COUP D'ŒIL GÉNÉRAL SUR L'ISTHME COLOMBIEN
d'Antioquia. L'existence de laves, de cendres volcaniques, de pierres ponces, de résinites ou d'obsidienne n'est constatée qu'au pied du volcan éteintde Ghiriqui (3485 mètres), dans le département de Véragua ou beaucoup plus au sud dans la cordillère de Baudo.
Entre Boca del Toro et Colon, le versant nord est principalement métamorphique; près du district aurifère de Minéral, on a trouvé surtout des argiles feldspathiques, des schistes, des gneiss, des granités et des syénites. Presque toutes ces roches sont disposées en assises se rapprochant de la verticale, et témoignent ainsi de la violence des bouleversements qui ont donné au pays la physionomie abrupte et tourmentée qu'il présente aujourd'hui.
Dans l'isthme de Panama proprement dit, entre le cerro Trinidad à l'ouest et les altos de Maria Enrique à l'est, se rencontre un chaos de sommets médiocrement élevés, souvent couverts de gros blocs blanchâtres, contrastant avec la teinte rouge du sol et qu'on prendrait pour des moraines, mais qui ne sont en réalité que les parties les plus dures des roches non encore transformées en argile par l'action des météores. Ces hauteurs semblent groupées en forme de cercle comme si elles avaient été produites par des soulèvements annulaires.
Des lignes de crête rayonnant autour du centre de la vallée en forme d'entonnoir partent de ces i)ics, les relient aux autres collines et tendent à faire supposer que ces sommets disposés circulairement sont les restes de cratères de montagnes volcaniques éteintes depuis de longs siècles. Ces vallées en entonnoir ne sont point toutefois sériées en ligne droite comme le sont généralement les volcans, et l'on ne rencontre nulle part dans cette partie de l'isthme colombien de produits éruptifs de volcans terrestres, mais on trouve en quantité des tufs à palagonites, des brèches et des conglomérats analogues aux produits des volcans sous-marins. Les granités, syénites et schistes cristallins font complètement défaut, tandis que lestrachytes, les basaltes, les dolériles et les différentes brèches ou conglomérats qui en dérivent constituent avec les roches sédimentaires les formations dominantes. Dans les vallées du haut Chagres, de l'Obispo et du Rio Grande, il existe un dépôt de terrains de sédiment formés à la partie supérieure d'argile durcie en passant aux schistes bigarrés et auxquels succèdent des
alternances de grès assez tendres et de schistes noirs appartenant à la partie inférieure stérile du terrain houiller.
On ne voit guère de calcaires que dans la vallée du Chagres à Ahorca- Lagarto, Vamos-Vamos et surtout à la Campana, dont les bancs puissants sont remplis de fossiles marins. Les orbitolites y abondent et permettent de leur assigner pour âge les débuts de Tépoque tertiaire.
Sur la côte de Panama, autour de la ville et même dans les lies de la baie, on rencontre des conglomérats ou des brèches rougeâtres contenant des débris de porphyre et de granit à Texclusion de basaltes et de dolérites. Ces roches, d'une dureté moyenne, sont colorées par du peroxyde de fer et mélangées à Targile. Près du Grand Océan on trouve aussi en puissantes assises une roche que Garella appelle du grès rouge, mais qui a été reconnue être du tuf trachytîque.
Sur la côte nord, depuis la vallée du Chagres, s'étendent des tufs sousmarins très riches en coquillages el contenant de nombreux débris trachytiques. Presque toutes les plages à l'occident de Colon sont couvertes d'un sable noirâtre, ferrugineux, contenant de nombreuses parcelles métalliques, d'un poids spécifique considérable et d'un aspect bien différent des sables ordinaires; l'on remarque aussi dans l'Ile Sheppard, au fond de la splendide baie de l'Almirante, l'apparition de couches profondes de calcaires carbonifères appartenant à la série du terrain permien.
Sous le rapport de la dureté les roches sont faciles à classer et deviennent de plus en plus résistantes à mesure qu'on se rapproche du centre.
Dans la région du Sud-Est, la formation géologique est principalement porphyrique et trappéenne, depuis Panama jusqu'aux derniers contreforts de la chaîne centrale, malgré quelques apparitions de grès et de
grauwakes.
La formation de grès et de calcaire coquillicr tertiaire comprend
tout le terrain restant entre le rio Trinidad, le Chagres el la baie de Limon, et le pied de toutes les collines est recouvert superficiellement par des terrains de sédiment modernes. Enfin tous ces espaces, quelle que soit la nature du sous-sol, sont généralement couverts d'une couche de terre végétale et d'argile d'une dizaine de mètres d'épaisseur moyenne.
COLU' IfŒlL GKISEIIAL SI» r.lSTHMK COLOMBIEN. 17
Les fossiles de ces couches sédimenlaires représentent dos mollusques qui vivent spécifiquement encore dans l'imo ou l'autre des doux mers. Certaines espèces sont si nouvelles, qu'elles n'ont pas encore eu le temps de devenir fossiles dans le sens rigoureux du mot. On remarque parmi elles des Ualioiydées divisées et nacrées, des Photadées encore ensevelies dans les eonglonu^rats sablonneux qu'elles ont perforés, desCypridées et jusqu'à des Pectènes dans le tuf volcanique d'Empérador. Le ravage des éruptions a fait disparaître complètement toute trace d'organisme près de San Pablo et de la (lorgona, mais on note près de la carrière de Uuliio Soldado une couche basaltique qui couvre positivement une faible croiïle d'argile sablonneuse cachant à peu de profondeur des coquilles serai-fossiles identiques à celles que je viens de mentionner.
Au point de vue pélrographiqui', il faut distingiuM' en premier lieu les roches cristallines, toutes d'origine ignée, donlle remaniement et la décomposition ont formé la presque totalité des autres terrains; en second lieu, les brèches, tufs, grès, etc., qui en sont dérivés'. Ces roches cristallines provenant des volcans sous-marins correspondent aux st'tries doléritiques et (rachytiques. L:i première est plus récente que la sewjude et lui est superposée, ce qui concorde avec les phénomènes observés dans les pays où se trouvent des formations ignées et notamment en Auvergne et en Hongrie, dont les roches ont beaucoup d'analogie avec celles de Panama. Tous les autres terrains fornu's aux dépens des deux catégories précédentes sont encore plus modernes et l'on pourrait y rencontrer des os humains fossilisés. On doit donc admettre qu'à l'emplacement de l'isthme de Panama se trouvait autrefois un détroit plus ou moins laige qui unissait les eaux de l'Atlantique .i celles du Pacifiipie; ce déiroit. qui a peut-être été visible pour l'Allante des temps primitifs, a été comiilé, au moins en partie, par des coulée^i sous-m.'irines tracliytiquesd'abord, doléritiques ensuite ; entre les deux époques on périodes de ces coulées, il s'est passé un assez grand laps de temps pétulant lci|uel a eu lieu la formation de la majeure partie (les tufs trachytiques remaniés du pays et pndialdement aussi du
I . fS«lê atr la etmttitiUion gfologiqvt Wmqnilrs lutucs. Uii>cliiMv in-!(', cl
de Vitlkma dg Panama, par M. K. Butilau, Uigénieur ,•1 Ihitiorl. Paris, tSHO
UUt Dt MMM.
calcaire qu'on observe dans la vallée du Chagres. Enfln il est plus que présumable que le tout a été soulevé vers le commencement de répoque tertiaire et presque en même temps que le système postnummilitique des Pyrénées, en recevant à ce moment-là à peu près le relief que Ton voit aujourd'hui.
Soixante kilomètres à l'est de Panama, dans l'isthme de San Blas, les variations sont déjà considérables : les gneiss et les schistes métamorphiques deviennent dominants.
Les dolérites et les gros cristaux de hornblende enchâssés dans une pâte feldspathique abondent dans les cailloux roulés qui forment les grèves. Les calcaires et les grès durs sont fréquents dans la vallée du Bayano. En général les roches de la vallée du Mamoni supérieur sont plus dures que celles du Darien méridional et un peu moins compactes que celles de l'isthme de Panama proprement dit. Il est probable que a cordillère de San Blas est la plus ancienne de toute la région qui nous occupe spécialement; c'est le point central autour duquel les autres soulèvements se sont graduellement effectués. Les agents atmosphériques, dont l'action est tellement puissante sous les climats chauds et humides, y ont davantage désagrégé et décomposé les roches qu'aux environs de Panama, où elles sont géologiquement plus modernes. Cette action est telle, que le versant de l'Atlantique, généralement plus pluvieux que celui du Pacifique, y est recouvert d'une couche d'humus et de terre meuble encore plus épaisse et plus féconde ; aussi la flore du premier y est presque partout notablement supérieure en richesse à celle du second.
Dans le Darien méridional la formation géologique de l'isthme ne présente pas de traces volcaniques récentes. Les sondages que j'ai fait exécuter avec l'appareil à forer n'y ont jamais révélé la présence de roches cristallines, dont on trouve cependant des spécimens dans les cailloux roulés que charrient les rivières dans la partie torrentielle de leurs cours.
Parmi ces cailloux roules, on ne rencontre que fort peu de grès ou de schiste, les roches plus dures (amphibolides de toutes sortes, depuis la diorite à gros cristaux jusqu'à la dolérite) les ayant sans doute réduits en limon, charrié ensuite par les eaux. 11 est à remarquer
[.'ISTHME COLOMBIEN que les gros cailloux qui forment la grève des lies du golfe de San Miguel et en particulier de l'Ile de Cedro sont de la même nature, la roche in gitu étant un grés assez friable à strates presque horizontales. On trouve encore, parmi les galets de la Tujra supérieure, du porphyre rouge quartzifère en très petite quantité et des roches feldspathiques el siliceuses de diverse nature, tandis que sur les bords du vaste estuaire du Sabana, en aval de la limite des marées, où ce lleuve aux eaux malsaines se réfrécil tellement, qu'il se transforme en un ruisseau sans importance, on rencontre des bancs de calcaire très fossilifères antérieurs aux derniers cataclysmes géologiques.
Dans ces parages, une conununicalion a probablement existé aussi entre les deux Océans â une époque relativement moderne, mais il est plus difficile de préciser ici à quel moment a eu lieu le dernier soulèvement par suite de la rareté relative des fossiles. La partie de l'isthme c(d(ifnbieti qui nous occupe particulièrement formait donc vraisemblablenuMit autrefois une He séparée vers Panama du restant de l'Amérique centrale el isolée des diorites et granités primitifs de la coi-dillére (tccidentale de l'Amérique méridionale par un autre détroit fai.sant comminiiquer ensemble les golfes de San Miguel et d'Uralia. l/inmue la cliairie tertiaire de Baudo a émergé des (lots et s'est siiudée aux dernières coulées basaltiques de Tado Morros, diramées de ce qu'on appelle la cordillère occidentale, elle a comblé l'espace tolermédiaire ou détroit du sud en formant les deux vallées si basses où cuulenl mui[itenatil l'Atrato et le San Juan, vallées qui se sont développées considérablement dans la période post-tertiaire par les ûaormes atterrissements déposés par ces fleuves au prodigieux débit*. C'est à la même époque que l'inimense thalweg du Cauca foruiail un vaste lac qui n'avait pas encore trouvé son principal écoulement vers le nord à travers le plateau compacte de l'I^tat d'Antioquia. C'esl sans doute aussi le même soulèvement qui relia l'extrémité sad de l'arétc occidentale à la chaîne centrale, en rejetant et faisaol détrardcr une partie des eaux de cet immense lac andin vers la
1. It'iprés ks jaugeages eiïcclu^s par moi en janvier 1877, l'Atrato, en amont du point où ilMdÎTiMico plusieurs bra«, débile i^titiron 4000 métras cubes (i*cau par si;courto,i:'t'sl-ii-"lire trèt lia 3S0 uillious de cuètrea cutws |jar jour. Plus que le Ml !
mer du Sud par la vallée du Patia, la seule brèche pénétrant profondément dans l'intérieur ^des terres qui existe entre le cap Horn et le Darien.
Les côtes, surtout celles de l'Atlantique, sont souvent défendues par des récifs de corail, les plaines sont formées d'alluvions argilo-sablonneuses ; à mesure qu'on s'élève et qu'on pénètre dans l'intérieur, le schiste apparaît, puis ensuite le grès et des conglomérats calcaires. Un banc de houille traverse tout l'isthme à une assez grande profonrdeur depuis Ghiriqui, où il est fort abondant, jusqu'au Tuquesa et au golfe d'Uraba, en affleurant non loin de Pénonomé, des rios de Indios, Juan Diaz, etc.
Le fer, le cuivre, le mercure, l'argent, l'or et le platine abondent particulièrement dans la région la plus méridionale.
Tous les affluents de droite de l'Atrato, et leur nom est légion, qui prennent leur source dans la cordillère d'Antioquia, charrient de Ter en abondance. La vallée du rio San Juan est peut-être le pays du monde le plus riche en platine, et les ramiflcations du mont Pirri reûferment des quartz aurifères et des calcaires argileux très riches; le sable des nombreux rios qui en découlent contient presque toujours des métaux précieux. ;
Une végétation luxuriante, au feuillage le plus souvent persistantj couvre partout le sol et rend par cela même les vues d'ensemble trè$ rares et les explorations fatigantes, minutieuses et peu fécondes eft résultats immédiats.
Sur les côtes se pressent les mangliers ou palétuviers * aux mille racines, les mancenilliers' aux émanations nuisibles, les hicacos ou pruniers tropicaux % les pandanées, les cyclanthées, surtout le carlu" dovica palmataj sorte de palmier nain qui donne la paille des chapeaux dits de Panama, les guacaja$ aux feuilles multicolores, les membrillos * aux grandes fleurs carminées, les gultifères ^ si diverses,