‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 11 sur 122 · DÉCOUVERTE ET COLONISATION HU CANADA · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE ET COLONISATION HU CANADA

M. de Champlain et les missionnaires abordèrent résolüment la grave difficulté de vivre au contact des Indiens et d'en faire les sujets de la France, en les amenant à sa foi et à ses usages, M. de Champlain obtint du cardinal de Richelieu que l'on insérât dans l'acte de fondation de la compagnie des Cent-Associés que tout Indien converti serait considéré comme citoyen français : « Les sauvages qui seront amenés à la con- » noissance de la foi et en feront profession seront » censés et répuiés naturels françois, et comme tels » pourront venir habiter en France, quand bon leur » semblera, et y acquérir, tester, succéder et accepter » donations et légats, tout ainsi que les vrais régni- » coles et originaires francois, sans être tenus de prendre aucunes lettres de déclaration ni de natu-

ralité!, »

À aucune époque, même en France, on n'a fait une plus large et plus généreuse application de Ja fraternité chrétienne. En accordant aux Indiens catholiques une complète égalité avec les citoyens français, sans tenir compte des différences de race, le grand Cardinal donnait la mesure de l'élévation et de la hardiesse de son génie,

La nouvelle compagnie se montra sévère dans lc choix des colons qu'elle envoya en Amérique; elle n'admit que de très honnêtes gens, qui furent choisis principalement dans cette forte et intelligente race des laboureurs de Normandie et de Bretagne.

« Tout le monde sait, dit le P. Charlevoix, de quelle manière la plupart des colonies se sont formées dans l'Amérique; mais on doit rendre cette justice à celle de

1 Art. 17 de la charte de la compagnie des Cent-Associés. Aer rure de France, t. XIV, p, 245.

la Nouvelle-France, que la source de presque toutes les familles qui y subsistent aujourd'hui est pure et n’a aucune de ces taches que l’opulence a bien de la peine à effacer; c'est que ses premiers habitants étoient, ou des ouvriers qui y ont toujours été occupés à des travaux utiles, ou des personnes de bonne famille qui s’y transportèrent, dans la seule vue d'y vivre plus tranquillement et d'y conserver plus sûrement leur religion qu'on ne pouvoit faire alors dans plusieurs provinces du royaume, où les religionnaires étoient fort puissants. Je crains d'autant moins d'être contredit sur cet article, que j'ai vécu avec quelques-uns de ces premiers colons, presque centenaires, de leurs enfants et d'un assez bon nombre de leurs petits-fils; tous gens plus respectables encore par leur probité, leur candeur et la piété solide dont ils faisoient profession, que par leurs cheveux blancs ct le souvenir des services qu’ils avoient rendus à la colonie. Ce n’est pas que dans ces premières années, et plus encore dans la suite, on n’y ait vu quelquefois des personnes que le mauvais état de leurs affaires ou leur mauvaise conduite obligeoient de s’exiler de leur patrie, et quelques autres dont on vouloit purger l'État et les familles; mais comme les uns et les autres n’y sont venus que par petites troupes, et qu’on à eu une très grande attention à ne les pas laisser ensemble, on a presque toujours eu la consolation de les voir en très peu de temps se réformer sur les bons exemples qu'ils avoient devant les yeux, et se faire un devoir de la nécessité où ils se trouvoient de vivre en véritables chrétiens, dans un pays où tout les portoit au bien et les éloignoit du mal. »

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