VALEUR DES TERRES. — CONCESSIONS GRATUITES
Dans aucun pays, l'Australie exceptée, la valeur des terres arpentées n'a augmentée aussi rapidement qu'au Canada durant les sept dernières années. Maintenant que la cause de cette augmentation est connue, elle est si apparente que l'on s'étonne qu'elle n'ait pas été prédite des années avant l'événement. En 1852, le Canada n'avait pas une seule voie ferrée. En 1860 il possède 1876 milles de chemin de fer complétés, et un grand nombre d'autres en voie de construction. La hausse dans la valeur des terres s'explique ainsi facilement. Des voies de communication de première classe ont ouvert le pays, rendu profitable une vaste somme de richesses qui jusque-là était demeurée inerte, stimulé l'industrie et opéré une révolution complète dans l'économie rurale à 20 milles chaque côté de leur parcours.
La construction des chemins de fer a créé des débouchés accessibles à toutes les parties du pays qu'ils traversent ; et une des conséquences naturelles de l'ouverture de ces chemins a été de donner une valeur d'argent à tous les produits de ferme qui peuvent se transporter, quoique très souvent, avant l'existence de ces communications, ces produits fussent de nulle valeur, et quelquefois même des embarras. Cette hausse soudaine du taux d'intérêt pour la même somme de travaux a nécessairement augmenté la valeur du capital. Ainsi la valeur des terres dans les anciens établissements, éloignés des ports des lacs, a doublé dans sept ans ; tandis que les terres incultes dans les établissements nouvaux, près desquelles passe un chemin de fer, ont triplé, et même en quelques endroits, quadruplé en valeur durant le même intervalle.
Les terres propres à la culture peuvent rarement être achetées des compagnies ou des individus pour moins de trente shellings l'acre. Le gouvernement canadien dans le but d'empêcher les compagnies privées et les individus d'acquérir de grandes étendues de terre pour des fins de spéculation, a attaché à l'achat des terres de la couronne certaines conditions qu'il a cru propres à prévenir les abus, Par exemple, l'acquéreur doit se fixer sur la terre qu'il achète. Cette condition, toute simple qu'elle est, éloigne une foule de spéculateurs qui jusqu'à présent se sont enrichis aux dépens du pays, tout en en retardant le progrès, et empêchant le développement de ses ressources.
Le gouvernement provincial vient de construire dans le Haut-Canada sept grands chemins, et d'ouvrir à la colonisation les terres qu'ils parcourent. Ce sont lo. Le chemin de V Outaouais et de VOpéongo. Ce chemin qui court de l'est à l'ouest devra éventuellement avoir 171 milles de long, et relier la rivière des Outaouais au lac Huron. À peu près 62 milles sont complétés, et il y a 235 colons établis sur son parcours. 2o. Le chemin oV Addington, long de 61 milles courant du sud au nord, part des établissements du comté d'Àddington et va joindre le chemin d'Opé- ©n2;o. Le nombre des colons sur ce chemin est de 178. 3o. Le chemin d'IIastings ayant une direction à peu près parallèle à celle du chemin d'Addington, est long de 68 milles et relie le comté d'Hastings au chemin de l' Outaouais et de TOpéongo. Les colons établis sont au nombre de 306. 4o. Le chemin de Bobcaygeon, courant nord entre les comtés de Peterborough et Victoria, qu'on se propose de continuer jusqu'au lac Nipising. 36 milles sont maintenant parachevés, et il y a 168 colons établis sur son parcours. Le nombre moyen composant la famille de chaque colon sur ces chemins est de 4. 5o. Le chemin de Frontenac et de MadawasJca, dont 33 milles sont complétés. 6o. Le chemin de 3Ius7co7ca, dont 21 milles sont parachevés ; ce chemin conduit de la tête du lac Couchiching à la grande chute de Muskoka, où il coupe la ligne de Peterson, qui devra éventuellement rejoindre le chemin de l'Outaouais et d'Opéongo dont l'ouverture se continue vers l'ouest. Au moyen de ce chemin le colon débarquant à Toronto pourra en un jour de marche de cette ville se rendre au centre du pays. 7o. Le chemin du Sault Ste* Marie, courant du Sault Ste. Marie à la Baie de Goulais,, et dont 4 milles sont déjà complétés.
Les cinq chemins du Bas-Canada sont : —
Le Chemin Eîgin, dans le comté de L'Islet,, long de 35 milles.,, de St. Jean-Port-Joli à la ligne provinciale j
Le Chemin de Matane à Cap-Chat ;
Le Chemin Taché, de Buckland, dans le comté de Bellechasse, au Chemin Kempt, dans Rimouski, long d'à peu près 200 milles ;
Le Chemin Temiscouata, de la Rivière-du-Loup au lac Temiscouata ; Le Chemin Kempt, de Métis à Restigouche.
Dans le but de faciliter l'établissement de ces parties du pays, le gouvernement octroie gratuitement des terres le long de ces chemins. Ces octrois n'excèdent en aucun cas cent acres, et peuvent être obtenus aux conditions suivantes : —
1. Le concessionnaire doit être âgé de dix-huit ans au moins.
2. Il doit prendre possession du lot octroyé dans un délai d'un mois.
3. Il doit mettre en culture au moins douze acres de terre dans l'espace de quatre ans.
4. Il doit bâtir une maison (en troncs d'arbre) 20 pieds sur 18, et résider sur le lot jusqu'à ce que les conditions qui précèdent aient été accomplies.
Les différents membres d'une même famille, qui obtiennent des concessions, peuvent résider ensemble sur le même lot, sans être tenus de bâtir sur chacune des concessions obtenues. L'inexécution de ces conditions annulle la concession, et la terre peut être ensuite vendue ou concédée de nouveau. Les terres, ainsi ouvertes à la colonisation et offertes gratuitement par le gouvernement, sont en général d'excellente qualité, et bien adaptées à l'agriculture sous le rapport du sol et du climat.
Les Rapports des agents résidents sur ces ehemins pour Tannée dernière donne une idée très favorable de la prospérité des colons qui s'y sont établis, ainsi que des produits considérables qu'ils ont recueillis des terres nouvellement défrichées.
En outre des concessions gratuites le long des chemins dont nous venons de parler, le gouvernement a à sa disposition plusieurs millions d'acres de terres qui peuvent être achetées par ceux qui désirent s'y établir, à des prix variant d'un shelling et à cinq shellings par acre, (de 10 deniers à 4 shellings sterling).
On peut aussi mentionner qu'il y a plusieurs autres lignes de chemins qui sont complétées, ou en voie de construction, en différentes parties ,du pays : —
JEn Haut-Canada : —
Le Chemin entre Collingwood et Meaford 20 milles.
Le Chemin d'ELzivir et Kaladar 14
Le Chemin d'Elina 7î
Le Chemin d'Elma et Mornington 11J
La Ligne de Peterson 31
Le Chemin d'Addington et Renfrew 17f
Le Chemin Victoria., 6
Le Chemin de Bobcaygeon et Emily 3
• Dans le Bas-Canada : —
Le Chemin du Fort Coulonge, du township de Low dans le comté deî'Outaouais au Fort Coulonge dans Pontiac ;
Le Chemin de la Rivière Désert, de Hull au township de Madawaska ;
Le Chemin de Kénogami, de Chicoutimi au Lac St. Jean, Saguenay 'r
Le Chemin de la Rivière-Noire, de Callières aux Escoumins ;
Le Chemin Mégantie, dans le comté de Wolfe ;
Le Chemin Lambton, dans le comté de Beauce ;
Le Chemin de Glenlloyd, dans les comtés de Beauce et de Mégantie ;:
Dans les townships de l'Est, il reste encore à vendre une étendue considérable de terre, près de 2,000,000 d'acres. On se propose d'y ouvrir des chemins de colonisation et d'en rendre ainsi l'accès plus facile aux colons. Ce district est très bien connu pour ses capacités agricoles de toutes sortes, et particulièrement pour ses pâturages. Il est aussi abondamment pourvu de pouvoirs d'eaux qui peuvent être utilisés pour des manufactures. La population consiste plus qu'en aucun autre endroit d'une étendue pareille en Bas-Canada, d'Anglais, Ecossais et Irlandais. — Un établissement considérable et florissant de Norvégiens s'y est formé récemment. Les richesses minérales des townships, particulièrement en cuivre, sont bien établies, et plusieures mines sont maintenant en opération profitable.
Les communications avec le district entier sont ouvertes durant toute l'année soit par chemins de fer ou par bateaux à vapeur, et les marchés de Québec, Montréal, Portland, Boston et New- York peuvent en tout temps être atteints.