DISPOSITIONS ADOPTÉES EN EXÉCUTION
Tracé et profil en long. — Au. début des études, dans les premiers mois <ie Tannée 1862, deux tracés se trouvaient eu présence : l'un se détachant du canal d'eau douce, vers Makfar, et qui semblait pouvoir être •constamment en déblai en suivant le relief du terrain naturel; l'autre ayant son origine à Néfiche, contournant les lagunes de la rive occidentale du lac Timsah, et qui, avant d'arriver au Sérapéum, avait à franchir en remblai, sur une assez grande longueur, le bas-fond de Bir-abou-Ballah, prolongement de la vallée de Gessen jusqu'au lac Timsah.
Comme il sera expliqué ci-après, à propos des profils en travers, la branche de Suez ne devait plus être une simple rigole d'irrigation et d'alimentation ; elle devait faire partie de la communication entre les deux mers par une voie d'eau continue pour barques et chalands, que la Compagnie avait grand Intérêt à créer le plus promptement possible.
Il importait, dès lors, que l'origine de la dérivation fût aussi rapprochée que possible d'ismaïlia; et, en conséquence, le tracé ayant 6on origine à Néfiche fut seul étudié.
L'origine de la branche de Suez se trouve au point 31 km ,875 du canal d'eau douce, à 4.190 mètres en amont de l'écLuse d'amont d'ismaïlia.
Le tracé part dans une direction perpendiculaire à la direction du canal d'eau douce et suit dans ses grandes lignes le tracé même de l'avant-projet des ingénieurs du Vice-Roi. A partir de Néfiche, le canal est d'abord en déblai; mais bientôt ensuite, il traverse en remblai le bas-fond de Bir-abou-Ballah, du point 2 kB, ,<510 au point 8^,700, soit sur une longueur de 6.090 mètres. Au delà, sur tout le reste du parcours, le tracé épouse généralement le relief du terrain naturel.
La longueur totale de la branche de Suez, jusqu'à l'écluse de Suez, est de 80.730 mètres.
Le plafond, à l'origine de la dérivation, est, comme le plafond du
canal principal, à la cote 22,91 < ; à l'extrémité, à Suez, la cote esl20 m ,13
(cote du buse d'amont de l'écluse d'extrémité). La pente moyenne du
plafond est donc de — * ' — = 0,031 par kilomètre.
o9,7oU
Branchement se dirigeant vers le chemindefer, à Suez. — Du point 69 km ,21 5 de la branche principale, c'est-à-dire d'un point situé à 515 mètres en amont de recluse de Suez, un peu en deçà de l'extrémité amont du
1. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le plafond du canal d'eau douce, a l'arrivée à Ismaïlia, est à la cote 22-, 85. La pente du plafond étant de 0-\0136 par kilomètre, et le point de départ de la branche de Suez, étant à 4.190 mètres -ea amont de l'écluse d'amont d'ismaïlia, le plafond, en -ce point, se trouve plus haut qu'à l'extrémité, de 4.190 x 0-,013S = 0-,W, soit à la cote 22-,9l.
garage précédant récluse, partait vers le Sud-Ouest, dans une direction presque normale au tracé de la branche principale, un petit branchement allant aboutir au chemin de fer où il se terminait en forme de 1. La première partie du branchement avait une longueur de 670 mètres; la partie parallèle au chemin de fer, une longueur de 130 mètres.
Le profil type de chacune de ces deux parties du branchement était le même que celui de la branche principale, qui est décrit ci-après, avec talus de la cunette à 2 pour 1 ; toutefois, la largeur au plafond de la petite branche parallèle au chemin de fer était de 15 mètres au lieu de 8 mètres *.
Profils en travers. — Il sera expliqué plus longuement, plus tard 2 ,
1. C'est dans ce branchement, dès que les eaux furent arrivées à Suez, que les habitants de la ville vinrent s'approvisionner d'eau douce.
Mais, peu de mois après la mise en eau de la branche de Suez, il y eut, par suite de la baisse des eaux du Nil, chômage de la navigation pendant un couple de mois. L'eau qui avait été ménagée avec le plus grand soin dans le dernier bief, près de Suez, n'étant plus renouvelée, se trouvant stagnante au milieu de terrains jadis saturés de sel et qui n'étaient pas encore suffisamment délavés, était devenue saumâtre ; en sorte que la population de Suez, qui avait joui pendant quelques mois des bienfaits d'une grande abondance d'eau douce, se trouva de nouveau condamnée, pour un certain temps, à la ration restreinte des arrivages par chemin de fer. De nouvelles démarches instantes durent être renouvelées à cette occasion auprès du Vice-Roi pour l'exécution la plus prompte possible de la prise d'eau du Caire et de la portion du canal que le Gouvernement égyptien s'était engagé à construire par la Convention du 18 mars 1863.
Après la mauvaise période dont il vient d'être parlé et qui ne se renouvela plus, la population de Suez continua à s'approvisionner au branchement jusqu'à la fin de 1866, époque à laquelle l'alimentation en eau douce de la ville, au moyen d'une canalisation desservie par une usine à vapeur, fit l'objet d'une concession particulière accordée par le Gouvernement égyptien et qui fut presque aussitôt rétrocédée par les concessionnaires à une société dite Société anonyme des Eaux de Suez. Cette Société, après un certain nombre d'années d'exploitation, ayant fait faillite, la concession fut mise en adjudication devant le tribunal mixte du Caire, et la Compagnie fut déclarée adjudicataire le 23 janvier 1877. moyennant le prix de 235.000 francs. Aux termes du cahier des charges joint à l'acte de concession, le Gouvernement égyptien est tenu de fournir au concessionnaire 1.000 mètres cubes d'eau par jour pour l'alimentation de la ville.
La Compagnie exploite donc l'usine des eaux de Suez depuis l'année 1877, à la fois pour l'alimentation de la ville et pour celle de ses propres établissements de Port-Thewfik et pour les besoins des navires en transit.
En 1896, le Gouvernement égyptien, avec le concours financier de la Compagnie, a exécuté d'importants travaux d'assainissement des terrains environnant l'usine des eaux de Suez. Ces travaux comprenaient notamment la fermeture par un barrage en terre du branchement en 1, lequel n'a plus joué depuis lors que le rôle de drain collecteur avec des dimensions naturellement moindres que précédemment.
2. Voir, tome VI, au chapitre concernant les travaux du port de Port-Saïd, la partie dudit chapitre relative à la carrière du Mex.
qu'après que fut reconnue l'impossibilité de créer une rigole maritime s'étend an t depuis Port-Saïd jusqu'à Suez, l'i.lée était venue de réaliser néanmoins le plus promptement possible une communication entre les deux mers par une voie d'eau continue navigable pour les barques et les chalands, en utilisant à cet effet la branche du canal d'eau douce dlsmaïlia à Suez (dont les travaux devaient commencer dans les derniers mois de Tannée 1862) ; et que, dans ce but, pendant les études du tracé, et bien que l'article 1 er , paragraphe 3 e , du cahier des charges de la concession ne parlât que d'une simple branche d'irrigation et d'alimentation, la Compagnie, en considération des très importants services rendus par le canal de Zagazig à Ismaïlia au point de vue des transports entre le Delta et le centre de l'isthme, avait décidé d'adopter pour la branche de Suez la même largeur que celle donnée provisoirement au canal principal, de porter même la largeur au plafond à 8 mètres au lieu de 7 m ,70 4 .
La branche de Suez présentait donc, d'une manière générale, cette largeur de 8 mètres au plafond.
Un élargissement de 2 mètres a seulement eu lieu dans la première partie sur les longueurs suivantes :
De l'origine (à Néfiche), au point 2 k -,700 : longueur. 2.700-
Du point 8 % -\500 à l'écluse du kil. 16 7.500
Du point 16 h -,000 au point 17 k -, 700 1.700
Longueur totale avec largeur de 10 mètres au plafond 1 1.900"
Gomme sur le canal principal, Peau dans la cunette devait avoir une hauteur de l m ,20 en étiage et de l m ,95 en hautes eaux.
Dans les parties en déblai, le profil en travers présentait les dispositions suivantes : talus de la cunette à 3 pour 1 jusqu'à une hauteur de 2 m ,95 au-dessus du plafond; à cette hauteur, sur chaque rive, banquette de 3 mètres de largeur; au-dessus de la banquette, talus à 2 pour 1 jusqu'au terrain naturel; enfin, dépôt des cavaliers à 4 mètres de distance du sommet de la tranchée.
A partir du kilomètre 56, où l'on entrait dans la région des terrains durs, les talus de la cunette ôntété réduits à 2 pour 1, sauf, naturellement, dans les points où l'on se trouvait en remblai et où l'on a dû
1. La Convention du 18 mars 1863 « pour la construction par le Gouvernement égyptien du Canal d'eau douce du Caire au Uuady» a sanctionné cette décision de la Compagnie par le second paragraphe de son article 1", ainsi libellé :
« En outre, la Compagnie s'engage à donner à la dérivation actuellement en construction, depuis Néfiche jusqu'à Suez, des dimensions suffisantes pour que cette dérivation ne soit pas seulement propre à l'irrigation et à l'alimentation, comme il est stipulé au cahier des charges, mais pour qu'elle soit, en même temps, propre à la navigation fluviale. »
-362 DISPOSITIONS DES TRAVAUX DE FtEMIER ÉTABLISSEMENT
revenir au talus à 3 pour i , adopté d'ailleurs pour les profils en remblai.
Dans les parties en remblai, les digues formant la cunette avaient •leur talus intérieur à 3 pour i, et, à l'extérieur, le talus naturel des terres. Ces digues s'élevaient jusqu'à 1 mètre au-dessus du niveau des •hautes eaux et leur largeur en couronne était de 3 mètres *, Sur un grand nombre de points, il a été établi d«B contre- banquettes destinées à consolider les digues en remblai et à réduire l'importance des pertes •d'eau par infiltration.
Vis-à-vis de Chalouf, où le tracé suit l'ancien canal des Pharaons, •depuis le point 72 km ,150 jusqu'au point 74 kni ,600, l'endigueraeat a été fait sur la rive gauche seulement.
Exécution des travaux de terrassements.
Les travaux de terrassements de la branche de Suez, comme ceux du •canal principal, ont été exécutés par les contingents d'ouvriers égyptiens.
L'alimentation en eau douce des ouvriers était assurée au moyen de rigoles latérales construites au fur et à mesure de l'avancement des travaux et qui étaient prêtes à fonctionner dès la mise en eau d'une section de canal, au moment même d'entreprendre la section suivante. Ce n'est que sur la première section entreprise, de 20 kilomètres de longueur à partir de Néflche, où le canal avait à traverser en remblai la vallée de Gessen, que l'alimentation en eau douce des ouvriers a dû -être faite au moyen de transports par chameaux 3 .
Les travaux ont commencé dans la seconde quinzaine de novembre 1862 -et la mise en eau jusqu'à Suez a «Hé inaugurée le 29 décembre 1863. Les travaux avaient donc été exécutés en treize mois. Environ 400.000 ouvriers y avaient été employés par contingents successifs. Le tube total •des terrassements a été d'environ 3.447.000 mètres cubes.
Sur toute la longueur de la branche de Suez, des plantations de roseaux et de tamaris ont été faites sur le talus intérieur des berges •où elles ont bien réussi et se sont rapidement développées.
1. Indépendamment de la traversée de la vallée de Gessen, où, comme il a été mentionné précédemment, elle se trouvait en remblai sur une longueur de 6.890 mètres, la branche de Sues a eu également à traverser en remblai une grande dépression de terrain existante à l'angle Nord-Ouest des lacs Amers.
2. H y a lieu, à propos de l'exécution des travaux de terrassements, de signaler deux avaries qui se sont produites dans la levée par laquelle le Canal traverse le bas-fond de Uir-abou-Ballah.
Lors de la mise en eau de la première section de 20 kilomètres qui avait été entreprise, une rupture de la levée ont lien par suite de l^affaiseesnent des terres glaiseuses dont elle était en grande partie formée : ces terres provenaient d'emprunts latéraux ; elles avaient été fort dures à piocher, et mises en œuvre sous forme de débris qui laissaient des interstices par lesquels Team avait pénétré dans la masse do remblai, transformant pe* à peu celui-ci en pâte fluide.
Un peu plus tard, une nouvelle rupture de la levée s'est produite «a un
Vingt et une petites maisons en maçonnerie ont été construites le long du canal pour les cantonniers chargés de l'entretien.
Premiers ouvrages d'art. — Les quatre ouvrages d'art décrits cidessous ont été construits sur la branche de Suez en même temps que s'exécutaient les terrassements.
Aqueduc sous la levée du canal, au point 3 km ,285. — Cet aqueduc était •destiné à maintenir l'écoulé ment naturel, vers le lac Timsah, du trop plein des eaux d'irrigation de la vallée de Gessen.
Il est en maçonnerie. Sa longueur est de 52 mètres, et il présente un -débouché de 2 m ,50 de largeur sur 4 ni ,25 de hauteur.
Dans l'emplacement de l'aqueduc, la levée aune hauteur de 4> m , 88 audessus du terrain naturel.
Deux barrages à poutrelles, Vun à Vorigine Au canal, Vautre au kilomètre 64 .
Peu avant l'achèvement des terrassements de la branche de Suez, la nécessité fut reconnue*, pour y modérer la dépense d'eau pendant la saison d'étiage et pouvoir y maintenir un tirant d'eau minimum de l m ,20 dans les conditions précaires que présentait alors l'alimentation du canal principal, de partager sa longueur, de Néflche à Suez, en trois biefs de 30 kilomètres de loogueur chacun, limités par des barrages à poutrelles permettant de régler à volonté le débit de l'eau sans arrêter la navigation. Ces barrages devaient être établis, l'un à l'origine même du canal, à Néflche, les deux autres aux kilomètres 30 et 60.
A la venté, de pareils ouvrages ne répondaient que très imparfaitement aux conditions d'une bonne navigation; mais la construction d'écluses eût demandé de longs délais. H il fallait, ne fût-ce qu'à titre provisoire, aller au plus pressé. Il ne s'agissait d'ailleurs que d'une faible dépense.
Deux seulement «Les barrages à poutrelles projetés furent construits : i'ttn à l'origine du canal, l'autre au kilomètre 6i.
Les cuiées étaient e* maçon nerie et la largeur de débouché de 6 mètres.
Ces deux barrages ont été démolis au commencement de l'année 1866,
point où oelle-ci était construite entièrement ea sable. Sous l'action d'une succession de vents de Khamsin d'une grande violence, la levée s'était trouvée écrétée jusqu'au-dessous du niveau de l'eau, présentant ainsi une brèche par laquelle les eaux se sont précipitées et ont détruit une certaine longueur de la levée.
Il est à peine besoin de dire que ces avaries ont été pronuptentent réparées ■et que des précautions ont été prises pour en empêcher le retour. Il fut spécialement recommandé pour l'avenir, partout où la cunette se trouverait en remblai, d une part, de mélanger autant que possible les terres argileuses avec du sablé pur ; d'astre part, après l'achèvement des remblais, de n'introduire l'eau qu'avec leafceur dans la cunette nouvellement ouverte, ea élevant progressivement son niveau à mesure que les digues prenaient leur assiette, et -en rechargeant celles-ci en tant que besoin, si efttes s'affaissaient peu à peu pendant l'introduction de l'eau.
après l'achèvement des écluses qui leur ont été substituées et qui sont décrites ci-après.
Déversoir à vannes à l'extrémité du canal, à Suez. — En attendant la construction, à l'extrémité de la branche de Suez, de l'écluse destinée à mettre celle-ci en communication avec la mer Rouge et à y régler le régime des eaux, il avait été indispensable de construire à ladite extrémité un ouvrage permettant de déverser à la mer le trop plein des eaux du canal.
Cet ouvrage, construit en maçonnerie, consistait en un déversoir à vannes comprenant sept pertuis ayant leur seuil établi à la cote 20.06 et d'une largeur totale de débouché de 6 mètres. Il a été appelé à fonctionner dès le jour même de l'arrivée des eaux à Suez *.
Écluses. — On a vu ci-dessus que la Compagnie avait jugé suffisant, tout au moins à titre provisoire, d'établir sur la branche de Suez, pour y régler le débit de l'eau, des barrages à poutrelles et que l'on avait adopté pour le débouché de ces ouvrages la même largeur de 6 mètres que pour l'écluse de Zagazig et pour les ponts-barrages établis sur le canal principal de Zagazig à lsmaïlia. C'était cette même largeur de 6 mètres que l'on s'était proposé d'adopter pour les deux écluses projetées à l'extrémilé de ce canal, pour le mettre en communication avec la rigole maritime venant de Port-Saïd, ainsi que pour l'écluse à construire à l'extrémité de la branche de Suez, pour mettre celle-ci en communication a<rec la mer Rouge.
Ces vues primitives ont dû être modifiées par suite des circonstances suivantes :
MM. Borel Lavalley et C u — qui, on le sait, furent finalement chargés du creusement du canal maritime sur toute sa longueur, à l'exception de la traversée du seuil d'EI Guisr, — avaient remis à la Compagnie, au commencement de Tannée 1864, leur première soumission concernant l'exécution des travaux de creusement entre le seuil d'EI Guisr et Suez et comprenant l'enlèvement d'environ 23 millions de mètres cubes. Les entrepreneurs comptaient employer pour les terrassements à effectuer au-dessus du niveau de la Méditerranée un mode de travail consistant à les draguer comme des déblais sous l'eau en profitant du voisinage de la branche de Suez et de la surélévation de son niveau par rapport à celui du canal maritime. Dans ce but, ils demandaient à la Compagnie : d'une part, qu'elle se chargeât d'établir deux branchements de la branche de Suez dirigés l'un vers le Sérapéum, l'autre vers le seuil de
1. Ce déversoir existe toujours et fonctionne quand besoin est, pour décharger le trop plein des eaux et éviter ainsi que celles-ci atteignent dans le canal une hauteur de plus de 2 mètres. 11 est très rare, du reste, que la hauteur d'eau de 2 mètres soit même atteinte. Bien souvent il n'y a pas plus de 1 mètre d'eau et même moins dans le canal, à l'amont de l'écluse d'extrémité.
CANAL U EAU DOUCE l BK ANCHE DE SLLZ 365
Chalouf et destinés à permettre le transport jusqu'à pied d'œuvre du matériel et des approvisionnements, de toute nature nécessaires à l'exécution des parties correspondantes du canal maritime; d'autre part, qu'un tirant d'eau d'au moins l m ,20 leur fût assuré dans la branche de Suez et que les ouvrages à établir sur son parcours eussent une largeur suffisante pour permettre à leurs dragues de se porter d'un point à un autre de leurs travaux.
La soumission de MM. Borel Lavalley et C le , avec les conditions qui y étaient posées, fut acceptée par la Compagnie et donna lieu à un marché du 26 mars 1864. Cette acceptation entraînait donc les conséquences suivantes :
1° Nécessité de la construction d'écluses sur le parcours de la branche de Suez.
C'était, en effet, à Suez que paraissaient alors devoir être installés les ateliers de montage et de réparations de l'immense matériel appelé à desservir cet important lot de dragages; c'était par Suez et par Ismaïlia, — cette dernière ville à cause des arrivages par Port-Saïd, — que viendraient les approvisionnements et matières premières à destination de l'entreprise. Cette disposition des deux centres d'où devaient rayonner tous les transports, le grand mouvement que comportait le faible délai accordé pour l'exécution, développeraient inévitablement une circulation très active sur le canal. En outre, les sujétions imposées rendaient nécessaire de diminuer par tous les moyens possibles les déperditions d'eau afin de se mettre à l'abri des inconvénients d'une alimentation insuffisante, et l'on ne pouvait plus, dès lors, se contenter des simples barrages à poutrelles qui avaient pu être considérés comme suffisants à un moment où les transports semblaient devoir se borner aux seuls approvisionnements pour les fellahs et où l'on n'avait pas encore à se préoccuper des nécessités d'une navigation active.
2° Nécessité, également, de l'élargissement à8 m ,50 des ouvrages d'art à construire sur la même branche de Suez.
Les entrepreneurs voulaient, en effet, pouvoir y faire circuler leur matériel d'un point quelconque à un autre, ainsi que dans le chenal de Suez. Or leurs dragues devaient avoir une largeur de 8 mètres entre les bordés ; la largeur de 8 m ,50 pour les ouvrages était dès lors nécessaire.
3° Il importait, enfin, que l'élargissement des ouvrages d'art fût également appliqué aux écluses d'Ismaïlia.
Il n'était pas difficile, en effet, de prévoir des circonstances, — ainsi que l'événement Ta justifié, les entrepreneurs ayant été plus tard chargés également de l'exécution de la partie du canal maritime s'étendant de Port-Saïd au seuil d'El Guisr, — où il serait très désirable, que le matériel employé dans la partie nord du canal maritime put être amené dans la partie sud, et réciproquement.
Par suite de ces considérations, il fut donc finalement décidé :
D'une part, qu'indépendamment de Téehise dVxtrémité, il serait construit trois autres écluses sur la branche de Suez en remplacement des barrages à poutrelles qui seraient démolis.
D'autre part, que Ton donnerait à ces quatre écluses ainsi qu'aux deux écluses d'Ismaïlia une largeur de 8 m ,50.
Quant à la longueur du sas de ces écluses, elle restait fixée, comme pour Técluse de Zagazig, à 33 mètres.
On a d'ailleurs adopté, pour les quatre écluses de la branche de Suez, les mêmes dispositions générales que celles précédemment décrites concernant les deux écluses d'Ismaïlia. II suffit dès lors de mentionner ici les particularités qu'elles présentent.
Écluse de Suez * :
Hauteur du mur de chute 2",93
— des portes d'amont 2 30
— des portes d'aval 5 83
(Les hauteurs des portes sont comptées du can inférieur au can supérieur formant déversoir. Le can inférieur est à m ,05 au-dessus du buse. Les portes d'amont ont m ,f5 de plus de hauteur qu'aux écluses d'Ismaïlia; les portes d'aval, m ,42 de moins.)
Le pont de l'écluse est un pont tournant en tôle. On a adopté ce type de pont, au lieu d'un simple pont-levis en charpente comme aux autres écluses, en raison du passage fréquent des caravanes allant en Arabie et surtout à la Mecque. Largeur totale du tablier du pont hors bordages 3 m ,90, comportant une voie charretière de 2 m ,30 et des trottoirs de m ,70 de largeur. Le pont est à une seule volée ; sa longueur totale est de 15 in ,90, savoir: grand rayon, il m ,10; petit rayon, 4 m ,80. Le pivot se trouve à 2 m ,10 du parement du bajoyer de l'écluse.
Les maçonneries de l'écluse ont été construites avec mortier de chaux du Theil; les moellons et les pierres de baille provenaient de la carrière de Gebel Géneffé.
Les travaux de l'écluse, commencés dans les premiers jours d'août 1864, ont été terminés le 15 août 1865-*, sauf en ee qui est du pont tournant, qui n'a été monté qu'à la fin de 1865»
1. Les principales cotes des diverses parties de Técluse étaient les suivantes :
Busç d'amont 20", 13
Niveau maximum de l'eau dans le canal 22 13
Couronnement des bajovers 23 13
Radier du sas et buse d^aval 17 20
Bas radier à la suite du buse (f aval (niveau des plus basse* mers) 16 80
Niveau moyen de la mer 18 45
Plus bautes mers connues 20 00
D'où :
Dénivellation movenne entre l'eau du canal et l'eau de la mer
Rouge (£2» f 13 — 18.45) = 3 68
Hauteur du mur de chute : (20-,13 — 17,20) = 2 93
lUutPiir du baiover i Àu-dcs*us du buse dauiout 3 00
nauteui du Dajoyer j du buâC d . ava| 5 93
2. On a vu précédemment que les écluses d'Ismaïlia avaient été terminées
L'écluse est précédée d'une gare de 680 mètres de longueur, où la largeur au plafond du canal a été portée à 15 mètres.
A la suite de l'écluse, un chenal de 300 mètres de longueur, creusé jusqu'au niveau de la laisse des plus basses mers (cote 16 m ,80), a dû être ouvert, en partie à travers des terrains rocheux, pour établir la libre communication entre le sas et la mer. Ce chenal avait une largeur de 12 mètres au plafond. Il était limité par des digues en remblai arasées à la cote 20 m ,50, c'est-à-dire s'élevant jusqu'à m ,50 au-dessus du niveau des plus hautes mers, avec talus, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, établis d'abord avec une inclinaison de 2 pour 1, mais qui durent plus tard être notablement adoucis et protégés, en outre, sur une partie de leur hauteur par des perrés à pierres sèches.
Écluses intermédiaires, aux kilomètres 16, 42 et 68. — On avait projeté d'abord de construire les trois écluses intermédiaires de la branche de- Suez, savoir : la première vis-à-vis de Bir-abou-Ballah, avant l'origine de la levée en remblai ; les deux autres aux points 30* m ,3O0 et 61 km ,050.
MM. Bore! Lavalley et G ic ayant demandé que la première écluse fût reportée en aval de l'origine du branchement du Sérapéum, lesemplacements des trois écluses ont été définitivement fixés aux points kilométriques 16, 42 et 68.
L'emplacement du kilomètre 16 pour la première écluse, choisi par les entrepreneurs dans l'intérêt du mode d'exécution de leurs travaux, offrait en même temps cet avantage pour la Compagnie, sauf la nécessité de renforcer en tant que de besoin les digues du canal à la traversée de la vallée de Gessen, de permettre de tendre les eaux de manière à. pouvoir inonder tous les terrains du Sérapéum dans une zone d'une certaine largeur le long du canal, tant à l'ouest qu'à Test jusqu'au canal maritime et à y développer ainsi à peu de frais les plantations *.
Les écluses intermédiaires n'ont pas de mur de chute.
Portes en tôle d'une hauteur de 2 m ,70 ;
Hauteur desbajoyers, 3 mètres;.
Pont-levis à double volée, en charpente.
Le massif de fondation des écluses est en béton composé de gravier et de chaux du Theil. Aux deux écluses du kilomètre 16 et du
dans la première quinzaine d'août 1865. L'achèvement de l'écluse de Suez ayant suivi de prés, un service de navigation en transit, sans transbordement entre la Méditerranée et la mer Rouge, a été inauguré à Ismaïlia précisément le 15 août 1865. Un convoi de 12 chalands chargés de houille remorquant un radeau de bois de charpente, parti de Port-Saïd, a franchi l'écluse de Suez et est entré dans la mer Rouge.
1. La branche de Suez n'est guère soumise à de sérieux apports de sables voyageurs que sur deux points : sur le premier kilomètre à partir de Néfiche, et dans la partie qui traverse le plateau du Sérapéum, sur une longueur de 8 kilomètres; en tout sur 9 kilomètres,, c'est-à-dire sur le dixième seulement de la longueur totale du canal.
368 DISPOSITIONS DES TRAVAUX DE PREMIEIl ÉTABLISSEMENT
kilomètre 42, les massifs des maçonneries sont en béton Coi gn et composé de 1 partie de chaux du Theil et 4 parties de sable ; le couronnement des bajoyers et des murs en retour, les chaînes d'angle et les seuils du radier, en béton Coignet composé de 1 partie de ciment Portland, i partie de chaux du Theil et 5 parties de sable 4 . A l'écluse du kilomètre 68, où il n'existait pas de bon sable à proximité, les massifs des maçonneries ont été construits avec un mortier de chaux du Theil et des moellons provenant des déblais rocheux du canal maritime dans la tranchée de Chalouf ; les couronnements, chaînes d'angle et seuils du radier, avec des moellons smillés et pierres de taille provenant de la carrière de Gebel CenefTé. Enfin, aux trois écluses, les chardonnets, les buses et les chaînes d'angle des chambres des portes sont en pierres de taille provenant de la même carrière.
Des gares ont été créées à l'amont et à l'aval de chacune des trois écluses par l'élargissement du Canal à 15 mètres du plafond sur une longueur de 35 mètres.
Pendant la construction des écluses, la navigation sur le canal était assurée par des rigoles latérales.
Les travaux des deux premières écluses, commencés en mai 1865, étaient achevés à la fin de la même année. Ceux de la troisième, commencés en octobre 1865, ont été achevas à la fin de février 1866.
Pour rendre la navigation possible sur la première partie de la branche de Suez pendant la construction de l'écluse du kilomètre 16, un barrage provisoire à poutrelles avait été établi au kilomètre 20, remplaçant ainsi celui primitivement projeté au kilomètre 30 et non exécuté. Cet ouvrage était entièrement en charpente et présentait une largeur de débouché de 4 mètres. Les premiers pieux avaient été battus le 31 mars 1865 et la construction était terminée le 9 mai suivant. L'ouvrage a été démoli au commencement de l'année 1866, après l'achèvement de la construction de l'écluse.
Branchements du Skrapkum et de Chalouf. — Il a été expliqué précédemment que la Compagnie, par le marché du 26 mars 1864, était tenue à construire, en vue de l'exécution des travaux du canal maritime, deux branchements de la branche de Suez, l'un destiné à
1. Le béton Coignet a été en grande partie substitué aux pierres dans la construction de deux écluses du kilomètre 16 et du kilomètre 42, à cause des difficultés des transports. Les pierres de sujétion semblaient devoir, en effet, venir de France, et, dans la situation des choses, elles eussent été soumises à des transbordements et à des parcours partiels à dos de chameaux. Bien que remploi du béton Coignet Tût d'une date relativement récente et que l'expérience n'eût pas encore donné la mesure de la durée des constructions édifiées d'après ce système, la Compagnie se décida pourtant à l'adopter en raison des avantages qu'il présentait : il faisait, en effet, disparaître l'éventualité de grands retards et il devait, en outre, procurer une certaine économie dans la dépense.