Coluhcr tMmuntiuima, Pylh
II, Crolalui '(miiiuj, Itolliropt ■■! ;iiitrcs v.-r|ifiils.
S. Ilivinia haapoda. Suivaii
leur lailtc im li-s désit'i'c ans risllimi' dpar ks noms de bi.r-
brrot.joatero», eoloratlillo* el eu
■rm.
i. Pyrophonu noclitutainê.
tt. Libetiula deprma.
Msmiinp des liimciir» IrèsdcHlouremes.
1). Ttnaa fatale i-l Ta-met m
zancudpsj tabanoSj chinches\ etc., et les tourbillons de moustiques et (le bestioles de toutes sortes qui se remplacent et se relèvent aux dif-* férenles heures du jour et de la nuit pour harceler le voyageur et sont certainement la plus grande plaie de cette belle contrée.
Comme beaucoup de climats chauds, celui de l'isthme colombien est humide et pluvieux.
Les saisons se divisent régulièrement en saison sèche ou verano et ou s;uson pluvieuse ou imnerno; cette dernière est coupée par un court intervalle de belles journées appelées le veranito ou petit été de San Juan\ Leur marche est un peu en retard sur le mouvement de déclinaison du soleil. L'anneau des nuages qui se forme sous Téquateur et i\\\\ dévoi^se sur la terre ses orages et ses pluies accompagnés de grains quolquelois violents, de tonnerre et d'éclairs, ne suit le soleil qu'avec six somaiues de retard environ.
La saison sèche de décembre au milieu de mai est fort agréable; les )iluios commencent plus tôt dans la cordillère. Vers la fin de juin, aUu*s t|ue le gros de l'anneau de nuages a passé plus au nord, elles diminuent de fréquence et d'intensité jusqu'au commencement d'août ol ivprennent avec une abondance extraordinaire jusqu'à la fin de novembre, 11 est rare cependant de voir plus d'un gros orage en un jour; il est ordinairement de courte durée et a presque toujours lieu vers la lin de la journée. Lorsque la pluie persista un pim longtemps, les rivières débordent et le bas pavs est inoudé. Il v a encore des averses en décembre et avril, mais, en revanche, il fait souvent aussi très beau temps pendant l'hivernage ; on a relevé quelquefois un beau jour sur deux en nn)yenne pendant toute la mauvaise saison. La pluie est beaucoup plus abondante sur la côte de l'Atlantique que sur celle du hicifiquo: il est tombé à Colon 2",83 d'eau en 1881, o",15 en 1882, doni îiOi millimètres dans le seul mois de novembre et 165 dans une seule journée. Le nombre de jours de pluie a atteint 225 et 250 et
1 . ChIcx pipienSf Tahanui bovinus, Cimex lectularia et une légion d'autres diptères.
*à. l/iBlhnie colombien est situé très peu au nord de l'équateur thermique; il en résulte t\\w la urtppe d'air ascendante, dont la présence amené la saison des pluies et qui oscille annuellement autour de l'équateur thermal, en suivant à dislance le soleil dans son mouvemeni autour de l'équateur géographique, se trouve tantôt au nord, tantôt au sud de l'isthme, l'endaul les (luehjues semaines où celte nappe es! au nord, c'est le régime de l'hémisphère austral qui prédomine, on a le polit été et l'on resbcnl l'alizé du sud est.
COUP UŒIl GÉNÉHAL Slll L'ISTHME COLOMBIEN. 57
riiuinidité relative ou état hygrométrique qui n'a varié qu'entre 01 et 98 degrés donne une moyenne de 82,7, jissez semblable à la moyenne générale de Pm-is. A l'ilc N.ins, ;'i 4 kilonu^lres au sud de Panama, il n'est londw en 18S2 que nnjins de 1 mètre ri'eau en 124 jours.
Les vents alizés du nord-est soufQent presque consLimmenl et assainissent le pays; ils éprouvent quelques interruiilions pendant l'hivernage, mais, pendatil la saison sèche, ils acquièrent une intensité beau-
coup plus grande cl liAlenl le nord, surtout sur le versant atlantique'.
Les courants marins ne sont pas aussi bien établis. En général dans
la mer des Anlilles. où les marées sont à peine sensibles (0". 00 au plus),
il ï a un courant côtier portant vers l'est, c'est-à-dire en sens inverse
1. I>>n« \rf HiTiiiiTS mois de l'aniii^^, Jo grand couranl ai^ricn qui suil {iriunjpalMiicnl rimnunui* Talli^ du Mississipi, produit dans le goUp dti Vriiqtte ^t jusqtir dans la nirr i\es Inlilln cTf raiipA de veut apjiel^s nortet, si rounus des iDariiis. C'est la répétilion agranilii) •la ph^ami'ne qui se produit dans le golfe du Lion, où l'iiilluence de la vaille du BhAiir sur ri|iparilioti du tiiisiral >-sl bien éublie. V^s pTlurliatiiins m- font sentir jusqu'à Oolon, une [oii |iar an en moTenni-, mais, tous li>s quatre ou einij nus seuleineni, avec une intensité r^lle d'autant plus dangen-usi', ipr''llrs nrriYrnt inopini'inrnl, sans que le ciel ni \e baromètre en lunonci-iil Tiifiprochc. Kii (|iiili]iii' niinule^, rllrs nMrkin'ul liuili- li'iir violrriii-.
du grand couranl équatorial qui donne naissance au Gulf-stream. Sur les côtes du Pacifique, il se produit à la rencontre des courants mexicain et péruvien un courant portant en moyenne à l'ouest et contournant tout le golfe de Panama. Les marées, qui sont ici fort importantes, en modifient la force et la direction d'après les circonstances locales. L'amplitude des marées sur la côte occidentale du grand isthme varie beaucoup, elle n'est que de 1°*,20 dans le golfe de Tehuantepec, de 2", 70 sur les côtes du Nicaragua, de 3", 30 à Chiriqui, tandis que la mer marne de 6",40 à Panama, de 6 mètres au Bayano, de 7°*,70 dans le havre Darien au fond du golfe de San Miguel et de 4 mètres dans la baie de Gupica . Le niveau moyen des deux océans étant sensiblement le même, il résulte de ce chiffre que, à mer basse, le niveau du Pacifique est en contre-bas de celui de l'Atlantique d'une quantité égale à celle dont il le domine à mer haute. Dans la partie de cette longue chaussée qui a été le mieux étudiée et où les nivellements ont eu le plus de précision, on a constaté cependant que le niveau moyen de la rade de Panama est un peu plus élevé que celui de la baie de Limon. Cette différence assez insignifiante se confond presque avec les erreurs instrumentales, elle varie suivant les époques de l'année. De 0",04 en moyenne aux mois de novembre et décembre, elle atteint 0'°,25 en mai et juin. Les causes locales ne suffisent pas à expliquer ces différences qu'on peut attribuer au régime général des courants dans les deux océans. L'établissement du port de Colon est en retard de neuf heures environ sur celui de Panama; par conséquent, quand il est pleine mer ou basse mer à Panama, il est mi-marée à Colon, et chaque jour la différence de niveau maxima entre les deux mers est égale à la demi-amplitude de la marée du Pacifique, moins le quart de l'amplitude totale de la marée de l'Atlantique, soit en fin de compte 5™,20-0™,15, c'est-à-dire 3",05. En vives eaux, on peut donc établir qu'aux extrémités du canal en construction le niveau du Grand Océan est de 3 mètres au plus tantôt au-dessus cl tantôt en contre-bas du niveau de la mor des Antilles. Si le canal projeté communiquait librement avec les doux mers, il v aurait donc des courants alternés dont chaque phase durerait environ six heures; l'étalé serait de très courte durée, parce que Tégalité des deux niveaux se produirait vers mi-
COUP D'ŒIL GENLriAI, Sl'H I.ISÏIIMK COI.OMBIKN. SH
marée tlu Pacifique, au mnmcnl m*'mi' où la vitesse iKascensioii on l^dcsccule attfindniit son maximum, îrâce à la grande quantité d'eau contenue dans l'atmosplière, la ^péralnre n'est jamais excessive; à une faible altitude, le tlicnnomètre se maintient entre 18" et 54*; le plus souvent il n'oscille en vingtquatre heures qu'entre 22° et 50°. qui constituent aussi les moyennes des températures extrt^mes. A Panama, le passage du soleil auzt5nilli a
lieu le I j avril et le 29 août. Le maximum absolu se produit une quinzaine de jours après le premier, c'est-à-dire vers le \" mai. époque à laquelle l'atmosphère renferme le moins de vapeur d'eau et par suite l'afTIux de chaleur est très intense. I.e minimum absolu correspomi habituellement an solstice d'hiver.
La température moyenni? générale dépasse légèrement 20°, et l'écart moyen journalier entre l'heure la plus froide de la nuit et la plus chaude du jour est inférieur à 8". Cette faible dilTérence est un des vlénienU lc:« plus importants pour permettre ilc juger la nature ttu lal. Celui qui nous occupe e^l donr des |ilus constanis, Rurlout sur
40 I.E (lANAI. IlE PANAMA,
lo versant atlantique, grâce sans doute n la température presque invariable (27°) du courant équalorial de la mer dos Antilles, tandis que la moyenne de l'océan Pacifique est d'un degré moindre et comporte des variations d'une amplitude totale d'environ 7".
Jamais dans une même journée la différence extrême n'a atteint H*. Le maximum a lieu en moyenne un peu plus tard que dans nos climats, soil dans les environs de trois heures du soir, et le minimum très peu avant le lever du soleil. A. mesure qu'on s'élève, la température diminue. La moyenne annuelle tombe d'environ 1 degré par 170 mètres d'altitude, et la limile des neiges éternelles sur les pics les plus élevés de la chaîne des Andes situés en Colomhie, à proximité de l'isthme, se trouve entre 4700 et 4800 mètres. Les plus hauts sommets de la réfîion comprise entre les ramifications orientales de la chaîne de Chiriqui el le sud du Choco no s'élèvent que de 1400 à 1500 mètres; on ne saurait y chercher une température moyenne inférieure à 20° qui correspond à cette élévation. Sons le climat équatorial américain, relativement si modéré, et à une telle altitude le blé et le bananier, le palmier el la fraise poussent également bien, el c'est dans ces conditions d'éternel printemps que l'on conçoit le paradis terrestre.
Au Darien, la température moyenne rsl de 27"; ce[ieridiuil la brise vivifiante du nord rafraîchit partout l'atmosphère, aussi ce climat n"exerce-l-il point sur les Européens une indueuce très débilitante; ils y sont moins anémiés el moins accessibles aux maladies que les créoles des hauts plateaux de l'intérieur. Ixîs épidémies de fièvre jaune, lie choléra et les insolations même sont à peu près inconnues dans l'isthme colombien.
L'évaporation pendant la saison sèche est considérable et atteint en moyennes millimètres par jour, aussi l'humidité esl-clle toujours très sensible.
La pression bai'oniélrique est tout à fait normale, 759 millimètres en moyenne, el ne subit guère d'autres variations que le nmuvemenl diurne de 2 ;i 4 miilimèlrcsqui, sous la zone lorrido, a la régularité d'une mai'ée alnmsphérique et présente, comme cette dernière, deux maxinia et deux mininia espacés en général l'un de l'antre de six
COUP n-ffilL GENRRAI, SUR L"ISTHMR COLOMBIEN, \\
liciii'es. Le maximum de jour a Heu entre neuf et onzp heures du iniilin, le minimum entre trois et cinij heures du soir. Ces oscillations sont plus régulières que celles do nuit. La pression pendant la saison des pluies, de mai à novembre, est inférieure à la pression pendant la saison sèche, de décembre ù avril. L'écart extrême atteint à peine 9 millimètres et varie entre 754 et 7fi5 millinièlrcs; dans nos climats, cette différence dépasse 40 millimètres. La pression atmosphérique est aussi constante ijue la lempératui'c.
s de réflisf df lus Jloiyas.
Il est donc certain que rislhme ne méiite pas sa réputation d'insalubrité. A l'exception de quelques localités mal aérées, situées près de marais stagnants {comme l'ancien Panama) ort s'amoncellentet se décomposent les déirilus végétaux, la contrée est saine. Le versant du Pacifique est surloul dans de botiries condilions climatologiques. Avec un confortable suffisant et les facilités que présentent certaines hauteurs admirablement ventilées pour l'élabUssement d'un sanatorium à l'époque toujours plus dangereuse des changements de saisons, l'Européen peut y vivre longtemps sans mémes'yanéniier beaucoup. Ainsi que ledit si bien mon bien cher collaborateur, camarade et ami. Reclus, dans
le consciencieux rapport qu'il m'a adressé le 47 mars 1 879, et que j'ai déjà eu l'occasion de citer, ce qui a valu à toute cette région sa triste et injuste renommée, ce sont les fièvres et les maladies que contractaient les mineurs quand, le chemin de fer n'csislant pas encore, on était forcé de faire la roule de Colon à Panama en embarcation, à pied et à dos de mulet. Plusieurs journées passées sans abri dans de petites pirogues ou des marches pénibles à travers les terrains détrempés par les pluies et transformés en épouvantables ornières au passage de la moindre ravine, sans repas réconfortant, sans gîte la nuit, sans pouvoir changer les vêtements mis au départ, prédisposaient les érnigranls à l'absoi-ption des moindres effluves paludéens. La plupart d'entre eux étaient du reste des aventuriers, des mineurs de bas étage, gens de sac et de corde, ayant déjà la santé ruinée par toutes sortes d'excès. Les dangers de la route, à plusieurs reprises infestée par des bandes de brigands, augmentaient encore la terreur qu'inspirait ce passage et servaient à accréditer la mauvaise réputation de l'isthme tout entier*. Mais ce qui a le |dus contribué à enraciner ce renom d'iiisuluhrilë, ce sont les légendes, répandues à dessein par les personnes intéressées à éviter la concurrence, sur la mortalité qui a sévi panni les travailleurs employés h la coustruclion du chemin de fer de Colon h Panama. On a poussé l'exagération jusqu'à dire qu'il y a un homme enterré sous chaque traverse de la voie, que 154 chefs de gare étaient moi'ls dans une seule slalion et autres plaisanteries aussi lugubres que ridicules, mises à néantpar les chiffres officiels suivants, fournis par feu le colonel Totten, ingénieur en chef de l'entreprise. Pendant toute la durée de la construction, c'est-à-dire cinq ans, il est mort 295 ouvriers blancs sur 6000 employés, l-iO noirs classés et environ 400 Chinois, qui se sont presque tous pendus à la suite d'une de ces véritables épidémies morales qui sévissent pai'fois sur les Asiatiques lorsqu'ils sont maltraités.
En ce qui concerne la mortalité des em|)luyés du canal, depuis quatre
1. L'Américain Ran HiiiihpU, à twiiii' âgé de vingt ans, se thargM. h (lartir dfi ISaO, avec quelques babitauls honnêtes de Paiiamit, de purger les roules des bandes de tiiisiTables qui les exploitaient. En appliquant avec une froide énergie la loi de Lyndi, ee moderne Thésée n'-ussil h assurer la Iranquillilé des voyageurs el la sécurité d;i Iransil,
r.ovp h'œil genehai. son i/isthme colombien. «
ans qu'il est commencé, elle acerlainemenldépasséun peuloscliifTrps atteints habihiellenient dans les grands chantiers d'Europe; mais si l'on lient comple des mauvaises conditions dans lesquelles on s'est trouvé au début, pour déboiser, aménager les eaus el construire les liabltatinns voulues, du choix médiocre et de l'hygiène déplorable de la plupart du personnel blanc, du peu de vitalité des noii's jamaïcains, qui fournissent plus de la nioilié dos travailleurs, des vases et terres su[ierficielles remuées, bien plus malsaines que les roches qu'on aura à faire sauter
plus lard, il y a lieu de se déclarer relativement satisfait de n'avoir pas eu en moyenne, dans l'isthtno, plus de 5 pour 100 de décès annuels.
Dans les solitudes du Harien, comme le déclare le commandant St?lfridgc, après une expérience portant sur un grand nombre d'hommes blancs, le climat est presque partout aussi bon que celui de n'importe quel pays tropical. Malgré des fatigues excessives, une alimeutatioii irréguliére. l'humidilc perpétuelle des vêtements, le manque d'abri pendant la nuil, les insomnies produites par les hordes d'insectes qui infestent les forôls vierges, plusieurs des membres des commissions interu.itionales, à la tète desquelles j'ai eu l'iiuniieur d'être placé, se
sont mieux portés qu'ils ii'auraitiiil pu le l'aire au milieu de circonstances analogues dans les zones teinpén'{'s.
D'après des docunniuts conservés à Bogota, le Daricn aurait été peuplé primitivemeni par des Indiens Paparos ou Darienes, anx mœurs paisibles et réservées. Ces trihus autoclitIif>ncs,qui se rallacliaient sans doute aux aueèlres fies Indiens actnels du Clioco, avaient déjà couiplèfemeiit disparu il y a un siècle, et vivaient principalement entre le Pucro et le Yape, affluents de droite de la Tuyra. Elles doivent avoir contribué, par les inévilablcs mélanges qui se produisent lors d'une invasion, à augmenter la mansuétude des petits groupes qui habitent actuellement les autres tributaires avoisinant ce fleuve.
Les aborigènes du Darien sont de race caraïbe on caribe ' ; ils appartiennent aux tribus des Indiens Cnnas ou Irraïqnes, s'appellent Tnle on leur langue et ne diffèrent entre eux que par leur plus ou moins de sauvagerie.
Tous ont l'esprit indépendant : mais il n'y a que les Indiens qui habitent les bords du Canaza, tributaire du Bayano. et les sources du Chucunaqiic, qui soient vraiment féroces cl qui re|iousBcnt à main armée les incursions faîtes sur leur territoire. Une liadilion peu précise les fait venir de la |)éninsule de Goajira à la frontière dn Venezuela, dont la race passe Imijonrs pour indumplalde. Ceux de la côte de l'Atlanlique, parlant le même idiome que les précédents, divisés en
i. Lors clf la conqii(>lc, les Grandes Antilles élaiont poiipléos par les Cibuneys ou I^éris, qui vonaii^nl de l'Ouesl, mais dont la civilisalion Était asseï pru avancée; ils ne conuaissaieat pas le fer; île mœurs paisibles, grands, bien faits, les traits doux et réguliers, la ptiysiononiie ■vt^usnle, ils (tilTéraient notablement, surtout suus le rapport. psycliiiiue, des terribles (bribes répandus dans les Petites Antilles et le long de la côte, de l'OrÉnoque au Darien. Ces derniers se nommaient enx-mt^raes Calinss ; ils (étaient brates l't svenlurcui; habiles navigateurs, îU entreprenaient souvent d'audacieuses eip<Milions en commun, sous la conduite du doyen des clicfa, et l'on a pu les comparer aui Vikings on llois de la mer Scandinaves. Ils adoraient les astres et surtout la Lune, qui était du genre masculin et qu'ils considéraient comme le père de Riali, le tondateur de leur nation ; ils croyaient que les âmes se réfugiaient aux cieui sous la forme d'étoiles et servaient encore i diriger les grandes piro^ics sur le vaste oc^an. Les femmes esclaves n'obtenaient jantais que le rang de concubines des guerriers. Ceux-ci éldent cependant polygames. Les Caribes ou Câlinas, qui connaissaient le curare, se divisaient en pelitM tribus pillardes et iuilépendantes ; e>-Iles vivant sur le bord de la mer s'avançaient de plus en plus i l'ouest. Les indigènes de la péninsule Goajira. aui frontières de la Colombie et du Vénëa)iéla, ont mieux conservti que tous autres l'ensemble de ces traits physiques et moraux; leur babilelâ aux exercices de tir (ils peuvent tenir une pi'lole de roton en l'aîr à coups de ftècbe pendant trois heures consécutives), leur sauvage amour de l'indépendance et la pauvreté relative de leur pays les ont fait résister â toute tentative d'assoupli -s.'iin'nt.
COUP D'ŒIL GÉNÉItAl SUB L'ISTHME COLOMBIEN. ih
|)lusieurs petites tribus, dont le village de Pulrigandi est on quelfiue sorle la capitale, et ceux de Paya sui'lout, sont assez doux; ils font des échanges avec les chercheurs de caoutchouc, qui ont envahi leur patrie, et, s'ils soufTrcnt parfois des abus que ces derniers y commetteni, ils ne se sentent pas assez forts pour en intei-dire l'accès. Les idées religieuses des Cunas sont vagues cl confuses, et. bien que quelques-uns d'entre eux aient cependant des notions rudinienlaires de christia-
nisme, ils sont qucl(piefuis polygames. A l'instar des Incas, les unions entre frères et sœurs sont fréquente». Kii général, ils croient à un fitre suprême (firand-Esjirit) el à la vie future, puisqu'ils laissent prés des morts diverses provisions pour le << grand voyage ». Les vieillards cliai"gésde Iransnicttre oralement les tratliltons sont toujours très respectés; ù chaque mort qui survient dans une case, on suspend à la toiture un bec de loiican : ces amulettes remplacent les archives de l'état civil. r.iunme partout on lu densité de la population est In^s faible, et par cela uième rcxisleuee Irés facile, l'ordre hiérarchique est simple et iminualile. Lecai-ique. caporal ou capitaine de la Irihu, le /e/t' (pontife,
sorcier ou médecin), le camotura (barde ou musicien) et Yurunia ou instructeur militaire des jeunes guerriers suffisent, avec le conseil des anciens, à tous les besoins sociaux.
Le plus curieux de leurs instruments de musique est composé d'une tète d'armadillo (tatou), dont les mâchoires sont lutées dans un humérus d'oiseau de proie ; on souffle par le trou occipital dans cette flûte singulière, qui est suspendue au cou de l'artiste par un collier de perles et de graines rouges de roucouyer.
Quoiqu'il y ait bien peu d'exemples de mélange entre les Indiens indépendants et les autres races, le véritable type indigène est, d'ordinaire, fort d^égénéré. Il y a bien, particulièrement parmi les tribus qui habitent les jolies îles du golfe de San Blas, quelques hommes aux traits accentués, aux membres trapus et développés, mais la généralité a un teint couleur de brique foncée, des formes grêles, une figure ratatinée où le prognathisme est clairement accusé, des yeux petits et enfoncés, des pommettes saillantes, le crâne dolichocéphale et tous les symptômes d'une assez grande dégradation physique; leur chevelure cependant, dont ils prennent grand soin et qu'ils retiennent au moyen de la liga (bandeau de coton tissé) et d'un peigne fort original fait avec les piquants d'un palmier épineux, est longue, belle, abondante, d'un noir lustré, et ne grisonne jamais. Ils s'enduisent fréqueînment le corps avec le jus noirâtre d'un fruit appelé jagua ou caruto (Gerripa americana) qui leur tient la peau fraîche, et quelquefois ils s'ornent le nez et le front avec une peinture rouge en forme de grecque extraite de la pulpe du roucou. Leur manière de parler est étrange et ressemble à une cantilène aux tons cadencés et monotones. La première partie de leurs phrases est prononcée avec un rhythme emphatique en accentuant les dernières syllabes des mots; la fin, au contraire, est dépêchée sans transition, avec une grande volubilité et en baissant la voix. Chaque phrase est entrecoupée d'une pause assez longue et pour ainsi dire ponctuée par les assistants au moyen d'interjections approbatives prolongées. Les termes génériques et ceux ayant un sens moral ou abstrait manquent complètement. Leur système de numération est vigésimal et repose sur le nombre des doigts afférents aux quatre membres qu'on appelle Tulaguena, c'est-à-dire homme complet.
COUP D'Œll GENEHAL SUn L'IîiTHHK COLOMBIEN. 47
Les fêtes sont assez rares cl ue consistent guère que dans une beuverie générale de chicha l'aile avec du maïs pilt5 et du jus de canne à sucre l'ermenté. Loi'squ'ils sont excités par l'ivresse, ils deviennent alors aussi babillards et turbulents qu'ils sont d'habitude graves et taciturnes. Les cérémonies les plus importantes ont lieu à l'époque de la puberté ou lors des euterrenients. I,es naissances et les mariages passent presque inaperçus. Cependanl il ne l'aut pas oublier de mentionner à propos des naissances la coutume bizarre de la coucade, répandue chez toutes les tribus de celle race, que les hommes pratiquent pendant les deux ou trois jours qui précèdent ou suivent la parturition de leur femme, el consistant, comme chacun sait, en un régime calmant subi par le mari qui se repose et se soigne tandis que la nouvelle accouchée se plonge avec son enfant dans le torrent le plus proche, puis vaque, comme à l'ordinaire, à ses multiples fonctions habituelles. Les femmes indiennes, s'occupant de tous les travaux, se fanent très vile; sans être laides, elles sont [)cu agréables; un anneau qu'elles se passent dans le nez ne contribue pas à les embellir; en revanche, les adolescents jusqu'à l'âge de quinze ans sont assez jolis. L'éducation physique de l'Indien commence de bonne heure'. A dix ans. il connaît déjà bien le maniement du machete et il accompagne son père dans ses excursions. On lui enseigne à trouver son chemin dans les forêts les plus obscures en se guidanl d'a[uês les plus légers indices'. Son oreille
t. Les enfants des mélJs et des nègres sont aussi rainiliarisés, presque dès le boTC«aii, avec les diHicullés de la vie des bois. Je me rappelle avoir renconlré une Tois dans la foret qui euTiroiine le cerro Grande ({ju'on appelle maintenant cerro Wfse), un n^^llon de cinq ou six ans hors de loul sentier frayé, à une dislance de 3 kilomètres au moins de la fautle habile par sa famille. Ce mamiul, entièrement nu, mata amié d'un petit coutelas pour couper les broussailles et les plantes parasites, s'exerçait A trouver un chemin dans un fourré épais et s'orientait inalinctivemeut de fa^oii à regagner sans hésitation le toit paternel, vérilalile point perdu au milieu d'un océan de verdure. A sa place, un Européen sans boussole se fût assurément égai-é. Il } a même deux exemples d'ingénieurs connus (Gisborne et t>lter), auxquels cet instrument n'a été d'aucun secours dans les bois des tropiques, par suite de leur pou d'habitude d'observer, de comparer et de di^uire )>our ainsi dire à chaque pas.
S. Mon ami et compa);non dans ma premièiv expédition, le docteur C. Viguîer, frappé de certains faits, dont nous fûmes témoins dans les forêts du Darieu. aussi extraordinaires que ceux rcLitifs A certains animaux (i^hiens, pigeons, oiseaux. i>oi.<(sons mi^aleurs, etc.), a publié, dans In Reiitu pkîloiophiipie du 1" juillet 1882, un très intéressant et remarquable article sur ( le sens de l'orienlntlon et ses organes chez les animaux el chej l'homme », où il explique celte rac.ullc par l'influence erinscierilr ou înconscienLe du magnëlisrae terrestre el il laquelle tl attribue [louc ocKam- les cunaui beuii-iirculaires de l'oreille iiilerne. Ce sixième sens
est promptement habituée à reconnaître l'approche des fauves et son oeil à découvrir les reptiles dangereux cachés sous les détritus qui couvrent le sol. I/esprit d'obsen^ation est toujours en éveil chez lui. Dès Tâge le plus tendre, il sait distinguer les lianes dont la feuille neutralise le venin des serpents, celles qui donnent un baume pour guérir les blessures ou un suc ayant le pouvoir de stupéfier les poissons. Il connaît les espèces qui se prêtent à mille usages domestiques et sait se garer de celles dont les épines produisent des plaies inguérissables. Il apprend à trouver le chou comestible au sommet des palmistes, le cacao dans les gorges ombragées, ou le miel des abeilles dans les creux des troncs d'arbres pourris. Aussi, quand l'âge viril arrive, il n'a besoin de personne et il suffit seul à tous ses besoins. Il sait pourvoir à sa nourriture et se soigner quand il est malade. Il supporte stoïquement les maux qui peuvent l'affliger; son fatalisme et son indolence font que la mort même le trouve toujours préparé. « Mon heure est venue », ou ce Je vais me reposer, mon ouvrage est terminé », sont les seules observations qu'il fait à son approche.
Les honmies chassent et pèchent avec adresse. Le machete, l'arc, la sarbacane et le fusil sont les armôs préférées; ils n'empoisonnent que les petites flèches ou barbillons de la sarbacane, encore fort rarement, et le vrai curare semble leur être devenu inconnu ; ils manient très habilement le viruliy sorte de javelot emmanché sur une longue tige avec lequel ils clouent les poissons sur le fond; ils conduisent les pirogues et aident un peu les femmes à déboiser les terres mises en culture, et au moment des semailles et des récoltes. Ils marchent avec une grande rapidité, se fatiguent assez vite et s'orientent admirablement grâce à une étonnante mémoire des localités, à un esprit d'observation toujours en éveil et sans doute aussi grâce à ce que leur sixième sens, ou sens de direction, n'est pas encore aussi émoussé chez eux que chez l'homme civilisé. Une incurable paresse serait le seul de leurs défauts, si le contact et l'exemple des hommes de couleur, qui les ont si souvent trompés, ne les avaient rendus faux, vindicatifs et ivrognes. Toutefois,
s*oblitère naturellement faute d'exercice chez Thomme civilisé et est éclipsé le plus souvent par ceux de a vue, de l'odorat, de l'ouïe, ou du toucher, de même que ce dernier rest par celui de la vue lorsqu'on éclaire subilenienl une pièce obscure dans laquelle on se dirigeait à tâtons.
COLP D'ŒIL GÉNÉRAL SUK nSTUMK COLOMBIKN. 51
eu les traitant avec douceur, justice et rermeté, ou peut nouer avec eux des relations assez sûres, mais il ne faut pas compter les assujettir à un travail quelconque, leur dignilé exagérée les en empêche. Ils ne peuvent êtr% employés que comme chasseurs ou palrons d'embarcations de rivière; mais ils évitent soigneusement le bruit, l'activité débordante qui règne dans les agglomérations d'étrangers; leur naturel timide et réservé étant en opposition complète avec l'expansion des races plus vigoureusement trempées, ils sont forcés de s'éloigner sous peine de se voir absorber entièrement par elles.
Les Indiens Chocoes ou Citaras, tout à fait soumis, qui habitent les plaines du Choco sur les deux bords de l'Atrato, la vallée du Sinu (Catios d'Antioquia), les bords du Cauca et ceux du Magdalena inférieur, pourraient être désignés sous le nom d'Indiens Do, pour les distinguer des Cunas qui, depuis Paya jusqu'à Acanti et à la baie de San-Blas, se nomment tous Tî, d'après deux mots de leurs idiomes respectifs signifiant rivière. Les deux races n'ont aucune ressemblance physique, leurs langues n'appartiennent pas à la môme famille. Les Z)o, moins moroses, sont plus grands, plus élancés que les 7ï, (*t conservent leur pureté de formes jusqu'à un âge avancé. L(»urs femnn^s n'ont pas de vêtements pour recouvrir la gorge, qui (»st souvent d'une» beauté sculpturale. Les sorciers ou jaybanas des IndiiMis du Choco continuent à exercer leur inHuence, concurremment avec quelques très rares missionnaires, sur ces hommes hospitaliers, inoffensifs et nullement fanatiques*.
Dans l'isthme de Panama proprement dit, il n'y a plus d'Indiens, mais une population résultant du mélange de ces derniei^s avec les
i. Cepeiidtnt, à répoque de la conquête, les Indiens Do, Catios ou Chocoes, habitant la région de ritrito, coiiune ceux qui peuplaient la vallée du Cauca, étaient anthropophages, ainsi «|a*en témoigne Cieza de Léon, tandis que les tribus du Darien, dont le naturel est maintemant bien plus féroce, n*ont jamais mangé de chair humaine. L*anthropophagie était du reste fréquente en Amérique, particulièrement au nonl de TÉquateur, ainsi que le prouvent de nom- ^Nvux Kjokkenmôddings ou amas d*os brisés pour en extraire la moelle; dans les mêmes looattlés, habitées successivement par différentes races, l'anlliropophajirit» a varié avec elles. Sur %t grand plateau d*Anahuac, par exemple, la cruauté des Aztecs fut bien plus ^M\inde (pie celle Mayas. Dans un seul sacrifice pour la dédicace du temple de Mexico à lliiitzilopochtli, le de la guerre, le prédécesseur de Montéziiina, Ahiiitzotl, lit éventrer soixante-douze mille Hxois cent quarante-quatre victimes. L'arrivée des Espagnols fut donc un bienfait sous ce ■apport, sinon chez les Nuyscas ou Chibchas, au moins dans le pays d'Anahiiac, et lit cesser ^:l*hornbies et nombreuses hécatombes humaines, de même que l'arrivée des Anglais au ^Miomey et diez les Achantis a mis un tenue sur la côte d'Afrique à de sanglants sacritlces.
noirs {zambos), les blancs (métis) et même les Chinois. Toutefois l'élément africain domine comme nombre, et les mulâtres, quarterons, octavons, etc., provenant des blancs et des nègres, et teintés de sang indien à divers degrés, occupent les premières places et les plus importantes situations dans le pays. Le haut commerce est cependant presque tout entier entre les mains de blancs purs, pour la plupart étrangers.
Les villages et hameaux des côtes sont presque tous habités par des chercheurs de caoutchouc ou de tagua.
Ces hommes, métis plus ou moins foncés, mélange de blancs, d*Indiens et de nègres dont la dure et pénible vie se passe presque entièrement dans la forêt, sont obligés de tailler à coups de hache ou de machete (sabre droit et court dont ils se servent avec une prodigieuse adresse) le sentier devant les mener vers l'arbre convoité, au milieu de la végétation luxuriante qui leur oppose mille obstacles. Tous les hommes de couleur qui habitent soit les villages du Darien maritime ou le reste de l'isthme ont des mœurs douces, et leur unique défaut est un penchant irrésistible pour les liqueurs fortes. Lorsqu'ils vont au bois, ils sont chaussés d'abarcas (sandales), coiffés d'un mouchoir, vôtus d'un petit pagne ou plus simplement d'une pampanilla, autre mouchoir passé à la ficelle qui reste toujours serrée aux reins et leur sert à suspendre le machete, le briquet et tous les objets indispensables que nous portons à la main ou gardons dans nos poches. Ainsi que le dit spirituellement M. Reclus dans Tintéressanfe relation qu'il a publiée, en 1880, dans le Tour du Monde et qui a depuis été éditée à part*, cette ficelle est la partie la plus importante de leur accoutrement. C'est la « première culotte » des garçons de cinq à dix ans; ils ne portent pas autre chose, et de bonne heure ils doivent s'habituer à cette ceinture économique : il faut qu'elle durcisse et parcheminé la peau des reins.
Dans les départemenls de Veragua et de Chiriqui surtout, les Indiens redeviennent prédominants; niais, sauf en un point dans la vallée de Miranda, ils ne sont plus organisés en tribus ; ils parlent tous l'espagnol et se livrciil à Tagriculture. (iénéraleiiient dociles, ils travaillent bien et à assez bon compte. Cctle population, infiniment plus dense, plus robuste et plus foncée comme couleur que celle du Darien, se rattache
1. Panama el Darien^ par Armand Reclus. 1 vol. chez Hachette. Paris, 1881.
i:oi:r ii'œii, r.riNKiiAr. suit listiimi^ coi.oMiiiKN. is
aussi à une civilisation moins primitive. On trouve en effet sur les plateaux de Chiriqui de nombreuses Imacm ou guacas (tombeaux] renfermant des bijoux, des ornements presque toujours en or, curieusement fouilles et dont l'art naïf dénote des traditions inlellecluclles bien au-dessus de celles des petites tribus sauva^jes, mais indiipendantcs, qui végtMenl encore sous les sombres et mystérieuses forêts du Darien depuis le fjolfe de San Dlas jusqu'à celui d'Uraba.
Panama. — Buinea ilu luIIckc dus Jesuik'>.
Outre les villes de David, de Sanliagfp, de Lus Sanlos, et les nombreux villages que l'on rencontre surtout sur le versant un'n'idioiial des départements de Cbiriqui et de Veragua, les plus peuplés de tout l'État de Panama, l'islbroe, entre les golfes de Parila et de San-Miguel au sud, l'embouchure de l'Alrato et celle du Coclé ou Penomoné au nord, renferme plusieurs villes et autres centres de population.
Panama, la capitale de l'Étal, tient naturellement la tête avec environ 25000 habitants, y compris les faubourgs. Elle s'étale à l'orient des pointes dentelées du cerro de Cabras, au pied du nmnt Ancon, entre le double azur du riel et des flots. Après la destniclion en 1(170 du Vieux Panama par le llihustier Morgan, le gouverneur Cordova lit rebâtir la
nouvelle cité un peu plus à l'ouest sur une presqu'île rocheuse dont Tîngénieur Villacorte fit une place très forte entourée d'épaisses murailles et de bastions, aujourd'hui presque écroulés sous l'action du ressac et des plantes pariétaires et sarmcnteuses. Bien déchue de son ancienne splendeur, cette métropole du commerce du Pacifique au siècle dernier est aujourd'hui à demi ruinée. Des incendies successifs dont elle se relève lentement l'ont en grande partie détruite; pourtant Panama a grand air encore : elle emprunte à sa belle cathédrale et à ses couvents délabrés, mais imposants, l'aspect d'une ville considérable. Les tremblements de terre y sont pour ainsi dire inconnus*, ce qui a permis d'y édifier de hautes maisons et des constructions publiques qu'on chercherait vainement ailleurs dans les républiques de TAinérique centrale ou au Mexique, dont le sol instable est criblé de volcans encore dans la période éruptive.
Le chemin de fer, avant le commencement des travaux pour le canal interocéanique, y faisait transiter annuellement 27 000 passagers et 270000 tonnes de marchandises assez riches pour payer les prix exorbitants imposés par la compagnie qui l'administre. Aujourd'hui ce mouvement est double pour les marchandises en y comprenant le matériel d'excavation, et le nombre des voyageurs transportés dépasse 550000, dont 94 pour 100 sont des ouvriers du canal.
Quelques petits points de la cote du Cauca et du Centre-Amérique s'approvisionnent encore à Panama, qui est un port franc; mais ce commerce tend à diminuer, au grand détriment des maisons possédant des dépcMs considérables de marchandises diverses et attirées dans cette ville par la salubrité relative de son climat ainsi que par les facilités de communication avec toutes les parties des deux Amériques. Nul doute que ce rôle d'entrepôt ne lui revienne de nouveau et bien agrandi lors de l'achèvement du percement de l'isthme.
A l'extrémité sud-ouest du territoire qui nous intéresse particulièrement se voient les villes de Nata et de Penomoné, puis les bourgs de Agua-Dulce, Anton, San -Carlos, Chaîné, Capira et la Chorrera; ce dernier, silué dans la grande savane à l'ouest du rio Caïmito, est au milieu
1. Cependant, en septembre I88*i, il y a eu une secousse volcanique assez sensible, mais qui n'a pas produit de dégâts importants ni occasionné la mort de personne.
COUP ïl'ŒIL fiÉNÉRAl, SUH l.'ISTnMK COLOMBIES d'imporljintos haciendas (fermos) d'élcvngd. dont les praiik's soiU bien ann^liorées aiijoui'd'luii par l'iiilrotluclion, l'aile, il y a ipiaranlc ans, par M.IIiirladn.il'iin oxrrllenl fourrage fourni par l'herbo dilcPirrrt.ilc son lieu d'origine. Pacora et Chepo marquenl, de l'autre enli- du elieniin de fer de Colon à Panama et de la zont; d'aeliviti; cpi'il a créée, la liinile de la région des savaïies. An delà du Bayaiio, il n'y a plus ni éelaircies naturelles dans la forêt, ni terrains défrichés, ni nu^me de sentiers, jusqu'aux villaires en pailliities du llai'icn niarilinie. Chi-
ni»n, Ttaraeliiné. la l'aima, Cliepigana. Tucuti, Vavixa, Midineea ci Pinogana, Ions liahilés par les métis clinrlicurs de (■aoulelnmc et dtlaipm.
An centre de ristliiue. lUi n'inan|ueles villages ilc Ariaijan. Cruces. San Juan. (^alun. la (iorguna, Matachiii '. Ilmperador. et feu\ de plus
). U nom Ae ci- ïillae»- ne si^nitir pas liii loul u tue Chinois o en r^ljniol, iiiRsi que le rroient ?i lorl b«'nncou|i Uc Yopseiirs. mais Incii • iiaiilîn, maiioniieUr «. La carte d 'Kiqu truielin, tfdil.Vm IfiaC, rV:*l-!i-dire |i1ub d'un sièilr- ri <li-uii avani l'irilroilurliod d.'s ):éle,ies,[u'iiii
ilit atoir pi'ri flans i" liavaux du chemin de fpr. hnlii|H>' di'jà Mnlnrliiii ion cliii]! Ii- noni
a|>pljqui> au ïillaRp rnnslmil au Riand euude du Clisitn-.
se LE CANAL tiE PANAMA,
récfinte création do Rohio-Soldado, Bucna-Vista, San Pablo, Obispo, Cu- Icbra, Paraiso, l'ediii-Mîgiit'l, liio-Grande et Coriozal. donl la plupart ont pris beaucoup de développrniriil par l'installation des chantiers du canal, puis les hameaux indiens de Paya, Tapalisa, Tatareuna, Cuque, Cuti, et enfin le nouvel ètablissemenl de Santa Cruz sur remplacement récemment retrouvé des anciennes raines de Cana.
Sur le vei-sant scplenlrional, la côte est presque déserte depuis Bocadel-Toro et Cricaniohi, dans la niagnificiue lagune de Chiriqui, jusqu'à Cliagres, à l'embouchure du llcuve de ce nom. Ce village, si prospère il y a trente ans, défendu par le beau fort San Lorenzo,cst mainlonanten complète décadence.
La ville de Colon, dans l'ile basse cl marécageuse de Manzanillo, ji l'entrée de la baie deLimoti, Ictc du cbcnjiii de l'er qui réunit les deux océans, attire à elle loul le înouvcrnenl. iluit cents navires, pour la plupart paquebots de gros tonnage d'Europe ou des fitals-Unis, s'amarrent annuellement à ses wharfs. Colon ou Aspinwall est aussi un port franc et comptait près de 12000 habitants avant le criminel incendie qui vient de le déti'uirc en majeure partie le Hl mars 1885.
Sur l'ancien terre-plein du chemin do fer, au bord m/;me des petits étangs aujourd'hui comblés quidraincnt les marais environnant la ville, se dressait un fort beau groupe en bronze, Christophe Colomb présentant l'Amérique à l'Ancien Monde. C'est la .seule véritable œuvre d'art qu'on remarque dans l'isthme; elle a été donnée par l'impératrice Eugénie ù son parent éloigné le général Mosquera, alors président des États-Unis de Colombie'. C'est ici effectivement que le grand navigateur, né à Calvi (Corse), et non à Gènes, comme on l'a cm pendant longtemps, aperçut la terre ferme presque pour la première fois et c'est lui qui nomma Naos la haie qui porte actuellement le nom de Limon ou Navy-Bay. A l'époque de la lièvre de l'or en Californie et durant la construction du grand transcontinental de New-York h San Francisco, le mouvement des voyageurs était plus considérable, et Colon- Aspinwall devint le remicz-vous de mineurs, de chevaliers d'industrie et d'aventuriers de toutes les couleurs. Cette cohue, l'écume des
1. Ce grou|M*, ex(k:iilé par M. Carrior-DollriiM.-, rsl mijourirhui Imiisport^ un peu au sud,
sur le nouïfau ti-nr-iilciii qui prolégp IVnlrAc du futur canal el érigé vn (wi' inOme de son i'\lri-mik' iionl iiir un pirilcslal di- liauli'iir plus rniivrnajjle.
COlli' [l'fKll CKNKIur. Slt; L'ISTHME COLOMBIKN. 57
diverses races, ne passait pas un jour sans orgies, sans rixes, sans vols et sans coups de revolver, préparant ainsi par de Iiîdeux excès une proie facile à la lièvre paludéenne, mais aujourd'hui voyageurs et marchandises ne font guère que transiter. Cependant la ville s'accroît d'une façon plus normale et tout aussi rapide par laffluence des
SUIue de Gii'iEhi|ili^ CuIuiilIj uvuiil si Iraiiïlalinii nii iiouii-nn l('i'rc-|)li'l[i,
ouvriers et des marchands qu'attirent les travaux du canal, el elle renaîtra de ses cendres plus vigoureuse et bien assainie.
Le bourg de Galuri est le centre de la (lorissanlc cullure des bananes destinées à l'exportation, culture envahissant de |ilus eu plus, nonobstant l'augmentation récente de la main-d'œuvre, les marais qui autrefois garnissaient exclusivement les deux rives du bas Chagrcs.
Porlo-Bello esl une cîlé à moitié mince assise au fond de l'excellent
58 Lf-: CANAL llK l'ANAMA.
pori jadis si rivi]iif>nlé auquel aboulissiiit la roule pavée conslruitc par les Espa^'iii)ls pmir rrlîi^r l'annmn ;'i l;i mer dos Aiililles. Porlo-Bcllo ost siliit'c un pou ;i rocL-idcnl du paiiil m'i Nicuesa fonda Noinbrc-dc- IHoscn i:)iO.
Plus à l'est se trouvcul les liatueaux indiens de Manzaiiillo, Itio- Cidra.Ilio-Azucar, Naigana oijRii>Dialjlo,Playon-(irande, Playon-Cliico, Rîo-Manana, Palenqne, Isla-Paloma, Napacanli, Rio-Mono, Cuili ou Rio-Mosquito, Sassardi, Caledonia, Carreto, Asnachucuno, Asmila,
Acanli, Carti dans le petit areliipel des Mulalas, Puti-îgandi, Tanela, Cuque, Culi, Arqiiia, etc.... Enlinsurlesliords, mais à une assez grande dislance de l'embrmebure de l'Alrato, il y a les bourgs de Rio-Sucio' et de Murindo, habités par des métis de nègres et d'Indiens Do pour la plupart elierelieurs d'or, de i^aoutchouc et d'ivoire végétal.
Telles sont les principales localités de ce vaste territoire comptant une population agglomérée; leur nombre e\ surtout leur importance s'accroissent sensiblement par suite des travaux du canal maritime, et
i. Le centre d'aciion volcaiiiqu
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CUIJl' D'ŒIL liÉNfiriAl, .Sm l'ISTIIME COLOMBIEN. 61
dans bien des points maintenant le mystère el le silence des forêts islhmiques sont déchirés par les sifflets de la vapeur et les clameurs de populeux chantiers. Kn effet, de Colon â Panama la ligne est bordée à peu près entièrement de constructions qui relient les différents campements, el l'on peut presque dire qu'il existe aujourd'hui une seule ville dont la rue immense s'étend d'une mer à l'autre.
Parmi les principales dépendances insulaires de l'isthme colombien, dans la mer du Sud, il faut compter les lies de Coïha, le groupe d'Otoque. de Taboga el de Flamenco, l'ile de Chepilio, l'archipel des Perles et les îles du golfe de San-Migucl. Les premières et les dernières sonl
jiresque désertes; les autres, habitées par des pécheurs, sonl le centre d'assez vastes cultures de fruits, entre autres d'ananas cx(]uis. Flamenco, Naos et Perico sent le siège principal des établissements des grandes coni)iagntes maritimes qui alioutisscnl à Panama. Chepilio la charninnle n'aurait d'iniporlancL' que si le canal se faisait par le Bnyaiio. 11 en est de même de l'archipel des Perles, autrefois prospère |>ur l'abondance des huîtres perliéres; il est maintenant bien déchu, les pêcheries ayant été à peu près épuisées par une exploitation trop active. Ces lies produisent maintenant du vh el des cocos; elles forment un district ou coviarca, portant le nuni de Italboa, dont San- Migucl, dans l'ile del Rey, est le chef-lieu. Les ravissantes iles du gulfc de San Miguel et du havre Uarien, pit-
toresques et verdoyantes corbeilles de verdure subissant du sein des flots limpides et azurés, étalent malheureusement dans une solitude complète la splendeur de leurs formes et les teintes variées à l'infini de cette nature prodigue. Ce panorama sans rival, supérieur par beaucoup de points à celui de Rio-Janeiro, des bouches du Dragon ou du détroit de la Sonde, n'est contemplé que par un nombre bien restreint de caboteurs indigènes. Cependant ces belles nappes d'eaux profondes et tranquilles, enchâssées dans des terres bizarrement découpées et recouvertes d'un riche mantcaadeforêts, offrent aux regards éblouis, éperdus d'admiration, les tableaux les plus divers et les plus enchanteurs de la zone tropicale lorsqu'elles chatoient au soleil en reflétant les nuances mates, glauques ou satinées, brillantes ou sombres, mais toujours harmonieuses, des collines étagées qui les enserrent, des iles aux mystérieux ombrages qu'elles sertissent, ou le profil bleuâtre et adouci des sommets aigus des lointaines cordillères diramées du Pirri ou de l'arête dorsale du nouveau continent.
Dans l'Atlantique, outre les lies fort peu habitées qui ferment l'entrée de la merveilleuse lagune de Chiriqui, il y aurait les îles San Andrès etProvidencia, autrefois repaires favoris des flibustiers, contenant plus de 1200 habitants; mais, à cause de leur éloignement de la côte, elles sont détachées de la juridiction de l'État de Panama et forment un territoire directement soumis à l'administration fédérale de Bogota.