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Assassinat de M. de Jumonville par Washington.
En même temps que le marquis Duquesne, par ses réformes, mettait la colonie en état de résister à la guerre dontelle était menacée, il chargeait le capitaine Marin de construire sur l'Ohio le fort Duquesne. Cet honnête et intelligent officier succomba à ses fatigues à la fin de 1753 ; M. de Contrecœur, capitaine, lui succéda et reçut l'ordre formel d'empêcher les Anglais de s'établir sur la Belle-Rivière.
De son côté le gouverneur de la Virginie, Dinwiddie, qui « s'opiniâtroit à s'emparer de l'Ohio,» comme le disait le marquis Duquesne, prit la résolution de soutenir par la force les traitants et les colous anglais qui s'établissaient sur nos terres. Il ordonna de construire un fort sur l'Ohio, pour prendre position dans le pays, el envoya reconnaître le terrain (fin de novembre 1753) par un jeune homme de vingt et un ans, qui se faisait déja distinguer par l’ardeur de son patriotisme et par la fermeté de son caractère. C’était George Washington, qui était major dans les milices de la Virginie. Washington vint, en qualité de commissaire, parlementer av \rès des Français ; il portait une sommation qui leur ordonnait d'évacue: le territoire britannique de la vallée de l'Ohio. Pendant sa mission, le major virgiuien observa le pays et nos forces; il pratiqua les Indiens, chercha à nouer des intelligences parmi eux ; et, à son retour, il indiqua comme la clef du pays disputé, qu'il fallait occuper et fortifier, le confluent des
deux rivières Alléghani et Monongahéla !, qui, par leur réunion, forment la Belle-Rivière ou Ohio. Ge choix prouve la sûreté du coup d'œil et le jugement excellent du jeune major ; mais à ce moment mèêmeles Français y élevèrent le fort Duquesne. C'est aujourd'hui la grande ville de Pittsbourg.
Eafin, en 1754, Dinwiddie commença les hostilités, sans que les gouvernements français et anglais fussent en guerre. Il envoya, pour occuper les terres de l'Ohio, une colonne de miliciens commandée par Washington. Son avant-garde, aux ordres de l'enseigne Ward, construisit sur l'Ohio un petit fort qui fut aussitôt attaqué et enlevé par les Français, et sa garnison faite prisonnière.
A ces nouvelles, M. de Contrecœur chargea un de ses officiers, M. de Jumonville, de porter au chef des Anglais «une sommation de se retirer, attendu qu’il étoit sur le territoire françois ». Notre parlementaire, obligé de traverser des forêts et des territoires habités par des sauvages ennemis, avait pris une escorte de 34 hommes. Dans la nuit du 27 au 28 mai, ce détachement fut cerné par les troupes de Washington. Dès le matin, il fut attaqué par surprise; M. de Jumonwville et neuf des siens furent tués, le reste de l’escorte fut pris ou sé Sauva ?.
Cet événement semble être le résultat du système que les colons anglais avaient adopté, et qui consistait à engager la guerre par un de ces actes qui ne permettent plus de reculer. Il est bien peu probable, en effet,
1 La rivière Malengueulé de nos colons.
? Voy. L'Observateur hollandais, 2° lettre. — Ces lettres ont été écrites par J.-N. Moreau, historiographe de France, d’après les notes fournies par l’abbé de la Ville, premier commis des affaires étrangères.
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que le meurtre de M. de Jumonville n'ait été causé que par une erreur ou par le manque de précautions suffisantes pour faire reconnaître son caractère de parlementaire, ainsi que le disent les écrivains anglais, dont nous citerons d’abord les témoignages et les explications.
Le gouverneur Dinwiddie déclara que Washington n'avait fait que son devoir en protégeant les terres de S. M. Britannique; que Jumonwville s'était écarté! de la conduite ordinaire des parlementaires; que sa troupe le fit prendre pour autre chose qu’un parlementaire, et que, si l’on a commis quelque faute en l'attaquant, elle doit être attribuée à son imprudence.
L'historien Bancroft raconte qu'au moment où les Français furent surpris au milieu de la forêt, dans laquelle les Anglais les avaient cernés, ils coururent aux armes, et que Washington s'écria: «Feu!» et donna l'exemple. Rien dans tout cela ne justifié Washington.
Washington, cherchant à expliquer un acte qui pesait sur sa renommée, dit dans ses lettres qu'il regardait les frontières dela Nouvelle-Angleterre comme envahies par les Français, ef que la guerre lui semblait exister, puisque les Français avaient attaqué et pris l'enseigne Ward ; qu'il avait l’ordre de marcher en avant pour repousser les Français qui élaient agresseurs ; que les Français, à sa vue, avaient couru aux armes; qu'alors il avait ordonné de faire feu ; qu'un combat d'un quart d'heure s'était engagé, à la suite duquel les Français avaient eu dix hommes tués, un blessé et vingt et un prisonniers, et les Anglais un homme tué et trois blessés; qu'il était faux que Jumonville eût lu une
! On ne dit pas comment.
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