‹ Le canal de Suez (volume 3)Chapitre 21 sur 141 · EXAMEN ET REJET DES DIVERS PROJETS DE TRACÉ INDIRECT · texte numérisé non relu

EXAMEN ET REJET DES DIVERS PROJETS DE TRACÉ INDIRECT

(planche ii)

D'après la configuration extérieure de l'Isthme, on reconnaissait à première vue, dit la Commission, que la direction du Canal des Deux Mers était marquée par la nature ellemême ; et, d'un autre côté, que la dépression formée par la vallée de l'Ouadée Toumilat permettait de relier non moins aisément la navigation intérieure de l'Egypte à la navigation maritime qui passerait sur sa frontière. La solution du problème ainsi considéré paraissait tellement simple que Ton devait s'étonner qu'en face d'indications si précises et si frappantes pour quiconque avait visité les localités, on se fût donné la peine de chercher une solution plus compliquée avant de s'assurer que celle-là fût impossible. Les motifs qui avaient détourné du tracé direct la plupart des ingénieurs qui, depuis un demi-siècle, s'étaient occupés de la question, devaient avoir été les suivants : l'influence de la tradition qui ne parlait guère que de tentatives faites pour unir le Nil à la mer Rouge; la connaissance incomplète des localités, qui faisait supposer que la baie de Péluse était absolument impraticable; enfin, en troisième lieu, l'intérêt mal entendu de l'Egypte, qu'on voulait doter d'un grand canal maritime intérieur, sans voir que ce canal lui serait bien plutôt nuisible qu'utile.

La Commission a cru devoir néanmoins examiner, au

1. Voir, h Y Historique administratif, au sujet de la composition de la Commission, de la mission qui lui avait été confiée, et de ses études du projet.

point de vue où elle se plaçait d'un canal de grande communication toujours libre et toujours ouvert, les trois tracés indirects successivement proposés depuis le commencement du siècle, par M. Lepère, par M. Paulin Talabot, et par MM. Al. et Em. Barrault, tracés traversant l'Egypte, pour aboutir à Alexandrie, en passant respectivement par le centre, par la tête et par la base du Delta.

PROJET LEPERE

Le canal devait se composer de trois parties principales : La première, qui n'était guère que « l'antique Canal des Rois », s'étendait de la mer Rouge au Nil; elle avait son origine à Suez, traversait les lacs Amers, pénétrait dans TOuadée Toumilat, et débouchait dans la branche de Damiette, à Bubaste ; la seconde partie empruntait la branche du Nil et ses canaux; enfin, la troisième partie se composait de l'ancien canal d'Alexandrie, rétabli, et suivant presque complètement la direction qui a été donnée plus tard au canal Mahmoudieh. Dans la première partie, le canal avait au moins quatre écluses à sas, de dimensions suffisantes pour recevoir pendant les grandes crues les bâtiments de mer tirant de 12 à 15 pieds. La dépense était évaluée à 30 millions de francs.

Mais la Commission faisait remarquer que M. Lepère, tout en proposant ce tracé indirect, qui lui semblait plus utile que tout autre à l'Egypte, avait exprimé en mènie temps le regret de ne pouvoir, vu la grande difficulté du maintien ou de rétablissement des entrées aux extrémités, adopter la solution plus simple consistant dans la coupure directe de l'Isthme entre Suez et Péluse ; non seulement cette solution était plus simple, mais elle avait encore à ses yeux le grand avantage de présenter une navigation constamment indépendante du Nil. C'eût été, dans la pensée de l'auteur du projet, un complément excellent du tracé

PROJET DE LA COMMISSION INTERNATIONALE (l856) 37

indirect : la grande navigation aurait pu passer par ce canal; tandis que les navires marchands auraient pris l'autre voie. Bref, M. Lepère avait parfaitement reconnu lui-môme que le tracé direct satisfaisait beaucoup mieux que l'autre aux conditions de la grande navigation entre la Méditerranée et la mer Rouge *.

Page 1