SOLLICITEUR-GÉNÉRAL DU CANADA
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votre tour, mon cher monsieur d’Ontario: donnez-vous la peine de répondre à une seule question en échange des deux ou trois que vous venez de me poser. N'y a-t-il pas eu, dans votre propre province, si loyale, tout autant de commérages qu’à Québec à propos de cette même histoire d’annexion? S’est-il écoulé un si grand nombre d’années depuis que l’annexion éi..it prêchée—à mots couverts d’abord, plus nettement par la suite—dans l’un des principaux journaux quotidiens de Toronto, la ville loyale par excellence? Le peuple de la province supérieure en est-il, pour cela, jugé déloyal? Qui habite une maison de verre ne doit pas jeter de pierres.
Non, comptez plutôt sur le vrai Canadien- Français, cet homme si jaloux de ses croyances. et de sa langue, si passionné pour sa nationalité et son pays natal, pour être l’un des derniers à se prononcer en faveur de l’établissement d’une république canadienne ou pour l’absorption du Canada par la République incomparablement plus grande qui s’est établie au sud de notre frontière vers la fin du 18e siècle. Que dis-je ? il sera le dernier à rien faire de tel. Il connaît trop bien, il apprécie
trop'hautement les avantages dont il jouit sous le joug bienfaisant de l’Angleterre, pour désirer le moindre changement qui ferait de lui le sujet d’une autre Puissance. Il est trop content de Sa condition actuelle pour rêver un changement d’allégeance, fût-ce même en faveur de la République Française, I] n’a pas oublié la brutalité avec laquelle son église fut traitée au lendemain de la désastreuse Campagne de 1870 et du renversement du troisième Empire, lorsque*des iconoclastes sans foi ni loi en détruisirent la symbolique sculpture à grands Coups de hache et de marteau, Il se souvient que, naguère encore, le vénérable chef de sa religion, le pontife qui prétend occuper la chaire de saint Pierre, proclamait que dans nul pays non catholique, et dans bien peu de pays Catholiques, son troupeau n'était traité avec plus de bienveillance et de magnanimité que par la protestante Angleterre. Eh quoi ! n’est- Ce pas hier que les Canadiens-Français voyaient des milliers de coreligionnaires, des religieux et religieuses, virtuelleme-t chassés de France par la loi sur les associations, et recueillis sur le territoire britannique où ils trouvaient un sûr asile,où on leur permettait de poursuivre en
paix les œuvres pieuses et charitables dont ils professent avoir mission, à l'abri des persécutions, pouvant au moins Compter sur un encou- Tagement passif dans l’accomplissement de leur tâche ; et cela dans un temps où, chose étrange ! leur était encore interdite l'entrée de l'Ile de Jersey, peuplée pourtant de gens de leur pro- Pre race, parlant leur langue ! 11 fut un temps, il est vrai, où Pareille magnanimité eût paru impossible à l'Angleterre : c'était jadis, —pas dans le bon vieux temps,—mais aux mauvais jours, qui sont disparus, espérons-le, pour ne plus revenir. Que le Canadien-F rançais, lui qui aime tant sa religion, puisse jamais manquer de loyauté à une nation qui s’est montrée aussi généreuse pour ces Pauvres exilés de France : ce serait insulter à la vraisemblance, ce serait le supposer capable de la plus noire des trahi- Sons et des ingratitudes !
Il est vrai qu’il tient mordicus, obstinément, à certains privilèges qui lui sont propres, priviléges que lui assurent les traités et dont il a eu la jouissance sans interruption, à vrai dire, depuis que la monarchie française a cessé de présider aux destinées du Canada ; privilèges qui lui font une Position à part dans la Confé-
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dération, et qui, de prime abord, semblent devoir retarder au Canada l’accomplissement de l'unité nationale, Mais pourquoi est-il si jaloux de ces prérogatives? Ce n’est pas toutà-fait, pas même principalerent, pour des motifs intéressés, Ce n’est assurément pas pour lui un plaisir de constater qu’une ligne de démarcation—ligne à peine visible, plutôt imaginaire—le sépare de ses compatriotes d’autres nationalités. Non! l'unique raison, c’est qu'il a la conviction quetoute tentative de faire main basse sur ces privilèges, même par des voies conStitutionnelles, serait le plus sûr moyen de provoquer une guerre de races, et d’entraver l'évolution naturelle et graduelle vers l'unité, évolution qui s'opère d’une manière si satisfaisante depuis surtout la réunion des différentes provinces en cette grande Confédération, dont nous sommes tous si fiers aujourd’hui, Il n’ignore’pas non plus que l’oblitération de ces privilèges ne servirait qu’à fournir à un certain nombre d’esprits chagrins et turbulents,—parmi la population d’origine française ou autre, — le prétexte qu’ils appellent de tous leurs vœux pour fomenter la révolte. Il s’en trouve un peu partout, de ces fauteurs de discorde,
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SIR ADOLP