DÉLIBÉRATION ET AVIS DE LA COMMISSION
Canal proprement dit, — Les objections mentionnées dans l'exposé du Président de la Compagnie contre le système général d'éclairage et de balisage du canal furent renouvelées dans la Commission.
Quelques membres estimaient, en effet, que le balisage de jour, lVclaîrage de nuit, étaient d'une utilité contestable, pouvaient même être sujets à inconvénients. Les navires, disaient-ils, n'avaient pas besoin de suivre exactement la ligne d'axe du canal; les pilotes s'y reconnai traient toujours assez pour se maintenir dans l'étendue qui convenait au tirant d'eau du navire. Les balises, placées dans l'eau à une vingtaine de mètres des berges, pourraient être facilement renversées si elles n'étaient pas protégées; et, si elles l'étaient, elles constitueraient autant d'obstacles à la navigation.
On fit observer aussi que, sous le ciel d'Egypte, les nuits, généralement, étaient claires; que la multiplicité des feux pouvait être une cause de confusion, et rendrait leur entretien et leur surveillance difficiles ; que leur extinction pourrait être une cause d'erreurs et de dangers pour les navigateurs.
D'où cette conclusion, qu'il conviendrait de supprimer le balisage, et, quant à l'éclairage de nuit, de n'établir qu'une dizaine de feux de direction.
En présence de la divergence des opinions, la Commission émit l'avis que des expériences fussent faites, à bref délai, pour déterminer si, sans balisage et sans éclairage, il était possible de naviguer dans le canal, soit dans les alignements droits, soit dans les parties courbes et quelle que soit la largeur de la section ; dans le cas contraire, quelles seraient les conditions dans lesquelles l'éclairage et le balisage devraient être établis. Elle ajournait donc à se prononcer définitivement sur ce point, jusqu'au moment où les dites expériences auraient été portées à sa connaissance.
Traversée du lac Timsah, — La Commission estima qu'un balisage était nécessaire pour signaler les berges noyées, et que ce balisage devait être effectué au moyen d'un système de balises ou de bouées pour le jour et d'un système de feux pour la nuit, ces appareils étant disposés sur les deux rives du canal, et espacés de 500 mètres pour les balises ou bouées, et de 2 kilomètres pour les feux.
Traversée des grands lacs Amers. — Les grands lacs Amers, à l'exception des parties extrêmes, offraient une profondeur d'eau naturelle égale ou supérieure à celle du canal, et sur une largeur telle que la ligne de navigation n'aurait pas besoin d'être balisée.
Quant aux parties extrêmes, où les berges du canal étaient noyées, la Commission émit l'avis d'en marquer rentrée par deux fanaux ordinaires placés en face l'un de l'autre et montés sur charpente fixe, et par un feu élevé de 13 mètres au moins, placé au large, dans le prolongement de la ligne d'axe du canal, et à 1 kilomètre environ de son extrémité. Les charpentes supportant ces feux ou fanaux devraient être disposées de manière à servir d'amers. À la sortie des grands lacs, les parties du canal à berges submergées devraient être balisées comme les parties semblables de la traversée du lac Timsah.
Traversée des petits lacs Amers. — Le chenal était endigué dans toute l'étendue des petits lacs et les digues étaient noyées sur la presque totalité de leur longueur.
D'un autre côté, le tracé présentait dans cette région deux courbes, dont l'une, celle du Nord, avait déjà une largeur de 44 mètres au plafond sur la plus grande partie de son développement, et dont l'autre, la courbe du Sud, d'un grand rayon et d'une faible étendue, pourrait, sans grands frais, être élargie au sommet d'angle.
La Commission fut d'avis :
Pour la partie des alignements droits où il existait des digues submergées, de les éclairer et baliser d'après le système indiqué pour les parties semblables de la traversée du lac Timsah et de celle des grands lacs, en complétant les indications par l'installation de feux à terre dans le prolongement des alignements droits. Sur le dernier alignement du côté de Chalouf, on placerait un double feu de direction sur les bords du canal, à une distance de quelques kilomètres de la naissance des digues submergées.
Pour les portions en courbe, de les élargir et de les éclairer et baliser de la manière suivante : pour la grande courbe du Nord, d'en continuer l'élargissement à 44 mètres au plafond sur toute son étendue, d'en indiquer les naissances par deux signaux distincts; de disposer sur la partie concave des signaux placés à une distance les uns des autres telle que la ligne droite joignant deux signaux successifs laissât -entre elle et l'arête convexe du plafond un intervalle d'au moins 22 mètres; pour la courbe du Sud, d'enlever l'onglet extérieur, en commençant l'élargissement aux points extrêmes de tangence, d'indiquer les naissances de la même manière que dans la grande courbe et de mettre un feu au sommet d'angle.
Port de Port-Said. — La Commission était d'avis d'adopter le système d'éclairage proposé.
Port de Suez. — La Commission était également d'avis d'adopter le système d'éclairage proposé.
Elle prévoyait néanmoins l'utilité qu'il pourrait y avoir, dans l'avenir, de compléter l'ensemble des cinq petits feux par un grand feu de direction établi à terre ; toutefois elle jugeait suffisant pour le moment,
à ce point de vue, le feu flottant existant en rade, établi et entretenu par le Gouvernement égyptien.
Les expériences conseillées par la Commission de navigation en vue de déterminer si, sans éclairage et sans balisage, il était possible de naviguer dans le canal ; et, dans le cas contraire, quelles seraient les conditions dans lesquelles lYclairage et le balisage devraient être établis, furent faites et conduisirent les ingénieurs à cette conclusion que l'éclairage du canal était indispensable pour permettre la navigation de nuit et le balisage pour la navigation de jour.
Ils produisirent en conséquence un projet complet d'éclairage du canal, des lacs et des ports, dressé, en ce qui concernait ces deux derniers points, en conformité de l'avis de la Commission de navigation ; puis, peu après, un projet de balisage.