‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 16 sur 122 · MISSIONS CHEZ LES HURONS · texte numérisé non relu

MISSIONS CHEZ LES HURONS

tinuel, et sa mort fut l’'étonnement de ses bourreaux mêmes.

» Dès qu'il eut expiré, le P. Lallemant fut reconduit dans la cabane où son martyre avait commencé ; il n'est pas mème certain qu'il soit demeuré auprès du P. de Brébeuf jusqu'à ce que celui-ci eût rendu les derniers soupirs ; on ne l'avait amené là que pour attendrir son compagnon et amollir, S'il était possible, le courage de ce héros. Il est au moins constant par le témoignage de plusieurs Iroquois, qui furent acteurs de cette tragédie, que ce dernier mourut le 16 et qu'il ne fut que trois heures dans le feu, au lieu que le supplice du P. Lallemant dura dix-sept heures, et qu'il ne mourut que le 17.

» Quoi qu'il en soit, sitôt qu'il fut rentré dans sa cabane, il recut au-dessus de l'oreille gauche un coup de hache qui lui ouvrit le crâne et lui en fit sortir de la cervelle. On lui arracha ensuite un œil, à la place duquel on mit un charbon ardent. C'est tout ce qu'on a pu savoir de ce qui se passa alors jusqu’à ce qu'il eût expiré ; tous ceux qui assistèrent à sa mort, s'étant contentés de dire que les bourreaux s'étaient surpassés en cruauté. Ils ajoutèrent que de temps en temps il jetait des cris capables de percer les cœurs les plus durs, et qu'il paraissait quelquefois hors de lui-même; mais qu'aussitôt on le voyait s'élever au-dessus de la douleur et offrir à Dieu ses souffrances avec une ferveur admirable. Ainsi la chair était souvent faible et prête à succomber,; mais l'esprit fut toujours prompt à la relever et la soutint jusqu'au bout. Le P. Lallemant était de Paris, fils et petit-fils de lieutenants criminels. Il était extrèmement maigre, et il n'y avait guère que six mois qu il était arrivé dans la Nouvelle-France. Il mourut dans sa trente-neuvième année. »

Enflammés d'ardeur par leur victoire sur les Iurons, les Iroquois nous attaquèrent à notre tour; la colonie tout entière fut ravagée, et le canon de Québec put seul les arrêter. Plusieurs trèves furent conclues avec les Cinq-Nations, pendant lesquelles d’intrépides missionnaires allèrent leur prêcher la foi chrétienne, essayant ainsi de les amener à la paix et à l'alliance de la France. Ces tentatives échouèrent toutes; la guerre recommença, et la colonie fut dévastée par l'ennemi. De nombreuses victiines étaient sans cesse frappées; on n'était plus en sûreté, même à Québec ou à Montréal.

Mazarin, tout occupé de la guerre européenne et de la Fronde, n'avait envoyé que quelques secours insuffisants. En 1664, l'extrémité à laquelle était réduite la Nouvelle-France décida Louis XIV et Colbert à agir. Le marquis de Tracy fut nommé vice-roi et envoyé en Canada avec des troupes et une forte escadre. Il avait l'ordre de combattre à outrance les Iroquois.

La seule nouvelle de son arrivée suffit pour décider plusieurs tribus à demander la paix. M. de Tracy construisit plusieurs forts pour fermer les abords de la colonie; le pays fut occupé militairement; les milices canadiennes, qui devaient jouer plus tard un rôle si utile, furent créées et donnèrent au Canada une force toujours prête à agir. On conclut la paix avec trois nations iroquoises, et l’on commença la guerre contre les deux autres. M. de Tracy envahit leur territoire, le ravagea, incendia leurs bourgades, et les força à accepter la paix en 1666; elle dura ‘jusqu’en 1684. Le Canada, délivré de ces redoutables ennemis, put se développer librement.

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