‹ Le canal de Panama: explorations, comparaison des tracés étudiés, négociations, état des travauxChapitre 4 sur 74 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

^ Coup d'œil général sur Tisthme Colombien.

I/étroite et rude barrière qui s'étend du Mexique à la Nouvelle-Gre- ' nade. sur une longueur de 2300 kilomètres, offre plusieurs étranglements, où la mer du Sud et celle du Nord rapprochent assez leurs eaux pour que les esprits entreprenants aient été souvent tentés, malgré les difficultés de toutes sortes provenant du climat, des tribus indigènes cl de la nature tropicale, d'y faire des recherches spéciales pour trouver entre elles une voie de communication facile et rapide.

Llsthme mexicain de Téhuantépec, dont le seuil a 230 mètres, a appelé l'attention surtout à cause de sa proximité relative avec les grands centres de production des États-Unis de l'Amérique du Nord.

La république de Guatemala est déjà bien plus large, elle est d'ailleurs traversée ainsi que celle de San Salvador par une chaîne de volcans dépassant quelquefois 3000 mètres d'altitude.

Le Honduras a de bons ports sur chaque Océan, et la ligne de faite

est assez basse pour permettre la construction d'un chemin de fer,

l mais non l'établissement d'un canal maritime. Qij|^nt au Nicaragua',

large de 300 kilomètres, il a longtemps prétendu, à cause de son

r f » Pbur les détails au sujet du Nicaragua, Toycz,plus loin, le résumé des difTérentes exploraklhM d le récit succinct de Texamen personnel que j*ai fait de ceUe partie de rimérique

grand lac, de la faible largeur et du peu d'altitude de l'isthme de Rivas qui le sépare du Pacifique, que, malgré l'absence de ports convenables et en dépit de ses volcans mal éteints, il pouvait offrir le meilleur passage de l'une à l'autre mer.

Le Costa Rica est formé par Un plateau central élevé de 1400 à 1500 mètres. Ce riche petit pays, où la culture du café est si prodigieusement développée, est limitrophe du lac de Nicaragua et du fleuve qtti lui sert de déversoir; il aurait quelque droit à une partie des bénéfices rêvés par cette dernière république si Ton venait à utiliser pour la construction d'un canal interocéanique cette belle nappe d'eau

douce et la vallée de son émissaire, le San Juan.

La partie colombienne de cette immense langue de terre, plus resserrée et en général plus basse que les précédentes, s'étend sur une longueur de 700 kilomètres depuis les frontières du Costa Rica, l'État le plus méridional de l'Amérique centrale, jusqu'aux bouches de l'Atrato sur l'Atlantique et à la baie de Cupica* sur le Grand Océan. La moitié occidentale, à peu près, de ce vaste espace presque partout couvert de forêts impénétrables se nomme plus particulièrement Chiriqui. On n'y rencontre plus guère d'Indiens insoumis, mais la chaîne de hautes montagnes qui forme son ossature y interdit toute recherche ayant un but pratique au point de vue d'une communication des deux Océans.

L'isthme colombien est donc compris entre 6® 30' et 9M0' de latitude nord, 79M0' et 82*50' de longitude ouest; il fait partie de l'État de Panama et pour une très petite portion de celui de Cauca, deux des neuf États souverains* formant la confédération grenadine aujourd'hui appelée États-Unis de Colombie.

i. Les projets pour un canal se sont étendus, dans le principe, à 250 kilomètres encore plus au sud que la baie de Cupica, jusqu^àrembouchure du San Juan colombien, dont la Tallée supérieure n'est pour ainsi dire pas séparée de celle de certains affluents de FAtrato ; mais risthme trop élargi ne saurait, géographiquement, se prolonger si loin.

2. Antioquia, chef-lieu Médellin: Bolivar, chef-lieu Carthagène; Boyaca, chef-lieu Tunjai Cauca, chef-lieu Popayan; Cundinamarca, chef-lieu Bogota, qui est en uiéme temps la capitale de toute la république; Magdalena, chef-lieu Sanla Marta: Panama, chef-lieu Panama;' Santander, chef-lieu Socorro ; et Tolinia, chef-lieu Neiva. II y a en outre dix territoires : Bolivar, Casanare, Goajira, Nevada et Molilones, San Martin, San Andres et Providencia, Caqueta et Mosquitos. Les huit premiers sont fédéraux, le neuvième appartient au Cauca et le dernier est contesté.

COUP n'ŒIL GKNÉIIAL SUR I/ISTIIME COLOMBIEN. 7

Les départements de Panama et de Colon sont séparés du département de Cliiriqui par ceux de Santiago de Véragua et de Pénonomé, où la cordillère commence à s'abaisser sensiblement; elle semble même se terminer brusquement aii ccrrn Trinidad (1500 mètres), près du Paciri(|ue; seuls les mamelons de hauteur si inégale des abords de Panama

M. Armand Reclus.

1.1 relienl obliquement aux montagnes de Porlo Bello el de Sanla Clara. forl rapprochées de la mer des Antilh's.

Eotre les rameaux provenant de ce dernier nœud et ceux qui se délachenl du rtrro Trinidad serpente la profonde vallée du Chagres et, chose singulière, mais non sans prêeédents, les jiies les plus élevés snnt tous en dehors de l'arête de partage des eaux. Il semblerait que les souitrvemcnts plnloniens. en ce point de l'isthme, ont donné naissance à une série de nervures parallèles entre elles el à la grande

ligne de faite qui encadrent les diverses vallées et sont recoupées par la faille diamétrale du Chagres.

Cette contrée s'étend, en y comprenant tout le territoire encore vierge du Daiien, jusqu'aux plaines du Choco dans TËtat de Gauca, au delà du grand massif dû Pirri, dernier épanouissement septentrional de la cordillère tertiaire de Baudo. Elle est traversée, ainsi que l'indique la carte, à la fin de ce volume, par une chaîne principale de montagnes portant les noms de sierras de Yéragua, de Ahogayégua, altos de Maria Enrique, cordillère de Pacora, sierras Llorana, de Santa Clara, de Loma Grande, de San Blas, de la Hésa, de Canaza, de Putrigandi ou de Espiritu Santo, cordillère de Tolo, de Nique et de Mali.

Au point de vue géographique, c'est bien la même chaîne qui court des montagnes Rocheuses et de la sierra Hadre du Mexique à la grande cordillère des Andes et au cap Froward, à l'extrémité de la Patagonie ; mais il en est tout autrement au point de vue géologique, et l'unité n'existe nullement dans la longue épine dorsale des deux Amériques. Il y a presque autant de soulèvements que de noms différents, et quelques-uns d'entre eux affectent une régularité des plus frappantes. Les montagnes qui avoisinent le pic de Candi par exemple se rapprochent infmiment de ce qu'on peut appeler la chaîne théorique, c'esl-à-dirc d'une ligne de faîte horizontale et rectiligne, de laquelle se séparent, perpendiculairement sur les deux versants, des contreforts qui se subdivisent à l'infini comme les folioles d'une feuille composée et s'abaissent à mesure qu'ils s'éloignent de la nervure centrale*.

Celte chaîne dont la direction générale passe du nord-est à l'est et au sud-est en s'approchant du Darien et les contreforts qui en dérivent ont une élévation variant entre 200 et 1500 mètres; ils se trouvent d'abord plus rapprochés du Pacifique que de l'Atlantique, mais à partir de Porto Belle et de la sierra de Santa Clara (900 mètres), dont la base est baignée par les flots de la mer du Nord, c'est l'inverse qui a lieu, et c'est précisément là où la ligne de faîte traverse l'isthme obliquement que se rencontrent les dépressions les plus remarquables

i. Voyez le Journal de M. le lieutenant de vaisseau Reclus, lors de notre deuxième mission à la recherche d'un canal interocéanique, Rapports sur les éludes de la Commission internationale d'exploration de Visthme américain^ par Lucien N. B. Wyse, commandant de l'expédition. Un Yolume in-i% chez Lahure, Paris, 1879.

COUP IflKfl. CKNI'UAI, SI H I.ISTIIMF. COLOHBIKN. «

(col dePaja, 120 mètres; coi de la Culûbrn, 87 mètres). Cette conligiiration explique aussi pouniuoi M y n plus de fleuves importants sur le ^'creant méridional.

Indépeudaramciit du puissant Airato qui limite pour ainsi dire risthnio à l'oriont, quatre granitfs artères recueillent la plupart des eaux qui arrosent abondamment celte région. Un seul, le Chagres,

ci^'

«uche non loin de sa source dans !a mer des Antilles, après avoir décrit un long et singulier circuit. Les trois autres se déversent dans le racifique. I^ Bayano a son embouchure à l'endroit où l'isthme est le plus resserré; le Chucunaque et la Tuyra, après s'être réunis en formant un large estuaire qui constitue un superbe havre intérieur, se jellenl dans le merveilleux goU'e de San Miguel.

Par SITit)' de longitude environ il existe un point de partage des ; assez singulier. Un même massif montagneux donne naissance

[natre cours d'eau d'importance inégale : le Cbagres et le Mandinga Knnnl, le Paeora et le Mamoni au sud.

D'après mon esccUent ami et rolUiborateur M. l'ingénieur d'État Sosa ', délégué du gouvernemcnl colombien près des commissions d'exploration que j'ai présidées, et notre propre expérience, le régime de toutes les rivières qui arrosent la région de l'isthme peut se diviser en trois zones caractéristiques. Lorsqu'on remonte ces rivières, on observe habituellement :

i" Un lit sinueux, parcourupar des eaux tranquilles, dans lesquelles le courant est à peine sensible, et cela tant que la vallée conserve une pente douce. Le terrain est couvert d'une végétation exubérante d'arbres, d'arbustes et de lianes, présentant des rideaux successifs de verdure et offrant ;^ la vue les plus riches tableaux de la nature tropicale.

2° Dans la seconde zone apparaissent les rapides; lescaux, bien que conservant un cours uniforme, augmentent de moment en moment de vélocité; c'est la zone de transition, qui forme un contraste avec les deux autres zones. Ici tout change : le rio, qui suivait paresseusement son coui"s, ayant de la peine à s'ouvrir uti passage à travers les sables et les argiles des alluvions, court, à présent, rapide, entraînant les pierres et les graviers qui ont roulé des pentes supérieures.

Lorsque ces débris arrivent à la première zone où le courant, l'i force décroissante, ne peut plus les pousser en avant, ils s'accumulent, forment des dépôts, qui deviennent les noyaux d'îles pouvant acquérir une grande étendue. Il se forme des bras qui, plus lard, se subdivisent pour circonscrire de nouvelles îles et changent ainsi complètement les conditions primitives du fleuve.

Cette seconde zone commence généralement \h où les galets et la roche se montrent dans le lit de la rivière, et lorsque la formation roclieuse devient prédominante.

S" Dans la troisième zone, les rapides augmentent; la rivière devient torrent; son cours se comp(tse d'une succession de bassins et de chutes qui s'accerluent de plus en plus, jusqu'à ce que les eaux, se subdivisant, se perdent dans les plis et les fissures du terrain, ou que, se

1. Voyez, dans mon ou> rage déjà dlé,Ilapporli nir la éludes delà Ctmmmion inlernatioaaie d'exploration de fiilhme amériaiin, le résinné des opi^ratioiis elïi'rtuées hi 1877-78, par M. Snsa. iiiifi'iiieiir d'£lal ilii goiivrrnuiueiil culunibien.

COUP D'Œd, GÉNÉRAL SU» L'ISTHME COLOMBIEN. It

liinçnnl loul d'un coup d'une grande hauteur, elles conduisent, en remontanl, de cataracte en cataracte, jusqu'au point de son origine. En prenant celte description comme type général de ces rivières, on peut se former une idée assez ralionnclle des pentes relatives des vallées et de leur formation géologîc[ue, suivant l'étendue proporlion-

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