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votre bonne foi, et je réclame nommément la Force, Canadien, qui aurait dù être renvoyé par la capitulation du fort de la Nécessité ! ; je vous demande de les faire conduire à Halifax pour être échangés avec les vôtres que j’enverrai à Louisbourg. J'aurai grand soin du capitaine Fesch, qui est resté pour otage de la capitulation, ainsi que du capitaine blessé que j'ai déjà envoyé à Montréal avec un chirurgien et tous les secours possibles. 1 joins à cette lettre une que j'ai l'honneur de vous écrire 1 l'occasion du lieutenant-colonel Young, ce qui vous prouvera la haute estime que j'ai pour Votre Excellence.
Dépôt de la guerre, vol. 3457, pièce 124.
LETTRE DU MARQUIS DE VAUDREUIL A M. DE PAULMY, ‘ MINISTRE DE LA MARINE,
Sur la capilulation du fort William-Henry.
À Montréal, le ... septembre 1757.
Monseigneur, je n’ai pu que vous informer succinctement, par ma lettre du ....., de tout ce qui a rapport à la capitulation accordée par le marquis de Montcalm au fort Guillaume-Henry.
Si les Anglois ont le moindre esprit de justice, ils ne pourront nous faire aucun reproche à cette occasion; ils en croiront leurs officiers particuliers qui se louent de nos pro-
* C'était un des prisonniers faits quand Washington avait assassiné M. de Jumonville.
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cédés à leur égard, et la capitulation sera de leur part respectée dans tous les points. Comme cependant cette nation, qui ne nous a que trop donné de preuves de sa mauvaise foi, pourroit vouloir ne pas l’exécuter, et même chercher à s’autoriser par des reproches mal fondés, j'ai cru devoir vous mettre en état de prouver à toute l'Europe, s'il le falloit, que la conduite des troupes, de leur général, et la mienue est entièrement irréprochable et peut même mériter quelque éloge. La simple exposition des faits suffit, sans aller récriminer que les Anglois ont violé presque toutes les capitulations faites en Amérique, nommément au fort de la Nécessité pris par nous en 1754, au fort de Beauséjour pris par eux, et sans entrer dans le détail de toutes leurs trahisons à l'égard des sauvages, peuples qui n'oublient et ne pardonnent rien.
Le marquis de Montcalm, qui avoit déjà éprouvé les difficultés de faire observer aux sauvages les lois exactes d’une capitulation lors de la prise de Chouagen, craignit qu'il ne fût encore moins le maître de ies contenir à un siège où il en avoit 2000 de 33 nations différentes ; aussi, dès le premier jour de l'investissement du fort George, il fit sommer le commandant. Vous verrez, par sa lettre, qui est jointe à ce mémoire, qu’il y fut déterminé par l'humanité, et qu'il ne lui dissimula point la crainte que lui donnoit la cruauté des sauvages. Le commandant du fort lui ayant envoyé, le 9 au matin, le lieutenänt-colonel Yonck, commandant d'un bataillon du régiment de Royal-Américain, pour offrir de capituler, et le marquis de Montcalm étant convenu des articles avec lui, il lui dit que le désir sincère où il étoit de tenir sa capitulation, les inquiétudes que lui donnoient les sauvages à cet égard, sa bonne foi, ne lui permettoient pas de lui rien promettre avant que d’avoir tenu conseil avec ces nations et d’en avoir tiré parole. Sur-le-champ il convoqua, en présence de cet officier, les Nations à un conseil général; il y exposa les conditions auxquelles les Anglois offroient de se rendre et celles qu'il étoit résolu de leur accorder; il demanda aux chefs leur consentement, et s'ils pouvoient lui
répondre que leurs jeunes gens ne les enfreindroient pas ; les chefs l’assurèrent unanimement qu'ils approuveroient tout ce qu'il feroit, et qu’ils empêcheroient leurs jeunes gens de commettre aucun désordre.
D'après cette parole donnée solennellement par tous les chefs, la capitulation fut signée. Le marquis de Montcalm, pour ne rien omettre de ce que la prudence exigeoit dans cette occasion, avoit ordonné au sieur de Bougainville, son aide-de-camp, de prier le lieutenant-colonel Mourow, commandant du fort, de faire répandre le vin, l’eau-de-vie, le rhum et toutes les liqueurs enivrantes, de contenir ses troupes dans le camp retranché où elles devoient rester, suivant la capitulation, jusqu’au lendemain qu'on devoit les conduire au fort Édouard, l’avertissant qu’autrement il ne lui seroit pas possible de contenir cette multitude de sauvages, précaution dont, pour peu que l’on eût servi en Amérique, on devoit sentir la conséquence. Il envoya au retranchement, pour la sûreté des Anglois, ainsi qu’on en étoit convenu, un lieutenant-colonel avec 200 hommes ; enfin il ordonna aux officiers et interprètes attachés aux sauvages d'y demeurer jusqu’au départ des Anglois. Tel étoit l'état des choses le 9 à midi. Le lieutenant-colonel Yonck ayant, lors de la capitulation, dit au marquis de Montcalm qu'il avoit l'honneur d'appartenir à milord Lawdon, et qu'il craignoit que la clause de ne pas servir de dix-huit mois ne nuisit à son avancement, devant être gouverneur de la Virginie, le marquis de Montcalm, qui a prévenu en cela mes intentions, lui remit une lettre pour milord Lawdon, dont je vous envoie copie, pour lui permettre, nonobstant la capitulation, de pouvoir exercer ses fonctions civiles de gouverneur de la Virginie. Dans l'après-midi du 9, le marquis de Montcalm, averti que les sauvages vouloient piller les coffres des officiers anglois, et que ces derniers en avoient cnivré plusieurs avec du rhum, courut au retranchement ; prières, menaces, caresses, conseils avec les chefs, entremise des officiers et interprètes qui ont sur ces barbares quelque autorité, il employa tout pour les arrêter et les contenir. Ce commence-
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ment de désordre parut enfin apaisé, et le marquis de Montcalm se retira à son camp à neuf heures du soir, après être convenu que les Anglois partiroient à la pointe du jour avec une escorte, tous les officiers et interprètes attachés aux sauvages et deux chefs par nation pour contenir les jeunes gens, précaution qui fut ajoutée à toutes celles prises le matin.
Pendant la nuit, plusieurs sauvages s’enivrèrent avec le rhum que les Anglois, malgré tout ce qu'on avoit pu leur recommander, avoient donné, croyant se rendre plus favorables ces peuples dont ils ont une frayeur inconcevable ; la même frayeur les détermina à se mettre en marche, avant que notre escorte fût entièrement rassemblée et disposée. Les Abénaquis de Panaouské, en Acadie, qui prétendent avoir essuyé cette année même de mauvais procédés de la part des Anglois, accoururent pour les insulter; à peine eurent-ils fait leurs cris, que les troupes angloises, au lieu de faire bonne contenance, prirent l'épouvante et s’enfuirent à la débandade, jetant armes, bagages et même leurs habits. Le grand nombre de femmes que cette garnison ramenoit avec elle ne contribua pas peu à augmenter la terreur. Les sauvages, enhardis à l'excès par cette frayeur même des Anglois, se mirent à les piller, et je ne sais ce qu’il en seroit arrivé sans la promptitude avec laquelle tous les officiers accoururent. L'escorte, qui commencçoit à se rassembler, s'y opposa ; nous y avons eu même quelques grenadiers blessés, Les Anglois publient eux-mêmes que le marquis de Montcalm, le chevalier de Lévis, M. de Rigaud de Vaudreuil, M. de Bourlamaque et plusieurs autres ont couru risque de leur vie pour les sauver, car dans des cas pareils les sauvages ne respectent rien. Enfin, le marquis de Montcalm calma l’'émeute, fit mettre en marche toute cette garnison un peu houspillée, et fit conduire, dès le même jour 10, au fort Édouard, plus de 1400 Anglois, avec très peu d'officiers à la vérité, car la crainte des sauvages fut cause que tous, à commencer par le commandant, préférèrent à rester dans son camp. Il reprit aussi le même jour et se fit rendre par
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les sauvages environ 400 Anglois ; la plupart des Nations les lui ramenèrent avec les plus grandes soumissions et les plus grandes excuses de la part des chefs. Le marquis de Montcalm fit racheter sur-le-champ tout ce qu’il put rassembler d'habils pour équiper ces Anglois., Il envoya, conformément à l’article 7 de la capitulation, tous les blessés à Carillon, el l'on en a eu le plus grand soin. Il me dépêcha de suite pour me donner avis de ce qui venoit d'arriver, et m'’avertit que celles des Nations qui n'avoient pas voulu lui rendre les Anglois étaient même parties, contre l'usage, sans prendre congé, et les emmenoient à Montréal. Il a gardé les Anglois qu'il avoit repris et tous leurs officiers, le 11, le 12, le 13, pour laisser calmer la fureur des sauvages; il a eu, pendant ce temps-là, tous les procédés pour cette garnison, que vous devez attendre de quelqu'un qui pense comme le marquis de Montcalm; inais je puis vous dire, de l'aveu des Anglois, qu'il a été bien secondé par tous les officiers.
Le 14, tout lui paroissant tranquille, et n'y ayant plus que quelques domiciliés à l'armée, il envoya le sieur Hamilton, officier anglois, sous l’escorte de 38 grenadiers, commandés par le sieur Savournin, lieutenant au régiment de la Sarre, avec les sieurs de Saint-Luc! et Marin, officiers attachés aux sauvages, et deux interprètes, et les chargea de deux lettres, l’une pour le général Webb, qui étoit au fort Édouard, et l’autre pour la faire passer à milord Lawdon. J'ai l'honneur de vous en adresser les copies avec celle de la réponse du général Webb. Les Anglois et tous les officiers œue le marquis de Montcalm avoit repris des sauvages partirent le lendemain 15, sous l’escorte de 250 hommes, commandés par le sieur de Poulhariès, capitaine de grenadiers du régiment de Royal-Roussillon, qui les remit à pareil détachement envoyé à moitié chemin par le général Webb: ces troupes emmenèrent la pièce de canon qui leur avoit été accordée conformément à l’article 9 de la capitulation.
* M. de la Corne Saint-Luc, commandant cn chef les contingents des Nations.
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Le marquis de Montcalm demanda au lieutenant-colonel Mourow de lui donner un officier anglois qu'il pût m'envoyer à Montréal pour y être témoin de mon exactilude à observer la capitulation en rassemblant tous ceux que les sauvages auroient pu y avoir amenés, Le sieur Fesch, capitaine dans Royal-Américain, fut choisi et me fut envoyé de suite; cet officier a vu avec quel zèle j'ai racheté tous les Anglois, non seulement ceux de la capitulation du fort George, mais même tous ceux de cette même garnison qui avoient été précédemment pris dans le combat qu'il y a eu sur le lac Saint-Sacrement, le 24 juillet ; ces derniers étoient incontestablement prisénniers de guerre, et appartenoient même aux sauvages, suivant les lois de la guerre établies chez les nations les plus policées. U en coûte cher au Roi; mais je connois trop les intentions d’un Roi qui s’est toujours attiré le respect et l'admiration de ses ennemis par sa modération au milieu de ses triomphes, pour ne pas avoir tout employé pour faire observer la capitulation accordée par le marquis de Montcalm, et donner des preuves de l’exactitude à tenir sa parole, de la générosité, de l'humanité qui semble faire, s’il m'est permis de le dire, le caractère particulier de notre nation.
Il avoit été convenu, par l’article 1°" de la capitulation, de renvoyer les Anglois au fort Édouard; mais, sur leur demande et pour plus grande sûreté, je viens d’armer un bâtiment en paquebot et les envoyer à Halifax avec le capitaine Fesch. Il ne me reste plus de cette garnison qu’un capitaine blessé et environ 50 malades ou blessés, dont j'aurai grand soin, en attendant qu'ils soient en état d’être renvoyés, conformément à l’article 7 de la capitulation. Les Anglois, bien loin de se plaindre, doivent avoir d'autant plus de reconnoissance de tout ce que nous avons fait dans cette occasion, que tous ceux de cette garnison que les sauvages avoient pris leur sont remis, et que, grâce à l’activité du marquis de Montcalm et de tous les officiers, le désordre a été arrêté promptement, et qu'il n'y a eu que 6 ou 7 soldats anglois de tués. Je joins à cette lettre la copie de celles que
je viens d'écrire, en renvoyant le sieur Fesch, au commandant d'Halifax et à milord Lawdon, la copie de celle que le marquis de Montcalm écrit à ce général, celle du recu du sieur Fesch, en lui remettant les Anglois à conduire, et une note pour vous expliquer le procédé dont les Abénaquis de Panaouské se plaignent, et qui a été une des principales causes de l'événement dont je viens de vous détailler toutes les particularités.
Dépôt de la guerre, vol. 3457, pièce 134, — Copie.