DE MONTRÉAL, MEMBRE DU SÉNAT CANADIEN
tique homme d’Etat n’a-t-il pas par la suite déclaré qu’un certain nombre d’entre eux avaient dans le temps parlé et agi comme s’ils eussent fait cause commune avec les Boers contre leur propre pays? Même à l'heure qu'il est, est-ce que tous les grands journaux d'Angleterre, de Londres même,—ces puissants organes de l'opinion publique—sont bien unanimes à approuver la politique militaire du gouvernement ? Quelques-uns d’entre eux ne sont-ils pas tout aussi favorables aux Boers que n’importe quelle feuille de Québec ?
Sans insister davantage sur ce point, constatons tout simplement que, dès qu’on eût persuadé les Canadiens, quelle que fût leur nationalité, qu’il ne s'agissait pas d'une guerre de cupidité et de conquête; pas d’une guerre ayant pour unique objet l'agrandissement de l’Empire, l’appât de la gloire militaire et de l'influence internationale ; pas d’une guerre pour le butin, pour enrichir les négociants anglais ; pas d’une guerre de spoliation aux dépens de l’indépendance d’un peuple brave et industrieux ; mais qu’au contraire c'était une guerre pour la'défense du territoire britannique envahi par l'ennemi, une guerre pour
l'émancipation des pauvres malheureux indigènes du Sud-Africain que l’inpitoyable Boer tenait dans les chaînes d’un véritable esclavage ; une guerre pour la consécration des plus rudimentaires principes du droit des gens, une guerre imposée à la Grande-Bretagne par des bravaches dont l'intention déclarée était de chasser l’ Anglais du continent et de le jeter à la mer ; une guerre, en un mot, appelée par les gémissements et les cris de détresse des Caffres et des Hottentots qui avaient jusque-là vainement demandé grâce sous le fouet de leurs traditionnels tyrans; oh! alors le Canada tout entier, l'Australie tout entière, la Nouvelle-Zélande tout entière, se prirent d’enthousiasme ; l’ardeur des Canadiens - Français devint égale à la nôtre, ils mirent l'épaule à la roue tout comme nous pour épargner à Victoria Reine et Impératrice la perte d’un pouce de son territoire, et pour la maintenir sur le trône du haut duquel, pendant deux générations, elle avait gouverné son empire circumterrestre de manière à se couvrir elle-même d'une gloire sans précédent, à assurer à son peuple une prospérité également inouïe, et à l'humanité des bienfaits sans nombre.
Mais dites-vous, votre Premier ministre canadien-français ? N'est-ce pas un peu à contre-cœur qu'il s'est décidé à envoyer quelques contingents en Afrique? N'a-t-il pas lanterné, atermoyé, jusqu'à ce que la poussée de l'opinion publique le fit marcher? A contre- Cœur, dites-vous ? Mais alors Pourquoi n'a-til pas fait de son mieux Pour retarder le départ des contingents au lieu de les organiser et de les expédier en toute hâte? Il a atermoyé, dites-vous encore. Mais alors comment se fait-il que l'embarquement des troupes s’opéra à Québec moins de trois semaines, où à peu près, après la réception du premier avis officiel intimant que cet envoi de troupes serait agréable au gouvernement métropolitain ? Si c'est là ce qu'on appelle gagner ou plutôt perdre du temps, nous voudrions Savoir ce qu'on entend par célérité et Promptitude à l’action. Ou dira peut-être que les contingents militaires des autres colonies arrivèrent à destination avant les nôtres! Oui, mais celles-ci avaient Pour elles l’avantage d’une plus grande proximité du théâtre de la guerre ; mieux que cela encore, leurs parlements étaient alors en pleine session, donc pas de difficultés constitution-
nelles pour les empêcher d'agir sur le champ, tandis que le ?::'ement canadien venait d'être prorogé, et ic, membres du cabinet étaient dispersés dar: leurs provinces respectives. Si le Canada était soudainement, inopinément envahi, comme le furent les colonies sudafricaines dans l'automne de 1899, le premier ministre de la Grande-Bretagne serait-il justifiable d'envoyer des troupes à notre aide sur sa propre responsabilité personnelle, sans consulter le ministère, et avant que le Parlement eût voté les crédits nécessaires ? Et cependant sir Wilfrid Laurier n’est pas un loyal sujet britannique parcequ’avant d'envoyer des volontaires canadiens se battre pour l'Angleterre—ou, si mieux on l'aime, pour l'Empire, —à plusieurs milliers de milles de chez eux, il a tenu à procéder d’après la constitution du pays où il est premier ministre : la Couronne ! Ombres de Brougham et de Hallam! abaissez un regard de pitié sur la naïveté poussée à ces extrémités ! Il faut que sir Wilfrid Laurier soit doué d’une patience presque sans bornes pour essuyer sans sourciller, comme il l'a fait, une bordée d'accusations aussi dénuées de bon sens et de fondement, pour ne pas dire plus.
GARNEAT