‹ Le canal de Suez (volume 2)Chapitre 3 sur 152 · ENTREPRISE LA3SER0N · texte numérisé non relu

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ce mode d'alimentation exigeait, par suite de la grande distance à parcourir, un nombre de chameaux disproportionné avec le nombre des travailleurs. Il devenait presque impossible avec un contingent prévu de 20.000 hommes ^ L'arrivée du canal d'eau douce jusqu'à Ismaïlia, au commencement de 1862, permit d'améliorer sous ce rapport la situation. De l'extrémité de ce canal on fit partir une rigole qui longeant le contour du lac Timsah, aboutissait, à l'extrémité du Seuil, près du débouché de la rigole maritime dans le lac,, à un grand réservoir creusé simplement dans le terrain, et capable de contenir la consommation de plusieurs jours; et ce fut, depuis lors, à ce réservoir que les caravanes de chameaux allaient puiser l'eau pour la porter sur les chantiers. En outre, pour assurer la régularité de l'alimentation, on avait construit le long du Seuil 45 bassins en maçonnerie d'une capacité de 16 et de 10 mètres cubes, espacés les uns à 400 mètres, les autres à 800 mètres, suivant la hauteur variable du terrain qui devait exiger une concentration plus ou moins grande d'ouvriers^. Dans les conditions nouvelles de l'alimentation, pour un contingent de 20.000 ouvriers, il suffisait d'environ 500 chameaux. L'eau revenait encore néanmoins, compte tenu de tous les frais accessoires, à environ dO francs lemètre cube. Et il y avait lieu de ne pas perdre de vue que lorsque l'eau de la Méditerranée aurait rempli le lac Timsah, le réservoir et sa rigole d'alimentation se trouveraient par là même supprimés, en sorte que les caravanes de chameaux auraient à aller chercher l'eau à Ismaïlia même, à l'extrémité du canal d'eau douce, se trouvant ainsi avoir à parcourir une distance supplémentaire d'environ 3 kilomètres.

Dans l'étendue des lacs Ballah, on s'approvisionnait au puits d'Abou Eurouq qui fournissait, ainsi qu'il est dit plus haut, une eau légèrement

1. Avec un contingent de 20.000 ouvriers indigènes à 10 litres d'eau par jour et de 1.500 Européens sédentaires à 20 litres, la consommation journalière des chantiers du Seuil devait être de 230.000 litres. Un chameau n'apportant que 180 litres par jour, il faudrait au minimum un nombre de

chameaux de — .' = 1.280; et, encore ce nombre devrait-il être augmenté

d'environ 15 0/0, pour tenir compte des animaux malades et des jours de repos forcé, nécessaires pour éviter le surmenage. On arrivait ainsi à un chiffre total d'environ 1.500 chameaux.

Pendant une certaine période des travaux on a eu effectivement à employer de 1.500 à 1.600 chameaux pour le service de l'eau sur les chantiers du Seuil.

2. On avait eu d'abord l'idée, vers le milieu de l'année 1861, pendant que s'achevait le canal d'eau douce, de créer à l'extrémité de ce canal, à Ismaïlia, un établissement hydraulique pour envoyer l'eau, au moyen de conduites en fonte, au point culminant du Seuil, d'où elle devait être distribuée sur toute l'étendue des chantiers, également au moyen de conduites en fonte.

Cette idée, comme on le voit, était un acheminement à l'idée de l'établissement plus complet qui a été finalement réalisé.

6 DISTRIBUTION d'eAU DOUCE d'iSMAÏLIA A PORT-SAÏD

jaunâtre, laquelle revenait, comme sur les chantiers du Seuil, à environ 15 francs le mètre cube.

A Kantara, il existait, pour l'alimentation du campement même et des chantiers voisins, un puits dont Teau, bien que légèrement saumâtre, <$ tait acceptée par les animaux. Pendant longtemps on alla chercher l'eau pour les hommes, à l'aide de caravanes de chameaux, dans l'ancienne branche pélusiaque, près de son extrémité à Tell-Daphné, aune distance d'environ 20 kilomètres. L'eau obtenue par ce procédé revenait, par suite de la grande distance, à 25 francs le mètre cube. Afin d'éviter l'énorme dépense qu'entraînerait un prix aussi élevé avec un nombre un peu considérable d'ouvriers, et aussi en vue de se procurer de ce côté un moyen supplémentaire d'alimentation pour les chantiers des lacs Ballah, et pour les chantiers de la partie nord du seuil d'El Guisr, on avait, vers le milieu de l'année ^ 861, prit le parti de dériver les eaux de la branche Pélusiaque à Tell-Daphné, — où elles seraient retenues et auraient leur niveau exhaussé par un barrage, — au moyen d'une rigole qui les amènerait en quantité sutlisante jusqu'à Kantara. Le barrage fut effectivement construit ainsi qu'une longueur d'environ 5 kilomètres de la rigole. Mais sur ces entrefaites, en août 1861, on découvrit un nouveau puits d'eau excellente, le puits de Shénan, situé à 8 kilomètres seulement de Kantara, qui put suffire, à lui seul, aux besoins du campement et à ceux des chantiers voisins pour lesquels la distance moyenne à parcourir était d'environ 12 kilomètres. Les travaux du barrage et de la rigole de Tell-Daphné furent alors abandonnés. L'eau provenant du puits de Shénan revenait encore sur les chantiers à 15 francs le mètre cube.

A Port-Saïd, au début de l'installation sur le lido, l'eau douce était amenée d'Alexandrie par un bateau à vapeur qui, par certains états de la mer, ne pouvait pas la débarquer. Au bout de peu de temps, trois machines distillatoires avaient été montées; chaque machine produisait, par vingt-quatre heures, 4 mètres cubes et demi d'une eau qui, bien que peu aérée, était supportable ; l'eau revenait, y compris l'amortissement du matériel, à 20 francs le mètre cube. De Teau était aussi apportée par des barques du lac Menzaleh venant de Damiette et de Matarieh, et le prix de revient en était à peu près le même. Ce mode d'alimentation en eau douce, non seulement de Port-Saïd, mais aussi des divers chantiers du canal maritime à la traversée du lac Menzaleh, par des barques du lac, fut l'objet, dans les premiers mois de l'année 1861, d'un marché passé avec un grand propriétaire de barques. Les machines distillatoires ne marchèrent plus dès lors qu'accidentellement, dans les circonstances, encore assez fréquentes, où malgré le zèle et le bon vouloir de l'entrepreneur, faute d'une profondeur d'eau suffisante dans le lac, dans les temps d'étiage du Nil, ou bien, par suite du retrait des eaux (parfois à des distances de plusieurs kilomètres) le long des

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rivages, sous Taction de certains vents, les barques ne pouvaient plus, soitnaviguer sur le lac même, soit approcher des points d'approvisionnement ou de Port-Saïd. Les barques allaient charger Teau suivant la saison, soit à'Sâne, à Textrémité de Tancienne branche Tanitique, soit à Matarieh, dans l'ancienne branche Mandésienne, aune distance d'environ 35 kilomètres de Port-Saïd ; chaque barque portait deux caisses en tôle, fournies par la Compagnie, d'une contenance, chacune, d'un mètre •cube. A l'arrivée à Port-Saïd, l'eau était transvasée à l'aide d'une pompe aspirante et foulante dans un réservoir ou château d'eau en tôle, d'où elle était ensuite distribuée aux habitants. Ce réservoir, d'une •contenance de 32 mètres cubes, était à deux compartiments ; il était monté sur une charpente en bois et entouré d'un pavillon à parois en persiennes pour la circulation de l'air. Le prix du mètre cube d'eati payé à l'entrepreneur, tant pour Port-Saïd que pour les chantiers du lac, avait été de 16 francs jusqu'en 1862. [Ce prix n'a plus été que de

10 francs à partir de 4862. Le marché a naturellement pris fin lors de l'arrivée à Port-Saïd, en avril 1864, de l'eau envoyée par l'établissement hydraulique d'Ismaïlia.]

Ce simple exposé montre clairement combien était précaire et coûteux le mode, alors en usage, d'alimentation en eau douce des divers chantiers de travaux échelonnés depuis Port-Saïd jusqu'au lac Timsah; combien même ce mode d'alimentation devait devenir promptement insuffisant avec le grand développement prévu des chantiers.

En ce qui était de la question du mode définitif d'alimentation delà future ville de Port-Saïd :

Ainsi qu'il est dit plus haut, vers le milieu de l'année 1861, sous la vive préoccupation d'assurer l'alimentation des chantiers du seuil d'El Guisr oh l'on espérait pouvoir réunir jusqu'à 40.000 travailleurs, on avait barré Tancienne branche Pélusiaque, à quelques kilomètres en amont deTell-Daphné,et commencé la construction d'une rigole — qui devait avoir une longueur de 18 à 20 kilomètres — destinée à conduire l'eau ainsi retenue jusqu'à Kantara. De ce point, l'eau devait être amenée au moyen de barques, par la rigole maritime, jusqu'à El Ferdane.

11 entrait en outre, dans les vues d'alors, de construire un établissement hydraulique à Kantara avec une conduite d'eau jusqu'à Port-Saïd.

Il a été également expliqué ci-dessus dans quelles circonstances la construction de la rigole avait été momentanément interrompue. On devait la reprendre plus tard — ce qui, du reste n'a pas eu lieu, — mais seulement en vue de permettre des arrosages dans les environs de Kantara. On s'était récemment rendu compte qu'elle ne pourrait servir k l'alimentation définitive de Port-Saïd ; on avait constaté en effet, pendant le récent étiage du Nil, que l'eau retenue derrière le barrage de Tell-Daphné prenait, par suite des infiltrations, un goût légèrement saumâtre, qu'elle eût ainsi conservé pendant trois ou quatre mois de l'année.

s DISTRIBUTION d'eAU DOUCE d'iSMAÏLIA A PORT-SAÏD

On ne pouvait pas songer davantage, en vue de réduire les dépenses de première construction, à installer rétablissement hydraulique, soit à Sâne, soit à Matarieh, en dirigeant la conduite d'eau vers Port-Saïd à travers le lac Menzaleh, attendu qu'une pareille solution aurait eu le triple inconvénient d'être d'une exécution difficile, de donner lieu à un entretien également difficile, enfin de ne profiter en rien à l'alimentation des chantiers de travaux pendant la période de construction non plus qu'à celle des stations intermédiaires qui seraient probablement conservées sur la ligne du canal maritime pour la période d'exploitation.

La conduite d'eau primitivement projetée le long du canal maritime était donc à tous égards la meilleure solution à adopter, et il importait de procéder à son établissement le plus promptement possible.

A cet effet, un marché fut passé à la date du 41 juillet 4862 avec M. Lasseron, ingénieur civil, non seulement pour la construction d'une distribution d'eau de Timsah (ou Ismaïlia) à Port-Saïd, mais aussi, en vue d'assurer la bonne exécution des travaux, pour l'exploitation de cette distribution d'eau pendant une période de trois années pouvant s'étendre jusqu'à dix années.

La description des travaux, tels qu'ils ont été effectivement exécutés, et les conditions de l'exploitation ressortiront suffisamment de l'extrait suivant du marché.

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