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Aussi M. de Montcalm ne put lancer contre Wolf que 4500 hommes, avec lesquels il résolut d'attaquer sans tarder les 5000 Anglais qui s'étaient déjà formés en bataille avec du canon. Attendre le retour de M. de Bougainville ‘ eût été plus prudent, mais c'était donner à l'ennemi le temps de rassembler toutes ses troupes et de se fortifier sur le plateau d'Abraham, M. de Vaudreuil, toujours injuste dans ses appréciations sur les opérations du général, dit que Montcalm « jugea que ce n'étoit qu'un détachement, et qu'emporté par son zèle et sa grande vivacité, il attaqua tout de suite...
« Le choc fut vif, écrit M. Bernier, et finit par une déroute entière de notre côté ; et, ce qu'on n’avoit peutêtre pas vu encore, les premiers généraux de part et d'autre y furent tués ou blessés, » Wolf, blessé à mort, dit en apprenant que ses troupes étaient victorieuses : « Je meurs content, » Montcalm fut couvert de bles-
! Bougainville était à quatre lieues de Québec lorsqu'il apprit, à neuf heures du matin, le débarquement des Anglais ; il n’arriva sur le champ de bataille, c’est-à-dire sur les derrières de l'ennemi, qu'après la défaite de Montcalm, et battit aussitôt en retraite.
? M. de Vaudreuil et Bigot disent que l’armée française fut mise en déroute à la première décharge. C'est une honte pour ces deux hommes que tous les rapports anglais donnent un formel démenti à leurs relations. L'ennemi a été plus juste pour M. de Montcalm.
% L'Angleterre prodigua au général Wolf tous les trésors de sa reconnaissance. Le parlement retentit de son éloge; Pitt prononça à la gloire « du jeune héros » un discours célèbre, et proposa qu'on lui élevât un mausolée, ce qui fut décidé d'enthousiasme et agréé par le roi George II, Le corps de Wolf, amené de Québec, fut, au milieu d’une pompe magnifique, déposé à Greenwich, dans le monument que l’Angleterre lui avait élevé. West fit un tableau représentant la mort du jeune général, où se trouve son portrait fort ressemblant, et ce tableau fut gravé par Woollett.
En 1827, lord Dalhousie, gouverneur du Canada, érigea dans le jardin public de Québec un obélisque de granit, sur une des faces
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sures et succomba le lendemain! ; lui aussi fut heureux de mourir : « Au moins je ne verrai pas, disait-il les Anglais dans Québec. » Ses soldats l'enterrèrent simplement dans un trou de bombe, « fosse digne de l'honneur de nos armes *?. »
« La mort de MM. de Montcalm et de Senezergues, jointe à l'absence de M. le chevalier de Lévis et de M. de Bougainville, jeta une terreur et une consternation universelles. » On se retira à Québec en désordre *, et un conseil de guerre y fut rassemblé. M. de Lévis étant
duquel on inscrivit le nom de Wolf, et sur une autre le nom de Montcalm. On y grava aussi l'inscription suivante :
Mortem virtus, communem famam historia, monumentum posteritas dedit.
Leur courage leur donna la mort, l’histoire une gloire commune, la postérité ce monument.
En 1832, lord Aylmer, gouverneur du Canada, consacra à Wolf, à l'endroit même où il avait reçu sa dernière blessure, un nouveau monument qui tomba presque aussitôt en ruine, et sur l'emplacement duquel l’armée anglaise éleva en 1849 une colonne. — Ces divers monuments sont gravés dans le Magasin pittoresque de 1861.
1 Le marquis de Montcalm laissa une veuve et cinq enfants, deux garçons et trois filles. Le roi conserva à la marquise de Montcalm une partie de la pension de 4000 livres dont jouissait son mari; chacun des enfants eut 900 livres de pension; l'aîné des fils obtint le régiment de son père, et le cadet, qui était chevalier de Malte, une compagnie dans le régiment de son frère (4 janvier 1760). En 1773, le roi accorda à l'une des filles de M. de Montcalm, qui allait épouser le chevalier de Damas, une pension de 4000 livres.
Le portrait du marquis de Montcalm, peint par J.-B. Massé, a été gravé par A. de la Live et par J. Barbié.
* Chateaubriand. — Les dépouilles de Montcalm sont actuellement dans l’église des Ursulines de Québec. — En 1859, dans une grande cérémonie célébrée le jour du centième anniversaire de la mort du général français, on plaça une inscription latine sur son tombeau, et le P. Martin prononça l'éloge funèbre du marquis de Montcalm.
* Voyez, à la fin du volume, les pièces 31 et 32.
absent, personne, parmi les membres du conseil, n'était assez intelligent et assez ferme pour décider ce qu'il y avait à faire; on prit le plus mauvais parti : on arrêta que l'armée et le gouverneur abandonneraient Québec, qui n'était pas, disait-on, susceptible d'une défense sérieuse, et qu'on se retirerait à Jacques- Cartier. On laissa à Québec une garnison de 41760 hommes, presque tous miliciens, aux ordres d’un M. Ge Ramsay ou Ramezay,qui ne méritait pas cet honneur!. La ville était presque dépourvue de vivres et de munitions, et les milices étaient entièrement démoralisées. Les instructions que M. de Vaudreuil donna à M. de Ramezay lui prescrivaient « de ne pas attendre que l'ennemi l’emportât d'assaut ? ».
M. de Lévis rejoignit enfin l’armée à Jacques-Cartier et en prit le commanäement. Après la victoire de Montmorency, au succès de laquelle il avait eu la plus grande part, M. de Lévis avait été envoyé au lac Champlain où de graves événements, dont on parlera tout à l'heure, nécessitaient sa présence; en apprenant la défaite et la mort de M. de Montcalm, il était revenu en toute hâte se mettre à la tête de l’armée. Il ordonna aussitôt de marcher sur Québec, afin d'empêcher que la capitale ne tombât au pouvoir des Anglais. On se mit en marche, et on arriva le 19 à la rivière Saint-Charles, à quelques lieues de Québec, cinq jours seulement après la bataille d'Abraham; là, on apprit que M. de Ramezay avait capitulé le 18.
1 C'était un officier de la colonie, créature de M. de Vaudreuil, « qui n’avoit jamais vu la guerre que dans un bois », et qui était incapable de remplir la mission qu’on lui confiait ; « il ne savoit pas Sins donner l'ordre », dit ie capitaine Pouchot (Mémoires, I, 32).
? Dépôt de la guerre, Canada, année 1759, pièce 76.
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En effet, M. de Ramezay avait livré Québec sans être attaqué. Dans le mémoire justificatif qu'il présenta au ministre, il dit que les habitants, après la retraite de l’armée, éclatèrent en murmures, en se voyant abandonnés sans vivres et sans munitions, et que, Sachant que leur ville n'était pas susceptible de défense, ils voulurent capituler tout de suite. « La milice, dit-il encore, refusoit de combattre !. » Il eût fallu, au milieu de ce désordre, un homme detête et de cœur qui sût calmer les inquiétudes si légitimes de cette population qu’on abandonnait, et qui lui montrât les conséquences de la lâcheté qu'elle voulait commettre. Il ne semble pas qu'il ait dû être difficile de relever le courage, un moment abattu, de ces malheureux Canadiens, Il eût suffi même d’un homme seulement décidé à exécuter les ordres qu’il avait reçus ; en effet, M. de Vaudreuil, sachant dans quel état on laissait Québec, avait ordonné à M. de Ramezay « de ne pas attendre que l'ennemi l’emportât d'assaut, » mais évidemment de tenir jusque-là. Cependant M. de Ramezay, entrainé par le découragement général, avait arboré le pavillon blanc 1e 48, au grand étonnement des Anglais, qui n'vaient pas encore commenté le siége de Québec. Il fut stipulé que la garnison serait embarquée pour la France, que les habitants conserveraient leurs biezs, leur religion, et ne seraient point «transférés » comme les Acadiens.
Ainsi la lâcheté ou l'incapacité d’un subalterne livra
1 M. Joannès, major de Québec, fut obligé de « tomber à coups d'épée » sur deux officiers des miliciens dont + les mauvais propos excitoient la mauvaise volonté » déjà trop grande de leurs hommes ; ‘ils ne menaçoient rien moins que d’abandonmer leur poste et de le faire abandonner à leurs troupes ».
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