‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 15 sur 122 · MISSIONS CHEZ LES IURONS · texte numérisé non relu

MISSIONS CHEZ LES IURONS

à ses ennemis. Un moment après, on lui amena son compagnon dans un équipage bien capable de toucher un cœur comme le sien, aussi tendre et aussi compatissant sur les maux d'autrui qu'il étoit insensible aux siens propres. On avoit mis d’asord le jeune religieux tout nu, et, après l'avoir tourmenté quelque temps, on l'avoit enveloppé depuis les pieds jusqu'à la tète d’écorces de sapin, et on se préparoit à y mettre le feu.

» Dès qu'il aperçut le P. de Brébeuf dans l’affreux état où on l'avait mis, il frémit d'abord, ensuite lui dit ces paroles de l’Apôtre : & Nous avons été mis en spec- » tacle au monde, aux anges et aux hommes ‘. » Le Père lui répondit par une douce inclination de tête, et dans ce moment le P. Lallemant, se trouvant libre, courut se jeter à ses pieds, baisa respectueusement ses plaies et le conjura de redoubler auprès du Seigneur ses prières pour lui obtenir la patience et la foi qu'il voyait, ajouta-t-il avec beaucoup de confusion, sur le point de lui échapper à tout moment. On le reprit aussitôt, et on mit le feu aux écorces dont il était couvert.

» Se: sourreaux s'arrétèrent quelque temps pour zoîter le plaisir de le voir brûler lentement et d’enteodie les soupirs et les gémissements qu'il ne pouvait s'enpècher de pousser. Ils le :.sèrent ensuite quelque temps pour faire rougir des haches de fer, dont ils firent un collier, qu’ils mirent au cou du P. de Brébeuf ; mais ce nouveau suppiice n’ébranla pas plus le saint martyr que n'avaient fuit les autres, et, comme les bar-

: bares cherchaient Guelq'ie nouveau tourment pour tà-

cher de vain’: un courage qui les irritait, un Huron apostat se mitè crier (u'il fallait jeter aux deux mis-

sionnaires de l’eau bouillante sur la tête, en punition de ce qu'ils en avaient jeté tant de froide sur celle des autres, et causé par là tous les malheurs de sa nation, L'avis fut trouvé bon; on fit bouillir de l’eau, et on Ja répandit lentement sur la tête des deux confesseurs de Jésus-Christ,

» Cependant la fumée épaisse, qui sortait des écorces dont le P. Lallemant était revêtu, lui remplissait ja bouche, et il fut assez longtemps sans pouvoir articuler une seule parole. Ses liens étant brülés, il leva les mains au ciel pour implorer le secours de celui qui est la force des faibles ; mais oc les lui fit baisser en le frappant à grands coups de corde. Enfin les deux corps n'étant plus qu’une plaie, ce spectacle, bien loin de faire horreur aux Iroquois, les mit de bonne humeur ; ils se disaient les uns aux autres que la chair des Français devait être bonne, et ils en coupèérent sur l'un et sur l’autre de grands lambeaux, qu'ils mangèrent. Puis, ajoutant la raillerie à la cruauté, ils dirent

au P. de Brébeuf : « Tu nous assurais taut à l'heure que pe » plus on souffre sur la terre, plus on +: “eureux P » dans le ciel; c’est par amitié pour toi «ue nous nous à » étudions à augmenter tes souffrances, © L1 nous en Fe.

» auras obligation. »

$ s + A L » Quelques moments après, ils lui eulevérent toute la at x F . . s U peau de la tête, et, comme il respirait encore, un chef lui q

ouvrit le côté, d'où le sang sortant en abondance, tous 4 les barbares accoururent pour en boire; après quoi, le pe mème qui avait fait la plaie découvrit le cœur, l’arra- * cha et le dévora. Le P. de Brébeuf était du diocèse de 4 Bayeux et oncle du traducteur de la PArsale. Il était 4

d'une taille avantageuse, ét, malgré son abstinence ex- $ trème et vingt années du plus pénible apostolat, il q avait assez d'emkonpoint. Sa vie fut un héroïsme con-

en punition sur celle des le sa nation, au, et on la nfesseurs de

t des écorces mplissait ià voir articuler s, il leva les celui qui est baisser en le fin les deux cle, bien loin de bonne huque la chair coupèrent sur qu'ils mangèuté, ils dirent à l'heure que

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