RESSOURCES AGRICOLES DU CANADA
La collection des céréales et autres produits agricoles du Canada envoyée aux expositions de Londres et de Paris, suffirait peut-être pour démontrer que son sol est particulièrement bien adapté à leur culture, mais ne pourrait être prise comme preuve de la durabilité de sa fertilité. Quand cependant l'on considère que les étonnantes moissons de blé, pour lesquelles le Haut-Canada est à si juste titre distingué, se récoltent dans les trois quarts de la partie habitée du pays et que le sol est en général un argile très riche d'une grande profondeur, la question de cette durabilité se résout naturellement en une question de culture.
Dans les vallées de quelques-unes des rivières du Haut-Canada, l'on a semé du blé pendant trente années consécutives, les premières récoltes rapportant en moyenne 40 minots par acre, mais diminuant graduellement jusqu'à 12 minots par acre. Ce système insensé de culture a opéré sa propre guérison, et fait adopter une méthode plus raisonnable Il y a des années passées, quand les chemins étaient mauvais et les communications avec les marchés difficiles, le blé était à peu près le seul produit de ferme qui pût se vendre, de sorte qu'on n'épargnait aucun effort pour en récolter le plus possible. Mais depuis que les chemins de fer, et les chemins macadamisés et plachéiés ont rendu les communications plus faciles et que les sociétés d'agriculture ont réussi à dessiminer beaucoup d'informations utiles, la culture s'est améliorée par
tout le pays, et la fertilité naturelle du sol des anciens établissements est en grande partie rétablie.
La moyenn^e de la récolte de blé dans quelques townships est de 21 minots par acre, et où il y a la moindre approche à un système de culture amélioré, elle s'est élevée à 30 et souvent jusqu'à 40 minots; il n'est pas rare d'en moissonner sur les terres neuves jusqu'à 50 minots par acre. Il ne faut pas oublier qu'à l'exposition de Paris un premier prix fut décerné au blé canadien récolté près de la ville de Toronto. On peut dire avec vérité que l'on n'a rien à reprocher à la portion agricole du Haut-Canada qui forme les quatre cinquièmes de la partie habitée, en outre d'un vaste espace ouvert à la colonisation qui est encore à la disposition du gouvernement, et que, quand il y a détérioration, c'est la faute du cultivateur et non du sol Dans le Haut-Canada, la récolte de blé de l'an dernier excède considérablement 20,000,000 minots. Le blé canadien est de qualité si supérieure que les manufacturiers américains l'achètent pour le mélanger avec le grain des Etats-Unis dans le but d'améliorer la qualité de leur fleur, et la rendre propre à l'exportation.
VALEUR DES TERRES. CONCESSIOlSrS GRATUITES.
Dans aucun pays, l'Australie exceptée, la valeur des terres arpeniées n'a augmentée aussi rapidement qu'au Canada durant les trois dernières années. Maintenant que la cause de cette augmentation est connue, elle est si apparente que l'on s'étonne qu'elle n'ait pas été prédite des années avant l'événement. En 1852, le Canada ne possédait pas une seule voie ferrée. En 1857^ il y a 1500 milles de chemin de fer complétés, et 500 en voie de construction. La hausse dans la valeur des terres s'explique ainsi facilement. Des voies de communication de première classe ont ouvert le pays, rendu profitable une vaste somme de richesse qui jusque-là était demeurée inerte, stimulé l'industrie et opéré une révolution complète dans l'économie rurale à 20 milles chaque côté de leur parcours.
La construction des chemins de fer a créé des débouchés accessibles à toutes les parties du pays qu'ils traversent; et une des conséquences naturelles de l'ouverture de ces chemins a été de donner une valeur d'argent à tous les produits de ferme qui peuvent se transporter, quoique très souvent, avant l'existence de ces communications, ces produits fussent de nulle valeur et quelquefois même des embarras. Cette hausse soudaine du taux d'intérêt pour la même somme de travaux a nécessairement augmenté la valeur du capital. Ainsi la
valeur des terres dans les anciens établissements éloignés des ports des lacs a doublé dans cinq ans; tandis que les terres incultes dans les établissements nouveaux près desquelles passe un chemin de fer ont triplé, et même en quelques endroits quadruplé en valeur durant le même intervalle.
Les terres propres à la culture peuvent rarement être achetées des compagnies ou des individus pour moins de trente schellings l'acre. Le gouvernement canadien dans le but d'empêcher les compagnies privées et les individus d'acquérir de grandes étendues de terre pour des fins de spéculation, a attaché à l'achat des terres de la couronne certaines conditions qu'il a cru propres à prévenir les abus. Par exemple, l'acquéreur doit se fixer sur la terre qu'il achète. Cette condition, toute simple qu'elle est, éloigne une foule de spéculateurs qui jusqu'à présent se sont enrichis aux dépens du pays, tout en en retardant le progrès, et empêchant le développement de ses ressources.
Le gouvernement provincial vient de construire dans le Haut- Canada trois grands chemins, et d'ouvrir à la colonisation les terres qu'ils parcourent. Ce sont lo. Le chemin de POiitaoïiais et de rOpéongo, Ce chemin qui court de l'est à l'ouest devra éventuellement avoir 171 milles de long, et relier la rivière des Outaouais au lac Huron. 2o. Le chemin d^Addington^ long de 60 milles courant du sud au nord, part des établissements du comté d'Addington et va joindre le chemin d'Opéongo. 3o. Le chemin d'Hastings ayant une direction à peu près parallèle à celle du chemin d'Addington est long de 70 milles et unit le comté d'Hastings au chemin de l'Outaouais et de TOpéongo.
Dans le but de faciliter l'établissement de cette partie du pays, le gouvernement octroiegratuitement des terres le long de ces chemins. Ces octrois n'excèdent en aucun cas cent acres, et peuvent être obtenus aux conditions suivantes :
1. Le concessionnaire doit être âgé de dix-huit ans au moins ;
2. Il doit prendre possession du lot octroyé dans un délai d'un mois.
3. Il doit mettre en culture au moins 12 acres de terre dans l'espace de quatre ans.
4. Il doit bâtir une maison (en^roncs d'arbre) 20 pieds sur 18, et résider sur le lot jusqu'à ce que les conditions qui précèdent aient été accomplies.
Les différents membres d'une même famille, qui obtiennent des concessions, peuvent résider ensemble sur le même lot, sans être tenus de bâtir sur chacune des concessions obtenues. .L'inexécution de ces conditions annuUe la concession, et la terre peut être ensuite vendue ou concédée de nouveau.
Les terres ainsi ouvertes à la colonisation et offertes gratuitement par le gouvernement sont en général d'excellente qualité, et bien adaptées à l'agriculture sous le rapport du sol et du climat.
En outre des concessions gratuites le long des chemins dont nous venons de parler, le gouvernement a à sa disposition plusieurs millions d'acres de terres qui peuvent être achetées par ceux qui désirent s'y établir, à des prix variant d'un schelling et à cinq schellings par acre, (de 10 deniers à 4 schellings sterling.) Il y a de plus plusieurs autres chemins semblables aux chemins de l'Outaouais, d'Addington et d'Hastings en voie de construction.
Durant la dernière session du parlement il a été obtenu une charte pour la construction d'un chemin de fer traversant cette partie du pays du lac Hurun à la rivière des Outaouais, et delà allant vers l'est.