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journée, ce même corps qui avoit profité de la marée baissante voulut tenter une seconde descente un peu plus bas ; mais M. de Bougainville les forçca de même à pousser leurs bateaux au large avant qu'ils eussent pu mettre du monde à terre.
Le reste du mois d'août se passa en une vive canonnade de la part de l'ennemi, tant sur la gauche de notre armée que sur la ville; les carcasses et les pots à feu incendièrent plusieurs quartiers de la ville. Enfin, le 3 septembre, les cnnemis, après avoir ruiné, dévasté, brûlé et ravagé toutes les habitations, depuis Québec jusque dans le bas de la rivière, abandonnèrent ce camp qu'ils avoient sur la rive gauche de la rivière de Montmorency, et vinrent se joindre au camp qu'ils occupoient précédemment à la pointe de Lévis.
Il y avoit eu pendant tout le mois d'août des courses de sauvages sur l'ennemi, dans lesquelles nous avions toujours eu l'avantage, et où même nous n'avions pas laissé que de leur tuer du monde, principalement le 10 et le 15 juin, que les ennemis tentèrent de forcer les gués gardés par M. de Répentigny et les sauvages. Mais les ennemis,ayant été débarqués avec quelques troupes légères à 14 licues au-dessus de Québec, y brûülèrent une maison servant de magasin à tous les équipages des officiers des cinq bataillons de l'armée, à qui il avoit été ordonné de les y envoyer, ct de ne garder qu'une tente pour deux officiers et un très petit porte-manteau. M. de Bougainville, qui les suivoit en les côtoyant par terre, ne put arriver assez à temps pour les empêcher de descendre; mais il les contraignit de se rembarquer et fit même quelques prisonniers sur leur arrière-garde. Le 4 septembre, le corps des ennemis qui avoit levé le camp du sault de Montmorency passa par terre au-dessus de Québec, sur la rive droite du fleuve, pour s’embarquer sur la flotte qu'ils y avoient. M. le marquis de Montcalm jugea nécessaire de renforcer le corps de M. de Bougainville des compagnies de grenadiers, d'un piquet par bataillon, et des volontaires des troupes et des
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Canadiens, ce qui formoit un corps d'environ 2300 à 2400 hommes. Ce corps, chargé de couvrir, depuis Québec jusqu'à 7 lieues et même plus haut, la rive gauche du fleuve, étoit séparé en plusieurs piquets qui occupoient les parties de ce rivage les plus faciles à un débarquement, et le reste suivoit par terre en côtoyani l'ennemi et observant les mouvements qu'ils pouvoient faire. L'ennemi, attentif à nos démarches, ne songea d'abord qu'à fatiguer ce corps qui l'observoit; c'est pourquoi, à l'aide de la marée, il étoit tantôt à 6 licues et plus au-dessus de Québec, et à la marée baissante se laissAt dériver jusqu'à un quart de licue de cette ville. Le corps d'observation suivoit exactement ses mouvements avec une peine et une fatigue extraordinaires. Enfin étant parvenus à le fatiguer, ils ne laissèrent pas de le tenir en échec à 3 lieues au-dessus de Québec, la nuit du 12 au 13, par les 20 navires qu'ils y avoient, et profitèrent de la nuit pour embarquer leurs troupes, qui, aidées de la marée baissante et d'un vent du haut de la rivière extrèmement fort, vinrent débarquer pendant la même nuit à près “ne demi-lieue de Québec, où ils attaquèrent et enlevèrent a poste. M, de Bougainville ne fut informé que par les fuyards du débarquement des ennemis, les vaisseaux lui ayant donné jalousie, faisant mine de tenter un débarquement. Il se mit en marche aussitôt mais il n'arriva malheureusement que dans le temps où l'affaire s'étoit décidée contre nous.
Les ennemis cependant, maîtres du débarquement, s'y formèrent aussitôt ; on avoit été averii à la ville et à l’armée de la descente de l'ennemi par les coups de fusil du poste que les ennemis avoient attaqué, et M. le chevalier de Bernets, lieutenant-colonel retiré du régiment de Royal-Roussillon, qui y commandoit depuis plus d'un mois dans l'absence de M. de Ramezay, fit sortir quelques milices de la place pour aller inquiéter l'ennemi. Le régiment de Guyenne, qui se trouvoit à la droite, laquelle avoit été renforcée aux dépens de l'aile gauche, dont la position étoit devenue moins critique depuis l’abandonnement du camp que les ennemis
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y avoient, se porta aussitôt du côté de la ville de Québec; mais, trouvant l'ennemi formé en trop grand nombre, il se contenta d'étendre son front pour lui en imposer et donner à l’armée le temps de se rendre sur le champ de batailie. M. le marquis de Montcalm la fit mettre sur-le-champ en marche, laissant cependant avec M. le marquis de Vaudreuil un lieutenant-colonel et 1500 hommes dans les différents postes de ce camp. M. le marquis de Montcalm forma ses troupes à mesure qu'elles arrivoient. Il avoit à sa droite un taillis de menus bois qui s'étendoit en avant ; à sa gauche, le pays, coupé de quelques buttes et broussailles, faisoit que ces deux terrains étoient plus propres aux Canadiens ; il détermina d'en mettre 1500 sur sa droite et le reste sur sa gauche ; il placa les 5 bataillons des troupes de terre au centre avec des pelotons de Canadiens en avant cachés derrière quelques bouquets. On se fusilla pendant longtemps; enfin, M. le marquis de Montcalm voyant l'ennemi se grossir de plus en plus, et quelques pièces de canon qui tiroient, jugea à propos de ne leur pas laisser le temps de se fortifier davantage ; il donna le signal pour charger l'ennemi. Les troupes s'ébranlérent avec beaucoup de légèreté ainsi que les Canadiens ; mais après quelques pas en avant, le petit bouquet de bois qui s’allongeoit sur la droite servit de retraite aux Canadiens, qui laissèrent marcher seuls les cinq bataillons ; les pelotons qu’ils avoient en avant eurent à peine le temps de se retirer par les intervalles et de rentrer dans leur corps, ce qui occasionna un peu de flottement; enfin, après s'être approchée à la portée du pistolet, et avoir fait et essuyé trois ou quatre décharges, la droite plia et entraîna le reste de la ligne. M. le marquis de Montcalm, qui avoit été blessé mortellement, rentra dans la ville où il mourut de ses blessures. Les Canadiens, cependant, qui s'étoient retirés sur la droite, et qui, par leur mouvement, avoient entraîné le désordre dans la ligne, furent obligés de sortir de leurs broussailles, et c’est dans cet endroit qu'ils ont eu quelquesuns de tués et de pris prisonniers.
M. le marquis de Vaudreuil qui avoit resté, comme il a été
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