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sommation, ce qui eût fait connaitre son caractère. Washington affirme qu'il n’y a point eu guet-apens; il dit qu'il y a eu surprise et escarmouche, ce qui est de bonne guerre.
Après avoir fait connaître les dires de l'ennemi‘, il faut reproduire les documents français, et d'abord la lettre de M. de Contrecœur au gouverneur du Canada,
« À sept heures du matin ils furent entourés... Deux décharges de mousqueterie furent tirées sur eux par les Anglois. M. de Jumonvwille les invila par un interprète à s'arrêter, ayant quelque chose à leur dire. Le feu cessa. M. de Jumonville fit lire la sommation que j'avois envoyée pour les prévenir de se retirer... Les sauvages qui étoient présents disent que M. de Jumonville fut tué par une balle qu’il reçut à la tête, tandis qu'il écoutoit la lecture de la sommation, et que les Anglois auroient sur-le-champ taillé en pièces toute la troupe, si les sauvages ne les en avoient pas empêchés en s’élançant devant eux... *. »
L'abbé de Lisledieu, vicaire général de la Nouvelle- France, écrit de Montréal, le 12 octobre 1754, au ministre de la marine, qu'il a reçu de Québec une lettre datée du 28 juillet, dans laquelle on lui disait que «sur la nouvelle qu'il y avoit des Anglois en marche, on avoit envoyé un officier avec 34 hommes pour leur parler et les sommer; mais ils ont tué cet officier et sept autres personnes, le reste fait prisonnier, quoique l'officier portât pavillon, voulût lire des ordres et déclârat qu'il venoit parler. Ce coup nous a irrité, et,
1 Voy.J. Sparks, Vie de Washington. — Bancrorr, History of the American revolution. — Vie de Washington, correspondance et écrits, Paris, 1840, t. VI.
* Lettre du 2 juin 1754. (Archives de la marine.)
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pour le venger, on a envoyé dans la Belle-Rivière un détachement de 700 hommes ‘. » Nul guet-apens ne fut jamais plus évident.
On lit dans une lettre de Duquesne au ministre* : « J'ai infiniment pris sur moy de ne pas mettre tout à feu et à sang après l'acte d'hostilité indigne commis sur le détachement du sieur de Jumonwville...» Dans une autre pièce ?, on trouve que les nommés J.-B. Berger et Joachim Parent, Canadiens, faits prisonniers par les Anglais dans l'affaire de Jumonwville et renvoyés en France en 1755 « confirment toutes les circonstances de l'assassinat du sieur de Jumonwville par les Anglois ».
Nous terminerons enfin toutes ces citations en reproduisant la lettre écrite* au ministre par le gouverneur du Canada, M. de Vaudreuil, successeur du marquis Duquesne.
J'ai l'honneur de vous envoyer ci-jointe la liste des officiers, cadets et Canadiens qui accompagnoient M. de Villiers de Jumonville dans le voyage qu'il fit l’année dernière à la Belle-Rivière, ner ordre de M. le marquis Duquesne, pour aller sommer les Anglois de se retirer et de ne faire aucun établissement sur les terres de $S. M. Vous verrez, Monseigneur, par cette liste :
1° Qu'il périt neuf hommes avec M. de Jumonville, qui furent assassinés avec lui par le colonel Wemcheston et sa troupe, composée de sauvagcs et de troupes de la Nouvelie- Angleterre.
2° Que M. Drouillon, officier, deux cadets de nos troupes et onze Canadiens ont été envoyés à Londres:
! Archives de la marine.
* Du 12 octobre 1754. (Archives de la marine.)
* Du 8 octobre 1755. (Archives de la marine.)
* De Montréal, le 20 octobre 17:5. (Archives de la marine.)
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3° Que le sieur Laforce, excellent et brave Canadien, est détenu en prison à la Virginie ;
49 Que six autres de nos Canadiens ont été renvoyés à la Martinique ; il en est arrivé deux qui m'ont donné la dernière liste et m'ont informé des cruautés dont les Anglois avoient usé à leur égard, pendant qu'on s'étudioit ici à procurer tous les agréments possibles aux deux otages de M. de Villiers, et à leur donner une entière liberté.
Cette déplorable affaire eut un grand et long retentissement; en 1759, Thomas publiait un poème en quatre chants, sous le titre de Jwmonville, dans lequel il racontait l'événement selon les traditions que nous venons de faire connaître ?.
Après la mort de M. de Jumonville, Washington construisit, sur une des sources de l'Ohio, la Monon-
gahéla, le fort de la Nécessité, et attendit de nouvelles
troupes pour attaquer le fort Duquesne.
M. de Contrecœur, le 28 juin, envoya M. de Villiers, frère de Jumonville, avec 600 Canadiens et 100 sauvages, venger la mort de son frère et repousser l’ennemi ; Sa commission était ainsi conçue :
Nous, capitaine d’une compagnie du détachement de la marine, commandant en chef le party de la Belle-Rivière, des forts Duquesne, Presqu'île et de la Rivière-aux-Bœufs ;
Il est ordonné au sieur de Villiers, capitaine d'infanterie,
1 Ces prisonniers avaient été très maltraités pendant leur séjour dans la Virginie ; on les laissa sans nourriture pendant quatre jours à la nouvelle de la mort du général Braddock. — D’autres fois, les Anglais donnaient en cadeau aux sauvages leurs alliés, les prisonniers français, pour les torturer et les mettre à mort.
? Voltaire écrivait à ce sujet au marquis de Courtivron, le 12 juillet 1757 : « J'étais Anglais alors; je ne le suis plus depuis qu’ils assassinent nos officiers en Amérique et qu’ils sont pirates sur mer. ?
# Louis Coulon, écuyer, sieur de Villiers.
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de partir incessamment avec le détachement francois el sauvage que nous lui confions, pour aller à la rencontre de l'armée angloise.
Luy ordonnons de les attaquer s'il voit jour à le faire, et de les détruire même en entier, si il le peut, pour les chàtier de l'assassin qu'ils nous ont fait en violant les lois les plus sacrées des nations policées.
Si ledit sieur de Villiers ne trouvoit plus les Anglois el qu'ils se fussent retirés, il les suivra autant qu'il le jugera nécessaire pour l'honneur des armes du Roy.
Et dans le cas qu'ils fussent retranchés et qu'il ne vil pas jour à pouvoir combattre les Anglois, il ravagera leurs bestiaux et (âchera de tomber sur quelques-uns de leurs convois, pour les deffaire en entier.
Malgré leur action inouïe, recommandons au sieur de Villiers d'éviter toute cruauté, autant qu'il scra en son pouvoir.
S'il peut les battre et nous venger de leur mauvais procédé, il délachera un de leurs prisonniers pour annoncer au commandant anglois que si il veut se retirer de dessus les terres du Roy et nous renvoyer nos prisonniers, que nous deffenderons à nos troupes de les regarder à l'avenir comme ennemis.
Il ne leur laissera pas ignorer que nos sauvages, indignés de leur action, nous ont déclaré ne pas vouloir rendre les prisonniers qui sont entre leurs mains, mais que nous ne doutons pas que M. le général ne fasse, à leur égard, comme il a fait par le passé.
Comme nous nous en rapportons entièrement à la prudence de M. de Villiers pour tous les cas que nous ne pouvons prévoir, nous approuverons tout ce qu'il fera, en se consultant dans ce cas avec les capitaines seulement.
Fait au camp du fort Duquesne, le 28 juin 1754.