‹ Le canal de Panama: explorations, comparaison des tracés étudiés, négociations, état des travauxChapitre 22 sur 74 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Le secret du détroit. — Résumé de toutes les explorations effectuées.

Depuis un demi-siècle risthnie américain a été parcourn en tous sens par de savants explorateurs qui ont pénétré avec liardiesse dans ses solitudes tourmentées et couvertes d'épaisses forets. La recherche d'une communication naturelle enlre rAllanlique, l'océan d'Kurope el la grande mer du Sud, l'océan d'Asie, ou d'un passaj^^e que l'art pût aisément améliorer pour permettre le transit des navires, est cependant un problème déjà ancien; on peut dire que la première de ces solutions, la recherche d'un passage naturel, date de la découverte du ^'ouveau Monde. Si ce fut le hasaiti, puis l'espoir du butin, qui entrainérent de 983 au commencement du onzième siècle les Islandais, 4iumbjorn, Eric le Rouge, Bjarme, Leifs, Tyrker, Thornfinn et autres «hefs Scandinaves au Groenland et au Vinland, ce fut en quête d'une telle communication que Colomb partit de Palos en 1492.

Les projets grandioses séduisent souvent les esprits généreux à cause des périls mômes dont ils sont hérissés, et il est juste de rendre tiïï hommage mérité à tous tes chercheurs (pii ont consciencieusement tenté de réussir, môme si leurs efforts prématurés ne paraissent point, de prime aboixl, avoir eu de résultats positifs.

Saluons donc en masse tous les anciens chercheurs du xecret du tlélroit. Ce fut là l'aiguillon qui poussa tant de marins des côtes d'Europe vers l'ouest, dans les premières années du seizième siècle.

64 LK (:A^AL lit; PANAMA,

jusqu'à ce que Magelhiu irsiilùt le iimlilôim.' (huis les pai'agcs tempétueux chi lointain hiimisiilière nusinil.

Rodrigue Uasiidas aperçut le premier les eûtes du grand isthme américain. En 1501 ce hardi navigateur visita le golfe d'Uraba, doubla le cap Tiburon et atteignit la pointe de Marbre, nommée maintenant Manzanillo, d'où il retourna en Espagne.

Ce ne fut qua son quatrième voyage en 1 502 que Christophe Colomb ' longea la ciHe de l'isthme dejiuis le cap Gracias-à-Uios jusqu'à Porlo- Bello. Il découvrit, au nord-ouest de la lagune de Chiriqui.la baie magnifique encore appelée d'après lui la baie de rAniirul. le rio Belen qui

1. C'est ii^ul-^trc A l'insu d'Atn^ric Vespuce que sou nom a été imposé à la découvert) de Colomb. Lo pilolo ngreiilin i-lail un leUrê qui avail de nombreux correspondants par lesquels k hruil SI! répandit lentemeni qu'uu nouveau coiiljuenl merveilleux venait d'ftirc visité p«r Amc'ric Vespuce. Sou nom se lixiiiva ainsi associé i la qualrième partie dn monde, taudis que celui de Colomb, moijis populaire, u'étail cité qu'à propos de sn première découverte des Iks. C'est en 1507 qu'un savant de Saint-Uié, Mj'lncomylus, publia un livre de cosmographie avec les relations des quatre voyages d'Améric Vespuce, en proposaul de donner au Nouveau Uoiide le nom d'America. Tlus de dix iklilions reproituisirent le nom de Vespuce «t ta renommée de ses voyages. Dans un (R'Iil livre MHv â Strasbourg, en 1509, ce nom apparut jiour la première foi* comme celui de la nouvelle terre. Dans une carte qui accompagne une édition de l'omponiiis Mêla, imprimée à Bâle en 1Sâ3, on lit : America provineia sur ta partie Hiéridionaie du cunliiient, et plus haut, celle iiiscri[ition contradictoire : a Terres et Iles découvertes par Colomb en 1103. • liés lors l'erreur est comme du domaine public et deviunl irréparable. Il n'est pas probable cependant que l'Iionnéle Vespuce, mort pauvre en 151S, connût la proposition d'Uylacomylus et qu'il ail voulu frustrer Colomb de la gloire qu'il taéritail. Ce plagiat célèbre ne fut pas prémédité, il est dû à un concours de circonstances rocheuses pour Colomb et même pour Vespuce, car ee dentier, accusé, sans doute à tort, d'ingratilude et U'inraniie, expia le trop grand lionneur qu'on lui fll d'ubord en devenant l'objet de la haine et di^ la réjirubation universi-lles. La grande injustice commise par les contemporains de ColotuL et <prou doit attribuer surtout û l'insnlllsanee des communications et ait défaut de publicité de ses découvertes, a «lé en partie réparée d'abord par le magnanime Bolivar. Ce liêros donna A la vice-royatilé de la >ouvi'll(?-Gn'nadi', it la capitainerie générale de Caracas et A la présidence de Quito, délivrées par lui du joug espagnol, le nom de Colombie, nom que ces vastes contrées portèrent jusqu'à la sécession de 1851, époque â laquelle la Colombie fonna trois États indépendants, sons le nom de républiques de la Flou ve Ile-Grenade, du Venezuela et de l'Equateur. Depuis 1861, la république de la Nouvelte-Grenade, soucieuse comme toujours de réparer déGaitivement et autant qu'elle le pouvait l'erreur commiee lu pr^udice de l'illustre navigateur corso-génois, prit oFGeJellement le nom d'Etats-Unis de Colombie. Les sentiments les plus élevés do droit, de dignité et d'impartialité sont l'apanage très distinctif de la vaillante race colombienne et des hommes publics de la plus belle r^on d'Amérique. En diverses circonstances, ta I^oluinbie a donné des preuves de cette tendance si louable. Kêct^^mment encore, elle a donné le nom de Balboa, le découvreur de la mer du Sud, t la comarca formée par l'arehipel des Perle* J'ai personnellement toute raison di; ci-oire qu'elle continuera en tout et partout ces généreuses tiadilîons, et dans cet ordre d'idées je fais des vœux pour qu'elle n'oublie pas de LonsaLier par une dénomination officielle le souvenir de Ximénès de Quesada, le grand et hanb eonquittador de l'empire Chibclia, établi sur les hautj plaleuni de (^undinnmarca, si inju^liiiiinl traitt par Charles-Ouinl et par la renommée.

IIKMMÉ DKS EM'l,(tIlATlUi\S. (15

lux milles d'ur de VuiJifiUii el la biiie ilc Naos ou de

donnail iicui'

Limon où il fil iv[ian'f sfs navires et à l'entrée de larjuelle s'élève

aujouid'lmi la ville de Culnti. En Iô03 l'iniinortel marin reconnut la

poi

linle de San-Blas'cl, en &c dirigeant de là sur Hispuniolti. il lit riau*

frage près de la Janiaïi|ne. Ojeda fonde en 1510 Sari-Sebastian de Uraba, (jui est loeiitiH détruit. La métiie année, Nicnesa veut coloniser Nombre-de-I)ios et Eneiso l'orme, d'après l'avis de Ualboa, en l'aee de San-Stîbastian, le ]ireniier étaliiissement sérieux des Espagnols sur la Ctlte-Kerine sons le umii de Saiila-Maria la Aiiti-jua ilu Karieii. i>

fut le siège du premier éveché créé dans le Nouveau Continent (1514)*. Colmenarùs vient bientôt renforcer ces différentes expéditions. Rojas fonde Acla dans la baie de Caledonia en 1514; Juan de Solis visite avec Pinzon les côtes septentrionales du Nicaragua et du Honduras; Cordoba et Juan de Grijalva signalent l'opulence du Yucatan et de tout le vaste pays mexicain qu'ils appelèrent Nouvelle-Espagne; mais déjà cependant la mer du Sud avait été aperçue pour la première fois le 25 septembre 1513 par Vasco Nufiez de Balboa, qui venait de Santa-Maria la Antigua, située probablement un peu au nord du delta de TAtrato.

Dès 1519, Pedrarias Davila fonde le Vieux-Panama à l'embouchure du rio Algarrobo. C'est de là que partent les reconnaissances dirigées par Espinosa et Badajoz au Veragua, par Davila lui-même et par Andagoya au sud de la Tuyra, par Ponce et Hurtado au Costa-Rica, par Hernandez de Cordoue et Alvarez de Pineda encore plus à l'ouest; mais ce sont surtout les conquêtes colossales faites dans l'espace de vingt ans par Velasquez à Cuba, Fernand Cortez au Mexique, Alvarado au Guatemala et au Honduras, François Pizarre et Almagro au Pérou et au Chili, Spira et Fedreman au Venezuela, Belalcazar à l'Equateur et au Cauca, Ximenès de Quesada', Ileredia, Badillo, le chevaleresque de

1. Transpjrlé à Panama en 1524-20, ce siège métropolitain pourrait donner à son titulaire le tilre de primat d'Amérique ou mieux de Terre-Fermo. Parmi les prélats les plus remarquables qui ont ré^i le diocèse de Panama, on compte le savant auteur de VHisloire de la conquête du royaume de la Nouvelle-Grenade^ Fernandez de Piedrahita et Mg:r TelesforoPaul, récemment nommé archevêque de Bogota (1884). C'est à ce dernier que la ville doit la réfection de l'évéché et de la cathédrale ainsi que Paholilion d'abus choquants.

*i. La rencontr»', au commencement do 1559, sur les hauts plateaux qui entourent Bogota, d(; (Juesada, Belalcazar et F(»dreman, est un des faits les {»lus curieux d(* cette étrange époque. Ces trcus audacicîux conquistadores^ partis de points si ditTérents et si éloignés à la recherche du Dorado, ce cauchemar des Espagnols, si» trouvèrent inopinément en présence aux conûns du monde, au milieu d'une nation inconnue et nombreuse, celle des IMuyscas ou Ghibehas : les noms di; S<'baslian M(»yano de Belalcazar et du licencié Gonzalo Ximenès de Quesada particulièrement, devraient être aussi célèbres que ceux de Cortez et de Pizarre. Quesada partit en 1557 de Sainte-Marthe (alors gouvernée par Vadelantado de Lugo) pour la conquête de l'empire des Muyscas ou des Chibchas, avec huit cent vingt hommes et quatn^vingt-cinq chevaux; deux brigantins les suivaient sur le Magdalena et servirent à rapatrier les malades lorsqu'il eut (|uitlé hîs rives du grand (leuve et qu'il se fut engagé dans la vallée du rio Carare. Ce lettré déploya pendant un an les plus rares qualités de connnandeinent, la douceur, la fermeté, les aptitudi.'s guerrières et une persévérance surhumaine pour se frayer un chemin à travers les fourrés impénétrables et marécageux du bas Magdalena, à peine habités par quelques tribus abruties et saiiva.^'es, et pour escalader les (lancs abrupts de la cordillère d'Opon jusqu*aux plaines élevées de Cundinamarca (savanes de Bogota et de Tunja), où vivait une race d'environ

IIÉSUMÉ DES EXPLORATIONS. 67

Ciîsar el riiifortuiic Robledo dans rintérieur de la Nouvelle-Grenade, qui font connaître la configuration générale du Nouveau Monde. Ces

3 millions d'âmi's ayaiil des idées morales alTmées, une civilisation aussi avancée que celle des Aïlecs et des peuples soumis aux Incas. mais d'une honiogênâilé politique moins compacte que celle de ces derniers surtout. Il n'a manqué aux Huysc^as ou Chîbchas qu'un historien, pour être aussi connus que les habitants des hauts plateaux du Mexique el du P^rou. Les Chîbchas possédaient en effet un calendrier assez analogue nux cycles des Asiatiques, quoique leur semaine ne comptât que trois jours. Leur système de nuuiération décimal el vigésimal indiquait des facultés intellectuelles peu orditiaires. Les Chîbchas i^laienl jHily- Ihéistes, mais leur aullu-opomorphisme principalement sabéisie comprenait des dogmf-s véritablement dignes d'intérêt et prouvant une vigueur psychique eiceptionnelle. Ils adoraîenl b soleil, la bine et les étoiles, n'olTraicnt qu'à de rares occasions des victimes humaines il l'astre du jniir, par exemple au renouvellement de chaque cycle de quinie ans, base de leui^ calculs astronomiques, el il ne semble pas prouvé qu'ils les mangeassent ensuite. C'étaient en gé~ néral de jeunes prisonniers préparés par une longue initiation A la mort qui bs attendait. Selon un rite consacré par un usage ancien, on devait asperger de leur sang les pierres sur lesquelles dardaient les premiers rayons du soleil levant.

La race des Chibchas, forte, courageuse, agricole et laborieuse, présentait un carnctére particulier et une civilisation qui lui était propre. Ds avaient di^passé l'âge de la pierre polie <■! du brome, mais ne connaissaient pas encore le fer. L'origine de cette race et les débuts de celte civihsation sont fort obscurs; elle parait cependant être venue du Sud plutôt que dit Nord, et H. Kano a pu suivre l'exode de ce peuple préincasique, depuis les contins du Chaco ai^entin et les hauts plateaux de Qiiniguaues, Samaipata et Sicasica en Bolivie, jusqu'à Cali ut dans le massif du Quindio en Colombie, en passant par Tiaguanaco, sur les bords dugrand lac sacré de Titîcaca, qui semble avoir été leur foyer central, l't |>ar Telimbcla dans l'Equateur. Les sépultures indiquent un di'gré plus complet de dévelop|N'ment fi mesure qu'on s'apprudie du Nord et contiennent des ossements de deux types fort distincts, dont l'un, très supérieur h l'autre, est reproduit sur certains bas-reliefs dans une altitude dominatrice. Les gipnlesques statues de San-Agustin (Tolima) et de nombreuses nécropoles prouvent que la fourinilièir humaine se sépara en deux brandies au sud de Popayan, l'une se dirigennt ]>ar le Choco et l'isthme de Panama sur Chiriqui et l'Amérique centrale où elle fonda Palenque, tlxmal et Capan, bien des siècles avant l'arrivée par le nord des migrations lapotèqiies, tolléques, ailèques, etc., l'autre bifui'quant sur le territoire nord de la Colombie, Aiitioquia et le Tenetuela. La langue parlée par les Chibchas, qui proviennent du lypo le plus élevé de cette migration, ne se rattache directement à aucune souche, bien qu'elle paraisse se rapprudier un peu plus du quiehua que du groupe dus iitionies du plateau d'Anahuac, postérieurs an Maya ; l'aymara pai-alt avoir des analogies avec la langue que parlait le type inférieur ou esclave. Comme toutes les langues américaines, le cbibcha en était à la scr.onde période morphologique ou période agglulinalive, mais la communauté de structure el le fait d'en Aire à la même phase d'évolution ne préjuge pas la parenté. On a constaté par dra meeurages crinioscopiques cette diversité d'origine, el, contrairement i ce qu'on remarque chez ta plupart des Indiens de la cAte du Nord, la moitié des crânes a pu élrc rameiié« au type brachycéphale. Isolés sur les plateaux monlagneux des Andes équaloriales, les Chibchas, moins puissants que les Aitecs ou les Péruviens, avaient su, malgré une certaine infériorité, maiolenir leur indépendance contre leurs dangereux voisins. La forme i demi Ibéocralique, â deint fédérale de leur gouvernement ressemblait assez à celle récemment encore en ngueur au Tibet et au Japon, et Quesada prollla habilement des dissensions eiistanles entre Suamoz, le grand prêtre électif ou jVgue de Iraca {aujourd'hui Sogamoso), et des princes temporels rivaux, tels que Tisquesusha, empereur suzerain ou ûpa de Fuoia ou Mucqucta, et Quiminchatocha, grand feudalaire ou taquc de Tunja. Ijuesada s'empara par nu coup de main hardi de <juimincbatocha, ainsi que de la ville sacrée d'Irain où se trouvait le fameux temple du Soleil, qui fui brâlé par deux cupideii soldats espagnols, Ce sanctuaire était, après ci-lui di' (luicii,

hommes prodigieux consacrent en partie leur étonnant esprit d'aventure et leur indomptable énergie à l'ambition d'atteindre les Indes par

le plus somptueux de tous ceux du Nouveau Monde, et cet acte de vandalisme brutal entraîna la perte irréparable des traditions de tout un peuple et anéantit l'histoire d'une antique cînlisalion. Les Chibchas, dont les institutions sociales étaient remarquablement élevées, éttîeal distribués en communes, adonnés à Tagriculture et vêtus de toile de coton curieusemeili coloriée; ils gardaient la tradition d'un prophète et législateur, homme blanc, barbu et merveilleux, venu d'Orient, nommé Bochica ou Nemterequeteba (grande lumière, fils du ScrfeU)» qui. leur avait appris la vie sociale et avait fait écouler le grand lac andin de Funza en formant lasplendide cataracte du Tequendama, à la suite d'une querelle avec sa belle et mécliinle; compagne Uuycata ou Chia. Ils se disaient sortis d'une lagune et vénéraient les batraciois, qf/à: symbolisaient leur origine, de même que Bochica devait sans doute représenter le mythe dit: soleil qu'on trouve si souvent au berceau des traditions cosmogoniques des divers peuplea*^ Les figurines idéographiques en or, fabriquées par les Chibchas, leur céramique et surtout hm, curieux rochers à hiéroglyphes des environs du pont naturel d'icononzo, sur le gouffiie de- Pandi, décrits par le savant botaniste Ed. André et l'éminent naturaliste colombien le doù» leur L. Zerda, constatent l'antiquité et la vraisemblance d'une telle interprétation. Ghagoe^ année la profonde lagune de Guatavita était le théâtre de cérémonies commémorativea de cette conception religieuse, mais, lors de la succession au trône, elle prenait un caradèra; si éclatant, que la renommée s'en répandait fort au loin et que c'est d'elles, à ce qu'on assure,.^ que dérive la légende du Dorado, dont les Espagnols avaient entendu parler avant méflM. d'arriver dans le pays des Chibchas. l/héritier du pouvoir, convenablement préparé par lUl jeûne rigoureux et une longue retraite dans la caverne sacrée, était amené au milieu dea. innombrables Indiens qui entouraient la lagune, couvert seulement d'une terre visqueuae* entièrement saupoudrée d'or. 11 s'embarquait sur un radeau avec quatre caciques, pliailtr sous le poids des bijoux et ayant à ses pieds un amas d'or et d'émeraudes qu'il jetait fttt' milieu de la lagune pendant que des brasiers répandaient des nuages d'encens et que les» cris, la nmsique et les danses acclamaient le nouveau seigneur qu'on acceptait alois comme descendant de Bochica, le fils du Soleil. A partir de 141)0, époque à laquelle mourut^ après vingt ans d'un règne glorieux, l'empereur Saguanmachica, la succession de la couronna chibcha, qui appartenait de droit à l'ainé des iils de la sœur du Zipa, passa à Kéméquène; mais, sous son règne, une confédération des caciques ouubzaques, dont faisaient partie leZaque des Ilunzas et le Jeque d'Iraqua, résista avec avantage à l'armée du Zipa à Choconta; Néméquène y fut tué (1514), et son successeur, Tisqiiesusha, fut forcé d'accorder une paix de Tingt lunes. C(; prince prép:irait sa revanche, lorsque les Espagnols envahirent le territoire de. l'empire (1537). Quesada vaincpiit facilement le Zipa, le Zaque et le Jeque; il s'empara d'eœt». et les lit mettre à mort par raison d'État, ce qu'il regretta du reste ensuite, car, à rencontre de la plupart des autres généraux espagnols, ses contemporains, il n'était pas cruel, et il traita de la paix avec Saquesasipa, le dernier empereur des Chibchas.

Lors de l'arrivée presque simultanée de Belakazar, venant du Pérou et de Quito par le Cauca, et de Fedreman, venant du VViuezuela après trois ans de pénibles luttes contra l'àpre et majestueuse nature des llanos, peu s'en fallut que les conquistadores^ tous les troîa presque en rupture de ban, c'est-à-dire dans une situation peu régulière vis-à-vis de teUTBchefs respectifs, les adelaniados de Lugo, Pizarre et Spira, n'en appelassent aux armes pour décider de leurs droits à coloniser et gouverner ce que Quesada, de beaucoup le premier occupant, venait déjà de baptiser du nom d(; Nouveau Royaume de Grenade; mais le hasard ayant fait que chacune de leurs bandes comptât exactement cent soixante-trois hommes, dont un moine et m\ prêtre, celte coïncidence bizarre frappa tellement ces héroïques mais très superstitieux aventuriers, qu'ils se mirent d'accord, et les deux nouveaux venus cédèrent provisoirement tous h'urs droits, d'ailleurs mal définis, à la conquête, à Ximenès de Quesada, à condition d'aller en référer à la cour d'Espagne et moyeimant le payement d'une certaine sonune, la faculté de vendre leurs chevaux et chiens de (*ond)at et l'assurance (pu* leurs soldats, qui

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