‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 19 sur 122 · COLBERT ET L'INTENDANT TALON · texte numérisé non relu

COLBERT ET L'INTENDANT TALON

tacie à la peuplade du Canada, disait Colbert dans une instruction envoyée à Talon, a été que les habitants ont fondé leurs habitations où il leur a plu, et sans avoir eu la précaution de les joindre les unes aux autres, pour s'’aider et s’entre-secourir. Ainsi, ces habitations, étant éparses de côté et d'autre, se sont trouvées exposées aux embüches des Iroquois. Pour cette raison le roi fit rendre, il y a deux ans, un arrêt de son conseil, par lequei il fut ordonné que dorénavant il ne seroit plus fait de défrichement que de proche en proche, et que l’on réduiroit nos habitations en la forme de nos paroisses, autant que cela seroit possible. Cet arrêt est demeuré sans effet sur ce que, pour réduire les habitants dans des corps de village, il faudroit les assujétir à faire de nouveaux défrichements en abandonnant les leurs. Toutefois, comme c’est un mal auquel il faut trouver quelque remède, S. M. laisse à la prudence du sieur Talon d’aviser, avec le sieur de Courcelles ! et les officiers du conseil souverain, au moyen de faire exécuter ses volontés.»

Plus d’une fois on renouvela la défense de s'établir dans des lieux éloignés les uns des autres; ce fut en vain qu'on essaya de concentrer la population ; l'intérêt porta toujours les colons à fixer leurs habitations dans des localités isolées, mais où la traite? se pouvait faire facilement et avec profit.

Colbert envoya un certain nombre de colons; mais aux instantes demandes de Talon, il répondait qu'ilne serait pas prudent de dépeupler la France pour peupler

le Canada, que l'émigration devait être graduelle, et

Gouverneur du Canada. Il était venu à Québec avec le marquis

1 de Tracy.

? La traite est le commerce des pelleteries et du castor avec les Indiens,

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4 46 DÉVELOPPEMENTS DE LA COLONIE À qu'il ne fallait pas y faire passer plus de colons que le fé à pays défriché ne pouvait en nourrir. Cependant après ni lb: la paix avec les Iroquois, presque tous les officiers et y | s soldats du régiment de Carignan obtinrent leur congé, pi à 4 | à la condition de se fixer en Canada. Ce régiment, qui m ul a été la souche d’une grande partie de la population sc Ph canadienne, s'était distingué à la bataille de Saint- oI LE Gotthard, gagnée en Hongrie (1664), contre les Turcs ; pe il son indomptable courage avait décidé la victoire. Plu- de | | ‘h sieurs officiers de ce régiment obtinrent desseigneuries, Ja 44 se fixèrent dans la colonie, s’y marièrent, et leur pos- tr nl térité y subsiste encore. « La plupart étoient gentils- da Bu hommes ; aussi la Nouvelle-France a-t-elle plus de no- de if blesse ancienne qu'aucune autre de nos colonies", » En FE } même temps, on fut moins sévère qu'on ne l'avait été m : jusqu'alors dans le choix des colons, ce qui permit d’en- fo voyer en Canada un plus grand nombre d'émigrants, vo Ni: sans altérer toutefois le caractère honorable de la po- re La pulation canadienne, parce que les nouveaux venus, ni E cédant à l'exemple et vivant dans l’aisance, épurèrent le: leurs mœurs et prirent bientôt celles des anciens ha- ne bitants- m En 1688, le nombre des colons s'élevait à 41,249. ap Colbert établit en 1663 le système administratif qui à ] { di a régi le Canada jusqu’à la conquête anglaise. Les prin- 4 ln cipes de l'administration de la Nouvelle-France furent re ji LE ceux qui existaient en France même, c’est-à-dire l’auto- Rc Î rité absolue du pouvoir et la centralisation adminis- po trative. ér

L'ordonnance de 1663 déclara que l'administration était royale, c'est-à-dire qu'elle dérivait du roi. Elle établit le conseil souverain de Québec, auquel fut dé-

1 Le P. Charlevoix.

ns que le ant après fficiers et ur congé, ment, qui opulation de Saintles Turcs ; oire. Plungneuries, leur post gentils- [us de nolies‘, » En l'avait été rmit d’enmigrants, de la po- 1X venus, épurèrent ciens ha-

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férée la haute direction des affaires judiciaires et administratives, et qui fut composé du gouverneur, de l'évèque, de l'intendant, de plusieurs conseillers et d’un procureur du roi. Organisé à l'exemple de nos parlements et investi des mêmes prérogatives, le conseil souverain de Québec eut le droit d'enregistrer les édits, ordonnances, déclarations et lettres patentes du roi, pour leur donner force de loi. Il jugea en appel et en dernier ressort les causes civiles et criminelles. Il eut la direction des finances, du commerce et de lJ'industrie, Colbert établit l’unité de loi au Canada, en décidant que la seule loi qu’on suivrait serait la Coutume de Paris. Toute l'autorité fut donnée au gouverneur, à l’intendant et au conseil. Le gouverneur était la première autorité de la colonie; il avait la direction des forces militaires et des affaires extérieures; son pouvoir était absolu comme celui du roi dont il était le représentant. L’intendant était chargé de toute l’administration de la Nouvelle-France; la police, les routes, les finances, la marine, le commerce et les approvisionnements étaient sous sa direction, ainsi qu’une partie même de l'administration de la justice. On pouvait appeler des décisions de l’intendant au conseil d'État, à Paris.

Jusqu'à l'époque où nous nommes parvenus, le Canada relevait, sous le rapport religieux, de l'archevêché de Rouen. En 1657, le Pape crt un vicariat apostolique pour le Canada, et quelques années après, en 1670, il érigea Québec en évêché. Le titulaire dut être nommé par le Pape et relever directement du saint-siège, parce que cet évêché fut assimilé à un vicariat apostolique chez les idolâtres. Après de longues négociations et de nombreuses protestations des rarlements de Paris et de Rouen pour maintenir le droit qu'avait le roi de

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