MINISTRE DE LA MARINE ET DES PÉCHERIES DE CANADA
fléaux des sociétés civilisées—qui imaginent stupidement n'avoir rien à perdre, mais tout à gagner, au renversement de l’ordre établi.
Leur ouvrir la porte chez nous serait reculer indéfiniment, sinon à jamais, l’éclosion du Canada, par un peuple éclairé et prospère, sous les auspices de la Grande-Bretagne, en l’une des plus belles nations que la terre ait portées.
Il est également vrai que les Canadiens- Français n’affectent pas un amour très tendre pour ce qu’on appelle la fédération impériale. Le fait est que ce n’est pas là une question de parti dans le Bas-Canada, sous quelque jour qu’on l’envisage, au point de vue national ou politique ; on peut en dire autant de chacune des autres provinces du Dominion. Il se trouve à Québec comme dans tout le reste du pays, de l'Atlantique au Pacifique, des hommes de l’une et de l’autre races, de l’un et de l’autre partis, absolument épris de l’idée parce qu’ils y voient, ou croient y voir des avantages: il en est de même, dans les deux races et dans les deux partis de l'Atlantique au Pacifique, qui au contraire n’abordent la question qu'avec une sorte de répugnance. Il s’en suit que le
fait d’être pour ou contre la fédération impériale ne veut pas dire qu’on soit plus ou moins attaché aux institutions britanniques, plus ou moins fidèle à l'Empire. Et il est heureux qu’il en soit ainsi; car enfin il n’y a pas si longtemps que cette tendance passait assez généralement pour une sorte de douce manie dont étaient affigés un petit nombre de gens du reste bien intentionnés, ou à tout le moins pour une théorie purement académique ; et même à l'heure qu’il est, la question est-elle encore hors du domaine de la politique pratique, à l’état de château en Espagne, quelque chose de vaporeux, vague et indéfini.
Or, par sa nature, par ses instincts mêmes, le Canadien-Français est d’allures plutôt conservatrices, et conséquemment peu enclin à s’enflammer pour les nouvelles méthodes, quelles qu’elles soient, même dans les choses les plus simples. A plus forte raison hésitera-t.il à s’aventurer le premier en des expériences aussi grosses de conséquences que celles qui touchent au gouvernement du pays. Il croit mordicus à l'antique maxime : ‘Let well enough alone, ’’ il est un peu comme les honnêtes tories de la vieille école qui disent que tout changement
non absolument indispensable est en soi-même un changement pour le pire. Fermement convaincu que le Canada se trouve bien de son régime actuel d'autonomie politique, il ne peut se défendre d’un mouvement de défiance chaque fois qu'on propose quelque modification sérieuse. 11 ne demande donc pas mieux que de laisser les choses telles qu’elles sont, lorsqu'il en est content, et croit—non sans rai- Son— que le jour où s’imposera, ou même deviendra désirable un changement autonomique de quelque importance, l'évolution s'opèrera doucement, paisiblement, sans la moindre secousse, grâce au bon sens et au patriotisme de l’immense majorité des différentes nationalités qui peuplent le Dominion. En attendant, on peut dire que, si tels impérieux changements tendaient à la fédération de l’Empire, nul ne les accepterait plus cordialement ni ne les soutiendrait plus loyalement que lui.
Sur ce chapitre de loyauté au trône d’Angleterre et d’attachement aux institutions britanniques, n’entretenons donc aucune arrière-pensée sur le compte des Canadiens-Français ; depuis le jour où le Canada fut cédé à
l'Angleterre jusqu’en cette année de grâce, u’a-t-il pas d'ores et déjà prouvé sa loyauté chaque fois que l'occasion s'en est présentée ? Vers la fin du dix-huitième siècle, c’est lui, sujet colonial anglais d’origine étrangère, qui résista avec succès À ces autres sujets coloniaux d’origine anglaise qui, après s’être révoltés contre la mère-patrie, voulaient entraîner les Canadiens avec eux. C’est lui qui dès ce temps-là, refusant de voir dans la Révolution Américaine autre chose qu’une rébellion, sauva la moitié d’un continent à la couronne d’Angleterre. Max O’Rell a écrit dans le Figaro de Paris que, cet épisode ayant suivi de si près la cession du Canada, la raison pour laquelle les Canadiens se sont battus contre les Révolutionnaires, c’est purement et simplement qu’ils détestaient le Vankee beaucoup plus que l'Anglais. Nous n’admettons rien de tel ; mais supposant que ce fût alors la véritable raison, il faudrait en trouver une autre pour expliquer la conduite des Canadiens- Français dans une autre circonstance. Lorsqu’au commencement du siècle dernier nos voisins du Sud, des hommes de notre sang, envahirent nos paisibles campagnes, les Cana-
Photo. par Livernois, Québec,
HOX, J: €. MCCORKILI., CR., M.PP.,
ANCIEN MEMBRE DU CONSEIL LÉGISLATIF, TRÉSORIER DE LA PROVINCE DE QUÉREC.
diens de nationalité française n’ont-ils pas alors fait preuve de la même valeur que les autres Pour acculer l'ennieini de l'autre cèté de la frontière ? Oui, et ils s'y couvrirent de gloire. La théorie de Max O’Peli tient encore moins devant cet autre fait histo que de l'insurrection du Nord-Ouest, que les C': nadiens-Français aidèrent si généreusement à réprimer, et dont le chef était pourtant un homme de leur propre sang, de leur propre religion, Et voilà les déloyaux !
Il est vrai que le Bas-Canada eut son Papineau en 1837, mais n'avons-nous pas nousmêmes eu notre Mackenzie? Avons-nous fait plus contre celui-ci que nos voisins contre leur Papineau ? N’est-il pas trop tôt pour oublier qu'après avoir acclamé la jeune Reine en 1837, et s’être battus pour la même souveraine sur ses vieux jours en 1886 comme nous venons de le rappeler, on vient de les voir combattre et mourir, côte à côte avec leurs frères d'armes anglais, pour soutenir les droits du fils de la Reine, Edouard VII, dans le Sud-Africain ?
Faut-il rappeler leur enthousiaste accueil au Duc et à la Duchesse de Cornwall & York, lorsque dans leur récent tour du monde ces
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