‹ Le canal de Suez (volume 3)Chapitre 128 sur 141 · Voir page · texte numérisé non relu

Voir page

L'éclairage et le balisage du canal pouvaient se diviser en trois parties distinctes : le canal proprement dit, la traversée des lacs, les ports.

Canal proprement dit. — En ce qui était du canal proprement dit, l'opinion unanime des marins avait été qu'un éclairage serait plutôt nuisible qu'utile ; et l'on avait fait observer à ce propos que les canaux de Hollande, le canal Calédonien et le Danube n'étaient pas éclairés.

Parmi les ingénieurs du canal, les avis avaient été partagés.

Les uns jugeaient utile d'indiquer la position et la direction de la ligne médiane du canal par un bon système de balisage pendant le jour et de feux de direction pour la navigation de nuit; et, dans cet ordre d'idées, ils proposaient l'organisation suivante d'un système d'éclairage et de balisage du canal :

Dans les parties du canal où la largeur à la ligne d'eau était de 100 mètres et où les berges se trouvaient ainsi trop éloignées de la cunette centrale pour indiquer suffisamment la route à suivre, installation sur chaque rive, à 30 mètres de l'axe, d'une ligne de balises hautes de 3 mètres au-dessus de l'eau, espacées entre elles de 500 mètres, rouges sur la rive Afrique et noires rayées de blanc sur la rive Asie,, situées vis-à-vis les unes des autres et correspondant exactement au kilométrage du canal. Dans les courbes, les balises seraient plus rapprochées et distantes seulement de 250 mètres.

La position des courbes, de celles du moins comprises entre Kantara et le seuil d'El Guisr et entre Ghalouf et Suez, serait, de plus, indiquée par l'installation à chaque sommet d'angle d'un fanal muni d'un feu d'une portée de 5 kilomètres, les fanaux placés sur la rive Afrique étant à feu rouge et ceux de la rive Asie à feu blanc.

Dans la traversée des seuils, où la largeur à la ligne d'eau n'est que de 58 mètres et où le canal est bordé de berges très élevées, le canal ne serait ni balisé ni éclairé. Il suffirait, à la double courbe du seuil d'El Guisr et à la courbe de Toussoum, de placer de simples lanternes aux extrémités, sans fanaux de sommets d'angle.

Enfin, dans le garage de Kantara, on placerait sur la ligne médiane de la largeur de la gare une ligne de bouées distantes de 100 mètres, et on l'éclairerait à l'aide d'un ou de deux fanaux munis de puissants réflecteurs ou au moyen d'une série de réverbères placés sur chaque rive.

Mais plusieurs des ingénieurs de la Compagnie ne pensaient pas qu'il fût nécessaire de baliser ni d'éclairer le canal d'une manière si complète.

D'une part, suivant eux, les feux pouvaient être nuisibles;

D'autre part, ils considéraient que les pilotes qui seraient chargés de la conduite des navires connaissant parfaitement les divers profils du canal, le balisage serait inutile; des bouées ne seraient installées

qu'à la traversée du lac Timsah et des lacs Amers pour en limiter la partie navigable. A l'appui de cette manière de voir, ils faisaient remarquer que les rivières à chenaux sinueux, mobiles même, ainsi que Tentrée de certains ports, présentaient des ditlicultés de navigation autrement sérieuses que celles de traverser un canal régulièrement creusé et où les navires seraient dirigés par de bons pilotes.

Bref, en outre d'un feu placé sur chaque rive aux extrémités du canal pour en indiquer rentrée, et de l'éclairage spécial des gares consistant en deux feux qui en indiqueraient les limites sur chaque rive, un certain nombre de feux de direction bien placés leur paraissaient sutlisants pour guider les pilotes dans la navigation de nuit.

Traversée du lac Timsah. — Le canal, on le sait, à la date de la réunion de la Commission, devait traverser suivant une grande courbe le lac Timsah.

Par l'une des combinaisons proposées, un fanal à feu rouge serait placé au sommet d'angle, visible dans toutes les directions et d'une portée de 5 kilomètres ; le rontour de la courbe serait indiqué par des lanternes à feu blanc placées sur la rive Asie ; une double ligne de balises déterminerait la position et la direction du chenal ; dans la partie sud de cette portion du canal, qui était endiguée d'une manière à peu près continue, on placerait des poteaux d'amarrage espacés de 400 mètres, en choisissant les points où existaient des berges; dans la partie nord, où il n'existait pas de digues, les poteaux d'amarrage seraient remplacés par des bouées mouillées sur corps morts et placés à une vingtaine de mètres en arrière des balises.

Dans une autre combinaison, vu le peu de longueur de la traversée du lac et la nécessité probable d'y faire des croisements en marche de jour et de nuit, une double rangée de bouées seraient placées alternativement sur bâbord et tribord, espacées de 150 mètres. Dans la partie du lac où se feraient les croisements, c'est-à-dire du kilomètre 75 au kilomètre 78, les bouées de la rive Afrique seraient disposées de manière à permettre aux navires de s'y amarrer.

Des feux de port indiqueraient d'ailleurs sur chaque rive l'entrée et la sortie du lac.

Traversée des grands lacs Amers. — A la traversée des grands lacs Amers, la superficie des fonds de plus de 8 mètres aurait plusieurs kilomètres de largeur. Les navires n'auraient donc pas, dans cette partie, à se maintenir dans un chenaL

Il résultait de l'examen du plan coté des lacs qu'en prolongeant de 1 kilomètre environ, au-delà de l'extrémité des digues submergées, les deux alignements droits par lesquels le canal proprement dit débouche dans les grands lacs, et en joignant les deux points ainsi obtenus par une ligne droite, cette ligne passait tout entière dans les fonds de 8 mètres en laissant à l'Est une largeur d'au moins 1.500 mètres.

Il serait donc possible à tout navire d'aller d'une des entrées du lac sur l'autre sans risquer de toucher, quelle que pût être l'influence de la dérive.

Dès lors était proposée la combinaison suivante :

Des feux ordinaires, montés sur charpente, marqueraient les extrémités des digues submergées. À 1 kilomètre au-delà de ces feux, dans les grands fonds, et sur le prolongement de Taxe du canal, il serait établi un feu fixe de 4 e ordre, d'une portée de 15 milles, placé à une hauteur de 13 mètres au moins au-dessus du plan d'eau, sur une tour en fer destinée à servir d'amer pendant le jour; ces signaux serviraient en même temps de signaux de direction pour les alignements droits qui, de chaque côté, précèdent l'entrée des lacs.

Le pourtour des profondeurs de 8 mètres serait d'ailleurs délimité par deux lignes de grosses bouées, rouges du côté Afrique, noires rayées de blanc du côté Asie, espacées de 1 kilomètre dans chaque ligne.

Traversée des petits lacs Amers. — Il était proposé d'adopter, pour la traversée des petits lacs, le même système d'éclairage et de balisage que pour toutes les autres parties à berges submergées du canal proprement dit.

Ceux des ingénieurs qui n'étaient pas d'avis d'éclairer ni de baliser le canal proprement dit, estimaient pourtant qu'il convenait d'installer l'éclairage et le balisage dans les petits lacs, continuant en quelque sorte le système des grands lacs, mais en rapprochant toutefois les bouées.

Port de Port-Saïd. — Le système proposé était le suivant :

Deux fanaux de port de quatrième ordre placés aux extrémités des jetées;

Deux petits feux de lanterne à l'entrée des bassins, installés, l'un sur la rive Asie, à l'angle ouest du saillant sud de l'avant-port, l'autre, vis-à-vis, sur la rive Afrique. »

Enfin un phare de premier ordre, de 20 milles de portée, établi dans les terres à 1 kilomètre de distance environ du phare existant, de manière à former le sommet d'angle du chenal d'accès de la rade au port et du grand alignement droit de 50 kilomètres environ de longueur que présente le canal depuis Kantara jusqu'à Port-Saïd.

On estimait que l'ensemble de ces feux permettrait à tout navire de se diriger convenablement, soit pour passer de la rade dans le chenal d'avant-port et pour se bien maintenir dans ce chenal, malgré Téloignement de la jetée, soit pour passer de l'avant-port dans le port intérieur et inversement ; d'autre part, que le grand phare éclairerait sur le canal le long alignement droit de la traversée du lac Menzaleh.

Port de Suez. — On proposait d'établir cinq petits feux : un premier, à la tête de la jetée transversale de l'est; un second sur le musoir delà digue ouest, à la pointe sud du terre-plein; un troisième à l'entrée du

bassin de l'arsenal, côté nord; enfin, les deux derniers, à l'entrée du canal proprement dit, sur chaque rive.

Page 1