TOILES SANS FIN PEROTTE
Le constructeur adopta pour son tablier un système mixte appelé toile sans fin à chemin de fer.
Le système se composait d'une chaîne à maillons longs, comme pour les dragues, entretoisés par des axes servant d'essieux à des galets roulant sur une poutre en fer. Une toile à voile régnait sur toute la longueur de cette ossature et formait, entre deux axes, des poches qui recevaient les déblais et les rejetaient à l'extrémité de la poutre.
Le tambour conducteur était carré et placé sur la drague; les maillons avaient 50 centimètres de longueur; les galets étaient fous sur leur axe.
1. On aura occasion de revenir sur le mode de traction des toiles du type Nepveu qui fut également essayé, sans plus de succès, aux grandes toiles sans fin du seuil d'El Guisr.
2. Dès le mois de novembre 1860, une toile Perotte, dont la longueur avait été réduite à 13-,80 (au lieu de 20 mètres) fut installée sur la drague n* 7 (type Bumichon) travaillant au creusement de la rigole ouest du chenal d'accès et de la rigole de pourtour du grand bassin à Port-Saïd. L'appareil eut à subir d'importantes modifications pour le renforcement des organes. La toile était «n aloès.
En juillet 1861, des toiles sans fin à galets (type Perotte) furent installées SUT trois dragues, savoir :
DU DÉBUT DES TRAVAUX
Les reproches faits à ce système de toile sans fin étaient les suivants : poids mort considérable ; usure rapide des axes ou essieux ; frottements considérables résultant de Timpossibilité de préserver les organes de la chute des déblais; arrêts fréquents nécessités par des réparations diverses.
Ce type d'appareil de transport fut celui qui se comporta le mieux ; il était loin toutefois de répondre aux besoins d'un chantier de dragages, et il fut^ comme les autres, abandonné.
OBSERVATIONS CRITIQUES GÉNÉRALES SUR LES TOILES SANS FIN DÉCRITES CI-DESSUS
Les divers systèmes de toiles sans fin précédemment décrits présentaient tous à peu près les mêmes inconvénients d'une usure rapide des appareils, de frais élevés de fonctionnement, d'arrêts de marche fréquents ; d'où, un faible rendement des dragues,et, par suite, une grande lenteur des travaux en même temps qu'un prix de revient très élevé du mètre cube de dragages.
Ces inconvénients, qui avaient obligé, de guerre lasse, à renoncer à l'emploi des toiles en question, résultaient en grande partie des défauts suivants des appareils :
Tablier. — Le tablier des toiles sans fin primitivement en toile à voile ou en aloès se déchirait rapidement, soit à la chute des déblais, soit au passage des tourteaux, et avait besoin d'être très fréquemment remplacé.
Pour éviter cette usure rapide du tablier, on avait remplacé la toile par un tablier en tôle en forme d'écaillés. Ce nouveau type de tablier présentait un inconvénient plus grand encore que le précédent : les produits du dragage, malgré tous les diviseurs employés, s'amoncelaient, à chaque chute du godet, sur quelques écailles ; les déblais ainsi déposés en mottes, s'écrasaient sous l'action des vibrations et des mouvements de lacet de l'appareil ; et, comme les écailles n'avaient pas de bords, elles ne pouvaient retenir les terres qui retombaient en grande partie entre la berge et la drague. Aussi, les toiles sans fin à. tablier à écailles n'ont-elles jamais transporté jusqu'à la berge plus de 15 à 20 0/0 du cube des terres fournies par la drague.
Transmission de mouvement à la toile sans fin. — Les toiles sans fin recevaient le mouvement du moteur de la drague au moyen d'une transmission intermédiaire par courroie et engrenages coniques. Ce mode de transmission, ainsi qu'il va être expliqué, avait gravement enrayé la bonne marche des appareils.
La poulie motrice de la toile sur laquelle s'enroulait la courroie de transmission du moteur de la drague était de faible diamètre, à la fois pour obtenir une vitesse convenable de la toile et afin de permettre l'installation de la
Sur la drague n* 6 (type Burnichon), installation d'une toile avec poutre en bois et chaîne à petits maillons (système de Paris) ;
Sur la drague n» 3 (2* type Combe), installation d'une toile de 20 mètres de longueur. Au bout de peu de temps, la toile fut hors de service et dut être remplacée. La nouvelle toile était supportée par un sommier enfeuillard dans les intervalles des axes des galets ;
Enfin, sur la drague n* 4 (deuxième type Combe), installation d'une toile de 26 mètres de longueur.
Par suite d'une décision générale prise par la Compagnie restreignant les essais de toiles sans fin, les 4 toiles sus-mentionnées furent abandonnées en décembre 1861 et définitivement remplacées par des couloirs.
poulie elle-même au-dessous de la charpente où l'espace manquait. En outre, par suite du défaut d'espace, les deux poulies de la transmission étaient très rapprochées. Dans ces conditions, la courroie étant très courte et presque toujours mouillée, il se produisait des glissements qui arrêtaient la toile, avec des engorgements, ce qui occasionnait des ruptures partielles ou complètes du tahlier.
En outre de Tinstallation défectueuse de la transmission, le fait même de la conduite de la toile sans fin par le moteur de la drague avait été une très sérieuse cause de Tinsuccès des toiles. Les machines des petites dragues, en effet, étant déjà à peine suffisantes pour assurer une bonne marche de Tappareil dragueur, devenaient impuissantes à faire marcher convenablement les deux appareils combinés. On avait pu constater, par exemple, qii'à la mise en marche, le mécanicien ne pouvant produire Teffort nécessaire pour vaincre toutes les résistances, allait en avant, en arrière, ouvrait à pleine vapeur Tadmission aux cylindres ; d'où, une marche désordonnée amenant chaque fois des dérangements et provoquant souvent, après quelques minutes de marche, Tarrêt des deux appareils.
Par la manière dont le tourteau moteur de la toile recevait le mouvement du moteur de la drague, c'était la partie en retour du tahlier sous la poutre de support qui était actionnée par traction, tandis que la partie supérieure, chargée de déblais, était actionnée par compression. Une pareille disposition était Ticieuse : il eût fallu réaliser des effets inverses. Aussi, dans les conditions où fonctionnait la toile, se produisait-il de fréquents déraillements souvent accompagnés de ruptures.
Un autre défaut inhérent à l'emploi du moteur de la drague pour actionner la toile sans fin était l'impossibilité de régler la vitesse de la toile suivant le débit des godets : lorsque, par exemple, la drague fonctionnait dans des endroits difficiles ne lui permettant de produire que de faibles déblais, comme, en même temps, la toile continuait sa marche et d'autant plus vite que la machine elle-même, n'ayant que peu d'efforts à vaincre, augmentait de vitesse, il en résultait une usure en pure perte de l'appareil de transport ; lorsque la drague fonctionnait au contraire dans des terrains faciles, où les éboulements successifs permettaient aux godets de monter à plein, la toile, chargée outre mesure, ne pouvait résister aux efforts de compression et de traction auxquels elle étai^ soumise, surtout après un certain degré d'usure des maillons et des boulons.
Dimensions et assemblages des pièces, — Indépendamment des défauts signalés ci-dessus au point de vue mécanique, les toiles sans fin présentaient aussi des défauts de construction en ce qui était des dimensions et des assemblages des pièces : les constructeurs ne s'étaient pas rendu suffisamment compte de l'usure rapide que devaient éprouver les divers organes des appareils ; les maillons, notamment, n'étant pas munis de bagues, s'usaient vite et, au bout de peu de temps, n'offraient plus une résistance suffisante; les dispositions adoptées ne permettaient guère l'emploi de pièces de rechange; enfin le démontage et le remontage étaient difficiles.