‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 51 sur 122 · TER OPEN E TRE STE VEE PRE · texte numérisé non relu

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Le transport des troupes à 4500 lieues est en effet très el coûteux; il fallait de nombreux bâtiments; on était volte obligé de disputer le passage aux Anglais; il fallait faire inte une guerre maritime pour conserver la Nouvelle-France, nœu

et le gouvernement s'était laissé entrainer à faire la ne C guerre continentale; aussi on n’accorda à M. de Vau- men dreuil que 4500 hommes. | sen

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encore 80 millions.

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et l'on sait que les vols qu'il y commit avaient fait révolter la garnison ; au lieu d’être puni, il était devenu intendant de la Nouvelle-France. Il continua ses manœuvyres et ses spéculations dans son nouveau poste, ne considérant ses hautes fonctions et le pouvoir immense dont il était revêtu que comme des moyens de s'enrichir facilement. Pour lui, la guerre, la famine et la désolation de la colonie ne furent que des circonstances heureuses qui lui permettaient de spéculer, de gagner de l'argent et de voler impunément l'État.

Dans leur correspondance avec le ministre de la guerre, MM. de Montcalm, de Lévis, de Bougainville, de Montreuil, de Pontleroy, Doreil, signalent à l'envi les rapines de l'intendant et du munitionnaire ou fournisseur général des vivres !.

« Je ne blâme pas seulement le munitionnaire, écrit M. Doreil ?; il y auroit tant de choses à dire là-dessus, que je prends, par prudence, le parti de me taire. Je gémis de voir une colonie si intéressante et les troupes qui la défendent exposées par la cupidité de certaines personnes à mourir de faim et de misère. M. le marquis de Montcalm s'étendra peut-être davantage, je lui en laisse le soin. Rien n'échappe à sa prévoyance ni à son ièle, Mais que peut-il faire, ainsi que moi? des représentations contre lesquelles on * est toujours en garde et qui ne sont presque jamais écoutées. »

Quelques jours après, M. Doreil écrit de nouveau au ministre au sujet des abus qu’il lui avait fait con-

Ce munitionnaire, complice principal de Bigot, s'appelait Cadet, Commissaire-ordonnateur des guerres.

Lettre du 22 octobre 1757. (Dépôt de la guerre.) — Le mot ox désigne M. de Vaudreuil, tenu en garde contre les représentations du marquis de Montcalm par Bigot lui-même, qui disposait entière» ment de l'esprit du trop faible gouverneur.

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naître; il signale la conduite coupable du munitionnaire et déclare que « les remèdes doivent être puissants et prompts... Je n'aspire, continue-t-il, qu'au moment heureux où, avec la permission du roi, je pourrai repasser en France et n'être plus spectateur inutile de choses aussi monstrueuses que celles qui se passent sous nos yeux... M. de Moras, ministre de la marine, ignore la véritable cause de notre triste situation; il ne convient ni à M. de Montcalm ni à moi de tenter de l'en instruire, d'autant plus que nos représentations ne parviendroient vraisemblablement pas jusqu’à lui *. »

M. de Bougainville, dans une dépêche adressée au ministre de la guerre?, déplore que le munitionnaire n'ait acheté que beaucoup d’eau-de-vie et de vin, et très peu de farine, « parce qu’il y a plus à gagner sur l'eau-de-vie et le vin...; mais, ajoute-t-il, couvrons cette matière d’un voile épais ; elle intéresseroit peutêtre les premières têtes d'ici... Je conclus de ce que m'a dit à Paris, avant mon départ, M. de Gournay (intendant du commerce), qu'il est instruit de ce que je ne

‘ Lettre au ministre, du 25 octobre 1757. (Dépôt de la guerre.) — M. de Moras était plus instruit que ne le supposait M. Doreil. Il écrivait à M. Bigot, le 27 mai 1757, pour l'avertir qu'il avait examiné avec une attention particulière le marché qu’il avait passé avec l'entrepreneur Cadet ; que ce n’était pas sans la plus grande surprise qu’il avait vu les conditions accordées à cet entrepreneur; que, quoique le Roi fût prévenu depuis quelques années sur l'excès de ces sortes de dépenses, Sa Majesté ne s’était pas attendue que, dans un marché réglé, les vivres dussent être portés à de si hauts prix... (Cette lettre est analysée à la page 55 du jugement rendu contre Bigot et ses complices, 1 vol. in-4, 1763.)

On verra plus loin, à l’article de M. de la Porte, commis principal au ministère de la marine, pourquoi M. Doreil croyait que M. de Moras ne recevrait pas les avis de M. de Montcalm ; il pensait que M. de la Porte intercepterait les lettres adressées au ministre sur ce sujet.

* Du 4 novembre 1757. (Dépôt de la guerre.)

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veux pas écrire... » Bougainville se plaint ensuite des abus dans les travaux de fortification : « Que d'abus, dit-il, aura à réformer M. de Pontleroy ‘ dans sa partie, et quelle partie ne demande pas à l'être ? »

« M. de Pontleroy et M. Desandrouins sont deux inénieurs très appliqués, disait le marquis de Montcalm; leur conduite désintéressée est à louer, mais a l'air de faire une épigramme dans cette colonie. »

Le 30 juillet 1758, M. Doreil écrivait encore à propos de ces scandales : « C’est ainsi que tout se fait en Canada, Sans principes, sans ordre et sans règle. » Puis, le lendemain, il se décidait à rédiger une longue dépêche chiffrée*, dans laquelle il sortit enfin des généralités où il s'était tenu renfermé jusqu'alors, et aborda franchement la question. Il commence par déplorer encore la négligence, la lenteur, l'ignorance et l’opiniàtreté qui ont pensé perdre la colonie; puis il s'écrie : « La paix, la paix, n'importe à quel prix, pour les limites, autrement la colonie est aux Anglois l’année prochaine, quoi qu'on fasse... Il y a nécessité de changer de suite l'administration, car l’ineptie, l'intrigue, le mensonge et l’avidité perdront dans peu cette colonie.. M. de Vaudreuil a fait faire le fort Carillon à un parent ignorant, qui y a fait sa fortune; le fort ne vaut rien. »

Quelques jours après, le 12 août, M. Doreil adressait au ministre une nouvelle dépêche dans laquelle il parle d'un officier des troupes de la colonie, aide-major de Québec, M. Péan : « Il est vendu, dit-il, à M. de Vaudreuil et à M. Bigot®; il est attaché à la partie des

! Ingénieur en chef de la Nouvelle-France, arrivé en Canada, en 1757, avec le grade de lieutenant-colonel.

? Voyez, à la fin du volume, la pièce 21.

* Voyez PoucuoT, Mémoires, 1. I, p. 8.

subsistances... ; il a fait une fortune si rapide depuis huit ans, qu'on lui donne deux millions !. » — « Regardez-le, dit encore M. Doreil*, comme une des premières causes de la mauvaise administration et de la perte de ce malheureux pays. Je vous ai dit qu'il étoit riche de deux millions ; je n’ai osé dire quatre, quoique, d'après tout le public, je le pouvois. »

Dans le même moment, le marquis de Vaudreuil, complètement abusé, faisait l'éloge de M. Péan, et disait de lui au ministre de la guerre * : «a C’est l'officier qui connoit le mieux cette colonie, et c'est en lui que j'ai le plus de confiance, »

Une pièce, conservée aux Archives de la marine, datée de décembre 1758 et non signée, entre dans le vif de l'affaire. C'est une accusation en règle, qui fait connaître en détail au ministre de la marine les causes des dépenses énormes du Canada. Il y est dit que toute la finance est entre les mains de Bigot, qui agit sans juge, sans contrôle, sans surveillant, et dans le seul but de s'enrichir, et pour cela use de toute son autorité, presque despotique. « Son complice est l’œil même du ministre. » Ce complice était M. de la Porte, commis principal de 1a marine, administrateur plus intelligent qu'honnèête, qui était chargé des colonies ; il avait eu la confiance äe M. de Maurepas, puis celle de M. Rouillé, qui, ignorant absolument le détail du ministère de la marine, s’en rapportait entièrement à ses commis principaux. « M. de Machault, dit le duc de Luynes dans ses Mémoires, avoit reçu des plaintes, mais apparemment qu'il ne les avoit pas trouvées suffisamment

Voyez la pièce 23, à la fin du volume.

* Voyez la pièce 24, à la fin du volume.

$ Lettre du 6 août 1758. (Dépôt de la guerre.)

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fondées. M. de Moras !, ayant voulu examiner plus à fond, a demandé des détails à M. de la Porte, qui a été jongtemps à les lui donner et a paru ne s'y prêter qu'avec peine. M. de Moras en a rendu compte au roi. » M. de la Porte fut renvoyé le 27 janvier 4758; mais on lui conserva 9000 livres de pension qu'il avait déjà, auxquelles on ajouta 4000 livres ! « On prétend, ajoute le duc de Luynes, qu'il y a eu dans le détail des colonies des malversations, desquelles il aurait dû être instruit et s’y opposer *. »

Les correspondances que nous analysons se contentent de signaler en termes généraux les scandales qu'elles dénoncent; c'est dans le procès fait, en 1763, à Bigot et à ses complices, qu'il faut aller chercher les détails des prévarications de cette bande de voleurs et de débauchés.

L'approvisionnement des forts et des magasins de la colonie en vivres, farines, vins et eau-de-vie, marchandises diverses et objets d'équipement, pour les troupes, les milices et les sauvages, était confié à l'intendant ; il tirait d'Europe les denrées et marchandises dont il avait besoin, et en achetait aussi une partie aux négociants du pays.

! Ministre de la marine, sage, intelligent et honnête; il avait résisté autant que possible à la politique qui jetait la France dans la guerre d'Allemagne et avait voulu conserver à la guerre d’Amérique et à la défense des colonies contre l'Angleterre l'importance que l'on donna malgré lui aux aflaires du continent, (Voy. C'orresjondance du cardinal de Bernis avec Pâris-Duverney,t. IL, p. 26.) — M. de Moras quitta le ministère le 1°" juin 1758 et fut remplacé par M. de Massiac, officier de marine de beaucoup de réputation. « M. de Moras, dit le duc de Luynes (Mémoires, 26 mai 1758), a représenté au Roi qu’il ne se sentoit pas assez fort pour ce département, et que celui qui le remplaceroit auroit peut-être plus de crédit que lui pour obtenir ce qui est nécessaire pour soutenir et augmenter la marine, »

? Mémoires du duc de Luynes, 50 janvier 1758.

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Les magasins ne servaient pas seulement de dépôt pour les vivres et objets destinés aux troupes, aux milices et aux sauvages ; c'étaient aussi des marchés où l'on vendait aux soldats, et même aux particuliers, ce qu'ils voulaient acheter; quand les magasins étaient vides, l’intendant rachetait pour les remplir. Il résulta de cet usage que les affidés et les prête-noms de la s0eiété Bigot achetaient les marchandises de l'État à bon marché et les lui revendaient ensuite à des prix excessifs.

Les auteurs de ces malversations, qui figurent au procès, sont au nombre de 55 ; les plus importants sont Bigot, le capitaine Péan, dont la femme était la maitresse de Bigot'; Bréard*?, Varin*°, Estèbe*, Cadet, Maurin, hideux bossu et audacieux voleur ; Pénissault, dont la femme fut d’abord la maîtresse de Péan et ensuite celle de M. de Lévis, à qui l’on reprochait sévèrement ses coupables relations avec cette femme. En analysant le texte de l'arrêt rendu en 1763 contre les 55 accusés, et la requête du procureur du roi, on trouve :

Qu'il existait entre l'intendant, Péan, Bréard, Varin et Cadet des pactes illégitimes d'où il est résulté des monopoles et des prévarications sans nombre ;

1 Voir l’Album du Touriste, par J.-M. Lemoine, 2° édition, Québec, 1872, in-8°, p. 57.

* Contrôleur de la marine.

3 Subdélégué de l’intendant.

* Garde des magasins du roi à Québec.

$ Bigot faisait partie de plusieurs sociétés organisées pour voler l'État. En étudiant son procès, on constate l'existence de trois de ces associations illégilimes. Ainsi, par acte du 18 juillet 1748, une société avait été fondée entre Bigot, Bréard et les sieurs Gradis, négociants à Bordeaux. Bigot faisait venir sous le nom de Gradis les vivres et marchandises dont la colonie avait besoin et les vendait au Roi à des prix excessifs, — Le traité entre Bigot et Cadet pour

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Qu'ils enflaient les mémoires et faisaient de doubles emplois d'états de rations qui, bien que faux, étaient payés comme fidèles ; que les gains qu'ils faisaient, à l'aide de ces faux et de bien d’autres malversations, se sont montés quelquefois à 250 p. 100 ; que Cadet et ses commis, Pénissault, Maurin et Corpron, ont gagné, en 1757 et 4758, 12 millions sur une fourniture montant à A1 millions seulement de prix d’achat ; que Cadet, en 1757 et 1758, a gagné 11 millions et demi, pour la seule partie des vivres, pour des fournitures d’une valeur de 23 à 24 millions ; que Cadet a acheté 800,000 livres le Brilannia, vaisseau anglais capturé, et a gagné 1 million sur les marchandises qui en formaient la cargaisOn ;

Qu'’à l’aide de ces gains prodigieux, Bigot et ses complices séduisaient les officiers commandant les forts pour gagner leur suffrage, et les commis et gardes-magasins pour acheter leur silence ;

Que tantôt, sous prétexte d’approvisionner de vivres et de marchandises les différents forts du pays, on paraissait y faire ‘es transports considérables qui n’existaient que # :; le papier ou qui se réduisaient à peu de chôse: que les frais de ces transports fictifs étaient acquis aux monopoleurs ;

Qu'oii faisait payer au roi ur’. ration pour des vivres non fournis, et quand le soldat manquait du nécessaire; qu'on faisait payer des équipements complets quand ils ne l'étaient pas, ou même quand on ne les avait pas fournis aux trou5es ;

la fourniture des vivres est äu 25 octobre 1756, — Bigot, Péan, Bréard et Estèbe étaient #:snciés avec la maison de commerce du

sieur Claverie, établie à Qtépet, et connue sous le nom de {& friponne.

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Que quand il arrivait des marchandises d'Europe pour le compte du roi, il en était fait une vente au munitionnaire, qui les revendait ensuite au roi, à un prix plus élevé ; ainsi, une fois, le munitionuaire a acheté pour 600,000 livres de marchandises venrics d'Europe pour le compte du roi, et les a revendues au roi A,400,000 livres ;

Que les soldats et les milices manquant de tout, parce que l'administration ne leur fournissait rien, étaient obligés d'acheter au poids de l'or aux monopoleurs ce que le roi avait déjà payé pou: eux deux ou trois fois, en vertu de faux états de fournitures ;

Qu'il était impossible aux opprimés d'obtenir justice et même d'élever la voix contre les fournisseurs et leurs agents, parce que l’intendant, l'administration et une partie des officiers étaient associés avec eux et tiraient profit de ces vols ;

Que les associés empêchaient les commerçants du Canada, qui n'étaient pas leurs complices, de faire des fournitures à l'État, parce que les prix étaient, en Canada, moins élevés que ceux auxquels Bigot et ses complices vendaient au roi, et parce que ces négGciu.ts honnètes auraient vendu beaucoup moins cher ;

Que, pour les ouvrages d’argenterie donnés aux sauvages et tabriqués à Québec, Bigot y faisait entrer un tiers d’alliage et les faisait payer au roi plus cher que si on les avait achetés en France et qu'ils eussent été de bon aloi ;

Que Bigot vendait au compte du roi les pelleteries £t le castor à vil prix à ses prête-noms, pour profiter ces bénéfices obtenus ensuite sur 14 revente ;

Que Bigot et Varin ont constamment fait de fausses déclarations, de faux états pour iavoriser les malversations, prévarications et infidélités par eux commises, et

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par leurs associés, et qui n'étaient possibles que par leur complicité, qu'ils n’ont jamais permis les enchères; que Bigot falsifiait la comptabilité, changeait le nom et la nature des dépenses, leur objet, leur quantité, etc.

On voit ici, dans tout ce qu'ils ont de plus détestable, les résultats d’un gouvernement absolu, et ce que produit le manque de contrôle et de liberté, surtout quand ls parties s1périeures du pouvoir donnent l'exemple de la plus complète immoralité, comme le faisait alors Louis XV.

Les détails que l’on vient de lire expliquent les plaintes de M. Doreil et feront comprendre la lettre que M. de Montcalm envoya au duc de Belle-Isle, ministre de la guerre, le 42 avril 1759, lorsqu'ilse fut décidé à écrire enfin ces choses « qu’il ne vouloit pas écrire, » disaitil deux ans auparavant. ;

Je n'ai aucune confiance ni en M. de Vaudreuil ni en M. Bigot. M. de Vaudreuil n'est pas en état de faire un projet de guerre ; il n’a aucune activité; il donne sa confiance à des empiriques. M. Bigot ne paroît occupé que de faire une grande fortune pour lui et ses adhérens et complaisans.. L'avidité a gagné les officiers, gardes-magasins, commis, qui sont vers l'Ohio ou auprès des sauvages dans les Pays-d'enbaut...; ils font des fortunes étonnantes... Un officier, engagé il y a vingt ans comme soldat, a gagné 700,000 livres. Ce n'est que certificats faux admis également; si les sauvages avoient le quart de ce que l’on suppose dépensé pour eux, le roi auroit tous ceux de l'Amérique, et les Anglois aucuns... Cet intérêt influe sur la guerre. M. de Vaudreuil, à qui les hommes sont égaux, confieroit une grande opération à son frère ou à un autre officier de la colonie, comme à M. le che-

! Le 4 novembre 1757.

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valier de Lévis... Le choix regarde ceux qui partagent le gâteau ; aussi on n’a jamais voulu envoyer M. Bourlamaque ou M. Senesergues au fort Duquesne; je l'avois proposé; le roi y eût gagné. Mais quels surveillans dans un pays dont le moindre cadet et un sergent, un canonnicer, reviennent avec 20 et 30,000 livres en certificats pour marchandises livrées pour les sauvages.

M. de Montcaim parle ensuite de l’augmentation «vrt nuelle des dépenses du Canada; mais avant d'en signuicr la cause, il dit : « Il paroît que tous se hâtent de faire leur fortune avant la perte de la colonie, que plusieurs peut-être désirent comme un voile impénétrable de leur conduite. » Revenant sur les faits déjà signalés dans cette pièce anonyme de décembre 1758, M. de Montcalm parle du trafic sur les marchandises pour les sauvages, sur les transports, sur toutes choses : « On fait d'immenses accaparemens de toutes choses que l’on revend ensuite à 450 p. 100 de bénéfice pour Bigot et ses adhérens... J'ai parlé souvent avec respect sur ces dépenses à M. de Vaudreuil et à M. Bigot; chacun en rejette la faute sur son collègue . »

Dans une autre lettre du même jour, 12 avril 4759, écrite à M. le Normand, intendant des colonies, M. de Montcalm lui signalait encore les voleries des ingénieurs du pays dans les travaux de fortifications et sur la main-d'œuvre, voleries certifiées par M. de Pontleroy. Il parlait aussi des vols de M. Mercier, commandant l'artillerie, créature de Vaudreuil et Bigot; on volait dans les marchés qui concernaient l'artillerie, les forges, les charrois, les outils.

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1 Voyez, à la fin du volume, la pièce 27.

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faiblesse tous ces désordres, qu’il aurait rendus impossibles s’il avait appliqué à leur répression son autorité de gouverneur général, et s’il avait voulu joindre ses efforts à ceux du marquis de Montcalm. Mais la vanité incapable de M. de Vaudreuil fut habilement exploitée par l'intendant, qui séduisit facilement le gouverneur général et le brouilla, à propos de discussions sur des questions secondaires, avec MM. de Montcalm, de Lévis, de Bougainville, Doreil, en un mot avec tous les honnêtes gens qui auraient pu l’avertir et l’éclairer. M. de Vaudreuil fut subjugué à tel point, que, par une lettre du 15 octobre 1759, il justifiait, auprès du ministre de la marine, l’intendant, qui continua librement et sans pudeur ses déprédations, sûr de l’appui du gouverneur du Canada.

La jalousie des officiers des troupes de la colonie contre les officiers venus de France était l’occasion de discussions continuelles et fort graves entre MM. de Vaudreuil et de Montcalm; l’incapable et vaniteux M. de Vaudreuil, conseillé et excité par Bigot, transformait en sujets de plaintes essentielles les débats insignifiants qui s’élevaient sans cesse entre l'armée de terre, les milices, les sauvages et les colons. Dès 1756, M. de Vaudreuil se plaignait amèrement du marquis de Montcalm: « Les troupes de terre, disait-il, sont difficilement en bonne union et intelligence avec nos Canadiens; la façon haute dont leurs officiers traitent ceuxci produit un très mauvais effet... Les Canadiens sont obligés de porter ces messieurs sur leurs épaules &ans les eaux froides, et se déchirent les pieds sur les roches; et si, par malheur pour eux, ils font un faux

! Lettre au ministre de la marine, du 23 octobre 1756. — Voyez, à la fin du volume, les pièces 8 et 16.

pas, ils sont traités indignement... M. de Montcalm est d’un tempérament si vif, qu’il se porte à l'extrémité de frapper les Canadiens... Les sauvages se sont plaints amèrement de la facon haute dont M. de Montcalm les a menés à Chouegen ‘...»

M. de Vaudreuil reprochait sans cesse à M. de Montcalm de traiter trop durement les sauvages; c'est le sujet ordinaire de ses plaintes. M. de Vaudreuil, qui n’eutendait rien aux opérations de la guerre, critiquait et accusait maladroitement les ordres, les mouvements et jusqu'aux victoires de M. de Montcalm, qui avait « toujours à craindre la nécessité de se justifier ». De son côté, M. de Montcalm regrettait que. le gouverneur confiât trop souvent à des officiers canadiens des commandements au-dessus de leur intelligence, ce qui nuisait au service du roi.

À partir de 1758, les récriminations devinrent tellement vives, qu'il se forma en quelque sorte deux partis en Canada, celui du marquis de Vaudreuil et celui de M. de Montcalm. Le marquis de Vaudreuil couvrait de son autorité l’intendant et ses complices, Varin, Bréard, Péan, Mercier, Estèbe, le munitionnaire général Cadet, ses commis et ses associés. Le marquis de Montcalm, attaqué et accusé sans cesse par le gouverneur, se défendait en s'appuyant sur les officiers principaux de l'armée de terre, MM. de Lévis, de Bourlamaque, de Bougainville, de Pontleroy, sur le commissaire des guerres, M. Doreil, et son successeur M. Bernier *?.

{ Les grenadiers de Ni. de Montcalm avaient voulu enlever aux sauvages « leur petit pillage ».

? Les ofliciers des troupes de terre soutenaient hautement leur général ; ils tenaient, dit M. de Vaudreuil, « des propos indécens » contre Bigot et ne ménageaient pas le gouverneur lui-même. M. de Vaudreuil s’en plaignit au ministre de la marine, le 4 novembre 1758. (Archives de la marine.)

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Le 2 août 1758, M. de Montcalm écrivit à M. de Vaudreuil pour lui reprocher sa conduite à son égard, et lui montrer les inconvénients graves qui résultaient de l'hostilité existant entre eux, et entre les gens de la colonie et Îles officiers des troupes de terre ; il disait en terminant et en faisant appel à la concorde : « J'ai déjà eu l'honneur de vous dire que nous comptions n’avoir tort ni l’un ni l’autre, il faut donc croire que nous l'avons tous deux, et qu’il faut apporter quelque changement à notre façon de procéder ‘. » En mème temps, M. de Bougainville était envoyé par M. de Montcalm auprès du gouverneur, pour entrer en explication avec lui. Il obtint de M. de Vaudreuil la promesse de vivre en bons rapports avec son général et de tout oublier, et rétablit la bonne entente, si nécessaire entre les deux principales autorités de la colonie. Malheureusement elle dura peu. M. de Bougainville, en rendant compte de sa mission au ministre ?, signale les causes de cette brouille et lui dit que ce sont « des tracasseries excitées entre les chefs par des subalternes intéressés à brouiller », et que « les intrigans, qui ont peut-être un intérêt pécuniaire et de concussion à ce que les conseils d’un homme, citoyen aussi intègre que juge éclairé, ne soient pas crus en tout, chercheront sans doute encore à tracasser ». Malheureusement il eut raison ; le faible M. de Vaudreuil retomba bientôt sous le joug de la coterie qui l’exploitait avec tant de profit pour elle.

« Il y a, dit la Bruyère, des âmes pétries de boue et d'ordure, éprises du gain et de l'intérêt, comme les

* Lettre du 2 août 1758, (Archives de la marine.) * Lettre du 10 août 1758. — Voyez à la fin du volume, la pièce 22, +

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