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Victoire de Montmorency. — Première bataille de Québec, — Mort du marquis de Montcalm.
En 1759, les Anglais attaquèrent encore le Canada par trois points, comme dans la campagne précédente. Le général Wolf, à la tête de 41,000 hommes, devait se porter de Louisbourg sur Québec avec une flotte de 20 vaisseaux, 10 frégates et 48 bâtiments inférieurs, montés par 18,000 marins. Le général Amherst, successeur d’Abercromby, avait l'ordre de marcher sur Montréal par le lac Champlain et la rivière Richelieu, avec 12,000 hommes, et devait manœuvrer par sa droite pour se joindre à l’armée de Wolf. Le général Prideaux, avec l'armée qui avait pris le fort Duquesne, devait s’avancer vers les lacs, occuper Niagara, couper nos communications avec la Louisiane, descendre le lac Ontario et le Saint- Laurent, et venir se joindre aux deux armées précédentes, à Montréal, où ils comptaient cerner et détruire enfin l’armée française. 40,000 hommes allaient nous attaquer, soutenus en arrière par 20,000 hommes de réserve. On avait à leur opposer 5500 soldats etla milice; peu de sauvages. Les Indiens, voyant la partie perdue pour nous, tôchaient de s’accommoder avec l’Angleterre et abandonnaient presque tous notre alliance; seuls, les Indiens catholiques nous restèrent fidèles jusqu’à la fin.
La milice était donc la principale ressource de la défense. M. de Vaudreuil fit une levée en masse de toute la population mâle de seize à soixante ans. On
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adressa des prières publiques à Dieu pour lui demander la victoire, et l'enthousiasme de nos Canadiens fut tel pour repousser la conquête étrangère, que des enfants de douze ans et des vieillards de quatre-vingts ans vinrent en grand nombre grossir les rangs des compagnies de milice ; il ne resta plus aux champs que des femmes et des enfants. On eut ainsi plus de 415,000 combattants, assez bons pour la guerre défensive que l'on allait faire, presque tous adroits tireurs.
La population du Canada était alors de 82,000 âmes ; c'est à peu près le chiffre total des armées ennemies qui se jetaient sur notre colonie. Il est sans exemple qu'il ait jamais fallu, pendant deux ans, des armées aussi nombreuses que la population du pays à conquérir, pour parvenir à le soumettre.
Les forces furent ainsi disposées : à notre droite, le capitaine Pouchot fut envoyé à Niagara avec 300 hommes ; M. de Corbière, à Frontenac, pour en achever les fortifications ; M. de la Corne fut chargé, avec 1200 hommes, de défendre le lac Ontario. Au centre, on plaça sur les lacs Saint-Sacrement et Champlain M. de Bourlamaque, avec 2600 hommes. A la gauche, MM. de Montcalm, de Lévis et de Bougainville, avec 14,000 hommes‘, se réservèrent le soin de défendre Québec contre l’armée de Wolf. Le rendez-vous de toutes ces troupes, en cas d'échec, était à Montréal.
Les hostilités commencèrent sur le Saint-Laurent. James Wolf, major général de l'armée britannique, s'embarqua à Louisbourg au mois de maiet fit voile sur Québec, Ce général n'était âgé que de trente-trois
! Dont 1600 hommes de troupes de terre, 600 hommes de troupes de la colonie, 10,400 Canadiens, 918 sauvages, 200 hommes de cavalerie ; total 13,718 (chiffre officiel). — Voyez à la fin du volume, Sur la campagne de 1759, le mémoire de M. Joannès, pièce 31,
ans ; il s'était de bonne heure livré à de fortes études qu'il avait sans cesse continuées avec ardeur; sa vie avait toujours été sévère. Il se distingua si particulièrement à la prise de Louisbourg par son intrépidité et son intelligence, que le général Amherst, en rendant compte de la victoire au ministre, l’attribua au courage du jeune brigadier. Pitt le nomma major général, comptant trouver enfin dans cet homme ardent et adoré du soldat le général qui lui était nécessaire pour vaincre la résistance des Canadiens. On ne pouvait, en effet, opposer un plus digne adversaire à M. de Montcalm.
Wolf était en vue de Québec le 25 juin avec 20 vaisseaux, 20 frégates, 20,000 hommes d'équipage et plus de 10,000 soldats. Sa flotte avait été guidée par le capitaine d’une frégate française, Denis de Vitré, qu'on avait fait prisonnier et qui fut largement récompensé de sa trahison. Ajoutons encore que l’illustre Cook servait à bord de cette flotte avec un grade subalterne, et
qu'il rendit à l'expédition de très grands services par |
ses levés hydrographiques.
M. de Vaudreuil n'avait rien fait pour mettre Québec à l’abri d'une attaque ; les remparts étaient inachevés; la ville n’était pas tenable. Au dernier moment, on Îa couvrit par un camp retranché, que M. de Montcalm établit dans une forte position‘; le Saint-Laurent défendait le front des retranchements ; la gauche s'appuyait à la rivière Montmorency, coulant dans un profond ravin ; la droite se reliait à Québec par un pon!
1 Voyez, dans la carte qui est jointe à ce volume, le plan des en:
virons de Québec, dressé d’après un dessin joint à un manuscrit anglais de la bibliothèque du Dépôt de la guerre. — Le titre de ce manuscrit est: À critical, impartial and military history of te ward in Canada.
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jeté sur la rivière Saint-Charles. Plusieurs redoutes furent construites pour augmenter la force de la position. Le camp retranché prit le nom du village de Beauport, qui en occupait à peu près le centre.
Wolf, arrivé en vue des Français, leur envoya une sommation de se rendre. Le ton de cette pièce est arrogant et de mauvais goût; on y lit des phrases telles que celle-ci : « Le roi, mon maitre, justement irrité contre la France, résolu d’en abattre la fierté et de venger les injures faites aux colonies anglaises, s’est enfin déterminé à envoyer en Canada un armement formidable... il a pour but de priver la couronne de France des établissemens considérables dont elle jouit dans le nord de l'Amérique, » etc. En lisant le texte de cette sommation !, il est facile de se rendre compte des sentiments qu'elle souleva dans les rangs de l'armée française et parmi les habitants ; elle ne pouvait avoir, et n’eut aucun résultat. Dans un second manifeste, Wolf se plaignait « du peu d'égards » que les habitants du Canada avaient eu « pour son premier placard », et il leur annonça qu'il les soumettrait aux lois les plus dures de la guerre, et que ses troupes avaient l'ordre de ne respecter ni les biens ni les personnes.
Le général Wolf essaya d'abord, par diverses manœuvres, de faire sortir M. de Montcalm de ses retranchements; il ne put y parvenir. Il débarqua alors à la pointe Lévy ; il y établit de puissantes batteries, bombarda Québec, détruisit presque entièrement la basse ville et en fit ravager impitoyablement les environs : 1400 maisons furent brülées. Montcalm ne bougeait pas de sa position.
Le général Amherst devait se joindre à Wolf sous les
‘ Voyez pièces 29 et 30, à la fin du volume.
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murs de Québec, mais il était retardé dans sa marche, En l'attendant, Wolf établit à la gauche du ravin de Montmorency, à côté du village de l’Ange-Gardien, un camp qu'il retrancha fortement, et enfin il se décida à agir seul. Le 31 juillet, il lança ses troupes et 118 pièces de canon contre les Français. Une partie de son armée attaqua le camp de Beauport par le ravin de Montmorency, et avec le gros de ses forces il essaya d'enlever nos retranchements du côté du Saint-Laurent ; partout les Anglais furent repoussés. M. de Lévis fit des merveilles, Nous n'avions que 10 pièces de canon à opposer aux 418 de l'ennemi. Mais rien ne décourageait nos soldats ; les chasseurs canadiens tuèrent les artilleurs anglais à coups de carabine. Wolf, vaincu, se retira dans son camp de l’Ange-Gardien. En même temps il apprit que le général Amherst était arrêté par M. de Bourlamaque et qu'il ne pouvait se joindre à lui.
La victoire de Montmorency semblait terminer la campagne. « Le 12 de septembre, dit M. Bernier, chacun regardoit la campagne comme finie avec gloire pour nous. » Wolf n’en jugeait pas ainsi; il essaya de tourner la position inexpugnable que M. de Montcalm occupait à Beauport. Malgré sa défaite, Wolf, à l’aide de sa flotte puissante, restait le maître de la navigation du Saint- Laurent; il remonta le fleuve au-dessus de Québec pour examiner s’il ne découvrirait pas, au milieu des falaises qui bordent sa rive gauche, un lieu propre à un débarquement ; il le trouva à l’anse du Foulon, à un quart de lieue au-dessus de Québec.
M. de Montcalm avait envoyé M. de Bougainville, avec une colonne de 3000 hommes, observer les mouvements de l'ennemi ; on ne sut pas deviner ses projets; on manquu de coup d'œil et de vigilance, et on se laissa surprendre par Wolf, qui cacha avec habileté le but de
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ses manœuvres. Pour donner le change à M. de Bougainville, il remonta le Saint-Laurent jusqu'au cap Rouge, à 3 lieues au-dessus de Québec ; et, dans la nuit du 42 septembre, après avoir fatigué les Français par de continuelles allées et venues, il redescendit le fleuve, trompa quelques sentinelles peu vigilantes, débarqua ses troupes à l'improviste dans l'anse du Foulon, gravit librement les falaises, du haut desquelles il eût été si facile de le repousser, et, le 13 septembre au matin, les têtes de colonne de l'armée anglaise arrivaient sur les hauteurs d'Abraham, aux portes de Québec*,.
La nouvelle en fut portée trop tard à M. de Montcalm, qui, se croyant couvert par M. de Bougainville, ne s’'attendait pas à être tourné et attaqué du côté de Québec. Son armée était alors fort réduite ; une partie des Canadiens étaient retournés aux champs, après la victoire de Montmorency, pour faire la moisson ; M. de Lévis était détaché avec 800 hommes, M. de Bougainville avec 3000 ; il fallait garder le camp de Beauport.
! Des déserteurs avaient communiqué lee mots d'ordre aux Anglais.
? Ily avait un poste à l’anse du Foulon; mais l'officier qui le commandait ne le gardait pas et fut pris dans son lit. Cet officier était M. Vergor-Duchambon, capitaine des troupes de la marine, ami intime de Bigot, fort corrompu, et qui avait déjà rendu le fort Beauséjour sans combat.
Ce M. Vergor était le fils d’un ami de Bigot, auquel celui-ci écrivait en 1754: « Profitez, mon cher Vergor, de votre place ; taillez, rognez, vous avez tout pouvoir, afin que vous puissiez bientôt venir me joindre en France et acheter un lieu à portée de moi. » {L'Album d’un touriste, p. 297.)
Ces hauteurs sont l'extrémité d’un plateau qui se termine à Québec, dont une partie, la ville haute, est située sur le plateau même. Elles tirent leur nom d’un pilote, Abraham Martin, qui possédait une maison sur ce plateau.
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