‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 7 sur 122 · LES CANADIENS · texte numérisé non relu

LES CANADIENS

voisins; et qui ne connoitroit les deux colonies que par la manière de vivre, d'agir et de parler des colons, ne balanceroit pas à juger que la nôire est la plus florissante. Il règne dans la Nouvelle-Angleterre une opulence dont il semble qu'on ne sait point profiter ; et dans la Nouvelle-France une pauvreté cachée par un air d'aisance qui ne paroit point étudié. Le commerce et la culture des plantations fortifient la première, l'industrie des habitants soutient la seconde, et le goût de la nation y répand un agrément infini. Le colon anglois amasse du bien et ne fait aucune dépense superflue; le François jouit de ce qu'il a, et souvent fait parade de ce qu'il n’a point, Celui-là travaille pour ses héritiers; celui-ci laisse les siens dans la nécessité, où il s’est trouvé lui-même, de se tirer d'affaire comme il pourra. Les Anglois-Américains ne veulent point de guerre, parce qu’ils ont beaucoup à perdre; ils ne ménagent point les sauvages, parce qu'ils ne croient point en avoir besoin. La jeunesse françoise, par des raisons contraires, déteste la paix, et vit bien avec les naturels du pays, dont elle s’attire aisément l'estime pendant la guerre, et l'amitié en tout temps... »

Revenant plus loin à l'étude des mœurs des créoles, mêlée cette fois à l'étude des ressources du Canada, le P, Charlevoix ajoute : « Tout le monde a ici le nécessaire pour vivre : on y paye peu au roi; l'habitant ne connoît point la taille; il a du pain à bon marché; la viande et le poisson n’y sont pas chers; mais le vin, les étofles et tout ce qu’il faut faire venir de France y coûte beaucoup. Les plus à plaindre sont les gentilshommes et les officiers qui n'ont que leurs appointements et qui sont chargés de famille. Les femmes n'apportent ordinairement pour dot à leurs maris que beaucoup

d'esprit, d'amitié, d'agréments et une grande fécondité, mais Dieu répand sur les mariages, dans ce pays, la bénédiction qu'il répandoit sur ceux des patriarches ; il faudroit, pour faire subsister de si nombreuses familles, qu'on y menât aussi la vie des patriarches, mais le temps en est passé, »

La noblesse, nombreuse en Canada et fort mal à son aise, faisail un peu de commerce, vivait de la chasse et de la pêche, mais refusait obstinément de se livrer à l'agriculture, Beaucoup de Canadiens se faisaient « coureurs de bois », ou chasseurs, et vivaient comme les s11vages, par esprit d'indépendance et d'imitation, ou bien parce qu'ils étaient rebutés des durs travaux de l’agriculture, « Le nombre des coureurs de bois est tel, écrivait M. de Dénonville, gouverneur du Canada, qu'il dépeuple le pays des meilleurs hommes, les rend indociles, indisciplinables, débauchés, et que leurs enfants sont élevés comme des sauvages... On a cru longtemps, dit-il encore, qu'il falloit approcher les sauvages de nous pour les franciser; on a tout lieu de reconnoitre qu'on se trompoil, Ceux qui se sont approchés de nous ne se sont pas rendus François, et les François qui les ont hantés sont devenus sauvages!, »

* Il existe au nord-ouest du lac Supérieur une peuplade nom+ breuse qu'on appelle les Bois-Brûlés ; elle se compose de métis issus de Canadiens-'rançais et d’Indiens, et descend des anciens coureurs de bois. Ces Français métis se sont donné le nom de Bois- Brûlés, à cause de leur couleur hâlée. Ils sont aujourd’hui à la solde de la grande compagnie anglaise des pelleteries de la baie d'Hudson ; ils chassent la grosse et la petite bête, mais surtout le bison, et poursuivent ses troupes innombrables dans les herbageries qui recouvrent les hautes plaines baignées par le Missouri supérieur et la Nebraska, dans lesquelles le bison s'est réfugié. — Un grand nombre habite aussi dans la province de Manitoba, — La vallée du Saskatchewan, aux environs du fort Edmonton surtout, est

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