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SUR LA RIVE AFRIQUE

(planche vu)

La Commission de délimitation avait réservé à la Compagnie, à l'embouchure du canal, sur la rive Afrique, attenant à la digue de la courbe de sortie, un terrain s'étendant

jusqu'à la rive du chenal de Suez, présentant ainsi une largeur moyenne de 315 mètres en dehors de la largeur uniforme de 200 mètres à partir de l'axe, réservée sur toute la longueur du canal, et une longueur de 400 mètres mesurée le long de la rive même du chenal.

La question s'étant posée, en 1867, de savoir s'il y avait lieu de procéder de suite à la confection d'un terre-plein sur ledit terrain, la non-opportunité d'un pareil travail fut reconnue. Les motifs d'ajournement avaient été les suivants :

L'exécution du terre-plein, en diminuant l'ouverture par laquelle la marée s'introduisait dans les lagunes, apporterait dans le régime du port de Suez des modifications dont on pouvait prévoir la portée par ce qui s'était déjà produit à la suite de circontances analogues :

Lorsque le banc de Suez n'avait encore reçu aucun ouvrage, la mer, au moment du plein, recouvrait tout le banc, l'établissement du port était le môme que celui de la rade et les niveaux des hautes et basses mers étaient sensiblement les mêmes dans le port et en rade. Les travaux du bassin de radoub, en couronnant le banc d'une jetée qui s'étendait depuis Suez jusqu'au bassin, avaient détruit la communication directe à haute mer entre la rade et le port ; les mouvements du flot et du jusant s'étaient faits depuis lors par l'ouverture rétrécie laissée entre le bassin de radoub et la rive Asie du chenal ; et il était résulté de là des retards dans les heures et des abaissements de niveau des hautes et basses mers du port par rapport à ceux de la rade : l'établissement et les niveaux de la marée n'avaient pas sensiblement changé en rade ; mais, dans le port, le moment de la pleine mer et celui de la* basse mer avaient retardé d'environ 30 minutes, le niveau de la haute mer y était plus bas que celui de la rade de 4 à 5 centimètres et le niveau des basses mers de 10 à 12 centimètres.

Les nouveaux ouvrages alors en cours de construction par la Compagnie (terre-plein du Nord et brise-lames du Sud)

devaient évidemment agir dans le même sens. On avait pu constater déjà, par l'étude des mouvements de la marée dans le chenal, que les retards et les abaissements de niveau dans le port étaient dus à la contraction qu'éprouvait la marée à la hauteur du bassin de l'Arsenal, et il était certain que la construction, vis-à-vis, sur la rive Asie, d'un nouveau terre-plein venant diminuer encore très notablement l'entrée ouverte à la marée, aggraverait encore la situation, c'est-àdire produirait un nouveau retard dans la propagation de la marée et un nouvel abaissement des niveaux des hautes et des basses mers dans le port.

On devait considérer, en outre, que, par suite de l'obstacle que rencontrerait le jeu des marées, l'intensité des courants dans le chenal diminuerait, en sorte que la construction du nouveau terre-plein aurait également pour conséquence de diminuer l'intensité des chasses produites dans le chenal par les courants de marée.

Sans doute, plus tard, lorsque le Canal maritime serait terminé, lorsque le commerce de Suez se trouverait concentré sur le banc et autour des ports Ibrahim, on n'aurait pas à attacher beaucoup d'importance à ces résultats : d'une part, en effet, la navigation du chenal serait considérablement réduite ; et, d'autre part, quant aux chasses produites par les courants, l'absence d'alluvions dans la rade dé Suez ne les rendait nullement indispensables.

Mais, au moment où l'on se trouvait, la question se présentait différemment : en premier lieu, la navigation du chenal était très active, et il y avait grand intérêt à la fois pour le service du transit et pour les entrepreneurs de la Compagnie, au point de vue des communications entre le Canal d'eau douce et la rade, à ce qu'elle fût maintenue dans les meilleures conditions possibles et il était certain qu'il n'en serait pas ainsi avec les forts courants qui se produiraient dans l'espèce de goulet que viendrait créer le nouveau terre-plein; en second lieu, les chasses étaient alors

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