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PLANCHES III ET XIV

Le Canal de communication destiné à relier l'intérieur de l'Egypte au Canal maritime, devait satisfaire aux trois conditions suivantes : présenter une assez grande section pour pouvoir admettre les barques et les bateaux à vapeur du Nil, et éviter ainsi la nécessité de transbordements ; avoir un débit suffisant pour permettre l'inondation de 40.000 hectares de terrains pendant l'hiver, et l'irrigation par simple arrosage de 24.000 hectares pendant l'été 1 . Enfin, avoir le niveau de ses eaux maintenu h la hauteur la plus favorable pour l'irrigation naturelle des immenses terrains de l'Isthme qui, faute d'eau, restaient stériles.

Pour satisfaire à ces conditions, voici quelles dispositions avaient été adoptées.

La prise d'eau du Canal était établie tout près du Caire,

1. La mesure de superficie, en Egypte, est le feddan. qui équivaut à 42 ares (on compte, en nombre rond, 2 feddans 1/2 pour 1 hectare).

L'inondation des terres doit être faite pendant cent jours au maximum, et. pour obtenir un bon lavage des terres et un apport suffisant de limon du fleuve, chaque feddan doit recevoir une quantité d'eau de 8.400 mètres cubes correspondant à 2 mètres cubes par mètre carré. Après deux ou trois grands lavages, les terres mises en culture n'ont plus besoin d'une quantité d'eau aussi considérable. (Au sujet des efflorescences salines qui se forment à la surface du sol du Delta, et qui exigent de puissants lavages par inondation, voir plus loin une note sur lesdites effiorescences qui figure au chapitre de la description du projet de la Commission internationale.)

AVANT-PROJET LINANT BEY ET MOUGEL BEY (l855) 17

un peu au-dessus de Boulak, à Kasr-el-Nil, où se trouvait l'embouchure de Khalig-Zaffranieh 1 . Le Canal empruntait d'abord le cours du Zaiïranieh ; il s'en détachait vers Abou- Zabel, pour poursuivre ensuite à peu près parallèlement dans la direction de Bulbeïs, mais en se tenant plus à l'Est,

1. Les auteurs de l'avant-projet avaieat été guidés dans le double choix de remplacement de la prise d'eau à Kasr-el-Nil et du tracé de la première partie du nouveau Canal jusqu'à l'Ouady par la disposition des lieux, telle qu'elle est décrite ci-dessous, et par les considérations qui accompagnent cette description :

Le canal Zaffranieh avait été recreusé par Mé h émet- Ali, il y avait une douzaine d'années, pour en faire un canal Séfi (canal utilisable pendant l'étiage), destiné à l'arrosage des provinces de Calioubieh et de Cherkieh. Ce canal, qui avait sa prise d'eau entre Boulacq et le Vieux Caire, allait presque directement, en longeant la ville du Caire du côté du Nord, jusqu'auprès de la lisière du désert; là, il rencontrait le Rhalig du Caire, et les deux canaux réunis couraient vers le Nord, au nûlieu des terres cultivées, jusqu'aux environs de Tell-el-Yeuhoud, où une branche d'un autre canal, le Cherkaouieh, canal Séfi, ayant sa prise d'eau à environ 42 kilomètres en aval de celle du Rhalig Zaffranieh, venait se réunir à eux ; au delà, jusqu'à Bulbeïs, le Zaffranieh se confondait avec le Rhalig Manie h, l'ancien canal de Trajan et d'Amrou.

Le recreusement séfi du Khalig Zaffranieh, n'ayant pu être terminé dans une campagne avant la crue du neuve, Méhémet-Ali n'avait pas voulu qu'on y laissât entrer les eaux, par crainte que la partie creusée ne fût comblée par le limon du Nil ; on avait fait alors, pour l'arrosage des terres sur lesquelles le Zaffranieh devait conduire les eaux jusqu'à sa jonction avec le Cherkaouieh, deux autres canaux : l'un, qui fut le prolongement du Khalig du Caire jusqu'à Kafr-Hamza, pour la partie du terrain à l'Est, entre le désert et le Zaffranieh ; l'autre, qui fut le Boulakieh, pour la partie du terrain à l'Ouest, entre le Zaffranieh et le Nil. Au moyen de ces deux canaux, dont le premier courait parallèlement au Zaffranieh dans toute sa longueur, on n'avait plus eu besoin de celui-ci pour inonder les terres; et comme, depuis lors, on ne l'avait plus creusé de nouveau, sa prise d'eau n'avait jamais été ouverte. .

Le Rhalig Zaffranieh n'avait donc jamais, jusqu'alors, donné de l'eau du SU; et, par conséquent, bien qu'il traversât partout, jusqu'à Abou-Zabel, des terrains cultivés, il n'était tributaire d'aucun pour les eaux. C'était là une des principales raisons qui avaient fait choisir cette première partie de son cours pour le Canal d'eau douce de la Compagnie de Suez. En utilisant ainsi d'ailleurs ce canal, déjà en grande partie creusé, on réalisait une très importante économie.

A une certaine distance au-delà d'Abou-Zabel, à Chibin-el-Canater, une partie des eaux du Cherkaouieh venait couler dans le Zaffranieh, et servait alors à l'arrosage des terrains traversés à partir de là par ce dernier canal. C'était là encore la raison pour laquelle, à partir d'Abou-Zabel, le tracé du Canal d'eau douce se détachait du Zaffranieh et était reporté dans l'Est, à la lisière du désert.

Les auteurs de l'avant-projet avaient estimé que toute autre solution que celle à laquelle ils s'étaient arrêtés, eût présenté de très grandes difficultés et eût été beaucoup plus coûteuse.

Dans le cas, par exemple, où l'on eût voulu faire les prises d'eau en aval de

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en dehors des terrains cultivés, — ce qui devait permettre k la Compagnie de faire arroser les terrains riverains, alors incultes; — au-delà de Bulbeïs, le canal s'inclinait vers l'Est pour aller pénétrer dans la vallée Ouady-Toumilat, où il se maintenait constamment le plus haut possible ; enfin, il allait déboucher dans la partie sud du lac Timsah 1 . Sa longueur totale était de 131.(500 mètres.

Boulacq, il eût fallu traverser des terres cultivées pendant environ 20 kilomètres, couper les canaux d'arrosage existants, et rendre ainsi le nouveau canal tributaire de l'arrosage des 'terrains que les canaux coupés ne pourraient plus arroser sans des travaux d'art considérables.

On ne pouvait pas non plus établir la prise d'eau en amont de Kasr-el-Nil, — où se trouvait la prise d'eau du Zaffranieh, — ou en amont du Vieux Caire» car il faudrait alors traverser le rocher qui se trouve entre Eter-el-Nabé et le Caire, puis les hauteurs des décombres de l'ancienne Fostat, l'aqueduc conduisant les eaux à la citadelle, enfin les jardins situés au delà jusqu'à la porte de Bab-el-Bahr où Ton devrait forcément se jeter dans le Khalig ZaiTranieh.

La seule prise d'eau à laquelle, à part celle du Zaffranieh, on aurait pu penser, était celle du Khalig du Caire ; et, si le nouveau canal avait pu traverser la ville, c'eût été peut-être, malgré de graves inconvénients, la meilleure solution; mais le canal qui traverse le Caire était bordé de maisons, de mosquées, bâties tout à fait sur ses bords, ne laissant ni chemin, ni quai, et pas plus de 10 mètres en moyenne d'un coté à l'autre; d'ailleurs, ce canal n'était creusé qu'à environ 4 mètres au-dessus de l'étiage maximum, et les fondations des maisons et des mosquées descendaient à peine au niveau de l'étiage; en outre, il y avait sur le parcours du canal beaucoup de ponts sur quelques-uns desquels étaient des habitations ; il faudrait donc, pour rendre le canal assez large et navigable, abattre sur tout son parcours à travers la ville les maisons et les monuments publics et faire de tous les ponts des ponts mobiles, ce qui serait une affaire colossale. On avait également à considérer que la prise d^eau du Khalig du Caire était dans le petit bras du Qeuve formé par l'Ile de Rhoda et en amont de l'île; que le régime du fleuve était tel que, dans quelques inondations, il se formait des atterrissements qui, pendant l'étiage, interceptaient entièrement le passage des eaux par ce petit bras ; enfin, que, pour assurer en tout temps l'écoulement des eaux dans le bras du fleuve, il faudrait faire des travaux très importants, lesquels, en raison des localités, ne pourraient même assurer le but à atteindre.

La prise d'eau du Khalig Zaffranieh était au contraire parfaitement située: le cours du fleuve y affluait directement ; la profondeur d'eau y était grande; rien ne faisait présumer que le cours du Nil en cet endroit pût être changé: par suite de la disposition des lieux, on pouvait d'ailleurs facilement l'y maintenir, et le Gouvernement, qui avait là, ju-s qu'en aval de Boulacq, son port de commerce, avec ses établissements et les palais même, aurait certainement toujours soin de faire faire les travaux nécessaires pour conserver sur ce point le thalweg du fleuve.

C'était l'ensemble de toutes ces considérations qui avait décidé les auteurs de l'avant-projet à conserver l'ancienne prise d'eau du Khalig Zaffranieh pour la prise d'eau du Canal d'eau douce de la Compagnie.

1. D'après l'avant-projet primitif, tel qu'il est décrit ici, le Canal, à partir de

AVANT-PROJET L1NANT HEY ET MOUGEL BEY (l855) 19

La largeur du Canal avait été fixée à 25 mètres, mesurée à la ligne d'eau, pendant la saison d'étiage, cette largeur étant suffisante pour le croisement facile de deux bateaux à vapeur; lahauteur d'eau dans le Canal pendant cette môme saison d'étiage devant être de 2 mètres, et les talus de la cunette étant dressés à 3 de base pour 2 de hauteur, la largeur du Canal au plafond se trouvait ainsi être de 19 mètres.

Le plafond du Canal au départ se trouvait à la cote de Tétiage moyen du Nil, correspondant, en ce point du cours du fleuve, à peu près àlacolede 14 mètres au-dessus du niveau des basses-mers de la Méditerranée; enfin, la pente longitudinale du plafond dans chacun des cinq biefs, dont il est parlé ci-dessous, était de m , 03 par kilomètre correspondant à une vitesse maximum de m ,65 par seconde, limite au-delà de laquelle on aurait eu à craindre la destruction des berges. . La longueur totale du Canal était divisée en cinq biefs do la manière suivante : un barrage écluse, avec portes dans les deux sens, était établi à la tête du Canal, pour le préserver des grandes crues du Nil, et pouvoir conserver ses eaux à l'époque de Tétiage du fleuve; puis, quatre écluses de hauteur de chute variable, d'après la disposition des terrains, étaient distribuées sur la première portion du Canal jusqu'à Ras-el-Ouady, formant ainsi quatre premiers biefs; enfin, la seconde portion du Canal formait un bief unique, qui s'étendait depuis Ras-el-Ouady jusqu'au débouché dans le lac Timsah, où était établie une double écluse rachetant une différence de niveau de 7 mètres. Les sas de ces diverses écluses avaient chacun 54 mètres de longueur et 12 mètres de largeur.

son arrivée à l'Ouady-Toumilat, — ainsi qu'en témoigne la première carte détaillée de l'Isthme dressée par Linant Hey, et publiée en 1855 par la Compagnie, — se tenait constamment sur la rive Sud de la vallée pour aller, comme il est dit, déboucher finalement dans la partie Sud du lac Timsah. On verra plus loin que, dans le courant de 1856, à la suite de nouvelles études sur le terrain, M. Linant Bey a finalement proposé, pour cette portion du Canal, un tracé par la rive Nord de l'Ouady, allant aboutir dans la région Nord du lac Timsah. 11 n'a plus été question, depuis lors, que de cette solution.

La hauteur d'eau dans chacun des cinq biefs du Canal devait être, ainsi qu'on l'a dit déjà, de 2 mètres pendant la -saison d'étiage; pendant les hautes eaux, on maintiendrait l'eau dans chaque bief, à la hauteur nécessaire, pour permettre l'arrosage des terres riveraines ; cette hauteur maximum des eaux était naturellement variable d'un bief à l'autre ; dans le dernier bief, notamment, elle différait peu de la hauteur correspondante à la saison d'étiage 1 .

Dans les conditions où l'on proposait de l'établir, le Canal pourrait débiter en hautes eaux de 40 à 50 mètres cubes par seconde, soit environ 4 millions de mètres cubes par jour ; ce qui permettrait d'inonder, dans la période de 100 jours, 47.600 feddans pendant les premières années, et plus tard, des superficies notablement plus grandes. Pendant la saison d'étiage, il faudrait élever l'eau dans le Canal au moyen de pompes à vapeur; le volume total à fournir, par jour, serait de 1.200.000 mètres cubes pour l'arrosage proprement dit, plus 212.000 mètres cubes pour 40 éclusées et pour compenser les pertes par infiltration et évaporation (estimées à 15 0/0 du volume utile), soit un volume total de 1.412.000 mètres cubes à élever à une hauteur de 2 mètres, ce qui s'obtiendrait au moyen de pompes à vapeur présentant ensemble une force de 546 chevaux.

Mais il ne suffisait pas d'amener l'eau douce jusqu'au lac Timsah ; il fallait encore faire en sorte de pouvoir la fournir en abondance aux chantiers de travaux, dans toute la longueur du Canal Maritime.

A cet effet, d'un point en amont des écluses de débouché dans le lac du Canal principal que l'on vient de décrire, partaient, savoir :

Dans la direction de Suez et en contournant le grand bassin de l'Isthme, une rigole de 87 kilomètres de longueur,

1. Voir, ci-après, la description d'un nouveau tracé du Canal de communication définitivement proposé par Linant Bey à la suite de nouvelles études faites dans le courant de Tannée 1856.

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