II
Les Indiens,
« Dans la Nouvelle-France, disait Samuel de Champlain, il y a un nombre infini de peuples sauvages; les uns sont sédentaires, amateurs du labourage, qui ont villes et villages fermez de palissades; les autres errans, qui vivent de la chasse et pesche de poisson, et n'ont aucune cognoissance de Dieu. Mais il y a espérance que les religieux qu'on y a menez et qui commencent à s’y establir, y faisant des séminaires, pourront en peu d'années y faire de beaux progrès pour la conversion des peuples. »
Les nations qui habitaient nos possessions américaines appartenaient à quatre races principales : au nord, les Esquimaux; à l'ouest du Mississippi, les Sioux ; les Algonquins, dans l'Acadie, le Bas-Canada, la Nouvelle-Angleterre et les Pays-d'en-haut; les Hurons, qui forment la quatrième famille, étaient enclavés au milieu des peuples de race algonquine, dans le Haut-Canada et dans une partie de la Nouvelle-An-
peuplée, encore de nos jours, de demi-sang Français, d'Indiens francisés et civilisés, et encore gouvernés par les missionnaires Catholiques. Cette région est le Canada du temps de Montcalm; ses habitants descendent des anciens coureurs de bois et de Canadiens qui s'y sont réfugiés après la conquête de Québec ; ils ont conservé le vieux langage et les anciennes mœurs. (Æevwe des Deux-Mondes, 1857, 12! novembre.)
! Les voyages de la Nouvelle-France occidentale, dite C'anada, faits par S. de Champlain, et toutes les descouvertes qu'il a faites en ce pays depuis 1605 jusqu’en 1629, 1 vol, in-4, Paris, 1632, avec carte et figures,
24 ORIGINES DE LA COLONIE gleterre, entre les rivières Outaouais, Richelieu, Hudson, les monts Alléghanis et le lac Huron‘.
Les Esquimaux habitaient les terres situces autour de la baie d'Hudson, le Labrador et Terre-Neuve ; leur nom, en langue abénaquie, signifie mangeurs de viande crue. C'étaient des sauvages brutes, farouches, barbus, laids et sales. On trouvait encore, dans les savanes du Nord, les Savanais, qui comprenaient les Mistassins, les Monsonis, les Cristinaux et les Assiniboils. Tous ces peuples étaient fort superstitieux et assez doux ; ils faisaient leurs prisonniers esclaves ct ne les tuaient pas ; mais ils étaient fort miscrables, et, quand la faim les pressait, ils se mangeaient entre eux.
Les nombreuses tribus des Sioux habitaient les prairies de l'Ouest, vivaient en nomades, sous la tente; ils étaient polygames; leur nourriture était la folle avoine, très abondante sur leurs terres, et la chair des bisons.
Les Algonquins, nomades et chasseurs, comprenaient les Abénaquis, les Nipissings, les Montagnais, les lîtechemins, les Micmacs ou Souriquois, les Outaouais, les Miamis et les Illinois. Ces deux dernières nations étaient plus sédentaires et se livraient à l’agriculture.
! La bibliothèque de Versailles possède une collection de divers objets venant des Indiens du Canada. Cette collection ethnologique a été faite sous Louis XV par M. Fayolle, commis au bureau des colonies françaises de l'Amérique, avec les pièces que les officiers de marine lui rapportaient du Canada. M. de Sarrans, gouverneur des ducs de Berry et d'Angoulême, fils du comte d’Artois, se servit de cette collection pour l'instruction des jeunes princes. Elle se compose de : plusieurs têtes de cire représentant des types indiens ; vêtements ; raquettes pour marcher sur la neige ; manteaux en peaux ornées de peintures représentant de très curieux sujets de chasse ; mocassins formés de pieds d'ours ; armes diverses, tomahawe, arcs, flèches ; calumets sculptés ; chichikoué (instrument de musique) ;
sacs à petun ; colliers en coquillages appelés colliers de porcelaine;
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DÉCOUVERTE ET COLONISATION DU CANADA 25 Presque toutes les tribus algonquines se convertirent et furent les alliées de la France.
Les nations de race huronne étaient les Iurons et les Iroquois, les deux plus importantes peuplades de la Nouvelle-France. Elles étaient fort intelligeutes, adonnées à l’agriculture, laborieuses et industrieuses. Ces nations vivaient moins éparpillées que les autres ; elles avaient une police, un gouvernement et des chefs réels, quelquefois héréditaires, mais par les femmes. Partout ce gouvernement avait le caractère d’une aristocratie. Nos missionnaires surent tirer un grand parti de l'aptitude de ces peuples à la civilisation.
« La langue huronne, dit le P. Charievoix, est d’une abondance, d’une énergie et d’une noblesse qu'on ne trouve peut-être réunies dans aucune des plus belles que nous connaissons, et ceux à qui elle est propre... ont encore dans l’âme une élévation qui s'accorde bien inicux avec la majesté de leur langage qu'avec le triste état où ils sont réduits... La langue algonquine n’a pas autant de force que la huronne, mais elle a plus de douceur et d'élégance. Toutes deux ont une richesse d'expressions, une variété de tours, une propriété de termes, une régularité qui étonnent, »
Découverte et colonisation du Canada. — Jacques Cartier et Samuel de Champlain.
Les premières tentatives pour s'établir en Canada ‘ont été faites nendant le règne de François If", qui, à l'instigation de l'amiral Philippe de Chabot, ne voulait
pas que i'kspagne prit pour elle seule le nouveau | GANADA D
monde tout entier et jugeait à propos que la France eût aussi sa part.
En 1534 et 1535, Jacques Cartier, de Saint-Malo, l'un des plus grands marins dont cette ville puisse se glorifier, fit deux expéditions aux Terres-Neuves de l'Amérique septentrionale, que Verazzani avait déjà explorées, dix ans auparavant, par ordre de François I°. Il découvrit le golfe et le fleuve Saint-Laurent, et une vaste contrée que les Indiens appelaient Canada.
Francois 1°", s'étant décidé à fonder une colonie dans le pays que l'on venait de découvrir, envoya, en 15#1, des colons et des troupes sous le commandement du seigneur de Roberval, et l’autorisa, pour recruter ses colons, à se faire livrer les prisonniers condamnés à mort. Roberval alla s'établir à trois lieues du hameau de Québec; mais, l'année suivante, le roi le rappela en Europe; toute la colonie le suivit, et le Canada se trouva abandonné. Nos marins continuèrent cependant à faire la pêche à Terre-Neuve et le commerce des fourrures. Les bénéfices qu'ils en retiraient décidèrent plusieurs négociants de Saint-Malo à former, en 4602, une compagnie qui reprit le projet de fonder un établissement en Canada. Samuel de Champlain, l’un des associés de la nouvelle compagnie, partit pour J'Amérique et remonta le fleuve Saint-Laurent jusqu'au sault Saint-Louis ; il étudia le pays avec intelligence et en dressa une carte, qu’à son retour il présenta à Henri IV. Le grand roi comprit l'importance du Canada, lui donna le nom de Nouvelle-France et promit à la compagnie de Saint-Malo toute sa protection. Peu de temps après, les Français s’établirent à Port-Royal, en Acadie (1604); Champlain fit du hameau indien de Québec, situé dans une bonne position commerciale et militaire, la capitale du Canada (1608).