GUERRE DE LA SUCCESSION D AUTRICHE D
Il se passait à Louisbourg des faits déplorables qui amenèrent la prise de la place. La garnison, dès le mois d'octobre 1744, était en pleine révolte. On employait les soldats à augmenter les fortifications, et on ne leur payait pas ce qu'on avait promis de leur donner pour ce travail ; il parait aussi qu’on leur retenait une partie de leur solde et des subsistances qui leur étaient dues. L’intendant de Louisbourg était alors un M. Bigot, dont on reparlera plus loin, et dont l’improbité était complète. L'intendant et les officiers, à son exempie, avaient commis de nombreuses voleries, qui poussèrent le soldat à murmurer, puis à se soulever et à se nommer de nouveaux officiers. Cette sédition, qui encouragea les Anglo-Américains à attaquer Louisbourg, durait encore quaud l'ennemi se présenta. A l'approche des Anglais, le gouverneur, M. Duchambon, fit appel au patriotisme de sa troupe ; les séditieux se soumirent; mais il demeura entre le soldat et l'officier une méfiance qui paralysa la défense. Louisbourg était gardé par 600 soldats et 800 habitants armés à la hâte ; c'était assez pour repousser les 4000 miliciens anglais, si l’on eût été d'accord.
Les Anglais s’approchèrent de la placeavec assurance; et, lorsqu'on parla d'ouvrir la tranchée, d'établir les parallèles et de faire les autres travaux d'attaque, les miliciens se mirent à rire, et, dans leur ignorance de la guerre, ils s’avancèrent à découvert et enligne contre les batteries de la place; les pertes énormes qu'ils éprouvèrent leur donnèrent une lecon dont ils surent profiter, et dès lors ils eurent pour «le défilement » beaucoup plus de respect. Il eût suffi de quelques sories vigoureuses pour chasser, la baïonnette dans les reins, les miliciens de Pepperel; mais les officiers, crovant ou feignant de croire que la garnison profite-
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rait d’une sortie pour déserter, se renfermèrent dans l'enceinte, et, après une défense insuffisante, Duchambon capitula le 16 juin, et remit une place des plus fortes à une poignée de miliciens commandés par un marchand. Les pluies abondantes qui tombèreni alors auraient obligé Pepperel à lever le siège, si Duchambon eût tenu huit jours de plus; et les renforts envoyés de France arrivèrent, à peine la ville venait-elle de se rendre.
M. de Maurepas, ministre de la marine, voulut reprendre Louisbourg'; on ne pouvait en eflet laisser aux Anglais la clef du Canada ; d'ailleurs nos succès à Fontenoy, à Bassignano et dans les Indes, ne nous permettaient pas de supporter cet échec en Amérique. On prépara, en 1746, un grand armement de 11 vaisseaux et de 30 bâtiments pour transporter 3000 hommes à l'ile Royale. Le duc d'Anville eut le commandement de cette expédition; un corps de Canadiens et de sauvages, commandés par M. de Ramsay, devait venir de Québec se joindre aux troupes arrivées d'Europe. Le projet était de débarquer à Chibouetou (Halifax), de reprendre Louisbourg, de conquérir Annapolis et l’Acadie, puis de détruire Boston et de ravager les côtes de la Nouvelle-Angleterre. Le duc d'Amville eûtaccompli sa mission, parce que les Anglais m avaient aucune force en
« Ce malheur donne occasion à des æltemations dans noire ministère, dit le due de Luynes ; on prétend que c'est la faute de M. de Maurepas, qui n'aurait pas dû laisser manquer de munitions Louisbourg, place tuës forte et coustruite à grands frais, et qui ne nous a été enlevée que faute d être pourvue de ge qui était nécessaire pour la défendme….. Les amis de M. de Maurepas disent qu'il avait prévu tous ces inconvénients, qu'il avait voulu y remédier, mais qu'il avait demandé inutilement à M. le contrôleur général Les fonds absolument nécessaires. » (Mémuires, t. VII, p. 41, 29 avril 1746. — Voy. aussi ces Méoures, t. VIII, p. 584, année 1747.)
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