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AVANTAGES ET RESSOURCES NATURELLES DU CANADA

3. Dans tous les pays nouveaux, les communications faciles sont les sûrs devanciers de l'agrandissement et des améliorations permanentes. Sous ce rapport, le Canada est particulièrement fortuné. Il possède sans contredit le système le plus magnifique de voies artificielles et naturelles par eau en communication directe avec la mer qui existe sur les deux hémisphères. Si, s'embarquant sur un navire en partance de Liverpool, Londres, ou du Havre, on se dirige vers le golfe St. Laurent, ce grand débouché du commerce du Canada et du Far- West, on peut remonteT avec lui le fleuve St. Laurent, et sans changer de bord voir se développer cet admirable système de communication de l'océan au Far-West, à travers les rivières, les canaux et les lacs du Canada.

A 300 milles de l'embouchure du St. Laurent nous rencontrons le Saguenay, belle et noble rivière, navigable pour les plus gros vaisseaux jusqu'à une distance de 70 milles — 410 nous mènent à Québec, le grand port de mer du Canada, possédant un commerce étranger considérable, et qui s'accroît de jour en jour. A 500 milles, la marée cesse de se faire sentir, et là seulement l'on commence à remonter le cours du fleuve. A 590, nous sommes à Montréal ; près de là l'Outaouais mêle ses eaux rousses à celles du St. Laurent, après avoir arrosé une vallée de 80,000 milles quarrés, située au nord-ouest, et commandant ainsi les trésors inépuisables des magnifiques forets d'une partie du Canada, deux fois grande comme la Bavière ou les Etats Sardes, et six fois comme la Hollande.

C'est à Montréal que par les monuments durables de son entreprise, <de son courage et de l'art, commence à se développer le secret de la navigation intérieure du Canada. Nous sommes parvenus au premier des canaux du St. Laurent, qui sont au nombre de sept, construits clans le but de surmonter les obstacles que les rapides présentent à une navigation continue. Ces canaux de différentes longueur et de grande eapacité sont adaptés aux vaisseaux de mer, et permettent de remonter 116 milles du fleuve, gravissant une chute de 225 pieds au-dessus du niveau de la

marée. Le lac Ontario est éloigné de 168 milles de Montréal et de 756 milles de la mer, et est à 234 pieds au-dessus de son niveau. Il est long de 180 milles, large de 50 à 60 milles, et peut avoir 500 pieds de profondeur, sa superficie est de 6,300 milles quarrés. Traversant rapidement sa longueur, en vue probablement de centaines d'autres bâtiments et vapeurs, on atteint l'embouchure du canal Welland, qui, au moyen de ses vingt-sept écluses, nous élève jusq'aux eaux du lac Erié, ( une hauteur de 330 pieds) à 1041 milles de la mer et 564 pieds au-dessus de son niveau. Le voyage se continue à travers le lac Erié jusqu'à la rivière du Détroit ; passant en vue de la ville de ce nom dans l'Etat du Michigan, on pénètre par le lac et la rivière Ste. Claire au lac Huron, distant de 1355 milles de notre point de départ, et 573 pieds au-dessus de l'océan. De là on peut se rendre soit à la rivière Ste. Marie, et au moyen du canal gigantesque construit par les Américains, pénétrer au lac Supérieur, cette vaste mer d'eau douce dont la surface est aussi grande que l'Irlande, qui permet d'atteindre une distance de 2000 milles de l'embouchure du St. Laurent, ou prenant vers le sud, aller débarquer au fond du lac Michigan à Chicago, cette merveille de l'ouest. Choisissant ce dernier lieu comme but du voyage à l'intérieur, nous nous trouvons en mettant pied à terre environnés par un réseau de chemins de fer parcourant en tout sens les états et les territoires des vallées de l'Ohio, du Mississippi et du Missouri.

Assez souvent nos vaisseaux canadiens parcourent dans le sens contraire la vaste route que nous venons de décrire, et se dirigent vers l'Europe, où ils sont vendus avec leur chargement. En 1856, le vaisseau américain Dean Richmond descendit les canaux canadiens avec une cargaison de produits chargée à Chicago, et fut l'étonnement de Liverpool, tandis que l'année précédente le vaisseau canadien Eeindeer, bâti au même niveau d'eau, et ayant parcouru la même route, n'excita à Londres d'autres sentiments que la curiosité de savoir où était situé le lac JBuron ? Cependant depuis l'exposition de Paris tout est changé ! Le Canada commence à être connu, et attire l'attention des hommes qui naguère affectaient d'ignorer jusqu'à son existence politique ; ils étudient l'avenir de " cette terre promise où il ne peut y avoir de déception." En 1859 douze vaisseaux firent voile de Chicago pour la Grande-Bretagne.

Les avantages naturels, que confère sur le Canada la grande route du St. Laurent et des lacs, sont non seulement immenses, mais ils sont incalculables. En effet, une voie de communication directe et immédiate avec la mer, côtoyant le territoire canadien sur un côté et celui des Etat»

de l'Union sur l'antre sur une distance de 2000 milles, sans compter les vastes tributaires du St. Laurent et des lacs qui s'étendent au loin dans le cœnr du pays, est d'elle-même suffisante pour faire présager au Canada un avenir distingué ; mais si on réfléchit à l'influence qu'exercent ses vastes mers intérieures sur son climat, sa végétation, la santé de ses habitants et son commerce, le caractère de cet avenir peut en partie être prédit, même dans l'enfance de son histoire, et avant que son esprit d'entreprise et ses capacités soient plainement connus et appréciés.

Le pays abonde en pouvoirs d'eau magnifiques, ces instruments puissants de l'industrie ; ils se trouvent en nombre infini au milieu de ses riches forêts, pour le produit desquelles s'ouvre aujourd'hui un marché presqu'inépuisable dans les contrées des vastes prairies de l'ouest, ainsi qu'en France et en Angleterre, où la demande pour toutes sortes de bois d'ébénisterie dont le pays est couvert devient de jour en jour plus grande.

Il y a maintenant en Canada, 1876 milles de chemin de fer en opération, à part l'extension du Grand Tronc à Portland, longue de 164 milles, qui, quoique construite sur le territoire américain pour assurer un port de mer durant l'hiver, est cependant en réalité un chemin de fer canadien. C'est un fait digne de remarque que le Canada possède une longueur de chemins de fer ouverts plus considérable que l'Irlande ou l'Ecosse, les trois Etats de l'Atlantique, le New Jersey, le Delaware et le Maryland, ou les deux Carolines — et même à proportion de sa population, plus considérable qu'aucune contrée du monde. L'achèvement du Pont Victoria et de la Section entre St. Mary et le Détroit a ouvert le Grand Tronc dans tout son parcours, et le met en état de transporter les passagers et les marchandises des bords de l'Atlantique au Mississippi, avec un seul transbordement, et avec une économie, dit-on, de cinq jours sur toutes les autres routes.

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