‹ Le Canadien-français [microforme]Chapitre 41 sur 48 · DOUTE EE EST · texte numérisé non relu

DOUTE EE EST

avoir vu, de leurs YEUX Vu, et dont la véracité ne saurait être poliment mise en doute, que reste-il à dire ? Hit après tout, Pourquoi refuserions-nous de croire que Celui qui opérait des guérisons miraculeuses dans les premiers temps de l'Eglise Par le ministère de ses saints— même au moyen d'un simple tablier d'ouvrier ayant appartenu à saint Paul ou par l'ombre seule de saint Pierre—puisse encore aujourd'hui attacher les riêmes faveurs aux reliques de ses saints ? Comme c'est la même Divinité qui et en cause, Pourquoi ce qui était digne de foi dans le Premier cas ne Je serait-il plus das l'autre ?

Certes, le sceptique peut bien lever les épaules avec dédain, déclarer avec toute l’emphase dogmatique dont il est capable, —jurer même Par ce Dieu auquel il ne croit pas, —que toutes ces prétendues merveilles sont absolument impossibles, qu’elles sont contraires à ce que les savants appellent les lois de la nature, et qu’il n’y a jamais eu de miracles, Pas plus à la Bonne Ste-Anne qu'ailleurs. Tout de tême, le ciel et la terre ne peuvent-ils contenir plus de choses que n’en renferme la cervelle du philosophe sceptique, lui qui met sa Propre sagesse

assez haut au-dessus de celle d'autrui pour s'arroger le droit de proclamer que les sots sont les seuls à croire à la religion révélée ? En tout cas, on admettra qu'il n'est guère dans le rôle du vrai philosophe, inquisiteur mais olérant, de décréter avec un sarcasme sans appel que ces prières et ces vœux adressés aux saints et À Celui que les saints adorent, pour obtenir des guérisons miraculeuses ou d'autres bienfaits, ne sont que des manifestations d'une dégradante superstition.

Les choses merveilleuses qu'on raconte de nos jours mêmes sur Sainte-Anne de B aupré et d'autres lieux de pèlerinage peuvent bien paraître contredire l'ensemble des lois qui régissent le monde physique, auquel, avec 10tre vue bornée, nous confinons peut-être à tort tout le royaume de la nature. Ne peut-il y avoir un autre royaume, spirituel si vous voulez,—mais pour cela non moins naturel, ni moins réel—et gouverné ps: d’autres lois que celles qui sont connues des mortels? Et alors, ce que nous appelons miracle ne peut-il se concilier avec ces lois, tout comme la chute d’une pomme, qui fut pour Newton la révélation de sa grande découverte scientifique, était d’acord

avec les lois physiques, alors inconnues, de l'attraction par gravitation ? Quoi qu'il en soit, le plus invétéré des libres-penseurs ne Peut toujours pas nier que la foi et l'espérance, quand elles sont assez rortes pour amener tant de malades divers au Sanctuaire de Beaupré, Pour soutenii leur courage durant de longs voyages, et une fois sur les lieux, pour leur inspirer la force de faire des vœux sacrés, d'offrir au ciel d'incessantes Prières en commun avec des multitudes d'autres croyants; qu'il puisse y avoir, disons-nous, dans la foi et l'espérance poussées à ces limites, queue force mystérieuse capable de venir à bout de certaines maladies ou infirmités qui jusque-là déroutaient la science des plus habiles médecins.

Mais le sujet de ce livre est le Canadien- Français: il serait oiseux de discuter ceite question des miracles, Disons donc adieu à la vieille chapelle, à la splendide église neuve, à la pieuse Sa/a Santa, et au sanctuaire, et aux reliques, et aux ex-z0/0s > et, en partant, prions pour «uw’il y ait encore et toujours, des miracles pour le soulagement de ceux qui souffrent. Dieu sait qu'il y a assez de peines

dans le monde, pour ce qu'il y a de foi, sans que nous cherchions à accroître les unes et À affaiblir l'autre, en disant un seul mot de nature à désillusionner les âmes simples qui croient encore que le temps des miracles n'est Pas fini pour toujours, et qu'il y a toujours un Dieu bon, qui ne cesse de répéter à ceux qui le supplient avec confiance: ‘ Soyez guéris ; votre foi vous a sauvés, allez en paix.

On peut donc conclure que les Canadiens- Français peuvent être un peuple très religieux sans pour cela tomber dans la superstition, bien qu'ils conservent certaines pratiques de dévotion sanctionnées par leur église, et croient à l'existence des miracles attribués aux saints et à leurs reliques enchâssées.

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