VICTOIRE DE LA BELLE-RIVIÈRE
pour intercepter les secours que la France envoyait en Canada, rencontra, le 8 juin, à la hauteur du cap Race et à 25 lieues de Terre-Neuve, trois vaisseaux français, l'Alcide, le Lys et le Dauphin-Royal, qui, depuis trois jours, étaient séparés du reste de l'escadre. Le vaisseau anglais Ze Dunkerque s'approcha de l'Alcide à portée de la voix.
«M. Hocquart, capitaine de Z’Alcide, fit crier par trois fois en anglois au capitaine du Dunkerque : «Sommes-nous en paix ou en guerre ?» On répondit : « Nous n’entendons pas. » On cria de nouveau en francois. Mème réponse. M. Iocquart prit le porte-voix et lui dit par deux fois: « Sommes-nous en paix ou en ) guerre?» Le capitaine répondit par deux fois et très distinctement: «La paix, la paix. — Comment » s'appelle l'amiral? — L'’amiral Boscawen. — Je le connois, il est de mes amis. — Et vous, monsieur, » votre nom ? repartit l’'Anglois.— Hocquart.» Le temps de prononcer ces paroles est le seul intervalle qu'il y eut entre le mot de paix et la bordée tirée qui nous a déclaré la guerre. Nous étions à la demi-portée de pistolet; les canons de l'ennemi étoient chargés à deux boulets et mitrailles de toute espèce. Cela joint à la confiance que doit donner le mot de paix prononcé par la bouche d’un capitaine nous a fait perdre beaucoup de monde !. »
L'Aicide fut bientôt mis hors d'état de combattre par le feu des quatre vaisseaux avec lesquels il était aux prises. Les manœuvres et les voiles étaient hachées et criblées, les canons démontés, 8% hommes tués ou blessés, dont 5 officiers; la barre du gouver-
! Relation du combat du vaisseau l’A/cide, (Dénôt de la guerre, vol. 3417, pièce 4.)
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nail avait été brisée; M. Hocquart crut devoir se rendre. Le Lys, armé en flûte, n'avait que 22 canons ; attaqué par deux vaisseaux, il amena pavillon au bout de deux heures, et les huit compagnies qu'il portait furent prises. «Quant au Dauphin-Royal, la supériorité de sa marche procura au capitaine qui commandoit ce vaisseau, M. de Montalais, la satisfaction de mener à Louisbourg les troupes qui lui étoient confiées . »
Cette attaque fut le signal de « pirateries® » sans exemple jusqu'alors. Bien que la guerre ne fût pas déclarée, le gouvernement anglais donna l’ordre à ses vaisseaux de courir sus à tout navire français ; 300 bâtiments de commerce, 300 millions de livres de ce temps, 10,000 matelots, tombèrent au pouvoir des croiseuis anglais.
Ces « actes de brigandage* » décidèrent enfin Louis XV à rappeler de Londres son ambassadeur, et
le gouvernement français se prépara activement à la
guerre.
En Amérique, les Anglais, forts de 15,000 hommes, se disposaient à nous attaquer sur trois points: en Acadie, sur le lac Champlain et sur l'Ohio. Le baron Dieskau avait sous ses ordres 7000 hommes, dont 2800 soidats, le reste miliciens et sauvages: il se tint sur la défensive et laissa l'ennemi attaquer.
En Acadie, le colonel Winslow, avec plus de 2000
* La nouvelle de cette agression arriva à Compiègne, où était la cour, le 17 juillet au soir. (Mémoires du duc de Luynes, 18 et 19 juillet 1755.)
? Expression dont se servit Louis XV dans la lettre qu'il écrivit, le 21 décembre 1755, au roi d'Angleterre, pour lui demander réparation de la conduite de ses croiseurs. (Dépôt de la guerre, vol. 340%, ph. 21.) — Voltaire parle aussi « des pirateries anglaises », le :5 avril 1756, en écrivant à Paris-Duverney.
* Autre expression de Louis KV. dans la lettre déjà citée.
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