ÉCLAIRAGE DES COTES DE LA MER ROUGE ET DE LA MÉDITERRANÉE
Ceux des membres de la Commission qui étaient allés en Egypte proposaient pour les entrées du canal un système d'éclairage peu différent de celui proposé par les auteurs de l'avant-projet. Ainsi, sur la mer Rouge, ils demandaient que Tentrée de la rade de Suez fût éclairée par un feu flottant et par un phare, que Tentrée du port le fût par un fanal, et que les récifs qui existent au pourtour de la rade fussent balisés ou signalés par des bouées; sur la Méditerranée, que les abords de Port-Saïd fussent signalés par un phare d'atterrage établi à la pointe de Damiette, et que Tentrée du port fût éclairée par deux fanaux établis à la tête des jetées.
La Commission faisait remarquer que ces dispositions, très bonnes en elle-mêmes, pourraient suffire si Ton n'avait à considérer exclusivement que les entrées du canal; mais qu'il était de la plus haute importance d'aviser en même temps à signaler les approches à de grandes distances de là nouvelle voie maritime.
En élargissant ainsi la question, la Commission n'avait pas en vue d'indiquer un à un les phares et fanaux qu'il conviendrait d'établir, mais seulement de poser les principes qui devaient servir de base à l'étude d'un projet d'ensemble pour l'éclairage nécessaire de la mer Rouge et des parages du golfe de Péluse.
On admettait généralement comme règle d'un bon éclairage des côtes, que les feux devaient être assez rapprochés pour qu'un navire au large pût toujours en apercevoir deux fc la fois. Or, sur la côte africaine de la Méditerranée, il n'y avait que très peu de feux : ainsi de Tripoli jusqu'à Alexan*
drie, on n'en rencontrait pas un seul, et c'était là une des raisons pour lesquelles les navires s'éloignaient toujours de ces parages dangereux; à partir d'Alexandrie, il n'y avait pas non plus de feux jusqu'à Beyrouth, et c'était pour ce motif, que les navires évitaient ces atterrages. Quant k la mer Rouge, le dénûment était absolu : depuis l'île Perim, à l'entrée du golfe, jusqu'au fond, à Suez, il n'existait de feux d'aucune espèce.
Pour la sécurité de l'importante navigation appelée désormais à fréquenter les parages du golfe de Péluse, il ne suffirait donc pas d'établir un phare à la pointe de Damiette et à Port-Saïd ; il faudrait en outre, depuis la pointe du Marabout à Alexandrie, jusqu'à 20 lieues au moins à l'Est de Péluse, que la côte fût parfaitement éclairée par des phares à feux bien distincts et dont les tours seraient appelées à faire l'office d'amers pendant le jour. On ne pouvait trop multiplier les précautions pour une côte aussi basse que celle d'Egypte, sur laquelle on arrivait, même de jour, sans pou* voir encore la distinguer, et où les objets qu'on apercevait en atterrissant étaient principalement des bouquets d'arbres qui se confondaient aisément entre eux.
En ce qui regardait la mer Rouge, le phare de premier ordre que le Gouvernement Egyptien se proposait d'établir à Raz-Makab au Sud- Est de la rade de Suez, et les deux feux de port que la Compagnie établirait de son côté à l'extrémité et à l'origine des jetées du nouveau port, suffiraient pour la baie de Suez. Mais il y avait dans la mer Rouge, «oit à l'entrée, soit à la bifurcation des deux golfes, des points qui devraient être nécessairement éclairés. Indépendamment de celui déjà mentionné de Raz-Mohammed à l'entrée du golfe de Suez proprement dit, la Commission Signalait les autres points suivants : l'île Schadwan et l'île Jubal dont les mouillages étaient excellents ; Djeddah, qui, se trouvant à peu près au milieu du parcours et ayant un port très abrité, sinon très bon, pourrait être assez fréquemment un lieu de relâche ; enfin l'île Perim, à l'entrée même
PROJET DE LA COMMISSION INTERNATIONALE (l856) 77
de la mer Rouge et du détroit de Bab-el-Mandeb. Mais, tout 4ti signalant l'utilité de bien éclairer la mer Rouge, la Commission faisait remarquer que c'était bien moins en vue de la grande navigation à vapeur qui, depuis longues années, y était établie sans avoir jamais éprouvé le moindre sinistre; que c'était surtout afin d'assurer aux navires marchands d'un tonnage plus ou moins fort qui afflueraient dans cette mer une navigation facile et sans dangers, non seulement aux points extrêmes, mais encore dans la région intermédiaire et sur tous les points de la côte où il leur serait possible ou utile de s'arrêter.