nous avons de beaux exemples à suivre; chaque page de notre histoire est un plaidoyer éloquent, un enseignement pour l’avenir; il nous suffira que de conserver intacts notre langue, nos lois et ce caractère de haute moralité qui est le glorieux apanage du caltivateur canadien, car nous nous écrirons avec Thompson: Vertu! sans toi les Etats n’ont point d’œil qui les “ éclaire, point de force qui les soutienne. La guerre “ est sans vigueur, la paix sans sécurité. La justice “elle-même se plie au gré des partis. Les lois oppri- ‘ ment, leur protection faible et impuissante s'éloigne “ de toute la contrée ; leur balance est bientôt brisée et ‘“ leur glaive n’est plus qu’un objet de mépris.”