‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 14 sur 122 · D PHARES · texte numérisé non relu

D PHARES

donner. Les Récollets appelèrent les Jésuites et ouvrirent le Canada à cet ordre puissant.

Les Jésuites y vinrent en 1625, mais ce ne fut qu'en 1635 qu'ils établirent leurs premières missions chez les Hurons. Ils allèrent à plus de 300 lieues de Québec, continuer l'œuvre des Récollets et fonder les missions ou villages de Saint-Joseph, de Saint-Louis, de Saint- Ignace et de Sainte-Marie‘, sur les bords du lac Ifuron. Plusicurs milliers de Ifurons se convertirent à la foi, tout en conservant leurs ‘habitudes nationales, et sc soumirent à l'autorité de la France.

Le P. Charlevoix trace un tableau touchant de la vie de ces hardis apôtres : « Depuis quatre heures du matin qu'ils se levoient, lorsqu'ils n'étoient point en course, jusqu'à huit, ils demeuroient ordinairement enfermés : c'étoit le temps de la prière, et le seul qu'ils eussent de libre pour leurs exercices de piété. À huit heures, chacun alloit où son devoir l'appeloit; les uns visitoient les malades, les autres suivoient dans les campagnes ceux qui travailloient à cultiver la terre; d'autres se transportoient dans les bourgades voisines qui étoient destituces de pasteurs. Ces courses produisoient plusieurs bons effets ; car en premier lieu il ne mouroit point, où il mouroit bien peu d'enfants sans baptème ; les adultes mêmes, qui avoient refusé de se faire instruire tandis qu'ils étoient en santé, se rendoient dès qu'ils étoient malades : ils ne pouvoient tenir contre l’industrieuse et la constante charilé de leurs médecins. En second lieu, ces barbares s’apprivoisoient de jour en jour avec les missionnaires ; ce

! Sainte-Marie n'était qu'une résidence et une maison de retraite pour les missionnaires ; les sauvages n'y venaient qu'en passant. Les Français y bâtirent un fort en pierre, dont on voit encore aujourd’hui des restes assez curieux au milieu de la forêt.

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MISSIONS CHEZ LES HURONS 35 commerce adoucissoit leurs mœurs et les faisoit insensiblement revenir de leurs préjugés. Rien d'ailleurs n'étoit plus édifiant que la conduite des nouveaux chrétiens... Les guérisons fréquentes opérées par la vertu des remèdes que les Pères leur distribuoient libéralement, concilioient à ces missionnaires encore plus de crédit...

IL restoit toujours un religieux dans la maison pour v tenir une école, pour faire les prières publiques, aux heures réglées, dans la chapelle, et pour recevoir les visites des sauvages, qui sont extrèmement imnortuns. Sur le déciin du jour, tous se réunissoient pour tenir une espèce de conférence, où chacun proposoit ses doutes, communiquoit ses vues, éclaircissoit les difficultés qu'il avoit sur la langue : on s’animoit et on se consoloit mutuellement, on prenoit de concert des mesures pour avancer l’œuvre de Dieu, et la journée finissoit par les mêmes exercices qui l’avoient commencée. »

La manière d’instruire les sauvages consistait en instructions aux néophytes; de temps à autre, les Pères faisaient des conférences publiques. A l'exemple de saint Francois Xavier, ils parcouraient les villages et les environs, une clochette à la main, et engageaient tous ceux qu'ils rencontraient à les suivre. Dans ces conférences, chacun avait la liberté de parler, « ce qui, parmi les sauvages, n’est jamais sujet à aucune confusion. » « Rarement, dit le P. Charlevoix, on sortoit de ces assemblées sans avoir fait quelque conquête. Il y avoit aussi des conférences où les chefs de tribus ctoient seuls appelés ; on y discutoit avec soin certains

| articles de la religion, dont on ne jugeoit pas qu’on dût

instruire sitôt la multitude, mais uniquement ceux

* qu'on connoissoit plus capables de les comprendre, et

30 ORIGINES DE LA COLONIE dont l'autorité pouvoit servir beaucoup aux progrès du l'Évangile, »

On fonda aux portes mèmes de Québec le village de Sillery, où l'on établit douze familles indicnues ; « elles h'y furent pas les seules, ct en peu d'années cette habitation devint une grosse peuplade, composée de fervens chrétiens, qui défrichèrent un assez grand terrain ct s'accoutumèrent peu à peu à tous les devoirs de là société civile !, »

Ce qui explique cette prompte soumission des [ndiens, c'est qu'ils aimaient les Français et leur caractère, surtout depuis qu'ils avaient été un moment au contact des Anglais. «IIS s'étoient trouvés un peu découcerlés, dit le P. Charlevoix, lorsque, ayant voulu prendre avec Ces nouveaux venus les mêmes libertés que les François ne faisoient aucune difficulté de leur permettre, ils s'aperçurent que ces manières ne leur plaisoient pas, et lorsqu'ils se virent chassés à coups de bâton des maisons où jusque-là ils étoient entrés aussi librement que dans leurs cabanes. »

La Nouvelle-France jouissait d'une paix profonde, lorsque les [roquois, excités par les IHollandais?, qui

‘ Le: sauvages chrétiens ou domiciliés, comme l'on disait, nous

fon:ni:ent dans la guerre de 1755 des contingents de soldats dévoués, qui s’élevèrent quelquefois jusqu'à 800 hommes, excellents tireurs. Ce sont eux qui gognèrent la bataille de la Belle-Rivière, en 1755, sur le général Braddock. Les Indiens domiciliés partaient à la guerre avec les missionnaires attachés à leurs paroisses. On verra dans le rapport de Bougainville sur la prise du fort William-Henry, en 1757, que la veille de l’ossaut, le P. Aubal, jésuile, et les abbés Mataret et Piquet, sulpiciens, passèrent la journée à confesser « nos domiciliés, enfants de la prière » ; ils Les suivaient au feu, pour leur donner en cas de besoin les dernières consolations.

* Etablis alors à la Nouvelle-Belgique. Les Anglais enlevèrent la Nouvelle-Beluique aux Hollandais, en 1666, et se la firent céder pas . traité de Bréda, en 1667, C’est aujourd'hui l'Etat de New-

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MISSIONS CHEZ LES ITURONS 37 leur avaient fourni des armes et de la poudre, recommencérent la guerre contre les Ifurons, nos alliés, La colonie n'avait pas assez de forces pour les protéger partout sur un aussi vaste territoire, Aussi, en 1618 el en 1649, les Hurons furent battus par les Iroquois, leurs missionnaires pris et torturés, et les missions brülées et détruites",

La mission de Saint-Louis ayant été attaquée à l'improviste, les femmes et les enfants se sauvèrent dans les bois, et il ne resta que quatre-vingts hommes déterminés à se défendre jusqu'à la mort, Les Iroquois furent vainqueurs, et les Hurons tués ou pris. Les

: PP, de Brébeuf et Lallemant auraient pu se sauver; ils

restérent à leur poste, afin de pouvoir donner le baptème aux catéchumènes et administrer les derniers sacrements aux autres combattants. Ils furent pris en accomplissant leur devoir, et les Iroquois, les ayant conduits à Saint-Louis, préparèrent aussitôt leur supplice. Il faut laisser le P, Charlevoix raconter le martyre de ces deux missionnaires.

« Le P, de Brébeuf, que vingt années de travaux, les plus capables de faire mourir tous les sentiments naturels, un caractère d'esprit d’une fermeté à l'épreuve de tout, une vertu nourrie dans la vue toujours prochaine d'une mort cruelle, et portée jusqu'à en faire l'objet de ses vœux les plus ardents ; prévenu d’ailleurs par plus d'un avertissement céleste que ses vœux seroient exaucés, se rioit également et des menaces et

! Les Hurons, après cette défaite, se dispersèrent; ils s'éloignèrent pour toujours de la terre qu'ils occupaient et alièrent se fixer sous le canon de Québec. On trouve encore aujourd'hui leurs descendants établis au village de la Jeune-Lorette. Les autres s'enfuirent vers l'Ouest, d'où ils revinrent plus tard pour former la mission de Michilimakinac et eusuite celle de Détroit.

des tortures mêmes; mais la vue de ses chers néophytes cruellement traités à ses yeux répandoit une grande amertume sur la joic qu'il ressentoit de voir ses espérances accomplies.

» Son compagnon, qui ne faisoit que d'entrer dans la carrière apostolique, où il avoit apporté plus de courage que de force, et qui étoit d’une complexion sensible et délicate, fut surtout pour lui, jusqu’au dernier soupir, un grand sujet de douleur et d'inquiétude. Les Iroquois connurent bien d'abord qu'ils auroient affaire à un homme à qui ils n'auroient pas le plaisir de voir échapper la moindre foiblesse, et, comme s'ils eussent appréhendé qu'il ne communiquât aux autres son intrépidité, ils le séparèrent après quelque temps de la troupe des prisonniers, le firent monter seul sur un échafaud, et s’acharnèrent de telle sorte sui lui, qu'ils paroissoient hors d'eux-mêmes de rage et de désespoir.

» Tout cela n'empêchoit point le serviteur de Dieu de parler d’une voix forte, tantôt aux Iurons, qui ne le voyoient plus, mais qui pouvoient encore l'entendre ; tantôt à ses bourreaux, qu'il exhortoit à craindre la colère du ciel, s'ils continuoient à persécuter les adorateurs du vrai Dieu. Cette liberté étonna les barbares, et ils en furent choqués, quoique accoutumés à essuyer les bravades de leurs prisonniers en semblables occa- Sions. Ils voulurent lui imposer silence, et, n’en pouvant venir à bout, ils lui coupèrent la lèvre inférieure et l'extrémité du nez, lui appliquèrent par tout le corps des torches allumées, lui brülèrent les gencives, el enfin lui enfoncèrent dans le gosier un fer rougi dans le feu.

» L'invincible missionnaire, se voyant par ce dernier

coup la parole interdite, parut avec un visage assuré et

un regard si ferme, qu’il sembloit encore donner la loi

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