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de la dureté avec laquelle quelques-uns de nos officiers traitent les uns et les autres. Je me suis bien gardé de montrer cette lettre ; elle auroit affligé nos officiers, qui ne sont que trop persuadés, et ce n’est pas sans fondement, qu'on n'est occupé dans la colonie, par un esprit de basse jalousie, qu’à les dépriser. Ces imputations sont fausses. Ces relations dont vous me parlez, Monseigneur, ont été écrites par des personnes aussi mal instruites que mal intentionnuées. J'en appelle à M. le marquis de Vaudreuil et à M. Bigot, qui m'ont paru peinés de votre lettre, et qui m'ont assuré l'un et l'autre qu'ils vous détromperoient'. Les Canadiens et les sauvages se louent du petit nombre de nos officiers qui ont été avec eux, et M. Pouchot, capitaine au régiment de Béarn, qui a commandé à Niagara, est regretté par les derniers.
Pour ce qui me regarde personnellement, je ne changerai point de conduite. Le Canadien, le simpie habitant, me respecte et m'aime ; pour ce qui est des sauvages, j'ose croire avoir saisi leur génie et leurs mœurs. Je dois peut-être plus leur confiance à mes succès qu'à mes foibles talents ; mais dans ce moment-ci j'ose assurer que, même dans les Paysd'en-haut, mon nom seul fera autant d'impression que ceux que l'on croit l'idole de ces peuples®. Ils ont pour principe de considérer autant le chef de guerre que le chef de cabane. A l'égard de la valeur canadienne, nul ne leur rend plus de justice que moi et les François ; mais une nation accoutumée à se vanter aura beau s’exalter elle-même, je n'aurai jamais la malheureuse confiance de M. Dieskaw; je ne les emploierai que dans leur genre, et je chercherai à étayer leur bravoure de l'avantage des bois et de celle des troupes réglées ; par ce mot, j'entends les troupes de terre et de la marine que j'estime également.
Les recrues arrivées cette année sont en partie de la mauvaise espèce ; elles exigent sévérité et fréquence d'exemples.
! C'était cependant M. de Vaudreuil qui avait fait ces plaintes sur M. de Montcalm. Voyez sa lettre au ministre, page 212. ? Allusion à M. de Vaudreuil.
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Je crains la désertion pendant la campagne. Vous avez vu, par mes lettres du mois de novembre, la force de nos troupes, et que les augmentations, pour celles de terre, n'on pu avoir lieu faute d'étoffe. Les maladies ayant cessé, la perte de l'hiver est un petit objet.
Je ne puis vous rien annoncer encore sur la campagne prochaine ; les opérations dépendront de la prompte arrivée des vivres et du bien ou mal joué de l'ennemi. L'article des vivres me fait frémir. Malgré les réductions faites sur la ration, la disette est plus grande que nous ne l’aurions cru. Je quitte Québec pour rejoindre M. le marquis de Vaudreuil à Montréal, après avoir réglé avec M. Bigot ce qui regarde les besoins de nos troupes. Je me louerai toujours de son zèle pour le service, de sa facilité et de ses ressources ; mais il ne peut qu'être souvent embarrassé et à plaindre d’être chargé d'une besogne aussi difficile. Veuillez assurer une fois pour toutes S. M., car je n'aurai plus l’honneur de vous en écrire, que, quelque conduite que l’on puisse avoir à mon égard, j'écarterai toujours tout ce qui pourroit nuire à son service, el que j'aurai sans cesse une modération et une patience dont je donne des preuves journellement. Je proposerai tout ce que je croirai utile ; je tâächerai d'exécuter de mon mieux ce qui sera arrèté, et de suppléer, au risque d’être désapprouvé si le succès n’en suivoit pas, à des ordres obscurs ct quelquefois captieux ‘.
Suivant votre lettre, Mouscigneur, $S. M. ne veut pas revenir sur le retranchement du traitement accordé aux offciers des troupes de terre pendant les campagnes de 1355 et 1756. Je me borne à vous représenter qu’il est douloureux qu'à mesure que la cherfé des vivres augmente, leur traitement diminue. D'être payé en papier, au lieu de l'être en espèces, comme M. de Machault*?, l'avoit arrêté avec M. de Séchelles%, fait une diminution considérable dans
Allusion à la mauvaise foi de M. de Vaudreuil. Ministre de la marine.
Contrôleur général des finances.
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leur traitement. J'ai déjà eu l'honneur de vous en écrire dans ma lettre du 4 novembre de l'année dernière, et de vous proposer de continuer à ls faire payer en papier (ce qui sera avantageux au Roi, qui n'aura plus d'espèces à hasarder), mais en même temps de porter les appointemens du capilaine, qui sont à 2760 livres, à 1000 écus, et les autres en proportion. Les lieutenants, plus à plaindre, ne peuvent plus vivre avec leurs appointements. Qu'on ne compare pas leurs appointements avec la modicité de ceux des officiers de la colonie, qui ont les ressources de donner dans le commerce, dans les entreprises, et d'espérer part aux profits de la traite, et dans l'habitude de tirer parti de leurs courses avec les sauvages.
Pour ce qui me regarde, Monseigneur, M. de Machault m’avoit assuré que le Roi m'aideroit et me mettroit en état de vivre d’une façon convenable; la nécessité d'obtenir de la considération, de répondre à l'honneur d'être le commandant d'un corps de plus de 250 officiers, de vivre avec ceux de la colonie pour entretenir cette union si recommandée, l'honeur de commander les uns et les autres dans des camps où je dois leur faire voir que, si je leur donne l'exemple de la frugalité dans les marches et les opérations, je sais dans les camps stables vivre avec dignité, ces motifs m'obligent à faire pour ma table une dépense à peu près égale à celle du gouverneur général; cependant ses appointements sont bien au-dessus des miens, et ses émoluments et ses moyens audessus même de ses appointements. Si vous ne venez, Monseigneur, à mon secours et que je serve encore quelques années dans la colonie, je serai obligé de vendre le patrimoine de mes enfants. M. Bigot a bien voulu autoriser le trésorier de la marine à m’avancer 12,000 francs que je lui dois ; et plus j'irai, plus je lui devrai.
M. de Vaudreuil vous aura sûrement instruit du succès du
détachement de M. de Belhêtre, lieutenant des troupes de la colonie, qui a surpris un village habité par des émigrants du
Palatinat, à environ 16 lieues de Carlas'. Ces courses éloignées, sans être jamais décisives au fond, ni aussi considérables que les relations du pays les font, sont toujours d'un merveilleux effet pour augmenter la confiance du Canadien et du sauvage, et la terreur que les Anglois en ont.
Quoique la façon de parler du pays soit toujours d’avoir emporté, l'épée à la main, des forts; valeur intrinsèque, c'est la surprise, l'incendie, le pillage d'un gros village ouvert de toutes parts, à portée de commercer avec les Cinq- Nations, et l'enlèvement de tous ses habitants. Le fort de Quaris, qui en étoit à trois quarts de lieue, avec une garnison de 300 hommes, a été laissé sans être attaqué; et ce ne pouvoit être autrement.
Nous avons actuellement deux partis à la guerre pour tenir l'ennemi en haleine el avoir de ses nouvelles ; l’un du côté du fort Lydius, commandé par M. de Langis-Montégron, officier de la colonie, et l’autre, vers Carlas, n'est composé que des sauvages de la Présentation. Quelques petits partis, d'ici à l'entrée de campagne, se succéderont ; c’est tout ce que l'on peut faire, vu la rareté des vivres.
Les Anglois sont plusieurs fois venus en nombre très considérable à Carillon. M. d’'Herbecourt*, capitaine au régiment de la Reine, que j'y ai laissé pour y commander pendant l'hiver, a toujours été très attentif à ne s’'occuper que de la conservation de son fort et à ne pas donner dans les pièges qu’on lui tendoit ; aussi les expédition: des Anglois ont abouti faire prisonnier un malheureux soldat; sa garnisor très alerte, et j'en ai été content pour l'exactitude « rvice, quoi r'elle eût témoigné un peu de mutinerie su: le relurd de quelque équipement qui leur revenoit. M. d'Ilerbecourt s'est trouvé dans un moment critique ; il s'en est tiré avec beaucoup de fermeté el de prudence. Sous prétexte d’escorter un munitionnaire, en-
* Sans doute Carlack ou Shenectady.
* Appelé d'Hébécourt dans d’autres relations.
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voyé par M. l'intendant à Carillon, je lui ai fait passer sans affectation un détachement de sergents et soldats sûrs. La réduction de la ration et le changement de nourriture n'a pas laissé que d'occasionner de la fermentation dans les esprits ; le bon ton et le bon exemple ont tout prévu à Québec. A Montréal, où le peuple est moins docile, il y a eu quelques difficultés de sa part; cet esprit gagnoit les troupes de la colonie; et les soldats de Béarn qui y sont en garnison avoient bien quelque légère disposition à le prendre; mais je dois à la vérité, et à M, le chevalier de Lévis, de vous écrire qu'on lui a quelque obligation dans cette occasion; et, quoique nous n’ayons aucune autorité pour la discipline sur les troupes de la colonie dans les places, le ton qu'il a employé vis-à-vis d'elles les a fait sur-le-champ rentrer dans le devoir et a contenu les nôtres. Tout est de la plus grande tranquillité depuis plus de deux mois, et les troupes attendent avec patience et sans murmurer qu'on puisse les mieux traiter.
Dépôt de la guerre, vol. 3498, pièce 14.