‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 36 sur 122 · DT · texte numérisé non relu

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de 4000 hommes. M. de Subercase se défendit mal cette fois et capitula le 16 octobre; l'Acadie tomba au pouvoir des Anglais, et il fut dès lors impossible de la leur reprendre.

L'année suivante (1711), des troupes arrivèrent d'Angleterre, et 15,000 hommes furent destinés à envahir le Canada, comme en 1690, du côté de Montréal et par le Saint-Laurent. Une flotte de 84 bâtiments, aux ordres de l'amiral Hill, entra dans le fleuve: mais, arrivée aux Sept-Iles, elle fut assaillie par une furieuse tempète, qui la détruisit et força ses débris à retourner à New-York. A la nouvelle de cet échec, l’armée anglaise qui devait attaquer Montréal battit en retraite.

Les Anglais ne parvenaient point, malgré leurseflorts, à décider les Iroquois à rompre leur traité avec nous et à sortir de la neutralité; mais ils réussirent à soulever contre nous les Outagamis ou Renards: ils devaient s'emparer de Détroit, et y introduire des troupes anglaises. Le gouverneur de Détroit, M. Dubuisson, bon officier, fut averti qu’il allait être attaqué ; il avai avec lui 20 Français ; il rassembla aussitôt les guerriers des Hurons, des Outaouais et des Illinois, et, lorsque l'ennemi se présenta, il était en mesure. Les Outagamis élevérent un fort dans lequel on les assiégea ; apres une longue résistance, ils furent obligés de se rendre à discrétion et furent massacrés, au nombre de 2000, par nos Indiens. i,/occupation de Détroit eùt donné aux Anglais le commandement des lacs, le commerce des Pays-d'en-haut, et eût coupé toute communication entre le Canada et les Indiens de l'Ouest.

La paix d'Utrecht termina la guerre. Louis XIV, obligé de signer la paix avec l'Angleterre, accepiu les conditions qu'elle dicta ; il Jui céda : la baie et le détroit d'Hucson avec toutes les terres, mers, rivages,

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GUERRE DH LA SUCCESSION D ESPAGNE “| fleuves et lieux qui en dépendent (art. 10); l'Acadie ou Nouvelle-Écosse, en entier, conformément à ses anciennes limites, Port-Royal où Annapolis, ei généralement tout ce qui dépend desdites terres (art. 12); Terre-Neuve avec ies îles adjacentes ‘art. 13). La France se réserva l'ile du Cap-Breton et les autres iles du golfe du Saint-Laurent, ainsi que le droit de pêcher sur la côte de Terre-“euve.

Le traité d'Utrecht livra à l'Angleterre tout le littoral de nos possessions et les entrées du Canada, et prépara incontestablement la perte de nos colonies d'Amérique.

L'article 10 disait que des commissaires seraient nommés pour le règlement des limites entre les coionies anglaises et françaises. Rien n'était plus évident cependant que les limites üe l'Acadie, limites que les Anglais déclaraient être fort incertaines. L’Acadie ne se composait que de la presqu'ile, et sa limite naturelle était indiquée par l’isthme qui la joint au continent. Les Anglais prétendirent que l'Acadie comprenait, outre la presqu'ile, les bassins du Kennebecky, du Saint-Georges, du Penobscot et du Saint-Jean, et le territoire des Abénaquis.

Sans attendre que la question fût résolue, les Anglais commencèrent aussitôt la guerre contre les Abcnaquis, et massacrèrent le P. Rasle qui était en mission che ces braves Indiens, parce qu'ils le regardaient comme le principal auteur de la résistance qu'ils leur faisaient,

Mais en 1724, après de nombreux échecs, les Anglais furent obligés d'abandonner leur dessein de soumettre les Abénaquis. Nous avions soutenu ces Indiens, parce que sion avait abandonné à l'Angleterre leurs terres et celles des Troquois, qu'elle réelamait, les Anglais

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auraient avancé leur frontière jusqu'au Saint-Laurent et jusqu'aux lacs Ontario et Érié.

Fondation de Louishourg.

La cession de l’Acadie et de Terre-Neuve lvrait l'entrée du Canada aux Anglais et leur permettait d'intercepter, quand ils 1e voudraient, les communications de la France avec sa colonie. Ileureusement, nous avions conservé, à la paix d'Utrecht, l'ile du ‘‘1r-Breton ou ile Royale, située à l'entrée du golfe du saint- Laurent, entre l'Acadie et Terre-Neuve ; la position de cette ile nous donnait le moyen de rester encore les maitres, en partie du moins, de l'entrée du Canada. En 1720, on y fonda, sur la côte orientale, la ville de Louisbourg, dont on voulut faire une grande place forte; mais on ne termina jamais ses fortilications, a cause des dépenses trop considérables qu'il aurait fallu y faire’, L'ile Royale se peupla des colons de Terre- Neuve et de l'Acadie, qui vinrent s'établir à Louisbourg, au port Toulouse et au port Dauphin.

Pendant la période de paix qui s'étend de 4713 à 1714, et qui est unique dans l'histoire du Canada, la colonie prit un grand essor *. En 1721, on n'y comptait

1 Voy. Lettres et Mésnorres pour servir à | hisloire raturelle, civile et politique du Cap-Lreton, depuis son établissement jusqu'à la reprise de cette île par les Anglais en 1758, 1 vol, in-1°, 1760, La Haye et Londres.

* La pro:périié de nos colonies d'Amérique et des Indes était due à {habile administration du cardinal de Fleury et à ia paix qu'il su! conserver avec l'Angleterre.

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que 25,000 habitants, et en 1744 il y em avait 50,090 ‘. M. de Vaudreuil fit faire quelques progrès à l'agriculture et donna au commerce toute l'extension compatible avec les règlements qui régissaient nos colonies ; il y avait tant de sources de richesse en Canada, que malgré tout il florissait,

On fonda plusieurs forts pour s'assurer de la possession du pays : le fort Beauséjour, sur l'isthme de l’Acadie ; le fort Niagara, sur le lac Ontario, pour conserver la domination des lacs contre les Anglais, qui venaient d'élever le fort Oswego ou Chouegen sur le lac Ontario *; le fort Saint-Frédéric, sur le lac Champlain, pour couvrir cette partie essentielle de la frontière.

Le marquis de Beauharnais, capitaine de vaisseau, qui avait succédé à M. de Vaudreuil (1725), envoya Varenne de La Vérendrye pour explorer «les pays de la mer de l'Ouest, » c'est-à-dire les terres à l’ouest des grands lacs et des monts Rocheux. De beaux voyages furent accomplis par cet intrépide voyageur (1728-43). Des découvertes importantes et trop peu connues, qui ont précédé de plus de soixante ans celles des Américains dans ces mêmes contrées, furent le résullat de ces explorations, pendant lesquelles on fonda

* En 1755, la population s'éleva à 80,000 habitants. Mais à la même époque les colonies anglaises comptaient 1,200,000 habitants.

* La fondation du fort Chouegen est la première entreprise des Anglais au delà des Alléghanis et le premier acte de leurs usurpations sur notre territoire. Le gouverneur du Canada, M. de Beauharnais, se contenta de protester, mais laissa subsister ce fort.

Ÿ Voyez, dans le Moniteur du 14 septembre 1852, un article de M. Margry sur ce voyageur. La Vérendrye a découvert le haut Missouri, les monts Rocheux et tout le pays compris entre les monts Rocheux et les lacs Supérieur et Winnipeg ; avant lui on ne connaissait rien dans toute la contrée située entre la Californie et la baie d'Hudson.

sur le lac Bourbon (Winuipeg) plusieurs forts, qui achevèrent de nous rendre maitres de tout le bassin des cinq lacs.

Guerre de la succession d'Autriche. — Traité d’'Aix-la-Chapelle.

La guerre de la succession d'Autriche 1741-48) ‘it cesser la paix dont jouissait l'Amérique depuis 1713 et anena une nouvelle lutte entre la France et l'Angieterre. Comme à l'ordinaire, le Canada fut l'un des théâtres de la guerre entre les deux nations.

Les colonies anglaises étaient mécontentes de la fondation de Louisbourg et de l'importance militaire et commerciale que « le Dunkerque de l'Amérique » avait prise. L'irritation fut portée à son comble, lorsqu'au commencement de la guerre les corsaires de Louisbourg s'emparèrent d’un grand nombre de bâtiments appartenant au commerce de Boston et de New-York. Comme la métropole ne leur envoyait ui vaisseaux, ni soldats, ni argent, les colons anglais se décidèrent à faire eux-mêmes la conquête de Louisbourg, et prirent dès lors la ferme résolution de détruire entièrement la domination française en Amériqt'e.

Un avocat nommé Shirley forma le projet de l’expédition de Louisbourg; un marchand, Pepperel, l'exécuta avec 4000 colons, laboureurs, ouvriers, qu'il enrôla et qu'il joignit à quelques secours arrivés d’Angleterre. En 1745, l'expédition anglo-américaine, renforcée de % vaisseaux anglais, débarqua dans l'ile Royale.

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