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ENTRE LE NIL ET LA MER ROUGE

(planche xiv)

L'Ouady-Toumilat, ainsi que le montre le plan de l'Isthme, est la longue et étroite bande de terrains cultivés dépendant de la province de Gherkieh qui, à partir d'Abascé, à la lisière des terrains du delta, court de l'Ouest à l'Est à travers les hauts plateaux et les dunes du désert entre lesquels elle se trouve encaissée. L'Ouady-Toumilat proprement dite s'arrête à Ras-el-Ouady (Tête de la Vallée); mais les terrains bas se prolongent au delà, plus ou moins sinueux, jusqu'au lac Timsah qui forme en réalité l'extrémité de l'Ouady.

Naguère encore on voyait sur la lisière Nord de l'Ouady-Toumilat des vestiges d'un ancien canal de faibles dimensions venant de l'Ouest, vestiges, toutefois, qui n'étaient guère visibles que depuis les environs d'Abou- Ahmed jusqu'aux ruines de Tel-Retabé. Ce canal était comblé et ne servait que pour l'écoulement des eaux qui, pendant l'inondation, couvraient les terrains de l'Ouady. Auprès de Tel-Retabé, à l'endroit nommé Ras-el-Ouady (ou Gassassine), il rencontrait un autre canal beaucoup plus large, mais en partie également abandonné.

Ce second canal était le principal ancien canal, l'ancien canal des Ptolémées. C'était seulement à Tel-Abou-Soliman, à l'Ouest du village de Gawarni, que l'on commençait à constater l'existence de ses deux berges, distantes de 80 mètres. En deçà, dans l'Ouest, jusqu'au canal Abou-1'Ardar (l'ancienne branche Pélusiaque),onne voyait plus aucuns vestiges des anciennes berges. De Tel-Abou-Soliman jusqu'au village de Gawarni, construit sur la berge même du canal, les berges étaient élevées; elles passaient au Sud du village et couraient dans les sables en traversant la digue d'Abascé construite par Mehemet-Ali à l'entrée de l'Ouady-Toumilat. Le canal longeait ensuite les dunes sises au sud de l'Ouady sous lesquelles il disparaissait. On ne perdait pourtant pas complètement ses traces, qui reparaissaient sous les grandes dunes d'Abou-Néchabé, et il se montrait ensuite à découvert jusqu'à Ras-el- Ouady. De là, le canal, toujours visible, mais assez sinueux, continuait sa course vers l'Est et allait passer au pied d'un large monticule de décombres, nommé Tel-Maskouta (Monticule de la Statue) : il y avait là, autrefois, une grande ville, et, dans les décombres, on voyait encore un monolythe en granit représentant un groupe composé de Rhamsès II et de deux de ses enfants. Dans cette partie, le canal était régulièrement tracé ; et il continuait ainsi, en passant par Makfar, jusqu'à Saba- Biars, où il déviait un peu vers le Sud-Est en laissant Bir-Abou-Ballah à l'Est ; ses berges, distantes de 30 mètres, restaient encore bien alignées sur une longueur d'environ 6 kilomètres, jusque vis-à-vis Cheik-Ennedek, où le canal avait sur sa berge un mur de soutènement en maçonnerie de briques. De ce point, une dérivation du canal, encore reconnaissable

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à une haute berge bien alignée, se dirigeait vers Cheik-Ennedek, allant jusqu'auprès d'un monticule de décombres où se voyaient quelques restes de fondations de constructions. Le canal tournait ensuite vers le Sud, toujours bien tracé, sans disparaître jamais entièrement sous les dunes. A 8 kilomètres environ de distance de la dérivation, il passait à environ 1.000 mètres dans l'Est d'un monticule plus élevé que les autres, connu depuis l'Expédition française de 1800 sous le nom de Sérapéum : à cet endroit, se trouvait encore une petite dérivation vers l'Est. Plus au Sud, le canal diminuait de dimension et de régularité et il allait finalement aboutir dans la partie Nord du bassin de l'Isthme (grand lac Amer). A cette jonction du canal et du bassin de l'Isthme on voyait les restes d'un grand établissement dont les murs existaient encore en partie et devant la porte duquel était un escalier conduisant au canal; cette construction était dans le genre de celles que l'on établissait naguère encore pour de grands magasins et que l'on appelle Chouneh.

Au commencement du petit lac Amer, à l'endroit nommé Kabret-el- Chôf, à une distance de 35 kilomètres de la Chouneh et à une distance de 22 kilomètres du port de Suez, un canal recommençait à paraître, mais avec une largeur moindre que celle du canal précédent et avec un tracé moins régulier. C'était bien probablement le canal creusé anciennement par les Arabes» au temps d'Amrou, pour aboutir au fond du nouveau golfe de la mer Rouge. Les vestiges qu'on en voyait arrivaient jusqu'auprès du monticule situé au nord de Suez, et où une partie des berges était constituée par des murs en maçonnerie.

Indépendamment des anciens canaux qui viennent d'être décrits, il existait encore un ancien canal (l'ancien canal de Trajan), nommé aujourd'hui le Khalig du Caire, qui traverse la ville. Ce canal a aujourd'hui sa prise d'eau en aval de l'aqueduc du Vieux -Caire; mais quelques vestiges d'anciennes berges semblent prouver que cette prise d'eau était, à l'origine, au sud du Vieux-Caire actuel. Ce canal, après avoir traversé la ville, était encore parfaitement visible avant que l'on eût creusé le Khalig Zaffranieh ainsi qu'un autre canal plus à l'Est continuant parallèlement celui du Caire. On en retrouvait d'ailleurs encore les berges en beaucoup d'endroits ; on le reconnaissait notamment à Tel-el-Yehoudieh et jusque plus bas que Bulbeïs; il servait même encore aux irrigations dans plusieurs de ces parties. Au Nord de Bulbeïs, le Khalig Zaffranieh se dirigeait vers le N. N. O, tandis que des vestiges de l'ancien canal du Caire se continuaient encore très visiblement vers l'Est pour rejoindre l'ancien Canal des Ptolémées avec lequel il se confondait pour ne plus former désormais qu'un seul canal.

Aux renseignements qui précèdent sur les anciens canaux de communication entre le Nil et la mer Rouge,

nous ajouterons, toujours d'après Linant Bey, quelques renseignements sur les canaux d'irrigation qui se trouvent mentionnés à l'avant-projet des ingénieurs du Vice-Roi ainsi que dans les comptes rendus, donnés plus loin, des nombreuses études qui ont été faites ensuite au sujet du Canal d'eau douce jusqu'à son exécution finale par le gouvernement égyptien.

Nous présenterons d'abord quelques généralités sur les canaux Séfi et les canaux non Sili ou Nili :

Il parait peu probable qu'avant Méhémet Ali des canaux aient été creusés pour procurer, pendant l'étiage du Nil, de Peau aux terrains éloignés du cours du fleuve et pour faire, comme aujourd'hui, des cultures d'été : ce fut surtout lorsque l'on commença en grand la culture des cotons que l'on creusa les canaux Séfl ou d'été.

Ces canaux, ainsi nommés, parce qu'il conservent de l'eau courante du Nil pendant les sécheresses de l'été, ont leur prise d'eau creusée à environ 1 mètre en contre-bas desétiages moyens. Ils servent à arroser les cultures donnant de riches produits, comme le riz, le sésame, etc. et surtout les cotons : ceux-ci se sèment à la fin d'avril, pendant le mois de mai, et doivent être arrosés jusqu'à l'arrivée de la crue et de l'inondation, au commencement de juillet.

Les canaux Séfi principaux, ceux qui ont leur prise d'eau le plus au sud, c'est-à-dire dans la partie amont du fleuve, sont creusés à environ 8 m ,50 en contre-bas du sol. Cette profondeur va constamment en diminuant à mesure qu'on s'éloigne du fleuve jusqu'à l'extrémité des canaux où les eaux pourraient arriver à affleurer les terrains etmôme à déborder.

Les autres canaux, qui n'ont d'eau que pendant les crues, et qui servent à inonder les terres, sont nommés Nili, parce qu'ils servent seulement pendant les crues du Nil ; ilssont creusés à leur prise d'eau, à 4 mètres en contre-bas du sol au maximum, et cette profondeur va en diminuant jusqu'à ce que l'on arrive au niveau des terres à arroser, là où le canal se perd. Il y a de ces canaux qui sont fort grands, qui traversent des provinces, et dont des dérivations à droite et à gauche servent aux inondations.

Les canaux Séfl ont toujours un grand parcours pour conduire leurs eaux jusqu'aux terres cultivées les plus au Nord, sur les limites des marais ou des terres incultes avoisinant les lacs qui bordent le littoral de tout le delta. La pente de ces canaux Séfl est moindre que celle des eaux du fleuve pendant l'étiage ; aussi les recettes d'eau par le moyen de ces canaux, malgré les dimensions de ceux-ci, sont-elles très faibles quand les étiages sont bas.

AVANT-PROJET LISANT BEY ET MOCGEL BEY (l85S) 5

On conçoit que la pente des canaux Séft soit moindre que celle du lleuve, puisque ces canaux ont pour but, non seulement de conduire l'eau dans les localités éloignées des bords du fleuve, mais surtout de permettre d'arroser le plus de terrains possible sans le secours de machines élévatoires, à l'aide desimpies saignées dans les berges. Il est nécessaire d'ailleurs, au moyen de barrages établis sur le cours de ces cmaux, d'élever les eaux surtoutela partie en amontdesdits barrages. Naturellement, plus on s'éloigne de la prise d'eau, moins est grande la surélévation à donner aux eaux pour permettre l'arrosage des terrains traversés.

Voie: maintenant les renseignements sur les canaux d'irrigation :

Entre le Caire et l'Ouady, c'est-à-dire dans la province de Calioubieh et dans la partie Sud de la province de Cherkieh, se trouvent trois canaux Séft, savoir : le Bessoussieh, le Cherkaouieh et le Bahr-Moêze.

Le Bessoussieh, canal de faibles dimensions, a sa prise d'eau à peu de distance en ava] de Kasr-el-Nil.

Le Cherkaouieh a sa prise d'eau en aval de Choubra; cette prise d'eau est parfaitement située, ne courant pas le risque, — du moins dans ses conditions actuelles, — d'ôtre obstruée par des atterrissements. Le canal, malgré des dimensions moindres que celles de beaucoup d'autres canaux, débite un grand volume d'eau, et ce, par suite de sa pente assez forte résultant de ce qu'il se rend directement dans la partie basse des terrains, près du désert, où, comme on le sait, les terrains présentent toujours une notable dépression. Ce canal porte ses eaux, en se divisant d'abord en deux branches à Chibine-el-Canater, jusqu'au canal allant de Zagazig à l'Ouady dont il sera parlé ci-après; il arrose donc toute la province deCalioubieh et va alimenter le canal de l'Ouady ; puis, après avoir traversé ce canal, il va, plus au nord, jusqu'à Salahieh et aux marais avoisinant le lac Menzaleh.

Le Bahr-Moêze n'est pas un canal creusé de main d'homme : c'est un cours d'eau naturel, l'ancienne branche Tanilique du Nil. (La branche Pélusiaque, comme on l'a dit déjà, est plus à l'Est, dans l'ancien cours d'eau appelé aujourd'hui Abou l'Ardar). Ce cours d'eau était autrefois navigable toute l'année. Mais, depuis la construction en traders de son lit, à Zagazig, d'un barrage destiné à faire pénétrer ses eaux d'étiage dans le canal de l'Ouady, il s'est progressivement comblé et a uni par l'être à tel point que les eaux n'y ont plus pénétré pendant les étiages du Nil. Il a donc cessé d'être un canal Soft.

Indépendamment des trois canaux séft qui viennent d'être mentionnés, on doit citer encore le Canal de l'Ouady, dérivation du Bahr- Moêze, qui, pendant un certain nombre d'années, a pu être alimenté

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